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"Dati veut remettre Marina Petrella sur pied pour l'expédier"

Son compagnon raconte à Rue89 le calvaire de l’ex-activiste italienne des Brigades rouges, hospitalisée et toujours incarcérée.

Manifestation de soutien à Marina Petrella, le 17 juillet à Paris (Charles Platiau/Reuters).

L’ex-membre des Brigades rouges Marina Petrella a quitté mercredi après-midi l’hôpital pénitentiaire de Fresnes pour l’hôpital psychiatrique Sainte-Anne de Paris, dans un état de santé très dégradé. Hamed Merakchi, son compagnon et père de sa plus jeune fille, a appelé ce jeudi matin Rue89, anéanti après sa visite à Sainte-Anne mercredi soir :

« C'est impressionnant, ça fait peur. Elle ressemble aux gens des camps... Elle est comme une petite vieille. Elle est sous perfusion. Elle a essayé de se lever, mais j'ai été obligé de la soutenir tout de suite et de l'aider à se rassoir. Je n'ai pas de mots... »

Anéanti et révolté. Révolté contre le silence des médecins, qui lui servent toujours le même couplet. Anéanti par la posture de la Garde des Sceaux Rachida Dati, qui se borne à affirmer, comme lundi : « Son pronostic vital n’est pas engagé, elle est soignée et bien soignée. » Hamed Merakchi craque :

« Ce qui est fou, c'est que les médecins ne me donnent aucune précision, ne me disent rien d'autres que : 'Ne vous inquiétez pas, on va la remettre sur pied.' Ça semble être ce que Dati veut faire : la remettre sur pied pour mieux l'expédier en Italie. »

François Fillon a en effet signé le décret d’extradition de l’ex-brigadiste italienne le 3 juin, ouvrant ainsi la voie à son extradition vers l’Italie. Elle y a été condamnée en 1992 à la réclusion criminelle à perpétuité, accusée d’avoir tué un commissaire de police à Rome en 1981.

« Prépare-toi, ils n’enverront qu’un cadavre »

Incarcérée en France depuis août 2007, Marina Petrella vivait auparavant à Argenteuil et travaillait comme assistante sociale. Elle a eu avec son compagnon une fille aujourd'hui âgée de dix ans, après une première fille née en prison en Italie en 1983.

Son extradition est toutefois retardée par le recours devant le Conseil d’Etat déposé par son avocate, Me Irène Terrel. Un recours qui n’est pas juridiquement suspensif, mais il est d’usage d’attendre la décision de l’instance administrative suprême. Hamed Merakchi assure cependant que cette extradition risque de ne jamais avoir lieu :

« Je crois qu'ils perdent leur temps. Elle m'a dit : 'Prépare-toi, ils n'enverront qu'un cadavre.' Même si ça parait dingue, à sa place, je ferai pareil. C'est une manière pour elle de préparer ses filles à faire le deuil. »

Depuis plusieurs semaines, son médecin traitant indique qu'elle est « en danger de mort », parle « d’épisode suicidaire majeur ». La comédienne Valeria Bruni-Tedeschi, soeur de Carla Bruni, affirme d'ailleurs s'être rendue au chevet de l’ex-brigadiste le 12 juillet.

Nicolas Sarkozy, qui ne semble pas exactement sur la même ligne qu'une partie de son gouvernement, s'active aussi. Il a demandé par écrit le 10 juillet au président italien Giorgio Napolitano de gracier « dès que possible » sa compatriote italienne.

« J’ai une bonne nouvelle pour vous, sa levée d’écrou va être signée »

Des sources indirectes ont également confié à Rue89 que le président français aurait évoqué mercredi matin en Conseil des ministres sa levée d'écrou. Très divisés sur la question, les membres du gouvernement ne seraient pas parvenus à arrêter une position commune. Pourtant, un bruit a couru aussitôt le Conseil terminé : Nicolas Sarkozy aurait demandé à midi la levée d'écrou de Marina Petrella, ce qui n'annulerait pas le décret d'extradition, mais lui rendrait sa liberté en France.

Ni l'Elysée ni le ministère de la Justice, sollicités à maintes reprises, n'ont souhaité pourtant s'exprimer ensuite sur le sujet. La première et unique réponse officielle est tombée vers 20 heures : Marina Petrella demeure juridiquement « en détention sous écrou extraditionnel », précise le procureur général de Versailles dans un communiqué. Mais, pour Hamed Merakchi, c'est le flou qui règne :

« C'est dingue, hier [mercredi], un élu m'appelle à midi pour me dire : 'Hamed, j'ai une bonne nouvelle pour vous, sa levée d'écrou va être signée.' L'avocate m'appelle ensuite, elle me le confirme. Puis, quand j'arrive à l'hôpital, il y a toujours quatre policiers devant sa chambre... »

Ses proches veulent croire qu'il peut s'agir seulement de longueurs dans la prise d'effet de cet acte administratif de levée d'écrou. Un espoir et une attente qui font naître la colère chez Hamed Merakchi, à bout, après une quasi nuit blanche :

