A debattre

En Italie, la photo des Roms qui fausse l'histoire

L'histoire s'est déroulée samedi dernier, sur la plage de Torregaveta, au nord de Naples. Il fait chaud, la mer est assez agitée et les baigneurs nombreux. Parmi eux, un groupe de quatre jeunes filles roms qui ne savent pas bien nager. Soudain, une vague emporte les deux plus jeunes qui disparaissent. Quelques minutes plus tard la Méditerranée rejette les corps sur la plage. Violetta, 12 ans et Cristina, 13 ans, sont mortes noyées. Un banal fait divers d'été.

Le lendemain matin, dimanche 20 juillet, le journal napolitain Il Mattino, fait sa Une sur l'événement avec une photo et une légende incroyables.

Une du journal Il Mattino du 20 juillet 2008.

Le texte accompagnant la photo, page 43, explique que personne n'a appelé les secours. Et que les vacanciers ont sagement continué à vaquer à leurs occupations :

« Les corps, couverts d'une serviette de bain, sont restés trois heures sur la plage. Et pendant ce temps-là, les gens continuaient à prendre le soleil. »

Repris dès le lendemain par toute la presse, l'histoire fait scandale. Depuis plusieurs mois, les Roms font l'objet d'une surenchère nauséabonde dans la vie politique italienne. Des tentatives de chasse à l'homme ont eu lieu dans quelques villes, des campements gitans ont été incendiés. Le 25 juin, le gouvernement de Silvio Berlusconi a décidé de ficher les Roms en collectant leurs empreintes digitales. Mesure retoquée le 10 juillet par le Parlement européen, qui estime ce recensement discriminatoire.

L'interprétation du fait divers suscite de nombreuses réactions au sein de l'Eglise. Le cardinal Sepe, archevêque de Naples, déclare ainsi que :

« Cette scène terrible fait plus mal que tout ce que l’on a vu pendant la crise des déchets de Naples. »

The Independent : « La photo qui fait honte à l'Italie »

Sur le site de The Independent.Mardi 22 juillet, l'info est dans The Independent, sous la plume de son correspondant à Rome. Le quotidien britannique titre :

The picture that shames Italy

La photo qui fait honte à l'Italie. Dans son article, Peter Popham fait une synthèse des faits, en ajoutant une nuance à l'attitude des vacanciers :

« D'autres sources indiquent que les sauveteurs d'une plage privée voisine ont tenté de leur venir en aide, en vain. »

Mais rien n'y fait, les Italiens sont décidément d'incorrigibles salauds :

« C'est le genre de tragédie qui peut arriver sur n'importe quelle plage. Mais ce qui s'est passé ensuite a stupéfait l'Italie. Les corps des deux filles ont été déposés sur la plage ; leurs sœur et cousine ont été emmenées par la police pour prévenir les parents. Une âme pieuse a donné une paire de serviettes pour préserver la plus élémentaire décence. Puis la vie de plage a repris son cours. Cette indifférence a été interprétée comme la preuve choquante que de nombreux Italiens n'ont désormais plus aucun sentiment humain pour les Roms, alors que les communautés vivent côte à côte depuis des générations. »

Fermez le ban. Le lendemain, le Haut commissariat aux réfugiés de l'ONU se dit « indigné » par l'indifférence des baigneurs. Honte aux vilains Italiens ! Selon le photographe, une affaire gonflée par les journaux

Vu par Audrey Cerdan, la photographe de Rue89
« Que voit-on à l'image ? La netteté est faite sur deux corps recouverts par des serviettes de plages, au premier plan. Au second plan, deux personnes assises, qui bien que floues et en retrait, sont extrêmement présentes. Le « truc » photographique est simple. L'utilisation d'un objectif à longue focale (qui permet de photographier de loin), permet à lui seul un effet de sens criant sur l'image. En effet, pour de pures raisons optiques, ce type d'objectif fait systématiquement apparaitre l'arrière plan beaucoup plus proche qu'il n'est en réalité. Le choix technique du photographe, en faussant les rapports de distance réels, est donc déterminant, particulièrement ici. Car rien qu'avec ce rapport de distance modifié, il confère un sens tout à fait particulier à cette image, y donnant à voir de façon accentuée l'indifférence des vacanciers présents sur cette plage italienne. »

Seulement voilà, après cinq jours de hurlements médiatiques, l'auteur de la photo -le photographe professionnel Alessandro Garofalo- corrige légèrement la première version de l'histoire dans une déclaration à l'Agence France Presse, estimant que l'affaire a été « gonflée » par les journaux :

