
Pique-niquer en famille en regardant gratuitement les jambes de Sharon Stone dans « Basic Instinct », ce ne sera pas possible cette année au festival du cinéma en plein air au parc de La Villette. Depuis 17 éditions, le rituel était pourtant immuable. Un long festival gratuit de cinéma qui passait des films grand public et d'auteur dans un lieu à la croisée de villes et d'arrondissements parisiens populaires (XIXe, Pantin, Aubervilliers…)
Las, pour la 18e édition, la direction du festival en a décidé autrement. Il faut désormais débourser deux euros pour avoir accès aux films, ce qui fait grincer pas mal de dents. Protestations, mobilisations, tractages : des militants de gauche se sont mobilisés pour réclamer le retour à la gratuité et ont créé le collectif Cinéma en plein air gratuit. Une pétition en ligne a rassemblé 2 500 signatures, dont des politiques et des réalisateurs (Christophe Otzenberger, Julie Bertucelli…).
Mais pourquoi ce changement ? Pour Florence Berthout, directrice générale de l'établissement public du parc et de la grande halle de La Villette, la cause est toute simple. Le Centre national de la cinématographie (CNC), a mis en place une nouvelle directive en 2007. Entrée en vigueur cette année, elle oblige les festivals de cinéma gratuit en plein air à présenter leur programmation devant une commission de régulation.
Florence Berthout explique qu'en conservant la gratuité, certains films de la programmation auraient pu être refusés par la commission. Par exemple, une oeuvre trop récente ou trop grand public, soupçonnée de faire concurrence aux exploitants commerciaux. (Ecouter le son).
Le prix choixi, deux euros, est le tarif minimum exigé par le CNC. Pour Hélène Raymondaud, chef de service de la diffusion culturelle du CNC, face à la multiplication des manifestations de ce genre, cette nouvelle directive était nécessaire afin d'éviter de détourner le public des salles de cinémas.
La pelouse de La Villette accueille 150 000 personnes chaque année
Autre souci : le festival de La Villette diffuse des publicités avant chaque séance. Publicités sur lesquelles le CNC ne touche pas de taxes, et qui ont donc été interdites pour les festivals gratuits. Pour Emmanuel Chanial, réalisateur et signataire de la pétition, on arrive à une situation ubuesque où c'est pour garder des sponsors qui permettaient la gratuité que l'on passe au payant. (Ecouter le son).
Un argument que réfute la directrice générale du parc de la Villette, avançant que l'apport financier des sponsors au budget de la manifestation est « symbolique ».
Depuis des années, le festival de La Villette est dans le collimateur des exploitants et des distributeurs, qui voient d'un mauvais œil une manifestation aussi longue et qui rassemble autant de spectateurs (150 000 personnes).
De plus, selon la loi, un festival en plein air gratuit ne peut diffuser des films que s'ils ont plus d'un an d'exploitation pour ne pas concurrencer les salles classiques. Mais lors de la précédente édition, le film « Lady Chatterley » a été programmé, ce qui a valu un rappel à l'ordre de la part du CNC. Pour Florence Berthout, ce fut la seule exception, acceptée pour des raisons précises. (Ecouter le son).
A en croire la directrice du parc de La Villette et pour Emmanuel Chanial, le vrai problème est la composition de la commission de régulation du CNC, qui fait la part belle aux distributeurs et aux exploitants.
Certes, les collectivités territoriales sont représentées et donc les autres festivals en plein air gratuits à travers la France (souvent beaucoup moins longs) ont pu défendre leurs intérêts. Mais le parc de La Villette, organisme public indépendant, n'a eu droit à aucun représentant.
Des négociations en cours pour la prochaine édition
Avec des entrées payantes, c'est le public, souvent défavorisé, qui est pénalisé. Emmanuel Chanial s'en désole. (Ecouter le son).
Alors quel avenir pour la prochaine édition ? Après plusieurs rencontres entre la direction du parc de La Villette, le CNC et le collectif Cinéma en plein air gratuit, la décision a été repoussée à la rentrée. Retour à la gratuité, commission de régulation spéciale, fin de la publicité au festival, augmentation des subventions… ou maintien des entrées payantes : tout est possible.