« Je suis toujours resté correct jusqu'à présent. Mais je ne suis pas une chaise non plus, toute action entraîne une réaction. Tout vient à point. »

« Ce service-là de Saint-Anne ne prend pas les incarcérés »

En attendant, une polémique juridique entoure l'hospitalisation « sous écrou extraditionnel » de Marina Petrella. Son avocate, Maître Irène Terrel a fait part à Rue89, jeudi après-midi, de ses doutes sur la légalité de la détention :

« Ce service-là de Saint-Anne ne prend pas les incarcérés. La levée d'écrou est obligatoire pour qu'elle y reste. Le service du Professeur Rouillon attendent donc la levée d'écrou. D'autant qu'on ne peut hospitaliser des personnes incarcérées dans un service psychiatrique autorisé qu'avec une procédure d'hospitalisation d'office, ce qui n'est pas non plus le cas ici. »

Le parquet général de Versailles, également contacté par Rue89, maintient, lui, sa position : la détention actuelle de Marina Petrella dans l'enceinte du centre hospitalier de Sainte-Anne est tout à fait conforme au droit français.

Addendum le 24/07/2008 à 16h20 : ajout des trois derniers paragraphes sur la polémique juridique entourant l'hospitalisation.


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Par Bon Scott
11H43    24/07/2008

Le Président de l’UMP veut extrader vers l’Italie cette ex membre des brigades rouges et souhaite faire venir des personnes (farc) ayant commis des crimes contre l’humanité. Y a t-il une différence entre les coupables et les victimes pour que le locataire de l’Elysée ordonne une justice à deux vitesses, deux poids, deux mesures ? Quant à Dati ….

 
Par Jean-Michel Arberet
11H51    24/07/2008

Marina Petrella, justice de classe.

Marina Petrella est « soignée et bien soignée » a déclaré Rachida Dati, et elle poursuit « Les conditions de détention sont équivalentes et les soins qui peuvent être prodigués en Italie sont similaires à ceux qui peuvent être prodigués en France ». Quand on sait que selon son médecin traitant elle est « en danger de mort », qu’elle est en grande « dénutrition », ayant perdu 20% de son poids depuis son arrestation et pesant aujourd’hui 39 kg, on ne peut que s’interroger sur la qualité des soins dont nous parle Rachida Dati.
Mais au delà de son cynisme cette déclaration est surtout une manière de réfuter la demande d’application de la « clause humanitaire », prévue par la convention européenne d’extradition de 1957. En effet la possibilité de refuser l’extradition est liée à un aggravement de la situation de la personne extradée, aggravation niée par Rachida Dati dont nous ne connaissions pas encore les compétences médicales.

Aucun argument n’aura donc été épargné, tour à tour par Nicolas Sarkozy et Rachida Dati pour justifier cette décision d’extradition.

Nicolas Sarkozy évoque l’absence de base légale à la doctrine Mitterrand, François Mitterand alors président de la république s’était engagé à ne pas extrader « les réfugiés italiens qui ont participé à l’action terroriste avant 1981…ont rompu avec la machine infernale dans laquelle ils s’étaient engagés, ont abordé une deuxième phase de leur propre vie, se sont inséré dans la société française ». Il est tout de même surprenant que cette absence criante de base légale n’ait été découverte que si tardivement. Elle a engagé la France pendant trois septennats, soit deux présidents de la République, et neuf Premiers ministres. Et même le porte parole du gouvernement Balladur de 1933 à 1995 ne l’a pas dénoncée, .il s’appelait Nicolas Sarkozy.

Nicolas Sarkozy oublie de mentionner par contre que Marina Petrella a été jugée selon les lois “ spéciales ” de l’Italie des années de plomb avec ses tribunaux spéciaux et ses procédures dénoncées par de nombreuses associations de défense des droits de l’Homme.

Enfin Nicolas Sarkozy ne s’émeut pas du cynisme de son ami Silvio Berlusconi. Alors qu’il réclame l’extradition de Marina Petrella et refuse toute amnistie, Silvio Berlusconi vient de faire voter une loi lui accordant l’impunité et suspendant son procès en cours pour corruption de témoin, pour des faits beaucoup moins anciens.

La justice de classe se porte bien !

Marina Petrella doit être libérée.

Le 24 juillet 2008

Jean-Michel Arberet
Conseiller municipal d’Arcueil
Partenaire du groupe communiste
http://jm-arberet.over-blog.com/

 
Par unagi
12H05    24/07/2008

Il est toujours étonnant de penser à l’Italie des années 70 comme l’Italie d’aujourd’hui et de voir le résumé qui est fait des ces années comme l’extrême gauche vs la démocratie. les gauchistes contre les honnêtes gens en occultant tout contexte politique et les actions violentes des groupes d’extrême droite.
L’Italie n’était pas la démocratie qu’elle est aujourd’hui, tous les acteurs fascisants sont eux amnistiés de fait et les brigadistes sous doctrines miterrand paient une volonté gouvernementale d’effacer toute trace de la gauche en Europe hormis les plus terribles et les plus criminelles.
l’enjeu n’a rien à voir avec la justice, l’enjeu est idéologique. « Liquidons mai 68 »!!!!

