Dix ans déjà que Sérénade Chafik se bat pour le respect du droit des femmes en général et celui de sa fille, Laïla, en particulier. Dix ans, onze procès, une grève de la faim, un livre… et un visa que le consulat de France au Caire rechigne à délivrer à sa fille, en dépit des évolutions du droit de la famille égyptien.
Son histoire a fait le tour de la presse et de la blogosphère. Fille d’intellectuels et militante féministe, Sérénade Chafik, Française d’origine égyptienne, divorcée deux fois, attend avec impatience en France l’arrivée de sa fille dont elle dispute la garde à son ex-mari depuis dix ans.
Le 18 août prochain, Laïla aura 18 ans. Jeune et brillante bachelière, elle a décidé de rejoindre sa mère pour poursuivre ses études en France. Problème : le consulat de France au Caire rechigne à lui accorder un visa, sauf si son père se rend à la convocation pour confirmer son accord. Une situation dénoncée par la mère. (Ecouter le son)
Apparemment, les fonctionnaires français font du zèle. En tout cas, ils ne semblent pas être au courant d’une récente évolution du code de la famille égyptien. Désormais, les femmes de plus de 16 ans n’ont plus obligation d’obtenir une autorisation parentale ou maritale pour sortir du territoire.
Le cas Laïla, symbole de la lutte des femmes en Egypte
Tout cela ne serait qu’un banal épisode des langueurs de la vie administrative française, si le cas Laïla n’était devenu, entre-temps, le symbole de la lutte des femmes en Egypte. Menacée de mutilations sexuelles (comme le sont 90% des femmes égyptiennes), la jeune fille a 10 ans lorsque son père la ramène triomphalement au Caire, en 1999, après une première décision de la justice française. Décision qui permet aussi au président Hosni Moubarak de justifier sa fermeté en matière de mœurs, comme le souligne Sérénade Chafik :
"A travers l’histoire de Laïla, le gouvernement égyptien ne veut surtout pas qu’une tribune soit saisie pour dénoncer les violences faites aux femmes, que ce soit l’excision ou le Code de la famille."
En Egypte, la lutte engagée par Sérénade ne laisse pas indifférent, même si le monde associatif peine à se mobiliser. (Ecouter le son)
Un soutien public de Jacques Chirac, mais sans effets
Alors qu’elle avait reçu le soutien public de Jacques Chirac en 2003, après sa grève de la faim, Sérénade Chafik n’a plus beaucoup d’illusions sur l’engagement des autorités françaises derrière la cause des femmes. Lors d’un passage au Caire, elle eu droit à un accueil très frileux du consulat, soucieux de ménager les susceptibilités locales.
En choisissant de quitter le domicile paternel, Laïla semble aussi avoir fait un choix de vie. C’est en tout cas ce qu’avance sa mère, qui maintient un contact quotidien avec sa fille. (Ecouter le son)
En France, tout est prêt pour accueillir l’étudiante, notamment une place à la faculté de Jussieu en langues appliquées. Sollicité, le ministère des Affaires étrangères n’a pas répondu à notre demande d’explication.










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Suggestion :
1) Une demande en L-R directement à Nicolas Sarkozy+Rama Yade+B.Koushner avec copie au démocrate Moubarak qui assurément y jetteront un oeil bienveillant.
2) Après la fameuse « chanson de Lara ", pourquoi pas la " Chanson de Laïla »..?? Interprètée par une certaine Carla B.-S……sur des paroles de Barbelivien…???…çà devrait le faire…!!
Salutations.
J’ai lu l’article et je suis de tout coeur avec Laïla.
Cependant encore une fois un journaliste a préféré attirer l’attention sur son article en exploitant l’islamophobie plutôt que les faits : du sexisme pur et dur doublé d’un cynisme à toute épreuve.
En effet, pourquoi parler de Chariah (loi islamique) alors qu’il ne s’agit pas de ça ? D’ailleurs qui vous dit que la Chariah interdit à une femme de rejoindre sa mère ? Il me semble même que c’est l’inverse, et que selon (l’interprétation de) la chariah la garde des enfants revient toujours à la mère…
Bref, e but est ici évident : associer dans l’esprit du lecteur Islam et oppression de la femme.
C’est toujours très problématique de se prononcer sur des affaires dont nous ne connaissons que l’aspect que nous en présente l’une des parties.
Pourtant, dans ce cas, les motifs de perplexité ne manquent pas.
Au premier rang, je suis stupéfait par cet entêtement des diplomates français à refuser de se conformer à la loi en vigueur. S’ils ignoraient l’évolution du code de la famille soulignée par S. Chafik, ils n’ont maintenant plus aucune excuse. Qu’attendent-ils pour simplement respecter la loi du pays où ils se trouvent ?
