C'était au milieu des années 90, lors d'une de ces interminables sessions de négociation à Genève. Avec un collègue, nous y sommes allés au bluff, et nous avons été reçus par Radovan Karadzic et Ratko Mladic, les deux hommes qui semaient la terreur en Bosnie-Herzegovine. J'étais sorti glacé de leur chambre de l'hôtel Intercontinental : le cynisme, la mauvaise foi et la détermination à aller au bout de la purification ethnique animait ces deux hommes qui se sentaient en position de force.
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Depuis 1996, ils étaient en fuite, et, même après l'arrestation puis la mort de leur mentor, Slobodan Milosevic, ils restaient introuvables. Ou disons plutôt qu'on ne voulait pas les trouver. Lundi soir, la cavale de l'un des deux hommes a pris fin : Radovan Karadzic a été arrêté « au cours d'une action des services de sécurité serbes ». Le communiqué du Conseil de la sécurité nationale serbe ajoute :
« Karadzić a été déféré devant le Conseil pour les crimes de guerres du Tribunal de Belgrade, en accord avec la loi sur la coopération avec le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie.“ ”
Tous les détails de l'opération ne sont pas connus, et on ignore également le sort de Ratko Mladic, son » collègue » militaire. Mais l'initiative est venue du nouveau gouvernement serbe, placé sous la présidence de Boris Tadic, élu par l'Assemblée nationale le 7 juillet 2008. Et il apparait clairement dans le communiqué de Belgrade que cette arrestation se place dans un cadre international, de coopération avec le TPI.

L'arrestation de Radovan Karadzic marque un coup d'arrêt à un personnage qui a fait irruption sur la scène balkanique en 1989, il y a près de vingt ans, en même temps que la montée du nationalisme serbe sous l'égide de Milosevic. Ce psychiatre à la crinière grisonnante avait alors créé le parti des Serbes de Bosnie et s'était positionné en préparation de la guerre civile en Bosnie-Herzégovine, la province aux trois groupes de population, Serbes, Croates et Musulmans.
Lorsque cette guerre a finalement éclaté en 1992, Karadzic et Mladic se sont rendus coupables des pires crimes contre l'humanité, en particulier du massacre de Srebrenica, en 1995, au cours duquel des milliers de Musulmans furent massacrés dans la pire tuerie sur le sol européen depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Le psychiatre de Pale avait alors toutes les audaces. Dans une interview à France 2, en 1994, il se disait prêt à négocier la paix, quelques jours après qu'un obus serbe tiré sur le marché de Sarajevo ait fait plus de soixante victimes.
En cavale depuis douze ans, les deux hommes sont devenus des héros de légende aux yeux de nombreux Serbes, figurant dans des chansons populaires. Leurs partisans minimisaient avec le temps l'ampleur de leurs crimes, placés à égalité avec ceux commis par les dirigeants des autres communautés dans une guerre civile au cours de laquelle on ne se faisait pas de cadeaux.
La capture des fugitifs était néanmoins le prix à payer par la Serbie pour s'ouvrir, à terme, la route de l'Union européenne, et, dans un premier temps celle d'un accord d'association. Cette route sera longue, mais elle passait assurément par la justice internationale. Le leader serbe de Bosnie aura peut-être le procès qui fut bâclé et inachevé avec la mort de Slobodan Milosevic, l'homme qui a instrumentalisé le virus nationaliste chez les Serbes et trouvé en Radovan Karadzic le relais zélé d'une entreprise de mort.






