« J'avais pris plusieurs photos, certaines montraient des vacanciers vaquant à leurs occupations. Sur les autres, on voyait des personnes qui se sentaient visiblement concernées, ou qui aidaient à transporter les cercueils.
Sur les photos qui ont été choisies par les journaux du monde entier, on ne voit que des personnes indifférentes. En réalité, la moitié des personnes présentes se comportait comme si de rien mais de nombreuses personnes ont quitté la plage après le drame ou apporté leur aide.
J'ai pris les photos avec un téléobjectif moyen, ce qui donne l'impression que les gens se trouvaient plus près des corps qu'ils n'étaient en réalité. Ils étaient à une dizaine de mètres. »

Enfin, il tord le cou à la légende de l'indifférence :

« Plusieurs vacanciers se sont jetés à l'eau pour sauver les deux jeunes filles qui ne savaient pas nager et ont ensuite couvert leurs corps. »

Enfin, précise-t-il, les corps sont restés environ une heure sur la plage, en attendant l'arrivée des cercueils. Bien que complètement fausse, l'histoire aura au moins eu le mérite de faire réfléchir sur la perception des Roms, en Italie et ailleurs.


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Mon-Al | grand-mère indigne mais plus aussi nulle...
16H22 26/07/2008
Il y a quelque années, sur la plage d'un plan d'eau près de chez moi, j'étais avec des amis et nos enfants. Un homme, allongé à côté de nous, la tête recouverte d'un journal, semblait dormir... au bout d'un long moment, nous nous sommes posé des questions : immobile, sous le soleil, c'était dangereux. Nous avons tapé sur le journal, sans réponse, puis soulevé le journal : l'homme était indiscutablement mort !!! Et celà depuis un bon moment (selon les pompiers appelés). Ce n'était pas de l'indifférence à autrui, mais tout simplement le respect envers une personne que l'on croyait endormie. La photo en question a été prise avec d'autres en attendant l'arrivée des cercueils. C'est celle-ci qui a fait le tour des journaux ... la soif de sensationnel ...
 
Ferdinand.Bardamu
18H03 26/07/2008
La presse va toujours dans le sens du vent, en amplifiant/déformants les faits pour les faire coller au plus près à l'état d'esprit ambiant, à la manière, en quelque sorte, d'un(e) super concierge mégalomane. Découvre-t-on une affaire de pédophilie ? tout le monde est suspecté de pédophilie, y a-t-il quelques actes antisémites ? l'antisémitisme est partout, recrudescence des accidents sur la route ? les gens roulent trop vite ou il est temps de bannir complètement l'alcool, quelques signes de décroissance du marché immobilier ? il va sombrer corps et âme avec sa bulle etc. Il faut entendre le ton sur lequel les journalistes de TV/radio commentent leurs reportages : un ton qui ne souffre pas le doute, quel que soit le sujet et même s'ils disent de grosses bêtises ou font de la propagande. L'épisode qui me revient en mémoire est un sujet commenté par une journaliste (BFM), qui était censé nous expliquer les conséquences de la modification de constitution. C'est bien simple : que des avancées, que du bonheur :-). Quand je pense aux millions de gens qui n'ont que cela comme source d'information, et qui, le ton sur lequel les choses sont dites, croient cette propagande au pied de la lettre, cela me fait flipper...Leur ton me fait aussi parfois penser à un bon élève, au tableau, en train de réciter sa récitation, qu'il/elle à apprise par coeur. Une autre technique aussi, faire croire au quidam que l'on en sait beaucoup plus, en posant une question ouverte en fin d'article. Exemple : déclin du marché immobilier, sauf à Paris. "Pour combien de temps encore ?" interroge le/la journaliste.....brrrr on en tremble :-) Enfin bon, ce que j'en dis. J'y suis sensible et cela m'horripile, c'est pour cela que j'en parle.
 
