Classiques, polars, BD, essais… Piochez dans les choix de lecture de Rue89 et participez à la construction de cette page : et vous, qu'allez vous lire cet été ?

Je suis tombé dans « Le temps où nous chantions », poussé par traîtrise par Hubert Artus, qui m'a mis ce gros poche dans les mains. C'est une rhapsodie américaine comme on les aime, l'histoire d'une famille dont le père est allemand et juif, la mère noire et le ciment musical. Dès les premières pages, on est entouré de musique : classique, jazz, gospel, blues. Les enfants sortent de ce cocon de notes pour découvrir le chaos cacophonique de l'Amérique des années 60, sur fond de tensions raciales. Ces cinq vies, celle des parents et celles des enfants, sont des mélodies qui s'entrelacent pour former un oeuvre d'une grande force et d'une grande humanité. (Poche : ed 10/18, 1045 pages)
Je ne serai pas sur la plage. Du tout. Choix des livres ? Comment proposer « Sur la Route » de Corman Mac Carthy sans que les vacanciers ne se flinguent ? Ou « The Religion », de Tim Willocks, que je suis en train de traduire, qui n'est donc pas encore sorti et qui est un livre extraordinaire ? A part ça, eh bien mon conseil serait de lire ou relire tout Corman Mac Carthy et tout Russel Banks… Vu l'intelligence et la masse de pages, on peut même tenir plusieurs étés.
Pour aller à la plage cet été, autant passer par la montagne. Histoire de respirer un grand bol d'air et d'idées. Comme souvent dans les livres qui s'attardent sur les cîmes, il est question de vie et de mort. Attention, les trois ouvrages suivants flirtent plutôt avec l'abîme. D'abord, l'une des plus belles enquêtes journalistiques qu'il m'ait été donné de lire ces dix dernières années. L'auteur, Jon Krakauer, est aussi un journaliste spécialisé montagne. En 1996, il accompagne une expédition sur l'Everest, année où les cordées se bousculent pour parvenir sur le toit du monde. En 24 heures, 8 personnes vont mourir dans leur tentative de parvenir au sommet. Krakauer était là, il raconte pas à pas, dans le souffle des agonisants, en ayant pris soin de reconstituer, après une longue enquête, la version des uns et des autres. C'est aussi palpitant qu'effrayant. Une plongée dans l'âme des hommes, en général pour le pire. Si vous ouvrez ce livre, vous ne le refermerez pas. (Ed. Guérin (indisponible précise leur site) ou Presses de la cité, 310p., 18€).
Mon livre de l'été -mais attention : il pèse une tonne, il est à microfilmer ou à scanner et à emporter sous forme de e-book si on veut voyager léger. Il est assez déprimant sur la nature humaine, mais on sort de l'été plus instruit qu'on y entre. Et puis ça donne de furieuses envies de faire de la politique. Histoire de dire qu'on peut ne pas se laisser aller à l'abattoir sans donner sur le chemin quelques coups de sabots bien placés. Peut-être quelques vocations se révéleront-elles à la rentrée ? Vu la somme il dure bien tout l'été. Prévoir en complément quelques BD, romans ou magazines bien « feelgood » et futiles pour alterner les zones du cerveau sollicitées.
(Ed. Actes Sud, 669p., 25€).
'Les gens indispensables ne meurent jamais' d'Amir Gutfreund pour le titre, pour l'espoir un peu quand même. Et aussi, profiter de la récente publication (janvier 2008) du cours de Michel Foucault au collège de France prononcé en 1983 (Le gouvernement de soi et des autres) pour lire son cours de 1976 (« Il faut défendre la société », même éditeur) qui a été le premier publié, il y a onze ans. (Ed. Seuil, 382p., 27€).
« Un paradoxe français, antiracistes dans la Collaboration ; antisémites dans la Résistance » : un important ouvrage de l'historien israélien qui poursuit sa réflexion sur le glissement progressif d'une partie du milieu dreyfusard et d'une partie de la gauche vers l'appui à la Révolution nationale et aux lois antisémites de Vichy. (Ed. Albin Michel, 622p., 28€).