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De stangrof
10H39 | 22/07/2008 |
Bonjour, attention, l'histoire est toujours écrite par les vainqueurs. les plus jeunes d'entre-vous ne se souviennent pas du feu roulant de la propagande sur cette horrible guerre. je me souviens d » un certain bernard kouchner qui nous affirmait qu » il y avait des camps de la mort en bosnie et il écrivit plus tard dans un livre que c'était un mensonge
http://www.ipernity.com/blog/stangrof/45094
Excellent reportage canadien qui remets les pendules a l'heure.
http://www.wideo.fr/search/ ? q=guerre+yougoslavie
A bientôt
http://www.ipernity.com/home/stangrof
De Blaise11
I'm hard, but I'm fair. | 09H32 | 23/07/2008 |
ce que je rapportais plus haut :
- PLAN FER A CHEVAL :
Scharping, ministre allemand de la Défense, 1999 : « Nous craignions un fléchissement du soutien des médias, annonciateur d'un retournement de l'opinion en faveur d'un arrêt de la campagne de bombardements de l'OTAN et de la reprise des négociations. Une catastrophe que mon collègue Joshka Fischer voulait à tout prix éviter. »
C'est le moment d'annoncer une nouvelle sensationnelle : il disposait depuis quelques jours de la preuve écrite que Milosevic avait programmé pour le printemps un crime contre l'humanité de grande ampleur au Kosovo, justifiant a posteriori l'engagement préventif de la Bundeswehr. « Nous avons enfin la preuve que, dès décembre 1998, un nettoyage systématique ainsi que l'expulsion des Kosovars albanais avaient été planifiées, une preuve en détail et qui nomme toutes les unités yougoslaves qui y participent. L'analyse fait apparaître une image effroyablement claire. J'ai décidé que le plan Fer à cheval soit rendu public demain ».
Deux ans plus tard, le 8 février 2001, la chaine ARD diffusera un documentaire exclusif : « Au commencement fut le mensonge ». Ce soir là, un million de téléspectateurs allemands médusés, apprirent ce qu'un petit nombre de personnes bien informées savaient déjà : il n'y avait jamais eu de plan Fer à cheval serbe, et des massacres avaient été inventés de toute pièce. Ils entendirent également l'ancien porte-parole de l'OTAN durant la guerre, le britannique Jamie Shea, adresser un vibrant (mais fort compromettant) hommage à l'éminente contribution des dirigeants allemands : « Non seulement le ministre Scharping, mais aussi le chancelier Schröder et le ministre Fischer furent un exemple grandiose de leaders politiques qui ne s'alignent pas sur l'opinion publique mais savent la modeler. En dépit de fâcheux dommages collatéraux et malgré la durée des bombardements, ils ont su maintenir le cap. Si nous avions perdu le soutien de l'opinion publique allemande, nous aurions aussi perdu celui des pays partenaires. ».
Cette guerre est loin d'être fini. Et il serait bien naïf de croire qu'elle le sera avec la capture de Karadzic et Mladic.
À noter que Karadzic continuait encore la veille de son arrestation à exercer son métier, à être consulter par nombreux patients à Belgrade, à donner des conférences, à emettre des publications, à être écouter par ses concitoyens, tout ça avec un seul changement de patronyme…
Alors, Messieurs les Bons et Beaux de l'Otan, de quoi donc vous gardiez-vous ?
De Blaise11
I'm hard, but I'm fair. | 09H52 | 23/07/2008 |
J'oubliais.
Son patronyme : Dragan David Dabic
http://www.latimes.com/news/nationworld/world/la-fg-warcrime23-2008jul23…
Et googeulisez ce nom. Ce n'est pas tant les articles à son sujet qui est interessant, mais aussi toutes les revues dans lesquelles il intervenait ; m'enfin, faut parler slave, trosku…
De Spirou
13H33 | 23/07/2008 |
Donc ces camps n'ont jamais existés ? Ou est-ce un détail de l'histoire ?
Il y a plusieurs vidéos montrant des ado derrière des barbelés, squelettiques, en train d'attenrde leur passage à l'abattoire.
à Spirou
De Blaise11
I'm hard, but I'm fair. | 15H03 | 23/07/2008 |
Le but n'est pas de choisir un camps (aucun jeu de mot), mais de reconnaître que toutes les horreurs ne furent pas le fait d'un seul.
Les bosniaques ont tués des enfants, les serbes ont tués des enfants, les croates ont tués des enfants.
La logique de ne présenter à l'opinion publique qu'un seul coupable, revient à devoir faire un concours du nombre de morts, à manipuler les chiffres, inventer des charniers (oui oui) pour démontrer que c'est lui et lui seul le grand méchant loup, le top scoreur sanguinaire qui fera oublier la liste des autres bouchers.