Cette année, malgré la gratuité pour les chômeurs, les rmistes, les moins de 12 ans et la diffusion de 6 000 tickets gratuits à travers des associations du XIXe arrondissement, les spectateurs boudent. Au 1er août, seulement 50 000 personnes se sont déplacées, bien loin des chiffres habituels en période de beau temps. Pour les habitués, l'âme habituelle du festival, festive et mélangée, s'étiole.
Photo : Marlon Brando dans « Le Parrain » (DR), diffusé le 8 août au festival.




















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De lorientois
08H04 | 07/08/2008 |
Seuls les plus riches peuvent aller au ciné et ce droit de veto sur ces films est une preuve que cette societe ne vit que pour le fric …Que nos « braves hommes politiques » de tout bord ne s etonnent pas du rejet que les plus pauvres manifesteront dans le futur ! ! ! !
De Popsatch
cadre à la retraite | 09H29 | 07/08/2008 |
On nous rabache depuis des années que l'art n'est pas une marchandise. Malgré le grand nombre de « navets » qui passe chaque année sur les écrans, le cinéma, nous dit-on, est un art à part entière, donc pas une marchandise.
Il est donc assez bizarre de voir « les professionnels » de cet art défendre bec et ongle un monopole que ces gens là prétendre leur revenir de « droit naturel », alors qu'il ne s'agit purement et simplement que d'une histoire de gros sous : la perpétuation d'une rente à vie. C'est un peu le combat de toutes les grandes entreprises qui nous vendent sodas, lessives, yaourts, etc… L'art, tout au moins le cinéma et aussi la chanson, n'est ici rien d'autre qu'une marchandise comme une autre.
Et si les spectateurs faisaient le grève des salles.
De Faboun83
Ingénieur Télécom | 09H43 | 07/08/2008 |
Je me suis rendu deux fois au cinéma en plein air, une fois l'année dernière, gratuitement donc et une fois cette année pour deux euros. J'ai remarqué une certaine différence entre ces deux projections : le bruit. Le fait de payer deux euros permet de garantir un certain calme. En effet, lorsque la pelouse était libre d'accès, les badaux se posaient cinq minutes, discutaient et repartaient. Il en résultait un brouhaha incessant, génant ceux qui voulaient suivre le film. Cette année on ne retrouvait pas ce phénomène et l'on pouvait ainsi suivre le film dans le calme. Je ne pense pas qu'il faille aller chercher mille raisons politiques et sociales à cette decision.
Ce n'est que mon point de vue.
à Faboun83
De Perez
ingé & zikos | 13H51 | 07/08/2008 |
c'est tout a fait vrai mais c'est la le but en realité : vous venez pour ce bruit, faire des rencontres, et plus vraiment pour le film…sinon vous le louez, vous le regardez chez vous, bien peinard, non ?
De Tyb
(par ici, par là) | 09H59 | 07/08/2008 |
Les plus « hilarant » c'est que aucun gros exploitant justement ne soutient une politique de rediffusion des films, ceux qui ressortent de temps en temps n'apparaissent que dans de toutes petites salles.
Donc ce festival et les gros exploitants ne rentrent même pas en concurrence, puisque les films passés par le festival (à l'exception citée prêt) ne passeront JAMAIS plus en multiplexe.
Quelque part, c'est un peu une manière de reconnaitre que la plupart des bouses actuelles ne valent absolument pas 9 ou 10 euros….
Donc conclusion au final, on va se retrouver dans quelques années avec des festivaux gratuits devenus payants, surement à peu près au même prix qu'une place de ciné…
Bref toute cette affaire est profondément stupide, digne du niveau de la « lutte » contre le « piratage »
De C. Creseveur
D'actualité | 10H00 | 07/08/2008 |
La Villette ne devrait déranger en temps normal que la télé, et encore, puisqu'elle ne projette que des films multidiffusés, et dont les droits sont a priori peu élevés.
En gros c'est un ciné-club en plein air, saisonnier, une manifestation que la mairie peut offrir à ses administrés.
Et même si la Villette diffuse à l'occasion un film récent, on ne peut pas dire que cela créée un dommage commercial redoutable.
