Je n'ai guère l'espoir de pouvoir convaincre tous ceux qui interviennent sur les divers sites internet pour exprimer leur absolue certitude que ni Siné ni ses écrits ne sont antisémites. A les lire, le seul objet de la vindicte du dessinateur serait l'arrivisme (peu contestable, en effet) de Jean Sarkozy.
Que Siné utilise la thématique du rapport des juifs à l'argent et au pouvoir est sans pertinence à leurs yeux. D'ailleurs, clament-ils, nombreux sont les juifs (y compris des intellectuels éminemment estimables comme Edgar Morin) pour soutenir ce point de vue. Argument un peu court, comme nous l'enseignent, à la fois, l'histoire des persécutions et la psychologie humaine.
Terrorisme intellectuel contre assignation identitaire
Et, alors que l'on nous répète que déceler de l'antisémitisme dans les écrits de Siné n'est que le reflet, dans le meilleur des cas, de la paranoïa des juifs et, dans le pire, du terrorisme intellectuel qui interdit à quiconque de critiquer les juifs ou Israël, je souhaiterais faire part du constat symétrique inverse : il est aujourd'hui quasiment impossible de ne pas être disqualifié a priori lorsque, en tant que juif, on ne prend pas la peine de préciser toute la distance qui nous sépare soit de la politique israélienne, soit de la pratique et/ou de la foi religieuse juives. N'est-ce pas une assignation identitaire paradoxale, totalement inadmissible ? Je lis Charlie Hebdo depuis de très nombreuses années et j'affirme avec vigueur que l'antisémitisme de Siné ne fait aucun doute à mes yeux. Je remarque avec effarement que la plupart des défenseurs du dessinateur (y compris les meilleurs d'entre eux, comme François Reynaert) se contentent de commenter la phrase sur Jean Sarkozy. Mais cette méthode néglige le caractère récurrent de la passion antijuive de Siné.
C'est pour l'ensemble de son œuvre qu'il mérite l'épithète infamante. S'il a pu, si longtemps, exprimer son ressentiment, il conviendrait plutôt de louer la tolérance de Philippe Val (qui s'est limité à dire, de temps en temps, son profond désaccord), plutôt que de vouer aux gémonies sa réaction présente.
Il est vrai que l'on pouvait interpréter les diatribes de Siné comme des manifestations d'antisionisme radical. Léon Poliakov tenait énormément à ce que la distinction conceptuelle entre antisémitisme et antisionisme soit conservée et il avait évidemment raison. Ce ne sont pas les réactions nauséabondes lues ici et là qui doivent nous conduire à renoncer à cette distinction. Il existe cependant un antisionisme démonologique qui transforme les Israéliens en nazis, permettant ainsi de faire l'économie de la culpabilité occidentale liée à l'abandon des juifs durant le génocide hitlérien.
C'est dans cette perspective qu'il faut lire Siné. Le 27 février dernier, il laissait entendre que les juifs sont franchement inexcusables car, lorsqu'ils détestent les Arabes, ils « se conduisent comme leurs anciens oppresseurs ». Quels sont les « anciens oppresseurs » auxquels il est difficile de ne pas songer ? Les juifs se comportent donc à l'égard des Arabes comme les nazis à l'égard des juifs. Ce jour-là, Siné franchissait un pas supplémentaire dans la stigmatisation des juifs.
En effet, alors que d'ordinaire il se contentait de parler des Israéliens, il réunit désormais l'ensemble des juifs dans une supposée haine des Arabes. Dans l'article du 2 juillet, la focalisation sur les juifs est tellement aveuglante que j'ai quelque scrupule à la démontrer. Après avoir évoqué la conversion (fausse, ce détail ne semble pas gêner grand monde) de Jean Sarkozy, Siné rappelle les malversations (réelles) d'Olmert, et le soutien de dix-neuf députés de gauche pour lui éviter la taule.
Traduisons : en Israël, même la gauche est pourrie (les lecteurs d'Haaretz et les militants de Shalom Arshav apprécieront). Autrement dit, la recherche de l'intérêt coule dans le sang juif (là, je le sens bien, mon sort est scellé : j'ai perdu toute crédibilité et ma place en hôpital psychiatrique, en tant que paranoïaque, est réservée). Et par quoi termine notre défenseur de toutes les minorités persécutées (d'où ses amitiés avec Dieudonné et Vergès ! ) ? Par une confession invraisemblable : « Moi, honnêtement, entre une musulmane en tchador et une juive rasée, mon choix est fait ! » (la phrase précédente ne laissant aucun doute sur le sens de ce choix).
Chez Siné, le sexisme est un rival sérieux du racisme
Si le racisme est la chose du monde la mieux partagée, le sexisme est, chez Siné, un rival sérieux. Le 27 février déjà, lénifiant et infantile, il ne craignait pas de nous avouer que les bêtises de Rama Yade sont beaucoup plus excusables que celles de Christine Boutin, tout simplement parce que, si l'on en croit Guy Bedos, « elle est en chair plutôt qu'en os ». Effarant, non ? Bien entendu, cher lecteur, j'appartiens à ce « milieu » que stigmatise Delfeil de Ton dans le Nouvel Observateur, « milieu » (mafia ? ) qui comprend tous ceux qui savent, dans leur esprit et dans leur chair, que Siné charrie les pires stéréotypes antisémites.