C'est d'une connerie sans nom et, surtout, ça entretient les nationalistes les plus acharnés.
« Ah ouais ? ! c'est nous les coupables, c'est nous les méchants ? ! Bah vous allez voir… »
De Perjovem
Antiquus facturum à Divodorum | 10H51 | 22/07/2008 |
Tiens, encore un qui va être suicidé d'une crise cardiaque, en tentant de faire empirer son état afin de partir se faire soigner…
Perjo
De p.
11H15 | 22/07/2008 |
Et un enfoir… de moins en cavale !
Merci qui ? Merci la volonté d'intégrer l'UE !
Et merci Karadzic d'occulter une autre nouvelle, plus triste celle-là.
De tintouin
13H08 | 22/07/2008 |
Tout ça est merveilleusement orchestré par le gouvernement serbe en accord avec l'Union Européenne.
Ils savaient depuis longtemps où « se cachait » Karadzic.
L'arrestation a été convenue, suite à la bonne fin des négociations entre les 2 parties : tractations diplomatico-économiques pour que la Serbie puisse se porter candidate à l'UE.
Le Droit international triomphe, réjouissons-nous ! Le show médiatique peut commencer, comme pour la libération d'Ingrid Bétancourt. Et le peuple est heureux.
à tintouin
De Blaise11
I'm hard, but I'm fair. | 10H01 | 23/07/2008 |
Entièrement d'accord avec vous.
Juste une nuance et je reprends votre propos.
« Tout ça est merveilleusement orchestré par le gouvernement serbe en accord avec l'Union Européenne… et sous la bienveillance paternaliste des États-Unis. »
De adaunis
Nul part....si adelyne me plaque...... | 13H48 | 22/07/2008 |
j'ai pris un peu de recul, pour exprimer quoique ce soit.
Karadzic est enfin dirais je, arrêté.
Soit, mais cela n'est nullement une fin en soi !
Cette « crapule », psychiatre diplômé de surcroit, était la main politique de Slobodan Milosevic, décédé le 11 mars 2006 à Scheveningen, lors de son procès à La Haye, et Radoslav Vladic (toujours en « cavale » qui était lui, le bras séculier.)
Les crimes qu'ils ont commis, excusez moi, sont un peu ceux du monde occidental, de L'Onu, du laxisme des gouvernements Européens, permettant au sus et au vues des « médias », les massacres tels Sebrenitsa.
Alors les « embrassades », et les explications maintenant, des « édiles » politiques se félicitant de ce résultat, me semble quelque peu outrancières, sachant que nul n'ignorait où cette « canaille » se trouvait et se cachait probablement, et que c'est simplement le résultat minimum, dirais je, de tractations pour l'intégration, suite à la nouvelle gouvernance Socialiste démocrate Serbe, à l'intégration dans l'Union Européenne pour eux, avec en cadeaux, tous les « subsides » inhérents offerts aux nouveaux adhérents.
Toute personne intéressée par la Géopolitique, connait l'influence des « Balkans » et de la péninsule du même nom, dans l'équilibre géostratégique de l'Europe, des « drames » que cette continuelle discorde sur fond de « nationalisme », d'influences ethniques, religieuses, (préfigurant les mêmes conflits à l'échelle mondiale) ont générées.
Pour avoir traversé de multiples fois ce pays à l » époque de son identité « communiste » sous Tito, et avant son démembrement par étapes, dramatiques et successives après la chute du mur de Berlin, je m'étais toujours étonné, notamment à Belgrade, du semblant de consensus qui retenait ces citoyens, sous le vocable de « nation », avec autant de différences religieuses, ethniques, communautaires.
Malgré, à ma grande surprise, des alliances familiales et mariages inter religions, qui ne cessaient pas de m'étonner, et de raviver mon espoir en l'humanité.
Espoir vain, vu la suite des événements tragiques, et ce qui nous amène à l'arrestation de ce triste sire, et sbire de Milosevic.