Je vais lire ce dernier livre de Francis Mizio, amoureux du Poulpe et blogueur à Rue89 (Le système gesticulatoire). Cet ouvrage est drôlissime, m'a-t-on assuré de très bonne source. (Ed. Baleine - La Martinière, 270p., 13€) Je vais aussi relire Un bébé toute seule (Ed. Flammarion, 189p., 18€) de Guillemette Faure et Mes vacances ratées avec Nicolas Sarkozy (Ed. Ramsay, 113p., 12€) de Guillemette Faure. Ils appartiennent à des registres différents. Leurs deux auteurs, qui ont en commun de porter le même nom, doivent être très dissemblables. (Au moins une Guillemette est journaliste et blogueuse à Rue89)
► Et aussi : « N'oublie pas de vivre : Goethe et la tradition des exercices spirituels », de Pierre Hadot.
Terms of endearment, Larry McMurtry (en anglais). Pour retrouver la quinquagénaire Aurora et sa troupe d'amoureux excentriques, dans un Texas qui ne ressemble pas à celui de Bush. Comme toutes les sagas de McMurtry, « Desert Rose », « Last Pictures Show », du mélo au second degré, on se laisse manipuler avec plaisir et on rit. (Certains romans ont été traduits).(Ed. Orion, 416p., 9,38€).
Je vais tenter Ellroy en commençant -comme tout le monde- par « Le Dalhia noir » parce qu'un garçon m'a dit un jour qu'une fille désirable qui aimait Ellroy, ça ne peut pas vraiment exister. Evidemment, je me demande dans quel camp je dois me placer…
Je lirai « El ingenioso hidalgo don Quijote de la Mancha » pour la première phrase, « 'En un lugar de la Mancha, de cuyo nombre no quiero acordarme…' », intraduisible, et la dernière, « '… y han de caer del todo, sin duda alguna. Vale.' », intraduisible, et, entre deux, les histoires contées par le manchot sublime, celle, par exemple, de ces moulins qui font tant rire les enfants du monde entier, don Quijote n'en a cure, ce n'est pas lui le fou, non, ce sont bien des géants ignobles qui tentent sans fin, agitant leurs bras décharnés, de soumettre le monde. Et rien d'autre, el Quijote suffit.
« Manuscrit trouvé à Saragosse », de Jean Potocki, un roman picaresque, onirique, historique, fantastique, érotique et initiatique écrit au tout début du XIXe siècle dans une langue française très belle, quoiqu'un peu touffue, par un aristocrate polonais, et rempli de duels, d'aventures, de pendus, de femmes lascives et de mises en abyme. Par une nouvelle mise en abyme, le manuscrit original du « Manuscrit » a été perdu puis retrouvé.
Je profite de ne plus passer mon temps à courir le monde pour retrouver mon « amant » littéraire à savoir Camus « Le mythe de Sisyphe » et « l'Homme révolté ». Une infidélité en vue toutefois avec Romain Gary Les racines du ciel le tout ponctué d'albums toujours hilarants d'Aggripine.
Un exercice d'écriture courageux, liant les banlieues françaises, les islamistes du Maghreb et la Shoah. Qui prend le lecteur et ne le lache plus, à travers l'histoire de deux frères algériens en France, qui découvrent le parcours de leur père et plongent dans la tragédie de l'histoire, de toutes les histoires.
(Ed. Gallimard, 263p., 17€).
Dans « Les âmes grises », déjà, j'avais été remuée par la description glaciale et ferreuse qu'il montrait de la Lorraine. Cette fois-ci, c'est cette autre région que je connais bien, l'Alsace, qu'il dessine comme toile de fond d'un drame d'après guerre. Dans ces descriptions, beaucoup d'odeurs qui me touchent. Et puis, au premier plan, la méfiance viscérale du groupe face à l'Autre. Un livre qui s'annonce bien. (Ed. Stock, 400p., 21,50€).