Comme dit Alain Pacifique plus haut, il y en a surtout que la gratuité rend malades. C'est vrai quoi ! Pourquoi se gêner de récupérer 2 balles, si c'est possible ! Vite, vite ! Allons gratter ces 2 balles ! Ce sera toujours ça de pris. L'année prochaine on expliquera qu'on a des coûts incompressibles élevés, et on doublera le tarif.
De parousnik
10H23 | 07/08/2008 |
Des citoyens cultivés cela n'annonce que révolutions, solidarité et partage… C'est pour cela que nos grands médias diffusent qu'abrutissements superficiels et malculture… mais n'est ce pas ce que réclament ceux qui ont démissionné de leurs responsabilités Humaine et citoyenne et ne se complaisent plus que dans les consommations divers et intellectuellement avariées ? Et puis ce sera une telle « victoire » quand ceux qui interdisent permettront car en même temps les parasites dorés qui bouffent à tous les râteliers palperont une gabelle indemnité…tandis que le parc de la Villette retrouvera son troupeau fier bouffant un foin gratuit. Le peuple qui a été capable de boycotter le veau aux hormones en 80 s'est endormi devant ces écrans, abêtifiants depuis leurs enfants et petits enfants…
De jjhb
cosmonaute | 11H40 | 07/08/2008 |
A Paris il y a un nombre impressionnant de multiplex, UGC, Gaumont… Ils sont tous au même tarif prohibitif de 10 euros la séance avec un cortège hallucinant de publicités (histoire de s'en mettre toujours plus dans les poches et de rentabiliser les investissements le plus rapidement possibles car ils veulent tout, tout de suite).
Qui fait de la concurrence à qui ?
Pourquoi ne pas faire payer l'entrée de paris-plage sous prétexte que cela concurrence les plages de l'hexagone ?
Le ciné de la villette est une manifestation unique, en pleine air, qu'aucun multiplex ne proposera jamais. Ou est la concurrence ?
C'est deux euros de trop. Quand le cinéma tue le cinéma, j'appelle ça du cannibalisme culturel voire de la jalousie libérale malsaine et égoïste.
Alors merde aux deux euros, Merde au CNC, merde aux multiplex et merde à Hollywood !
De mute
marié ;-) | 12H36 | 07/08/2008 |
Et dire que le ciné de plein air faisait encore il y a quelques éditions sa pub sur la famille d'origine pakistanaise venue au grand complet avec son vieux canapé voir une séance sur la prairie du triangle. Cette nouvelle politique tarifaire va exclure un peu plus les nombreux habitants du XIX aux revenus limités.
Je trouve que Florence Berthoux se défend assez timidement, il aurait sans doute été plus fort d'annuler purement et simplement l'édition 2008 plutôt que de trouver ce compromis. Après les grilles, la publicité et les sponsors, voilà le tarif de deux euros. Autant d'éléments complètement en désaccord avec l'esprit de la villette fait de grands espaces libres, pas de barrière et de nombreux spectacles gratuits. Pourquoi le groupe F serait-il gratuit en septembre prochain ? Pourquoi ne pas aussi remettre en cause la gratuité du Cabaret Sauvage le soir de la fête de la musique… ça fait de l'ombre aux boites de nuits, n'est-il pas ? Ad lib.
Je pense qu'on a franchi une étape de plus dans la monétisation du parc de la Villette, bientôt les boutiques type nature & découverte, starbuck, un multiplexe (tiens, tiens…) vont arriver dans la cité des Sciences, à quand les panneaux Decaux dans le parc ?
http://www.portedepantin.fr/
De Soma Sema
En perdition | 14H03 | 07/08/2008 |
Ils n'ont qu'à leur « faire une offre qu'il ne pourra pas refuser ». Petit clin d'œil. ; o)
De loeilecoute
.oO0°'°0Oo. | 14H07 | 07/08/2008 |
Bonjour tout le monde !
J'étais hier soir à La Villette voir « Et dieu créa la femme“(Jean Louis Trintignant à 20 ans à peine ! … oui, bon, la BB aussi…) mais j'ai bien failli ne pas y aller quand j'ai vu que c'était payant !