Fi de ces haines qui ont émargées rappelons le, à deux heures de Paris, ces lieux qui furent le point de départ, du plus grand conflit de l'histoire, (attentat de Saravéjo) et la guerre de 14 ; et toujours raisons importantes des suivants (deuxième guerre mondiale et les suivantes labellisées « Balkans »).
Nous attendons la suite des évènements et j'imagine comme de nombreux citoyens, aimerions de la part de plusieurs personnages politiques se « gobergeant » maintenant de la situation, un peu plus de pudeur, (suivez mon regard, vers un porteur de sacs de riz), compte tenu, qu'ils ont toujours su et connu les lieux de résidence du sinistre personnage.
De vol19
awash | 15H00 | 22/07/2008 |
Pour ceux qui s'intéressent à la personnalité des génocidaires et des conditions de déclanchements, Karadzic devrait apporter nombreuses sujets de réflexion… ? Point besoin d'évoquer une « banalité du mal » trop banale, ni l'éducation, ni la « sublimation », ni la culture, ni la « democratisation » comme remparts à la barbarie.
Certes les barbares du troisième Reich étaient banalement normaux, un peu obscessionnels quand même, pouvaient cliver de l'horreur à la petite vie familiale, à lire des vers, pleurer en écoutant Wagner… Buckenwald à même vu en son enceinte l'arbre de Goethe et Schilling…
Et voilà, un médecin, psychiatre, spécialiste des dépressions, artistes à ses heures …qui théorise et provoque le massacre de 200.000 personnes, se cache avec complicité et retrouve des patients, soigne en institution avec fameuses médecines douces, alternatives, gentilles…
Celà devrait questionner non ? sur les limites ? sur tous ceux qui demain pourront aisément finalement franchir la ligne jaune.
L'éducation, les humanités, remparts de la barbarie, c'est pas gagné. Ce n'est pas parceque médecin, humanitaire, psy, journaliste ou universitaire en sciences humaines ou que sais-je ? que quelquepart la bête immonde n'est pas capable de sortir de sa boîte… et que vraiment rien n'est jamais gagné et certainement pas chez nous, en Europe.
Quand au soutient de la CEI d'Eltsine aujourd'hui louée malgré son désordre d'une plus grande démocratie…heu !
En tout cas, je me souviens dans certains cercles avoir entendu à la fin des années quatre vingt des pronostics sur une grande explosion à venir en Yugoslavie, dommage qu'ils n'aient pas causé plus fort et surtout qu'ils aient eu davantage d'oreilles attentives dans les allées du pouvoir. N'avons nous pas de telles chances de disposer d'élites diplomatiques aussi géniales que notre cher pays ?
Allez , les écrivaillons, avec un tel sujet , le procès, il y a des livres à vendre… des émissions à faire…
De RoPen
en retraite, ce n'est pas une profe... | 15H41 | 22/07/2008 |
Curieux, mais on dirait que, tant le rédacteur que les commentateurs, ne se doutent de ce qui se cache derrière ces histoires politiques.
Comme si ni Genscher -on l'a presque oublié celui-là-, ni Allbrigth, ni Jean-Paul, n'avaient leur part de responsabilité dans l'éclatement des Balkans et les drames qui en découlèrent.
Mais il n'y a pas de tribunal pour ceux-là !
D'ailleurs les US le refuse ce vrai tribunal qui risquerait aussi de mettre en cause leurs dirigeants.
Un tribunal pour les autres ? OUI
Pour nous ? NON
Le reste n'est que pipi de chat et sombres marchandages.
Alors Karadzic dans tout çà ?
De fouqs
cadre du BTP | 00H42 | 23/07/2008 |
je ne suis pas partisan de la peine de mort ,cependant je m'interroge sur les moyens de dissuasion qui peuvent etre employes par la communaute internationale,pour disuader des gens comme ce serbe de donner des ordres pour assasiner des hommes ,des enfants et des femmes . S'il doit etre pendu et bien qu'il le soit ,comme le tyran assassin irakien cela pourrait « il en dissuader certains autres que se sera là : valeur d'exemple pour le monde .