Je ne connaissais pas l'auteur (anglais), mais le roman est captivant, passé le temps de l'adaptation déconcertante au début à une certaine polyphonie, le lecteur est happé par l'histoire complexe des protagonistes, ou tout dérape quand le calme et le bonheur auraient enfin dû s'installer… Ai passé les 200 premières pages, je ne lâche plus ce livre… Ma meilleure surprise de lecture depuis « Ambiguïtés » de Perlman (Ed. Actes Sud, 516p., 10,50€).
Parce que des années après avoir lu son premier livre, « Sourires de loup », je pense encore de temps en temps à certains de ses personnages, comme d'anciens voisins perdus de vue. (Ed. Gallimard, 545p., 23,50€).
Laissez-nous dans les commentaires vos coups de coeur ou vos projets de lecture pour la plage, la campagne, la ville ou la montagne, nous republierons la semaine prochaine cet article avec vos suggestions.




















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De Ariane Deume
12H45 | 20/07/2008 |
Je viens de lire « L'ombre de la chute » de Mark Henshaw et John Clanchy chez Ch. Bourgois : excellent polar, bien construit et bien traduit, ainsi que « Le bonhomme de neige » de Jo Nesbo chez Gallimard, je suis une inconditionnelle de cet auteur mais ce dernier opus est le meilleur. Glaçant de bout en bout.
J'envisage de me plonger cet été dans « les oeuvres complètes “ de Herbjorg Wassmo chez Actes Sud coll. Thesaurus. Je recommande chaudement ‘la trilogie de Dina’ paru chez Gaïa et 10/18 ainsi que ‘La septième rencontre’. Elle a une écriture très incisive, un style très concis et un véritable talent pour les portraits.
Les posts précédents m'ont donné plein d'autres idées, merci ! , et l'envie de relire ‘sans nouvelles de Gurb’ de Mendoza ainsi que l'incontournable ‘Manuscrit…’
à Ariane Deume
De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 12H51 | 20/07/2008 |
Et Ariane Deume n'appuie pas la recommandation de Belle du seigneur ! ? C'est à désespérer de tout…
à thierry reboud
De Ariane Deume
13H08 | 20/07/2008 |
c'est implicite, bien sûr !
De ADCR
12H49 | 20/07/2008 |
Déjà lu la Stratégie du Choc, un livre a lire et relire, un tournant politique également. Politiquement d'ailleurs le bouquin de Naomi Klein et ce qu'il se passe en Corée du Sud sont les deux evenements plus plus important depuis bien longtemps. Comme quoi le vent tourne.
Sinon :
« Peut être une histoire d'amour » de Martin Page (ne le cherché tout de suie pas il ne sort que fin Aout)
http://www.decitre.fr/livres/Peut-etre-une-histoire-d-amour.aspx/9782879…
De amilcar
peureux célèbre | 13H02 | 20/07/2008 |
plusieurs conseils sans copinage aucun
Valéry Meynadier,« Ma mère toute bue » éditions Chèvre-feuille étoilée, un roman cru sur les relations mère fille et sur les ravages de l'alcool, une écriture célinienne et sonore
relire Albert Cossery, mort récemment, il a écrit 8 livres tous sont un plaisir subversif, qui décrit le peuple avec bienveillance et sans complaisance, avec humanité, denrée si rare de nos jours que son cours doit également flamber
relire Sembène Ousmane, plus connu pour ses films à tel point que certains ignorent qu'il est un grand écrivain, lire absolument « Les Bouts de bois de dieu », sur la lutte des syndicalistes en 1947 sur la ligne de chemins de fer Dakar Bamako
Paulina Chiziane, auteure mozambicaine de grand talent, ayant un premier livre traduit en français chez Actes sud, sous le titre « Le Parlement conjugal », formidable histoire de la polygamie dans l'Afrique australe et décrivant les subtilités méconnues de la vie des femmes dans cet autre côté du monde
relire « Le Devoir de violence » de Yambo Ouologuem
et si vous avez vraiment été sages, vous avez droit de lire ou relire n'importe quel livre de Jorge Amado, au risque que vous finissiez vos vacances en parfait communiste brésilien, il faut savoir prendre des risques, et sortir des sentiers battus
De Meilidao
13H35 | 20/07/2008 |
Propositions Essai :
Le Palais de Cristal, Colère et Temps de Peter Sloterdijk. Parait-il qu'Alain F. aurait eu un dialogue avec lui, il se plait à dire « Peter Sloterdijk et moi pensons que », je lui réponds « Ah… ».
