Sur le terrain

Cambodge: le Parti des droits de l'homme, outsider des urnes

(De Phnom Penh) Kem Sokha s’est toujours revendiqué comme l’un des champions des droits de l’homme au Cambodge. Il y a un an, il a renoué avec ses premières amours : la politique. Son Parti des droits de l’homme (PDH) est l’une des onze formations en lice pour les législatives de dimanche.

Ce parti, explique-t-il, "n’est pas le fruit du hasard". Durant cinq ans, Kem Sokha a diffusé ses idéaux et expliqué aux citoyens leurs droits lors de forums publics organisés aux quatre coins du Cambodge : "200  000  habitants ont signé une pétition pour que je crée un parti politique."

Il les a écoutés. Son retour sur la scène politique intervient après une prise de distance avec le parti Sam Rainsy (PSR), principale formation d’opposition, ce risque, prédisent certains, de diviser cette dernière et de renforcer le parti du Premier ministre Hun Sen, le PPC.

"Alors, on vote pour qui ? Le numéro 11, 11, 11, 11… ! "

Dès l’aube, des supporters tout de jaune et de vert vêtus se retrouvent au quartier général du parti, dans l’arrondissement de Tuol Kork, au nord-ouest de Phnom Penh. Ils se préparent à aller porter la bonne parole en province. Installés en bon ordre dans des camions, ils n’attendent plus que leur chef.

Kem Sokha, leader du Parti des droits de l'homme, en campagne à Pnom Penh (Chor Sokunthea/Reuters).Kem Sokha apparaît et annonce :

"Aujourd’hui, on va à Kompong Speu. On parlera de pauvreté, de conflits fonciers, d’inflation et du péage, les principaux problèmes des habitants de cette province ! "

Puis il s’engouffre dans un 4x4 noir arborant son portrait. Le convoi s’ébranle, progressant à un rythme d’escargot, ce qui permet à des militants de descendre en marche pour distribuer des tracts et scander quelques slogans.

En banlieue de Phnom Penh, ils croisent une longue file d’ouvriers. Des militants s’arrêtent pour les haranguer :

"Il faut changer, n’est-ce pas ? Alors, on vote pour qui ? Pour le Parti des droits de l’homme ! C’est quel numéro ? Le numéro 11, 11, 11, 11… ! "

Convaincre les électeurs des autres partis, déçus de la politique

Le président du PDH espère décrocher une partie des 123 sièges de députés. Devant ses candidats et supporters, réunis mardi à son siège, il déclarait que le PDH avait su rallier près d’un million de déçus d’autres partis, "en proie à des querelles internes", et d’indécis.

"Il faut redonner confiance aux électeurs, aller à leur rencontre. Les cinq ans que j’ai passés à sensibiliser les habitants à leurs droits [alors qu’il était à la tête du Centre cambodgien des droits de l’Homme, ndlr] ont vraiment aidé notre campagne ! "

L’atout que met en avant Kem Sokha est le fonctionnement "démocratique" de sa structure, dont la direction est aux mains d’un quatuor aux parcours personnels différents, qui se partagerait le pouvoir de manière équitable : Kem Sokha, Son Soubert, Kéo Rémy et Pen Sovann.

Hun Sen favori


Le parti du premier ministre Hun Sen, au pouvoir depuis 23 ans, est le grand favori, sans surprise, de ces élections législatives. Le Parti du peuple cambodgien (PPC) de Hun Sen dispose d’une organisation particulièrement efficace jusqu’aux villages les plus reculés du royaume ; il contrôlait 73 des 123 sièges dans l’Assemblée sortante. La principale formation d’opposition —le Parti Sam Rainsy (PSR) de l’ancien ministre des Finances du même nom— devrait arriver en seconde position. Plus de huit millions d’électeurs sont appelés aux urnes dimanche.

"On veut faire de notre parti un exemple pour les autres", clame fièrement Kem Sokha. Et pour prouver que le PDH n’est pas le parti d’un seul homme, il prône dans son règlement intérieur la limitation à deux du nombre de mandats de président.

Une mesure qu’il veut également voir appliquer au mandat du Premier ministre du Cambodge, et qui "reçoit le plein soutien des habitants, las de voir la même personne rester aux commandes du pays. Les Cambodgiens aspirent au changement ! "

Une récupération politique du combat pour le respect des droits de l’homme ?

Financé en grande partie par des dons de la diaspora cambodgienne, le PDH, qui présente des listes dans 21 provinces et municipalités du royaume, s’est vite établi dans le paysage politique. Dans la société civile, certains s’agacent qu’un parti s’approprie l’expression "droits de l’homme" à des fins électorales. Face à ces critiques, Kem Sokha joue l’innocent :

"Cela fait plus de cinq ans que je travaille sur le dossier des droits de l’homme, ce n’est donc pas de l’usurpation ! Et notre parti s’est donné pour mission d’aider les habitants dont les droits ont été violés par les autorités ou par des riches. Les autres organisations devraient au contraire se réjouir des accomplissements de notre parti."