D’autre part, j’ai toujours cru (mais c’est vrai que mes informations ne sont plus de toute première fraîcheur) que les mutilations sexuelles en Egypte concernaient principalement le sud rural du pays. Quand je lis que 90% des femmes égyptiennes en sont victimes, cela implique une généralisation très au-delà d’une région qui me surprend.
Enfin, je suis surpris que cette jeune femme courre le risque de subir une mutilation sexuelle et que, dans le même temps, elle ait obtenu, semble-t-il sans difficultés, l’autorisation paternelle pour quitter l’Egypte. On peut donc supposer que les mutilations auxquelles il est fait allusion ne soient pas du fait du père. De qui, dans ce cas ?
Je vous remercie tout d’abord pour le compliment. Pour le reste, nous ne sommes effectivement pas exempts de critiques et c’est pourquoi c’est avec grand plaisir que je vous livre mes explications face aux trois questions que vous soulevez. Quant au sentiment islamophobe dans ce pays, je partage totalement votre point de vue.
1) J’aimerais savoir d’où vous sortez que la loi islamique prévoit ce que vous voulez lui faire dire.
Nous avons effectivement usé d’un raccourci dans ce titre. Je vous l’accorde, mais c’est un peu la loi du genre. Reste que ce raccourci n’est pas le moins du monde mensonger. Je m’en explique.
Je ne suis pas un spécialiste du droit musulman ou égyptien, toutefois, depuis 1980, la loi coranique est reconnue en Egypte comme principale source du droit (c’est ici). Cela n’a pas encore eu de conséquences concrètes sur le droit. En fait, seul le droit de la famille est toujours régi par la charia (c’est ici)).
Pour savoir ce que dit la charia sur le voyage des femmes sans l’autorisation de leur tuteur, le site de la Mosquée de Lyon est assez explicite (c’est ici).
Et que dit donc le droit de la famille égyptien, qui s’inspire de la même charia, à propos du divorce? Que la garde des enfants est confiée au père à partir d’un certain âge (contrairement à ce que vous pensiez). Selon un rapport de 2004 de HRW: « La perte du droit de garde des enfants, qui est transféré aux pères quand les enfants atteignent un certain âge ou si la femme se remarie, est une autre conséquence discriminatoire du système de divorce égyptien » (lequel système est discriminatoire au nom même de l’application de la charia selon les autorités égyptiennes, vous le verrez dans le même rapport).
Je précise bien ici qu’il ne s’agit pas de mettre en cause l’islam mais l’interprétation juridique qu’en font certains (à ce propos, lire ce texte d’Oumma.com)
2) Pourquoi penser que si les diplomates français sont sexistes c’est parce qu’ils s’appuient sur une Charia ? L’Etat français fait ici preuve de cynisme et de sexisme.
Nous ne pensons pas cela et n’utilisons d’ailleurs pas le mot sexiste. Mais ce que souligne notre titre c’est que ces diplomates français, en refusant le visa à cette jeune fille, appliquent l’ancien droit de la famille égyptien, et donc la loi islamique dont il est issu, et non la nouvelle, comme le souligne la mère de Laïla. D’où l’idée (toujours légèrement caricaturale, vu le peu de mots dont on dispose dans un titre) que ces diplomates préfèrent appliquer la charia. CQFD. J’espère avoir été assez complet.
3) Bien sûr aucune intention de nuire à quiconque, mais le titre de ce sujet participe à cette équation Islam = oppression des femmes. Et même si vous le pensez, dans le cas présent, c’est manifestement la faute de l’Etat français et non de l’Islam.
Aucune intention de nuire donc, je suis heureux que vous le concédiez. Pour le reste, je suis désolé si nous participons de mouvements et d’idées que je réprouve par ailleurs, mais au vu de ce que j’ai ici expliqué, ce titre ne me parait pas faux. Même s’il utilise un racourci je vous l’accorde.
Laïla pourra aussi adresser une requête aux deux co-présidents en exercice de l’Union pour la Méditerranée élus à l’unanimité des 44 pays membres le 13 juillet dernier, MM. Sarkozy et Moubarak. Rappelons qu’à la demande du groupe des Etats arabes, l’UpM est censée promouvoir notamment la libre circulation des personnes au sein de l’Union.
quand on parle en Egypte de Charia, c’est surtout la Charia selon le gouvernement, une utilisation de l’islam pour opprimer le peuple en général et les femmes en particulier !
J’aurais peut être dû utiliser le terme Charia selon l’état !
Quant au risque d’excision encouru par Laïla, 11 procès, une grève de la faim et un livre ont garanti son intégrité physique.
et à l’heure actuelle ce n’est même pas l’Egypte qui refuse quoi que ce soit mais bien la France !
Merci pour vos témoignages de solidarité
La maman de Laïla