Bon en gros, indispensables pour penser l'histoire de la mondialisation et l'évolution des sociétés modernes.
Colère et Temps de la balle, je l'ai pas encore fini,mais voilà un dialogue très poussé et constructif avec « La Fin de l'Histoire et Le dernier Homme » de Fukuyama. Je crois que c'est la première fois que je lis un européen qui a bien compris le bouquin.
Proposition Bds :
Si vous ne connaissez pas, mais je suis ur que vous ne connaissez pas, « The Boondocks ». La bande dessinée la plus corrosive des Etats-Unis, faites par un génie total. Le Flaubert du cartoon …ou pas loin.
Roman :
Personne ne mérite de vivre sans avoir lu « Mimic Men » de V.S Naipaul. Mais il est un peu déprimant ce bouquin, alors je propose « Le dieu des petits riens » d'Arunfhati Roy. pas neuf, pas récent, j'ai du le lire dix fois : Classic.
De BUNIC
GAULOIS | 14H56 | 20/07/2008 |
Salut à tous les riverains, je suis votre nouveau voisin depuis cinq minutes.
Que vais-je lire pendant mes vacances ? Tout simplement je vais continuer à me régaler avec la saga de Pierre Naudin qui compte 22 volumes. J'ai déjà terminé le cycle d'Ogier D'Argouges (7 volumes), je suis en train d'attaquer le dernier volume (7 aussi) du cycle de Tristan de Castelreng et naturellement je commencerai le premier volume du cycle de Gui de Clairbois(8 volumes). L'auteur historien nous fait traverser une partie de notre vraie histoire du 14 ème siècle en y intégrant les aventures de personnages fictifs. Ce roman bien qu'un peu long est un vrai régal, très bien écrit et je conseille aux voisins aimant le moyen âge la lecture de cette tranche d'histoire.
à BUNIC
De Compté supprimé 2
Compte supprimé 2 | 15H09 | 20/07/2008 |
bienvenue !
mais quelle bande malpoli(e)s : pourriez quand meme mieux accueillir un riverain sympa ? !
et en plus il est interessant !
De Zineb Dryef
Rue89 | 16H38 | 20/07/2008 |
Bonjour à tous,
Continuez à nous faire parvenir vos conseils. L'article sera ainsi complété avec vos lectures de vacances.
Merci !
De Baptiste Hamon
18H12 | 20/07/2008 |
Pour moi cet été, ça sera l'Equipe, France Foot et Isidore Isou.
Je viens de terminer la dernière parution d'Yves Bonnefoy, La Longue Chaine de l'Ancre, que j'ai beaucoup appréciée (j'avais eu du mal avec les Planches Courbes, au programme au bac ( ! ! ) il y a deux ans).
