Le rapport rendu public mardi par les autorités rwandaises est sans concessions pour les responsabilités françaises.

« You are trying to put me under pressure… ? “, lance Paul Kagamé, sourire aux lèvres. ‘Vous essayez de m'influencer ? Mars 2004, Bruxelles : le président rwandais vient de répondre, pour la première fois, aux accusations contenues dans l'enquête du juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière sur l'attentat du Falcon 50 de son adversaire, Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994. Kagamé est colère, mais déterminé : l'accuser de génocide, quelle stupidité ! A l'époque, je prépare une enquête sur la coopération militaire franco-rwandaise pour RFI. Le ton sans appel de Kagamé laisse présager une riposte. Quelques semaines après les commémorations du 10e anniversaire du génocide, Kigali annonce son intention de créer une commission pour faire la lumière sur l'implication de l'Etat français dans le génocide’. Le temps passe. En 2006, le gouvernement rwandais met en place la Commission, présidée par Jean de Dieu Mucyo, un ancien procureur général, secondé par un homme du renseignement, ex officier des Forces armées rwandaises, le général Jérôme Ngendahimana et un groupe d'universitaires renommés, José Kagabo et Jean-Paul Kimonyo entre autres.
Un parallèle étonnant avec la mission d'information parlementaire de 1998
Deux ans plus tard, nous y voilà. En plein mois d'août, le président Kagamé -qui a pris connaissance du rapport en novembre 2007- décide de rendre public son contenu : 331 pages serrées, à base de témoignages et d'archives. Si l'on excepte la différence de point de vue, le parallèle avec le rapport de la mission d'information parlementaire française de 1998 est frappant :
- Accords de coopération, dispositifs militaires, discours officiels et officieux.
- Soutien aux Interhamwe, les miliciens du génocide, discours, ségrégation et massacres ethniques.
- Fichage des populations, pourparlers de paix, actions des Belges, intervention de l'ONU.
- Appui militaire, livraisons d'armes, tractations diplomatiques et finalement, la si controversée opération Turquoise.
Très documentée, la recension examine les ‘faits reprochés à la France’ pour conclure (p.323) :
‘La conclusion selon laquelle la France devait savoir qu'un génocide était en cours de préparation découle de l'évolution du contexte politique et sécuritaire du pays ainsi que de la position privilégiée des agents français dans tous les rouages de l'appareil sécuritaire du pays.’
Une incitation à poursuivre des responsables français devant la justice ?
En organisant une présentation publique par trois ministres (Affaires étrangères, Justice et Information), Kigali veut frapper fort et direct (je cite le communiqué de presse) :
1/ La France était au courant des préparatifs du génocide.
2/ La France a participé aux principales initiatives de préparation du génocide.
3/ La France a participé à la mise en exécution du génocide.
4/ L'armée française, force occupante légitime, est responsable de la continuation des opérations du génocide dans sa ‘Zone humanitaire sûre’
Le tout s'achève par une liste de 33 personnalités françaises (13 politiques et haut fonctionnaires, 20 officiers) assortie de la recommandation suivante :
‘Vu la gravité des faits allégués, le gouvernement rwandais enjoint les instances habilitées à entreprendre les actions requises afin d'amener les responsables politiques et militaires français incriminés à répondre de leurs actes devant la justice.’
En clair, la balle revient dans le camp de Paul Kagamé.
Vers une polémique entre tenants de la realpolitik et partisans de la vérité historique
Que faut-il penser de cette nouvelle contribution officielle à l'histoire du génocide rwandais ? D'abord, les faits décrits (sous réserve d'une lecture plus précise des témoignages, notamment sur des cas de viols commis par des militaires français pendant Turquoise) sont pour la plupart connus de longue date. Le soutien politique, financier, logistique français aux Interhamwe, dès février 1992, est très documenté. L'idée que la France a soutenu le régime Habyrimana au-delà du raisonnable est aussi établi. Idem pour les événements de Bisesero, Kibuye ou Cyangugu, où l'armée française facilita l'exfiltration des principaux membres du gouvernement intérimaire (GIR), responsable du génocide.
Ensuite, ce texte est un rapport, pas un acte d'accusation. Pas encore, serait-on tenté d'ajouter, car l'intention rwandaise semble claire : si vous maintenez mandats d'arrêt et accusations contre nous (le dossier Bruguière et celui de l'Espagne), alors vos responsables devront, eux aussi, répondre de leurs actes devant la justice internationale. La compétence universelle, mais pour tout le monde… Paul Kagamé décidera, seul, de la suite à donner. Il peut aussi ne rien faire et attendre.
