Des sociétés louent des voitures avec double commande aux candidats au permis. Un service légal, mais pas sans risques.

Découvrir les joies du créneau et de la priorité à droite sans moniteur assermenté sur le siège passager, sept jours sur sept, pour 40 % ; à 50 % de moins qu'en auto-école… C'est le pari de deux start-up lancées cette année. Permis-pas-cher et Permis-libre sont des loueurs de voitures un peu particuliers : leurs véhicules ont deux jeux de pédales et de rétroviseurs, et se louent à l'heure (environ 20 euros). Le contrat de location est signé par un « tuteur », qui accompagne l'apprenti et doit être titulaire du permis depuis au moins trois ans.
Ce nouveau marché s'appuie sur l'article R211-3 du Code de la route qui autorise à présenter le permis de conduire sans passer par la case auto-école. Pour être « candidat libre », il faut venir à l'examen pratique avec un véhicule-école homologué.
Apprentis en attente de date d'examen ou dégoûtés par les auto-écoles, conducteurs titulaires d'un permis de conduire étranger : autant de « candidats libres » pour qui la location d'une voiture-école est une aubaine.
Des apprentis qui finissent parfois au poste de police
Exemple : Armelle Daheron vient de décrocher son permis en « candidat libre ». En mai, elle loupe l'examen ; son auto-école lui propose une nouvelle date… dans douze mois ! Armelle ne veut pas attendre : elle s'inscrit en candidat libre dans le département voisin, la Saône-et-Loire, où les demandes sont moins nombreuses que dans le Rhône, et obtient une nouvelle chance le 17 juillet.
Elle loue une voiture chez Permis-libre, s'entraîne une dernière fois avec sa mère, et se présente à l'examen avec ce véhicule de location homologué. A la grande surprise de l'inspecteur :
« L'inspecteur n'était pas du tout habitué à ça. Il ne doit pas voir des candidats libres tous les jours ! “
Même les forces de l'ordre ignorent parfois l'existence d'une telle formule. Eric Monforte de Permis-pas-cher raconte :
« Sept de mes clients ont été arrêté par la police. L'un d'entre eux a été emmené au poste avec son tuteur pour “conduite sans permis de conduire'. J'ai menacé d'un recours devant le tribunal administratif, car ce que nous faisons est parfaitement légal ! Nous avons finalement reçu les excuses du commissaire.”
« Il faut se méfier de la qualité du tuteur »
Ni loueur de voiture traditionnel ni auto-école, la profession est très peu réglementée. Agnès Leone, de Permis-libre, remarque :
« Il y a des choses incohérentes : nous n'avons pas le droit d'avoir un panneau de toit [avec l'inscription auto-école, ndlr] ni d'utiliser l'autocollant “A” ou l'autocollant “conduite accompagnée'.”
Jusqu'à présent, tous les clients de Permis-libre et de Permis-pas-cher avaient déjà pris des leçons avec un moniteur d'auto-école. Permis-libre oblige d'ailleurs l'apprenti conducteur à avoir un minimum de 20 heures de cours.
Les associations de sécurité routière mettent néanmoins en garde. Emmanuel Renard, directeur de l'éducation et de la formation à l'association Prévention routière :
« On est très réservé. On pense que cela peut être un complément de formation, mais il faut se méfier de la qualité du tuteur : il est difficile de savoir à quel moment intervenir sur un véhicule double commandes. »
Une menace pour les auto-écoles ?
Les moniteurs et les patrons d'auto-écoles refusent d'y voir une concurrence. Tous semblent s'être passé le mot, et le même refrain revient en boucle :
« Notre profession n'est pas menacée, enseigner la conduite est un métier. Ces entreprises ne sont pas sérieuses : vous verrez qu'elles n'existeront plus d'ici neuf mois. »
Même si leur fonds de commerce vient essentiellement des apprentis mécontents des auto-écoles, Permis-libre et Permis-pas-cher tiennent un discours consensuel : pas question de faire la guerre aux auto-écoles. Eric Monforte :
« Ma stratégie n'est pas la mort des auto-écoles, mais la complémentarité. Ca me fait doucement rigoler quand on me dit que je suis une menace : j'ai cinq voitures, contre 24 000 voitures-écoles sur toute la France ! “
Le marché repose sur le bon vouloir des assureurs
Eric Monforte et Agnès Leone ont tous deux mis trois ans à monter leur boîte, au terme d'un parcours du combattant. Principale difficulté : trouver un assureur.
Permis-pas-cher et Permis-libre proposent une assurance tout risque. Mais tout dépend du montant de la franchise : Permis-pas-cher proposait pendant les premiers mois une franchise de 1 500 euros. Depuis, l'entreprise est rentable, et la franchise a baissé à 300 euros. De son côté, Permis-libre demande une franchise de 1000 euros.
Deuxième obstacle : trouver des véhicules double commande. Agnès Leone raconte :
« Au début, les concessionnaires rechignaient à me vendre des voitures-écoles, alors je les équipais moi-même. Mais cela coûte cher. »
Troisième difficulté : être crédible. Afficher un prix défiant toute concurrence ne suffit pas : il faut rassurer les apprentis qui connaissent peu la possibilité d'une candidature hors auto-école. Un inspecteur, membre du syndicat majoritaire Snica-FO se dit impartial :
« Il n'y a pas de quotas. Nous ne faisons pas de différence entre les candidats libres et les autres : les gens sont présumés prêts quand ils se présentent au permis. »
Les délais sont du ressort des préfectures, et certaines ont des listes d'attente à rallonge. Le rapport Lebrun (publié en mai 2008) pointe du doigt les fortes inégalités d'un département à l'autre (les délais s'échelonnant en moyenne entre un et six mois).