Un type devant la caisse distribuait un tract invitant à signer la pétition en ligne : http://www.cinemaenpleinairgratuit.org
Très bien (allez-y : signez là ! )
Ce qui manquait grandement dans ce tract, c'est un aspect des choses, le pire, à mon avis ! : avant, lorsque c'était gratuit, on avait tous les gamins du quartiers, enfants d'origine africaine n'ayant pas les moyens d'aller au cinéma même pour deux euro même juste en face de chez eux, ni de partir en vacance en été !
Et que maintenant : ben, le public est tout blanc, tout bobo et ils rigolent face aux distributeurs de tract, d'un air goguenard et ignorant : ‘Ha, ha, ouais, deux euro, ça fait un énorme trou dans mon budget, pour défendre la culture et le cinéma on peut se permettre ça’ !
Or, d'une : ça ne défend en rien le cinéma en soi, de deux : eux, ils ont peut-être les moyens et deux euro, ça leur parait peut-être dérisoire, mais ils sont loin de représenter tous ceux pour qui l'accès à la culture est un vrai parcours du combattant !
Et ce public adulte, blanc et bobo croise en allant ramener gentiment ses chaises longues, un non-public d'enfants noirs et plutôt genre pas riche qui se sentent lésés et volés…
Voilà,
j'ai dit.
donc allez signer : http://www.cinemaenpleinairgratuit.org (je re-dis…)
et si vous vous sentez d'organiser une vraie manif, avec des banderolles et tout, moi, je suis partant !
Salut les gens !
De muzzzak
etudiante | 16H56 | 07/08/2008 |
la culture se doit d etre accessible au plus grand
avec les prix pratiqués dans les multiplexes aller au cinema devient un luxe inaccessible pour bon nombre de spectateurs
les prix affiches dans ces salles sont scandaleux
qui plus est la programmation y est mediocre
les projection plein ne sont possibles que sur une courte periode de temps dans certaines regions au climat clement
laisser nous aller au cinoche tranquille
De Parisienne de Xian
01H20 | 08/08/2008 |
J'habite le coin depuis des années, et je peux vous dire que c'est très populaire. On vient entre copains, en famille, quelquefois à 2, on arrive après le boulot (genre 19h) avec sacs plastiques ou paniers, à boire et à manger.
Détecteurs d'armes blanches à l'entrée ; c'est très tranquille depuis longtemps. Les publicités humanitaires sont applaudies.
Mais ça change. J'ai un horrible doute. Craindrait-on les banlieusards (Aubervilliers, Pantin, le 9-3 en général…) qui viennent plutot en groupe de 20 que de 5 ? OU bien voudrait on revenir aux bases : un film = un prix, et le/la jeune banlieusard(e) ne découvre jamais le GRAND cinéma, reste dans sa tour, le cinéma populaire c'était pour les communistes, faut actualiser.
Deux euros, c'est pas grand chose pour la plupart d'entre nous. Sauf, si on a décidé de passer à la Villette pour voir, sans engagement, comme ça… pour beaucoup, c'est un blocage (outre le barrage du péage….). Certains jeunes, qui voulaient avoir l'air de ne pas s'interresser à rien, venaient sans y avoir l'air.
Maintenant, quand on est jeune, on ne peut plus faire semblant de passer comme si rien de n'était. va c'est grave, on reste enfermé dans son ghetto. C'était pourtant assez dur de le briser.
De Melizo
Compositeur | 11H41 | 10/08/2008 |
On se plaint toujours que le lien social disparait, que la mixité sociale recule. Et sur le terrain, on continue ce retranchement. En loucedé, parce qu'évidemment les discours sur l'accès à la culture sont à l'inverse.
A en croire les discours politiques on est tous de gauche au départ, puis à un moment il y a un chromosome qui nous différencie. On veut tous unanimement la même chose : pas de chômage, pas de racisme, la paix sociale, l'égalité, la liberté, la fraternité.
Puis des petits grains de sable (à deux euros) viennent dérégler la mécanique démocratique et contribuent une fois additionnés, à construite tous les malaises à l'échelle nationale que nous connaissons aujourd'hui. Il faut continuer la gratuité du cinéma en plein air.