Ecrivain, envoyé spécial de Libé en Bosnie pendant la guerre, Jean Hatzfeld dissèque la métamorphose de l'ex-leader serbe.

C'était au restaurant Bosna d'Ildza, une banlieue serbe de Sarajevo, que nous, trois ou quatre journalistes, avons déjeuné pour la première et dernière fois avec Radovan Karadzic. C'était vers la fin avril 1992, après une douzaine de jours de guerre. Karadzic était déjà attablé au milieu de son staff, ou de sa cour. D'humeur joyeuse, il nous invita à discuter a bâtons rompus avec moult cafés et verres de slivovica.
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Il mentait, on le comprenait. Il exprimait un nationalisme serbe que nous savions dangereux. Par ailleurs, il se dégageait de lui un charme surranné d'un apparatchik plutôt vif et drôle, affable et d'apparence cultivée. Il semblait l'un des seuls de son parti à ne pas manifester de méfiance paranoïaque à l'encontre de la presse. Aucune empathie, aucune répugnance. Si rien de monstrueux n'apparaissait encore chez lui, ce n'est ni grâce à des dons de comédien, ni à cause de notre naïvete, mais parce qu'il n'était pas encore un monstre.
Deux semaines plus tard, les premiers récits de femmes musulmanes échappées de Foca, ville située à l'Est de la Bosnie, sur la campagne de viols, puis, dans la région de Zvornik, les dévastations de villages, les entassements de cadavres au bord des routes, les expéditions des troupes militaires et paramilitaires… ne permettaient plus de douter de la transformation de la guerre et de ses chefs.
Rétrospectivement, il est fascinant d'observer le basculement si rapide d'un homme, exalté et nationaliste sans plus, en monstre. Plus fascinant est de se souvenir du temps nécessaire pour admettre le monstre. Car, au début de l'été 1993, Karadzic était encore un interlocuteur officiel, invité aux tables de négociations dans l'ancienne Yougoslavie et à l'étranger, visité cérémonieusement dans son fief de Pale. Non seulement par les ministres, ambassadeurs, diplomates de l'ONU, de l'Union Europeenne et des Etat-Unis, mais aussi par des personnalités de toutes sortes.
Je me souviens de Serge Klarsfeld, en route pour Pale afin de tenter de ramener à la raison le bonhomme (et heureusement stoppé avant), ou Jimmy Carter gueuletonnant avec lui tout un après-midi, le même hiver, sans oublier bien sûr le président Mitterrand, discutant avec toute son équipe sur le tarmac de Sarajevo lors de sa visite. Treize mois de purification ethnique pour le considérer comme un salaud infréquentable semblent surréalistes.
Aujourd'hui, combien de temps faudra-t-il aux Serbes pour le regarder comme tel ? Peut-être beaucoup, mais cela n'est pas si important. Franco, Salazar, Videla aussi suscitaient affection, admiration et nostalgie lors de leurs chutes chez grand nombre de leurs concitoyens. Des sentiments trop passéistes pour empêcher les autres de foncer de l'avant.




















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à rapatapoulos
De manju35
19H31 | 22/07/2008 |
Alors….
Bonne nuit…………
à manju35
De leconcombrevert
La vraie vérité >:-)) | 14H25 | 23/07/2008 |
Vous êtes vraiment affligeant de bêtise quand vous vous y mettez !
à leconcombrevert
De manju35
20H09 | 23/07/2008 |
Et je m'y met souvent…
à rapatapoulos
De Louve Bleue
en survie | 08H40 | 24/07/2008 |
Mais souvent aussi ils frappent leur femme et ou leurs enfants ! Ou les terrorisent mentalement.
Ce serait pas une histoire de domination , çà ?
à rapatapoulos
De Louve Bleue
en survie | 08H40 | 24/07/2008 |
Mais souvent aussi ils frappent leur femme et ou leurs enfants ! Ou les terrorisent mentalement.
Ce serait pas une histoire de domination , çà ?