« il est une erreur terrible qui est commise par beaucoup de ceux qui ont moins de 40 ans et par beaucoup de journalistes désinvoltes : celle de transposer dans les années 70 le monde d’aujourd’hui, d’oublier à quel point le monde et la société a profondément changé depuis cette époque. L’Italie des années 70 n’était pas un « état de droit » consensuel où un Berlusconi aurait été un inquiétant magouilleur, c’était un champ de bataille où des types comme Berlusconi passaient presque inaperçus tant l’Etat et la Mafia étaient imbriqués. Durant cette période que l’on appelle les « années de plomb », il existait en Italie un état de guerre civile, entre d’une part un terrorisme d’extrême-droite, extrêmement meurtrier, et d’autre part un terrorisme d’extrême-gauche, meurtrier tout court. Les courants comme les Brigades Rouges répondaient en grande partie aux courants néo-fascistes (et en Italie, le terrorisme fasciste rappelle vite le souvenir des années 20 et de la préparation de la prise du pouvoir par Mussolini) et à la gangrène politico-affairiste qui, là, était clairement une mainmise mafieuse. »
http://alphavert.net/imprimersans.php3?id_article=444

Décembre 1969

Une bombe explose à Milan, faisant seize victimes. La responsabilité de l’attentat est imputée à un mouvement d’extrême-droite entendant contrer l’infléchissement à gauche de la politique italienne, amorcé l’année précédente. Cette « stratégie de la tension » vise à instaurer la terreur afin de renforcer l’électorat des partis de l’ordre et, à terme, favoriser le déclenchement d’un putsch militaire, comme en Amérique latine.

Septembre 1970

Les Brigades rouges (Brigate Rosse) revendiquent leur premier attentat : l’incendie d’une voiture à Milan. L’organisation clandestine est en fait une résurgence du CPM. Renato Curcio, Mara Cagol et Mario Moretti sont les membres les plus célèbres du « noyau historique ».

http://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/l-italie-des-annees-de-plo…

Durant les années de plomb italiennes, qui commencent avec l’attentat de la Piazza Fontana le 12 décembre 1969, puis avec l’attentat de Peteano en 1972, par Vincenzo Vinciguerra, plus de 600 attentats commis entre 1969 et 1980, ont fait 362 morts et 172 blessés[1]. Le groupe des Brigades rouges est responsable de 75 de ces victimes. De 1969 à 1975, les actes de violence sont partagés entre groupes d’extrême-droite et d’extrême-gauche. Après 1975, l’extrême-gauche est dominante sur le front des actes subversifs, mais le terrorisme d’extrême droite reste fort jusqu’en 1985, avec, notamment, l’attentat contre la gare de Bologne, le 2 août 1980, qui fait 85 morts, l’attentat contre le train Naples-Milan, qui tue seize personnes,
Le néofasciste Vincenzo Vinciguerra déclara plus tard au juge Felice Casson que l’attentat de la Piazza Fontana devait inciter l’État italien à proclamer l’état d’urgence et à se tourner vers des solutions plus autoritaires. On considère généralement que l’attentat de la gare de Bologne, en 1980, marque le dernier grand massacre des années de plomb, lui aussi commis par des terroristes néofascistes. On a d’abord mis la totalité des attentats sur le dos de groupes dits gauchistes, avant de se raviser dans les années 1980, lorsque les enquêtes judiciaires en Italie[réf. nécessaire] accusaient clairement certains de ces attentats d’avoir été en fait des attaques false flag, c’est-à-dire menées sous le couvert du drapeau adverse. Ainsi, la piste du « terrorisme noir » (ou néofasciste) fut explorée, donnant lieu parfois à de nouvelles théories du complot. Certaines analyses de cette époque[réf. nécessaire] évoquent l’existence d’une stratégie de la tension qui aurait été mise en place par Washington « afin d’empêcher le PCI et, dans une moindre mesure, le PSI, d’accéder au pouvoir exécutif », comme le note un rapport parlementaire de la coalition de centre-gauche L’Olivier publié en 2000. En Italie, celle-ci se serait servie de liens avec certains milieux néofascistes ainsi qu’avec la loge maçonnique Propaganda Due (P2) dirigée par Licio Gelli. Ailleurs, elle aurait favorisé l’instauration de dictatures, notamment dans le cas du régime des colonels installé en Grèce par le coup d’État de 1967, ou par le soutien récurrent au militarisme turc et à l’organisation des Loups gris.
 http://fr.wikipedia.org/wiki/Ann%C3%A9es_de_plomb_(Europe)

 
Par Patrick de Vigo
13H33    24/07/2008

Je condamne les crimes de sang perpétrés par les Brigades Rouges. Il me semble que le terrorisme est un mode de vie. J´aimerais cependant que les autorités italiennes soient moins partiales. Trop de terroristes néofascistes italiens ont joui et jouissent d´impunité, ainsi que leurs complices au sein de l´appareil d´Etat italien. A mon sens, il y a deux poids, deux mesures.