Voyageur
18H32 26/07/2008
De l'interprétation qu'en font les journalistes..... Ils disent et ils montrent ce qui les arrange ou ce qui peux leur rapporter le plus, en cash ou d'un point de vue politique. Car pour un photographe qui rectifie le contexte et nous permet de comprendre la manipulation, combien au travers de leurs photos, reportage, film, nous ont fait prendre des vessies pour des lanternes. Quelle remise en question il vous reste a faire messieurs les "journalistes"
 
Claude PELLETIER | Retraité dans son jardin
19H19 26/07/2008
Comment évalue-t-on le degré d'empathie des gens sur une échelle qui va le l'indifférence à la compassion en les observant ? Je ne sais pas. Comment la photo montrerait-elle ce qui se passe en eux ? Que penser de ces gens sur la plage qui ont l'air de continuer à faire ce qu'ils faisaient avant la noyade. Ils semblent léthargiques, je les imagine plongés en eux-mêmes. Que l'on me prouve le contraire. Je crois savoir que la majorité des personnes confrontées à la mort se mettent à penser à la leur. Je veux bien adhérer à votre vision de l'Italie avec ces électeurs qui ont voulu à nouveau le parrain de leur téloche et avec une Italie qui a besoin d'immigrés mais se révèle incapable d'accueillir. Que se passe-t-il dans la tête de personnes qui suivent l'enterrement d'une vague connaissance ? Pourquoi marche-t-on la tête basse ? Pourquoi s'être habillé en noir ? Pourquoi faut-il suivre un rite, respecter des usages ? Le malheur et la mort. Que se passe-t-il dans la tête du piéton que l'on voit contourner un premier malheureux sur le trottoir ? Et quand il en a vu plusieurs ? Comment en parler ! Et dans les stades de foot, ne continue-t-on pas à fouter alors que quelqu'un vient de mourir comme un gladiateur dans l'arène ? Certes on attend que le corps soit sorti du terrain. Pour finir, un vieux souvenir de qq chose qui m'avait révulsé. Il me semble bien que les spectateurs avaient continué à se régaler, crier, applaudir leur équipe de foot sur le stade du Heysel (Belgique) malgré des dizaines de victimes …
 
Beltane | militante associative pour les droits de...
19H38 26/07/2008
Je pense que ce n'est malheureusement pas seulement d'indifférence dont il s'agit ici mais de discrimination, racisme et xénophobie; le tout dirigé contre la nation Rom, qui depuis des siècles, est stigmatisée et oubliée... Je parle en connaissance de cause puisque je me bats chaque jour pour cesse cette discrimination; et je confirme que la France n'a rien à envier à l'Italie ou du moins à certains de ses dirigeants nostalgiques de la période fasciste !!! Que devient l'Humanité ? Un grand pas en arrière est en train de se produire et, malgré les multiples signaux d'alarmes que l'on voit s'allumer partout dans le monde, il n'y a que trop de personnes, à mon gout, qui osent s'insurger contre le non respect des droits de l'Homme !!! Il est temps que l'on redevienne HUMAIN !!
 
Ferdinand.Bardamu
09H19 27/07/2008
Cette histoire d'indifférence me fait marrer. Et alors quand on voit un accident sur la route, que faudrait-il faire, quitter la route en laissant sa voiture là ? Ridicule. D'autant que quand il y a un accident, cela provoque un ralentissement parce que les gens ....regardent en passant. Pas sûr que cela soit par compassion cependant mais plutôt par voyeurisme. Et oui, l'humanité est comme cela : lâche, généreuse, petite, grande, héroïque, poltronne, ... tout cela en même temps... Moi ce qui débecte c'est qu'internet est en train de se transformer en un vaste tribunal populaire où la vox populi se déchaîne. Et la voix du peuple hein...vous voyez ce que je veux dire.. Pas sûr que si un référendum sur la question était organisé aujourd'hui, la peine de mort serait abolie...mais pas sûr du tout...
 
Bon Scott
09H38 27/07/2008
Un matin de l'hiver 1976,, j'allais avec deux copains de classe au collège Henri IV à Poitiers, pour s'y rendre, nous descendions la rue Louis Renard et à cet endroit, il y a un square (Magenta) ou se retrouvaient des clochards (pas méchants pour deux sous, ils buvaient beaucoup, certainement pour oublier leur condition et peut-être rêver d'une autre vie ), donc ce matin la, il y avait un clochard qui était allongé en bordure du square dans les buissons derrière les grilles en fer forgé, il était malheureusement mort de froid. Les parents d'élèves qui accompagnaient leurs progénitures ne se souciaient pas de cette personne, nous entendions simplement " t'as vu, il est mort ?! " et les gens ne se posaient pas plus de questions, l'indifférence quoi ! Nous étions tous les trois stupéfaits de ces attitudes d'indifférence, nous sommes allés voir le Sous directeur Mr Ferru, qui lui a appelé les différents services concernés (Pompiers, Flics, ...) . Depuis ce temps là, ça ne me surprend pas l'indifférence des gens devant ce type d'évènement