De cooboolt
Country people lost | 09H36 | 23/07/2008 |
Fallait-il s'attendre à autre chose de la part de personnes issus de l'élevage du maréchale Tito. Celui-ci pendant des années a tenu l'ex-Yougoslavie sous sa botte. Bien sur qu'il l'a fait aussi pour garder l'unification du pays mais ceux qui sont venus après lui ne pouvaient qu'être monstrueux. Ce qui est dommage c'est que Karazic n'est que l'arbre qui cache la foret. Et dans cette foret il n'y a pas que les responsable serbes qui y demeurent mais aussi certains stratèges qui ont un sens géopolitique très développé et un vue stratégique sans limite d'âme. Qu'ils soit albanais, américains ou européens, ils n'ont jamais perdu de vue ce petit pays et ont juste attendu que les séparatistes viennent affaiblir son pouvoir central (c'est à dire serbe) pour l'anéantir.
De ericj
17H40 | 22/07/2008 |
Il y a une phrase qui m'étonne (début du 4ème paragraphe) :
« …le basculement si rapide d'un homme, exalté et nationaliste sans plus, en monstre. »
Éxalté et nationaliste, c'est, pour moi, être capable de beaucoup d'horreurs.
Il suffit d'une occasion…
De Révolutiona
Hawwah | 17H51 | 22/07/2008 |
En chacun d'entre nous, il y a un « monstre » qui sommeille ; soyez-en conscients avant qu'il ne soit trop tard….
à Révolutiona
De Compté supprimé 2
Compte supprimé 2 | 21H02 | 22/07/2008 |
à ce sujet revoir « l'ennemi intime » : comment un homme ordinaire , plein de convictions humanistes devient un tortionnaire.
Cette phrase prononcée par un membre de la junte argentine(1976/77) montre la folie du tortionnaire envahi d'une haine qui ne fait que s'accroitre :
« nous tuerons d'abord tous les subversifs, ensuite ceux qui collaborent avec eux ; ensuite les sympathisants ; ensuite les indifferents et en fin de compte les timides »
Général Alfredo saint Jean
De ivulatar
demandeur d'emploi actuellement en ... | 18H00 | 22/07/2008 |
Je crois que l'homme est un monstre à partir du moment ou il se sent supérieur à ses semblables. L'histoire est pleine de ces fous qui se croient issus d'une race supérieure, faite pour dominer. Cela justifie à leurs yeux tout les actes qu'ils commettent, puisqu'il ne peuvent avoir tort. Malheureusement, les foules trop crédules leur donnent trop souvent raison, dans les premiers temps….Regardez bien autour de vous… !
De Anna Kaplan
18H08 | 22/07/2008 |
Moi, j'avoue que je suis très contente. On voit ainsi comme il est important qu'il existe un tribunal international mais aussi que le droit international est certainement notre seule chance de contrer la déferlante de la haine entre les nations. Le Premier ministre serbe a demandé aux deux autres de se rendre. a Sarajevo, les gens disent que cela leur redonne espoir dans la justice. Ben, moi je suis contente !
à Anna Kaplan
De DBL8
Retraité | 19H04 | 22/07/2008 |
Encore faudrait-il que se tribunal puisse juger TOUS ceux qui en sont passible, pas comme en ce moment où certains ne sont pas inquiétés, sous divers prétextes.
à DBL8
De Avril
22H23 | 22/07/2008 |
…dont la reconnaissance de la justice internationale par les Etats-Unis
à Anna Kaplan
De Louve Bleue
en survie | 08H33 | 24/07/2008 |
Naïveté, quand tu nous rassures…
Et vous croyez que « nos » « démocraties » sont innocentes ?
Quand donc la bande à Bush et d'autres iront au tribunal ?
De Pentelique
consultant biotechnologie | 18H12 | 22/07/2008 |
voe victis
De eucalipsia
étudiante | 18H31 | 22/07/2008 |
Je trouve la qualification de « monstre » tout à fait inappropriée : c'est justement parce ce que ce n'est pas un monstre mais un être humain, qui a peu à peu ou soudainement franchit les limites, que le massacre est terrible. dire que c'est un monstre, c'est ne pas expliquer comment un être humain peut en arriver là, donc c'est ne pas comprendre, donc pouvoir être dans la réitération. dire que c'est un monstre c'est évacuer le problème.