www.baptistehamon.canalblog.com (l'Ennui de combat)
De CG13
deuxcopainsdabord.musique.com | 18H17 | 20/07/2008 |
Bonjour,
Je pense simplement relire entre autres :
- l'incontournable « Limbo » de Bernard Wolfe, méconnu en France (Laffont livre de poche)
- le magnifique « Animisme et arts premiers » de Pascal Raux (éditions Thot) qui passionnera les préhistoriens en leur proposant, après un rappel de l'historique des points de vue successifs des spécialistes, une nouvelle lecture de cet art, fort cohérente ma foi : un indispensable encore
- les saga de Fondation et de Dune
- le « Petit cours d'autodéfense intellectuelle » de Baillargeon (chez Lux)
- sur ma table de chevet, je laisserai le « Journal » de Jules Renard (chez 10/18), « laissant au hasard de chaque soir le choix d'un petit bonheur de miraculeuse méchanceté », pourrait susurrer Lucchini…
Bonne lecture à tous les riverains…
De durutti91
fonctionerf | 18H21 | 20/07/2008 |
Pour ma part je dévore l'excellent « Waffen SS, Soldats Politiques en Guerre. » d'un chercheur du CNRS -- si ça existe toujours -- de Mr Leleu chez Perrin.
En grande partie, ça déconstruit les mythes d'une armée d'élite et européenne, d'une gentille wermarcht et d'une méchante SS, il explique le noyautage du système par Himmler et la manipulation opérée auprès d'Adolf… Certains passages sont très techniques comme sur la politique de recrutement mais pour ce qui est de la sociologie, bref un bon pavé avec même des images en couleurs !
Pour les paresseux, lisez au moins l'intro à la Fnac…surtout à la Fnac .
En plus une fois terminé, il peut servir à caler le frigo ou d'oreiller. Bonne lecture.
De Pépé la Jactance
insituable | 18H34 | 20/07/2008 |
Eh bien moi je vais vous envoyer chercher un livre (hélas épuisé) dans les vide-greniers, chez les bouqs etc. Un livre qui dit la vie l'amour la mort vus par un enfant avec des mots d'une force, d'une pudeur et d'une précision rares. Extrait :
Penny chuchota : « Suis-moi. Nous nous approcherons le plus possible. » Il tendit le doigt : « Les hérons sont en train de danser leur danse nuptiale. »
Jody aperçut au loin les grands oiseaux blancs. Son père avait des yeux d'aigle, se dit-il. Ils se mirent à quatre pattes et avancèrent lentement en rampant. De temps à autre. Penny se couchait à plat ventre et Jody se couchait derrière lui. Ils atteignirent un bouquet de hautes herbes et Penny lui fit signe de se cacher derrière. Les oiseaux étaient si près qu'il semblait à Jody qu'il aurait pu les toucher avec son long bambou. Penny s'assit sur ses talons et Jody l'imita. Il ouvrait de grands yeux. Il compta les hérons en fête. Ils étaient seize.
Les hérons dansaient une espèce de cotillon aussi bien réglé que ceux qu'on dansait à Volusia. Deux d'entre eux se tenaient à l'écart, droits et blancs, faisant une étrange musique, moitié cri et moitié chant. Le rythme en était irrégulier comme celui de la danse. Les autres oiseaux formaient un cercle. Au centre du cercle quelques-uns remuaient en sens contraire. Les musiciens faisaient leur musique. Les danseurs levaient leurs ailes et soulevaient les pattes l'une après l'autre. Ils baissaient la tête, la plongeant dans leur poitrine de neige, la relevaient, et la baissaient de nouveau. Ils remuaient sans faire de bruit, avec un mélange de gaucherie et de grâce. La danse était solennelle. Les ailes frémissaient, montant et descendant comme des bras étendus. Le cercle extérieur tournait, tournait. Le groupe central semblait animé d'une lente ivresse.
Soudain, tout mouvement s'arrêta. Jody crut la danse finie ou leur intrusion découverte. Mais les deux musiciens rejoignirent la ronde. Deux autres prirent leur place. Il y eut une pause. La danse recommença. Les oiseaux se reflétaient dans l'eau claire du marécage. Seize ombres blanches doublaient tous les mouvements. La brise du soir soufflait dans les herbes. Elles se recourbaient et s'agitaient. Les eaux se ridaient. Le soleil couchant rosissait les plumes blanches. Des oiseaux magiques dansaient dans un mystérieux décor. Les eaux ondulaient avec eux, et la terre frémissait de toutes ses herbes. La terre dansait avec les hérons, et le soleil bas, et le vent, et le ciel.