Mais peut-être faut-il laisser, comme l'écrivait récemment dans Libération un journaliste américain, le ressentiment, voire la haine, s'exprimer librement. Cela constituerait un véritable exutoire pour tous ceux qui, défendant une vision conspirationniste, sont persuadés que les juifs « tiennent » les médias et, en même temps, cela scierait la branche sur laquelle ils sont aujourd'hui confortablement installés. C'est un véritable sujet de débat.





















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De Valdo Lydeker
journaliste, auteur | 19H19 | 30/07/2008 |
Coment ne pas s'étonner que l'accusation d'antisémitisme vise systématiquement l'extrême gauche (en amalgamant au passage un vieil anar comme Siné, qui n'a rien à voir, avec Dieudonné et les Ogres)…
Je constate (comme l'a fait avant moi Sébastien Fontenelle dans un excellent livre que Renaud Camus ou Raymond Barre sont laissés trés tranquilles par les accusateurs de Siné !
Quant à la phrase qui lui vaut son exclusion… Elle a pour particularité de viser Jean Sarkozy, et non une communauté ni même pour une fois chez Siné) une religion !
Faire le constat que Mlle Darty est une riche héritière, c'est donc renouer avec le vieux préjugé sur les Juifs et l'argent ?
En ce cas, Albert Cohen dans Mangeclous est redoutablement antisémite !
De Alain59
19H42 | 30/07/2008 |
« Que Siné utilise la thématique du rapport des juifs à l'argent et au pouvoir est sans pertinence à leurs yeux »
Où avez-vous lu ça dans le texte de Siné, qui reprend presque mot pour mot l'info donnée par le président de la Licra, en y ajoutant juste une pique contre l'arrivisme de Jean Sarkozy (que vous ne niez pas) ?
« j'affirme avec vigueur que l'antisémitisme de Siné ne fait aucun doute à mes yeux »
S'il est antisémite, et puisque vous lisez Charlie Hebdo depuis de nombreuses années, et puisque vous êtes si sensible au moindre de ses dérapages, il doit être pour vous également au moins autant antimusulman, anticatho, antifemmes, antihomos, je suppose. Mais d'une part, vous n'en parlez pas, d'autre part, ça devrait rendre cette accusation d'antisémitisme plutôt bancale, moins pertinente, non ?
« C'est dans cette perspective qu'il faut lire Siné » C'est votre perspective, je ne me sens pas obligé de vous suivre.
Il critique les juifs qui détestent les arabes, et seulement ceux-là je suppose. Parce qu'il devrait les féliciter ? Vous dîtes en plus « il laisse entendre ». Permettez que j'attende de savoir ce qu'il a dit exactement. Je suis un peu méfiant maintenant, vous me comprendrez j'espère. Vous auriez pu le citer. Vous ne l'avez pas fait. J'en conclus qu'à la lecture, ça ne devait pas être aussi évident, et qu'au lieu du texte, vous avez préféré appporter votre interprétation toute cuite.
« Après avoir évoqué la conversion (fausse, ce détail ne semble pas gêner grand monde) de Jean Sarkozy »
Demandez des comptes au président de la Licra.
« Traduisons » Encore un qui veut nous apprendre à lire à sa façon.
« “ Moi, honnêtement, entre une musulmane en tchador et une juive rasée, mon choix est fait ! ”
Entre deux pratiques intégristes, la première pour lui est moins extrême, c'est une opinion qui se défend selon moi.
Pour le sexisme, si c'est tout ce que vous avez trouvé. A la rigueur si ça était dit sérieusement, mais si c'est sur le ton de l'humour, alors qu'est-ce que vous devez penser de la télé, des pubs ?
De Le Yéti
yetiblog.org | 22H04 | 30/07/2008 |
« ANTISÉMITISME »
Ce mot, à force d'avoir été galvaudé à tort et à travers, sur-exploité à propos de tout et de n'importe quoi, ce mot-rempart, ce mot-caution, ce mot qui tente de cantonner le champ de l'intolérance et du rejet à une seule communauté, à l'exclusion de toutes les autres, ce mot qui devrait être employé avec la plus infinie des pudeurs, à l'inverse de l'utilisation nauséabonde et inquisitoriale qu'en fait ce M. Policar dans sa tribune, est en train de s'effondrer comme un fruit trop mûr, un légume blet, vidé de sa substance et de son sens.
Pour ma part, plus jamais je n'emploierai ce qualificatif. Plus jamais, je ne m'y attarderai. J'en ai quelques autres dans ma besace, du même tonneau, qui ont le mérite d'inclure dans le même champ, à part égal, tous les exclus, tous les persécutés, tous les suppliciés : les juifs, les roms, les noirs, les métèques, les bougnoules, les sans-papiers… Des mots âcres qui, au moins, ont gardé tous leurs sucs et leur signification : exclusion, rejet, racisme, intolérance, sectarisme, haine, bêtise…
Le Yéti (dont la femme et les enfants sont juifs par leur grand-père, mon ami si cher qui porta toute sa vie durant, sur son avant-bras, le numéro infamant de son passage à Auschwitz).
De Ehim
ehim.over-blog.com | 21H32 | 30/07/2008 |
Cet article essaierait-il de nous convaincre que tout le monde est anti-sémite, même certains juifs ?
A force de vouloir en faire trop, on se ridiculise et on décribilise la cause qu'on veut défendre.