Le permis à bas coût, une idée en or
Permis-pas-cher est rentable depuis peu avec quelques 7 000 heures de location au compteur. Permis-libre compte plus de 170 clients et devrait être rentable dans six mois. Un business low-cost : peu de véhicules (respectivement cinq et trois), inscription et paiement sur Internet, un seul salarié.
Le concept fait des émules. Sur les forums, les nouveaux adeptes en discutent et se refilent les bons tuyaux. Mais les « précurseurs » sont là pour riposter contre les « copieurs ». Morceau choisi d'un message d'Eric Monforte, qui cherche à ouvrir des franchises d'ici la fin de l'année :
« Comprenez bien que soit vous prenez une franchise, et ce sera facile pour vous mais pas gratuit, soit vous vous débrouillez pour faire ce qu'on appelle communément une copie (…) Et comme le dit le proverbe : “Copié mais jamais égalé.'”
Le fondateur de Permis-pas-cher ne s'en cache pas : après l'ouverture de franchises, il cherchera à revendre son affaire au meilleur prix. Pourquoi pas à « un gros groupe de location de voitures ». Car ce n'est ni la première ni la dernière entreprise qu'il crée. Pour ces loueurs de voitures un peu particuliers, l'apprentissage de la conduite est une marchandise comme une autre.


























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De Lade
13H54 | 04/08/2008 |
D'ici l'année prochaine, avec la future réforme du permis de conduire, sera prévue après la formation « normale » en auto-école, une phase d'acqusition d'expérience qui permettra à l'apprentit conducteur, de conduire sa voiture (seul ou avec un accompagnateur avec des modalités précises si c'est seul : pas d'alcool, pas de nuit, pas de passager…) pendant une période à déterminer (probablement entre 3 et 6 mois) de manière à acquérir un peu d'expérience avant l'examen, seul gage d'une augmentation significative du taux de réussite (et de sa compétence de futur conducteur).
On peut prévoir un taux de réussite à l'examen autour de 70% pour ces candidats alors que le tx de réusite actuel pour des formations traditionnelles est inférieur à 50% (hors conduite accompagnée).
On peut donc dors et déjà prevoir la fin de ces starts-up, puisqu'il ne sera plus utile de louer une voiture pour consolider sa formation, il suffira d'utiliser celle de ses parents ou de l'un de ces proches.
Je comprends mieux pourquoi la volonté du fondateur de « permis pas cher » est de revendre son affaire rapidement à un grand groupe, c'est tout simplement qu'elle ne sera bientot plus viable !
De VinceDeg
étudiant | vincedeg.nolizard.org | 14H46 | 04/08/2008 |
En 2004, quand j'ai passé mon permis, il y avait une formule intelligente de « stage intensif » qui permettait d'avoir son permis rapidement et avec un bon taux de réussite. Pendant une semaine, on avait tous les jours des cours de code mélangés à des cours pratiques sur automatique. Après avoir passé le code, suivait une deuxième semaine de conduite, à trois dans une voiture + un instructeur.On avait ensuite une date très rapidement, et voilà le permis en poche.
C'était assez efficace, le fait d'avoir des vrais cours de code et des journées entières de conduite marchait bien, c'était légèrement plus cher mais ça valait le coup. Surtout, ça ne traînait pas pendant deux ans, on ne nous obligeait pas à prendre des cours de conduite supplémentaire hors forfait à 50€ l'heure pour avoir une date.
Cette formule à été, à ce qui paraît, récemment interdite. Quelqu'un sait pourquoi ?
De randrian
enseignant | 17H12 | 04/08/2008 |
Quoiqu'il en soit,tant que le permis sera considéré comme un droit et non pas un resultat d'examen ,les auto ecoles vereuses et autres artifices telles que les locations de voiture ecoles auront de beaux jours devant eux.
Je m'explique…
L'auto ecole doit si elle se respecte,ENSEIGNER la conduite et non pas BACHOTER pour le permis.
Avec une telle optique,il est clair qu'un candidat peut objectivement savoir s'il est au niveau ou pas,surtout si les exigeances de son formateur ont été clairement etablies tout le long de la formation
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Malheureusement,dans une société ou l'apologie de la facilité de la non chalence et de l'approximatif ont été poussés à leur paroxysme pour CONSOMMER à tout va,la plupart des candidats croient toujours au père noel en pensant « decrocher le permis » rapidement et pour pas cher…. il en resulte alors des proies idéales pour les auto ecoles sans scupules et autres « con“frères …..
D'autant plus que si les bases essentielles de la conduite ne sont pas PARFAITEMENT maitrisées(Etapes 1 et2)),la suite de la formation peut etre fortement remise en cause,surtout si l'on sait que que les critères d'analyse,d'observation et de prise de decision doivent faire la difference.
Ceci dit,ces trois derniers criteres cités sont encore liés au temperament de chacun ainsi qu'à l'éducation parentale(un assistanat trop envahissant ne developpe en rien les prises d'initiatives,ce qui se ressent inéluctablement en conduite).
Le système actuel de l'apprentissage de la conduite a pour point fort la mise en valeur de l'osmose qui peut exister entre un eleve ayant la SOIF d'apprendre et un moniteur COMPETENT,et le resultat est la quasi absence de délai d'attente interminable…(sans ma vanter,j'oscille à 65%de réussite en première presentation et un delai d'attente de 2 mois pour les B2)
Quant à la gratuité de l'enseignement de la conduite,avancer une telle optique releve de la méconnaissance complete de l'état des finances publiques.
Avec un etat deficitaire dont la priorité est de reduire les couts,croyez vous que l'on va se permettre de basculer l'enseignement de la conduite dans le domaine public ?
penser formation et non pas permis,vous serez surpris du niveau de competence de certains ‘confreres…..