à eucalipsia
De compte supprimé 13
19H14 | 22/07/2008 |
sujet : la désinformation - 2 petits extraits
« Il s'agit de présenter les événements selon une vision réductrice, en faisant une interprétation en “ noir et blanc ”. En désignant le “ bon ” et le “ méchant ”, l'objectif visé est d'empêcher une réflexion globale et approfondie sur les véritables motivations des acteurs qui ont lancé la campagne de désinformation. L'impact de cette technique peut conduire à un fanatisme intellectuel, caractérisé par la catégorisation des positions entre deux extrêmes. Il faut choisir son camp et se ranger, soit dans le camp des bons, soit dans celui des méchants. Une troisième voie n'existe pas. Le traitement des critiques émises à l'égard de la Guerre de Golfe et le bombardement de la Yougoslavie en 1999 par l'OTAN ont illustré ce phénomène. Les auteurs qui ont critiqué la position officielle de la prétendue communauté internationale ont été considérés comme des défenseurs de la position de Saddam Hussein ou de Slobodan Milosevic. La formule “ avec nous ou contre nous ” reflète bien cette polarisation, visée par le pouvoir émetteur de la désinformation. »
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Nommer le « mal », distancie et rassure : nous ne pouvons être comme cela, seuls les « monstres » en sont capables.
Référence absolue employée : Hitler.
Par exemple les Etats-Unis l'ont utilisé pour le dirigeant de Corée, pour amahdinejad, pour Saddam Hussein…
Trop long à expliquer ici mais la pertinence de votre intervention m'a encouragé à répondre.
Pas question de nier que des meurtres ont été commis bien sûr. L'exploitation seule est intéressante ici.
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« Le succès de la désinformation est inversement proportionnel au niveau de connaissance du public cible par rapport au sujet de la désinformation. Si l'on songe à la complexité des conflits contemporains, à la façon de les présenter dans le média et au conformisme intellectuel qui règne dans nos sociétés, on peut tirer certaines conclusions concernant l'efficacité de la désinformation. On peut noter le recul du journalisme d'investigation et du temps consacré aux commentaires politiques, la toute-puissance de l'image sur l'écrit et l'importance croissante du phénomène de “ marketing politique ” dans nos sociétés contemporaines. »
à compte supprimé 13
De Béatrice1
| 22H04 | 22/07/2008 |
« Référence absolue employée : Hitler.
Par exemple les Etats-Unis l'ont utilisé pour le dirigeant de Corée, pour amahdinejad, pour Saddam Hussein… »
Alors qu'il n'y avait absolument aucun rapport ?
« L'exploitation seule est intéressante ici. »
Ah bon, et qui a décidé ça ? C'est à peu près ce que dit Chomsky sur les Khmers Rouges (sauf qu'il doute qu'il se soit passé quoi que ce soit de bien grave au Cambodge)… Il n'est donc pas « intéressant » qu'un génocideur soit appelé à répondre de ses crimes ?
Refusons le « noir et blanc », accordons des circonstances atténuantes au massacreur de musulmans bosniaques qui était sûrement un brave homme par ailleurs…
PS : Quand on cite des extraits de textes, il est d'usage d'en indiquer la source.
à Béatrice1
De compte supprimé 13
11H08 | 23/07/2008 |
ah Béatrice ! ! ne changez pas surtout !
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un peu de lecture
15 octobre 2007
http://www.lefigaro.fr/international/20060430.WWW000000025_serbie_lultim…
24 juin 2008
http://www.france24.com/fr/20080624-accord-gouvernement-coalition-europe…
le 8 juillet 2008
http://www.courrierinternational.com/article.asp ? obj_id=87497
22 juillet 2008 l'Europe est proche
http://www.swissinfo.ch/fre/a_la_une/Karadzic_arrete_la_Serbie_est_plus_…
à Béatrice1
De Blaise11
I'm hard, but I'm fair. | 11H55 | 23/07/2008 |
C'est vrai, surtout ne changez pas, Béatrice.
« Refusons le “ noir et blanc ”, accordons des circonstances atténuantes au massacreur de musulmans bosniaques qui était sûrement un brave homme par ailleurs… »
Vous êtes vraiment la reine pour déformez les propos des autres et leur faire dire n'importe quoi. Ça devient indécent !
