sur le terrain

Sans-papiers: la révolte des serfs contre leur châtelain

Non payés par leur patron « en faillite », les salariés d'une déchetterie de Nanterre lui rendent visite… sur son domaine angevin.

Depuis le 20 mai, quarante-six travailleurs sans papiers employés de BMS, une déchetterie des Hauts-de-Seine, réclament leur régularisation. Ils ont deux, cinq ou dix ans d’ancienneté dans cette entreprise de démolition nichée derrière les tours de la Défense. Ils n’ont ni masques ni gants ni couverture sociale. Ahmadou Diallo a été embauché en 2003. (Voir la vidéo)



Loin de là, dans le Maine-et-Loire, le parc Maupassant, jardin à la Française de vingt-deux hectares, a récemment ouvert ses grilles aux caméras d’une grande chaîne privée. Fontaines, anges dorés, roseraies, vignes de Marie-Antoinette, le tour du propriétaire laisse rêveur… Si ce n’est que ce propriétaire s‘appelle Claude Buisson, et qu’il est aussi le patron de BMS.

Au moment de la diffusion du reportage, les travailleurs grévistes réclamaient des arriérés de salaires et peinaient à obtenir toutes les régularisations auprès de la préfecture. Alors que neuf d’entre eux ont reçu une obligation à quitter le territoire français, la CGT décide d'une une virée en Anjou jeudi 17 juillet à la rencontre des Buisson, chez eux, au parc Maupassant. Objectif : demander au propriétaire de la déchetterie d’appuyer les salariés n’ayant pu être régularisés et obtenir la garantie du paiement des salaires en retard, comme l'explique Francine Blanche, secrétaire confédérale de la CGT. (Voir la vidéo)



Sur 1500 dossiers de travailleurs sans-papiers déposés depuis le 15 avril, 750 ont reçu une issue favorable. La durée du titre de séjour, assorti de la sacro-sainte autorisation de travail, varie cependant de 3 mois à 1 an. A Nanterre, chez BMS, ils sont 37 à avoir reçu des papiers. Mais hostiles à la régularisation au cas par cas, ils ont décidé de maintenir les piquets de grève. (Voir la vidéo)




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DBL8 | Retraité
07H14 19/07/2008
Ce n'est pas la 1er fois que la CGT organise ce genre de promenade pour ses syndiqués. Mais, combien le resteront-ils après avoir été régularisés ? Lorsqu'ils verront la note pour la cotisation... Attention, je ne suis pas contre, je suis à FO, mais c'est HÉLAS connu ! Ses sans papiers sont employés pour "simplement faire baisser les salaires"; rien d'autre. Les employeurs en sont tellement conscients qu'ils ne sont pas chaud pour la formation de demandeurs d'emplois.
 
N.MARECHAL
18H56 19/07/2008
On me le dirait que je n'y croirai pas !?! Déjà le cadre : une déchetterie. On ne monte pas ce genre d'établissement comme une boutique de fringue. - C'est un établissement classé, donc 'en principe' très contrôlé. - En principe aussi, l'Ets est en contrat avec la commune. Mais visiblement cela n'intéressait personne ou pire, cela arrangeait tout le monde. Enfin concernant le propriétaire, son château, son parc, son singe et ses 2 faucons... On a là vraiment le pire dans le genre humain. L'exploitation à outrance d'individus simplement parce qu’ils sont en défaillance de statut ; Voilà un chantage parfaitement misérable. Question de conscience : En cas d’accident grave dans son établissement, il fait comment le propriétaire ? Parce que mine de rien, c’est tout à fait le genre d’activité ou le risque d’accident est important (souillure, manutention, levage et traction de matériel). Je crains que le pire reste à venir, car les travailleurs gagneront au mieux un an de permis de séjour et probable que le propriétaire s’en sortira à bon compte au pays de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.
 
Le Yéti | yetiblog.org
09H04 19/07/2008
RETOUR À LA SAUVAGERIE « Le langage ne contribue ainsi qu’à cacher la cause des dominances sociales, les mécanismes d’établissement de ces dominances. Et à faire croire à l’individu qu’en œuvrant pour l’ensemble du social, il réalise son propre plaisir. Alors qu’il ne fait en général que maintenir des situations hiérarchiques qui se cachent sous des alibis langagiers, des alibis fournis par le langage, qui lui servent en quelque sorte d’excuse. » Ces propos extraits du film d'Alain Resnais, Mon oncle d'Amérique, et tenus par Henri Laborit (1914-1995), chirurgien et biologiste français spécialiste du comportement animal et humain, éclairent à merveille, hélas, la terrible sauvagerie de notre situation sociale actuelle. Et celles de ces bêtes de somme que sont devenus les travailleurs sans papier de notre pays. Et tous les déclassés de ce monde en folie qui se pressent à nos portes de riches. Chez certains, ce sinistre châtelain du Maine et Loire par exemple, les pulsions de dominance que dénonçait Laborit ont eu raison de toutes les barrières de protections sociales que nous avions su un temps établir. Et sous l'onctuosité anesthésiante du verbe officiel ("travailler plus pour gagner plus", "moderniser (sic) le droit du travail"...), se dissimule un incroyable retour à la barbarie primale. « Et tout cela (dit Laborit) dans un mécanisme inconscient. C’est-à-dire que nos pulsions et nos automatismes culturels seront masqués par un discours logique. Le langage ne contribue ainsi qu’à cacher la cause des dominances sociales, les mécanismes d’établissement de ces dominances. Et à faire croire à l’individu qu’en œuvrant pour l’ensemble du social, il réalise son propre plaisir. Alors qu’il ne fait en général que maintenir des situations hiérarchiques qui se cachent sous des alibis langagiers, des alibis fournis par le langage, qui lui servent en quelque sorte d’excuse. » Face à ce cul-de-sac, trois comportements possibles, toujours selon le professeur Laborit : un comportement de fuite, un comportement de lutte ou un comportement quasi pathologique d'inhibition de l'action. Tandis qu'une bonne partie de nos concitoyens semblent frappés par ce dernier syndrome de frileuse paralysie, d'autres enfin, comme ces serfs des déchèteries, recourent à la lutte. Enfin ! Et Laborit de conclure : « Tant que l’on n’aura pas diffusé à travers les hommes de cette planète, la façon dont fonctionne leur cerveau, la façon dont ils l’utilisent, et tant qu’on n’aura pas dit que jusqu’ici ça a toujours été pour dominer l’autre, il y a peu de chance qu’il y ait quelque chose qui change. »