Une fois encore, la polémique va donc opposer en France les tenants de la realpolitik aux partisans de la vérité historique, au risque d'occulter trois réalités :
- Depuis le début de cette affaire, les militaires ont toujours beaucoup plus parlé que les politiques. Cela devrait nous faire réfléchir.
- Depuis deux ans, une information judiciaire pour ‘complicité de génocide’ est ouverte au Tribunal aux armées de Paris. Faute de relations diplomatiques entre les deux pays, l'enquête est au point mort.
- Malgré les efforts de part et d'autre, certaines archives restent inaccessibles aux chercheurs et aux journalistes, à Paris comme à Kigali. Au siège de la DGSE, comme dans les armoires du Front patriotique rwandais (FPR). Première victime, la vérité.
Tout cela vaut-il un arrangement ou un procès ? Et si la France se retrouve un jour à la barre, que retiendra l'histoire ? Photo : manifestation antifrançaise le 23 novembre 2006 à Kigali (Arthur Asiimwe/Reuters)




















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De pomponette
=^..^= | 20H00 | 05/08/2008 |
« Depuis le début de cette affaire, les militaires ont toujours beaucoup plus parlé que les politiques. Cela devrait nous faire réfléchir.
Depuis deux ans, une information judiciaire pour “ complicité de génocide ” est ouverte au Tribunal aux armées de Paris. Faute de relations diplomatiques entre les deux pays, l'enquête est au point mort.
-Malgré les efforts de part et d'autre, certaines archives restent inaccessibles aux chercheurs et aux journalistes, à Paris comme à Kigali. Au siège de la DGSE, comme dans les armoires du Front patriotique rwandais (FPR). Première victime, la vérité. “
J'ai vu un premier reportage sur la tuerie de Charonne, dans les années 1990.
Les images ont mis près de 30 ans à sortir des archives.
Alors ne désespérons pas d'avoir un jour une partie de la vérité.
Un jour où tout le monde aura oublié, un jour ou les responsables n'auront plus de risque de payer, , un jour ou tout le monde s'en fichera…
De makhloufi
retraité | 21H58 | 05/08/2008 |
Celà ne m'étonne pas ! Sous Miterand Il y a eu beaucoup de choses pas trés nettes et pas propres . Pas vrai les Socialistes ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ?
S'il y a commission d'enquéte , elle sera Russe ou chinoise ou tout les deux en meme temps . Et la vous allez avoir des surprises , je vous le promet .
De unagi
Fatalitas | 22H46 | 05/08/2008 |
ah makhloufi mon ami vous avez trouvé, le socialisme français responsable du génocide rwandais. le coupable est trouvé.
Je ne remets pas en cause la responsabilité miterrand mais voyons la composition de gvnmt en 1994 :
premier ministre balladur
affaires etrangeres juppé
défense leotard
que faites vous de votre retraite cher makhloufi, ne gaspillez pas votre temps comme ça, jouez aux boules ! ! ! !
De lievre
chercheur | 00H18 | 06/08/2008 |
La France, complice de génocide ?