Le but n'est pas de trouver des circonstances atténuantes à des brutes sanguinaires mais, comme lors de tout procès démocratique qui se respecte, de trouver tous les coupables et tous les responsables. TOUT LE MONDE EST RESPONSABLE DANS CETTE GUERRE. Ils ont tous commis des atrocités. Et puisque vous citez l'expemple des musulmans massacrés, gouttez de ceci :
- « Il y a quelques jours, M. Boutros Ghali m'a informé que le projectile qui a frappé le marché de Markale à Sarajevo était un acte de provocation des bosniaques ». Mitterrand
- La stratégie de l'UÇK, qui consistait à provoquer les Serbes pour fournir le prétexte « humanitaire » à l'agression de l'Otan, en collusion avec les services anglo-américains, a été solidement établie par des témoins sur place et bien informés, tel l'Allemand Dietmar Hartwig, chef de la Mission de Contrôle Européen au Kosovo entre novembre 1998 et mars 1999. http://www.un.org/icty/ Site-même du TPI, propos censurés lors de la retransmission du procès de Milosevic
Allez-y, j'attends votre affirmation comme quoi je suis un adorateur du bon et incompris Slobodan…
De magaliesimon
célibataire | 18H52 | 22/07/2008 |
Ca va la diabolisation de la Serbie, vous n'avez pas autre chose ? Ca fait 11 ans qu'on nous dépeint les Serbes comme des monstres, mais c'est loin, très loin d'être aussi manichéen. Franchement, c'est pas de l'info ça, j'attends mieux de Rue89 !
http://www.jesuisencolere.com
à magaliesimon
De keumar
Indé | 23H35 | 22/07/2008 |
Quel commentaire pathétique.
Qui a parlé DES SERBES ? ! ! ! !
On parle ici d'un homme.
Apprenez à lire.
à keumar
De Blaise11
I'm hard, but I'm fair. | 13H26 | 23/07/2008 |
Pas si pathétique. Il manque juste de diplomatie.
Comme les Serbes par rapport à leur frère durant cette sale guerre : c'est ce qui a fait la différence.
Mais vous avez raison, on parle d'un homme… qui en a tué plein d'autres… où dans ces autres, d'autres en ont tués encore d'autres etc. C'est pour cela qu'il faut aussi parler de nation toute entière. La responsabilité est collective.
Quelle machine infernale, hein ?
où la propagande est finalement plus destructrice que n'importe quel obus…
De yapadebug
19H08 | 22/07/2008 |
Comment ont ils fait pour le reconnaître ?
à yapadebug
De manju35
19H35 | 22/07/2008 |
Sa queue ………………….de cheval….
N'est qu'une prothèse…………………
Mes ses couilles ……sont vraiment des burnes(des brunes) de loup des Carpates……………….
De dulconte
Mordu par un fachogarou | 19H15 | 22/07/2008 |
Videla qui est le seul vivant de la liste est toujours admiré par une partie des Argentins, et ce malgré les 30 000 personnes assassinés et bien plus torturés sous ses ordres.
Un grand merci à Jean Hatzfeld pour ce texte, ce témoignage.
Dans le nu de la vie reste un des livres qui m'a le plus profondément marqué.
De citoyenne50
citoyenne | 19H28 | 22/07/2008 |
Le terme de « monstre » me gêne aussi. Ce sont malheureusement des êtres humains, mais capables des pires choses.
Aujourd'hui en France des humains signent l'expulsion de gens qui vont vers une non-vie dans leur pays d'origine, on emprisonne des enfants parce que leurs parents n'ont pas de papiers. Et personne ne s'offusque ou presque. D'ailleurs je ne serais pas au courant de la plupart des cas si RESF ne m'envoyait pas d'infos.
Jusqu'où iront ces « être humains » dans leurs décisions, leurs actes ?
à citoyenne50
De Louve Bleue
en survie | 08H47 | 24/07/2008 |
Ils peuvent aller aussi loin que les nazis…
Obéir, c'est tellement facile !
De William la révolte
20H15 | 22/07/2008 |
Cette information n'en est pas une. Elle ne nous apprend rien de ce que l'on peut savoir de Karadjic.
Par contre, je pense que le nationalisme, tous les nationalismes peuvent aboutir au génocide du fait que l'on refuse l'autre à cause de sa différence. Pourtant, reconnaître l'autre, l'étranger, c'est se reconnaître en lui.
De Benno
| 20H35 | 22/07/2008 |
Si nous reprenions les faits :
- Resto avec Karadzic
- « Deux semaines plus tard, les premiers récits .. de viols … d'exaction etc
-> il me semble que les dessins de Karadzic devaient déjà être clair - du moins pour lui-même.
Diantre un peu de perspective !
Certes diaboliser est un peut facile, mais si nous nous mettions à la place d'un journaliste, ne pas avoir vu ou pu cerner les plans déjà tracés de l'épuration ethnique lors d'une réunion dans un resto avec un homme jovial voir charmeur est compréhensible.
Monsieur Hatzfeld, il ne me semble pas que vous auriez pu arrêter l'horreur qui déjà brulait leur âmes.
Merci de votre témoignage, très instructif a mon sens !