Les hauts-parleurs accrochés aux véhicules du PDH crachent en boucle les discours de Kem Sokha. Les habitants tendent l’oreille, cette voix leur est familière. Pour Mme Bun, une vendeuse du marché de Kompong Speu :

"Ce qui me plaît chez lui, c’est qu’il parle des droits des citoyens et de la corruption qui aggrave notre niveau de vie. Notre quotidien est devenu difficile, tout est cher. J’aimerais que la situation change ! "

De l’autre côté de la route, Mme Ry et son mari ont arrêté leur moto pour écouter les discours. Elle aussi découvre pour la première fois le visage du loquace Kem Sokha. "Ce sont de belles paroles, mais que fera-t-il une fois élu ? "

"Il sait s’y prendre pour expliquer aux habitants leurs droits"

Heng Touch a travaillé cinq ans comme agent d’information pour le Centre cambodgien pour les droits de l’Homme (CCDH), l’ONG de Kem Sokha. A force de suivre son président sur le terrain, il s’est passionné pour ses discours "raisonnables et cohérents".

"Il sait s’y prendre pour expliquer aux habitants leurs droits alors que les gens au pouvoir ne pensent qu’à leurs propres intérêts. La population s’appauvrit au Cambodge. Le PDH, c’est notre dernière chance ! "

Mlle Panha, une étudiante en comptabilité, compte parmi celles et ceux qui ont appelé de leurs voeux la création d’un parti par Kem Sokha :

"En tant que directeur du CCDH, il ne pouvait qu’expliquer et dénoncer, c’est tout ! Les autorités et le gouvernement ne s’occupant pas des problèmes des habitants, il était plus judicieux qu’il crée son propre parti puisqu’il a pu voir de ses yeux les difficultés rencontrées par ses concitoyens. S’il a du pouvoir, il pourra alors intervenir en leur faveur".

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FabiendeMénilmontant | journaleux - blogueur
09H07 26/07/2008

On dirait un Duhamel en photo !

 
Phil2922 | Retraite invalidité
11H08 26/07/2008

Je me méfie des politiques qui mettent en avant les droits de l’homme aussi facilement avec des mots, des discours de campagne. Ce matin, j’ai entendu Sarkozy expliquer la présence des militaires français en disant qu’ils étaient là pour défendre les femmes bafouées par les islamiques, pour défendre les droits de l’homme en général. Il est « too much » le sarko, alors qu’en France les prisons sont surpeuplées avec de petites peines, des gens qui attendent d’être jugées et que le taux de récidive des personnes incarcérées en france est de plus de 70%, les centres de rétention se remplissent allègrement, nos libertés sont encore attaquées avec le fichier Edvige…. Et notre président de la république parle de droits de l’homme…!! Il est trop fort et le pire c’est que ça marche, au moins avec les anciens…!! (Pas tous, j’en connais de biens…!!)

http://phil195829.overblog.com

 
Phil2922 | Retraite invalidité
11H10 26/07/2008

Excusez-moi, j’ai fait un oubli dans mon précédent comm: Sarkozy parlait de l’Afghanistan…!

 
thoughtthrow
11H20 26/07/2008

Quand j’ai vu le logo K7 j’ai cru qu’on parlait du label de musique et peut-être du dernier Herbaliser.
http://www.k7.com/welcome.php
http://godbeit.blogspot.com/
Vite fait comme ça il a un petit côté chavez, en moins megalo quand même (pour le moment)!

 
John Vink | Photojournaliste
14H05 26/07/2008

« Kaset " en Khmer signifie " journal ».

 
thoughtthrow
14H37 26/07/2008

merci pour la précision.

 
Chipek
11H47 26/07/2008

En direct du Cambodge, il faut voir cote a cote un Hummer a xxxxxxx dollars et un pauvre petit mome qui fait la manche pour mesurer le gouffre qui separe les nantis du tout petit peuple … C est carrement la fosse des Mariannes!!!
Et on est franchement mals places pour juger en qui les gens doivent mettre leurs espoirs !

 
NING
12H12 26/07/2008

en effet ce monsieur KEM SOKHA semble être téléguidé
par la Bourgeoisie bien pensante du Cambodge, qui s’est
enfuie à l’étranger lors de l’abominable période de POL POT!

Au fait, au Cambodge ,sauf erreur environ 5% de nantis
possédent 95 % du pays ? le programme des « droits de l’homme » dans un pays de miséreux ne semble pas un
programme « porteur " pour le " Cambodge d’en bas »
pays de miséreux !