Plus d'infos sur
la commission d'enquête citoyenne :
http://cec.rwanda.free.fr/
et son rapport :
http://cec.rwanda.free.fr/documents/Publications/horreur.htm
Le sujet est brûlant comme l'illustrent les nombreux commentaires sur Libération.fr, rue89.com, lefigaro.fr ou lemonde.fr qui vont parfois à la limite de la caricature :
» Il ne faut pas tomber dans le piège de ceux qui ont toujours voulu saboter la France et les français. […]. La preuve il nous est toujours demandé d'intervenir, en particulier en Afrique. »
« 800.000 tués à la machette, rien que ça. Vraiment les tueurs étaient des supermen et leurs victimes des moutons consentants. A quand la vérité sur ce mensonge orchestré par quelques officines américaines spécialisées ayant leurs antennes en Belgique. »
- « Mitterrand était très mal informé[…]. Quant à penser que Mitterrand a perpétré consciemment cette catastrophe, ça, non. »
« Je ne remets pas en cause la responsabilité miterrand mais voyons la composition de gvnmt en 1994 : premier ministre balladur, affaires etrangeres juppé, défense leotard. »
Pour décrypter le négationnisme français du génocide des tutsis
http://www.survie-alsace.org/
Des pistes pour comprendre :
- La commission d'enquête citoyenne est allée plus loin que la commission d'enquête parlementaire de 1998 http://cec.rwanda.free.fr/
- sur ce site, on y trouve la vérite sur l'implication de la France dans le génocide des Tutsis
- on peut compléter les sources d'informations
http://www.lanuitrwandaise.net/
Pour consulter des rapports belges, onusiens ou de l'union africaine :
http://cec.rwanda.free.fr/documents/rapports.htm
François Mitterand ? Pas au courant ? En tant qu'ami du feu président Habyarima, père d'un négociant en armes et gardien de la cellule africaine de l'Elysée, il était au centre des affaires. Un extrait du rapport de la Commission d'Enquête Citoyenne
http://cec.rwanda.free.fr/documents/Publications/Version-Html/d_lc23mars…
En juillet 1994 François Mitterrand est hospitalisé à Cochin. Son médecin et futur ministre, Bernard Debré, l'interroge : « La France a-t-elle continué de fournir des armes ? » Réponse : « Vous croyez que le monde s'est réveillé le 7 avril au matin en se disant : le génocide commence ? »
De Nicole Muchnik
Journaliste à Madrid | 11H33 | 06/08/2008 |
Malgré les démentis des gouvernements français successifs, nombreux sont les analystes indépendants, français ou autres, qui accusent Paris. Pour le général canadien Roméo Dallaire, commandant de la mission de l'ONU (MINUAR) en 1993-1994 et qui paya son séjour au Rwanda par 10 années de dépression clinique, les conseillers français de l'armée rwandaise « savaient nécessairement ce qui se passait. Ils étaient très bien informés sur la préparation des massacres ». Pour Patrick de Saint-Exupéry, l'un des rares à avoir couvert les évènements avec une éthique irréprochable - complété par les analyses et livres de François Xavier Verschave, Jean-Paul Gouteux, Medhi Bah, Michel Sitbon, David Servenay et Gabriel Périès, et le travail sérieux de la revue « La Nuit Rwandaise » - « les responsables français ont formé les assassins du génocide. Ils ont dispensé des enseignements stratégiques et tactiques à l'armée rwandaise ».
Le général Dallaire va plus loin : « Quelques jours après l'assassinat du président Habyarimana, nous avons vu en action des soldats au faciès européen vêtus des uniformes de l'armée rwandaise. Il y avait beaucoup de militaires français dans l'Etat Major de l'armée rwandaise et, en particulier, dans la Garde Présidentielle. Et ils sont restés jusqu'au bout ! » Dans « Kigali, des images contre un massacre », tous les interlocuteurs du journaliste J.C. Klotz affirment que les militaires français ont délibérément fait la sourde oreille aux appels désespérés des Tutsi.
Selon Linda Melvern, auteur d'une étude sur l'extermination, « le génocide fut parfaitement planifié. Il est difficile de croire que la préparation technique des massacres, pour lesquels il fut nécessaire d'acheter des milliers de machettes, n'ait pas attiré l'attention des 47 officiers français incorporés à ce moment dans l'armée rwandaise et placés sous l'autorité directe du gouvernement français. »
Selon l'agence rwandaise d'information (janvier 2008), deux documents secret défense ont été déclassifiés et exhumés des archives du ministère français de la défense. Dans le premier, le colonel Poncet, chargé de l'évacuation des Français résidant au Rwanda recommande « de ne pas montrer aux médias des soldats français s'abstenant de mettre fin aux massacres dont ils étaient les témoins ». Dans le second, le colonel Cussac, confirme que « dans l'armée française, on savait depuis le 8 avril que les massacres visaient les Tutsi ».
Georges Kapler, envoyé au Rwanda par la Commission d'Enquête Citoyenne pour interroger les rescapés, découvre, au fur et à mesure que les témoins parlent, l'implication directe de soldats français dans les évènements, et conclut qu'il lui est « impossible de ne pas considérer l'hypothèse selon laquelle le pays des droits de l'homme (la France) a conçu le plan d'extermination en plus de l'avoir facilité ». La CEC apporte aussi des informations effrayantes sur « la zone humanitaire sûre » placée sous contrôle français.
Subsiste-t-il quelque doute sur la nature réelle de la « guerre » du Rwanda ? La question est posée.