Jody se surprit à lever les bras quand les ailes des hérons se soulevaient. Le soleil s'enfonçait au bout de la prairie. Le marais était doré. Les hérons en fête étaient touchés d'or. Les champs au loin étaient noirs. L'ombre couvrait les buissons, et l'eau s'obscurcissait. Les hérons étaient plus blancs que des nuages ou que la floraison blanche des oléandres et des lis. Soudain, ils prirent leur vol. L'heure de la danse était-elle simplement terminée, ou bien la longue gueule d'un crocodile avait-elle surgi de l'eau pour les effrayer. Jody n'aurait su le dire, mais ils étaient partis. Ils formaient un grand cercle contre le couchant, poussant l'étrange cri rauque qu'ils ne faisaient entendre qu'au cours de leur vol. Puis ils se déployèrent en une longue ligne vers l'ouest et disparurent.
M.K. Rawlings. Jody et le Faon
à Pépé la Jactance
De brogilo
in angulo | 19H21 | 20/07/2008 |
@A. Nonyme
« Que de pierres plates, que de pierres plates ! ! … »
: -))
à brogilo
De Pépé la Jactance
insituable | 19H54 | 20/07/2008 |
Me tromperai-je si je dis que ces « pierres plates » sentent le clin d'oeil ?
Mmmm ?
à Pépé la Jactance
De brogilo
in angulo | 20H50 | 20/07/2008 |
Non-non, vous ne vous trompez point (-virgule)
: -)
à brogilo
De Pépé la Jactance
insituable | 21H32 | 20/07/2008 |
Il faut donc louer votre mémoire : j'ai effectivement
écrit quelque part de ce livre qu'il était comme un pierre plate, toute banale d'abord mais qui montre une sacrée vie si on a pris la peine de la soulever.
(Petit rappel pour les ceusses qui lisent moins bien que notre balthusien préféré ! )
De Pépé la Jactance
insituable | 19H03 | 20/07/2008 |
Autres livres à trouver très facilement aux puces : les Don Camillo de Giovanni Guareschi. Attention, ils sont d'une autre pointure que les films gentils ou pire qui en furent tirés. Une écriture sèche, un climat dur, on rit parfois mais souvent jaune et même on peut pleurer. La preuve avec cet extrait de « Don Camillo et ses ouailles ». Après la guerre, en Italie, les Américains firent entre autres de l'aide alimentaire par colis. Le parti Communiste fit interdire à ses militants d'y toucher. Mais l'un d'eux, Stràziami, est allé en cachette chez Don Camillo en chercher un.
……………………………………………..
Peppone et le commissaire fédéral dînaient, quand arriva Smilzo.
— Il est maintenant huit heures et quart et le prêtre est allé se coucher.
— Tout marche droit ? s'informa Peppone.
Smilzo hésita un instant :
—Dans l'ensemble, oui.
— Parle clair ! ordonna le commissaire fédéral d'une voix dure. Fais ton rapport avec précision et tâche de ne rien oublier.
— Eh bien ! en somme, dans la journée il n'est venu au presbytère que des gens sans intérêt et j'ai pris les noms. Puis, il y a un quart d'heure, j'ai vu entrer quelqu'un ; mais avec cette obscurité je n'ai pas pu identifier la personne facilement.
— Crache, Smilzo.. Qui était-ce ? s'écria Peppone en serrant les poings.
— Il semblait bien un des nôtres…
— Qui ?
— J'ai comme une idée qu'il ressemblait un peu à Stràziami ; mais, à parler franc, je n'en jurerais pas.
Ils finirent de manger en silence, puis le commissaire se leva.
Le petit garçon de Stràziami était ce fameux gosse maigre et pâle avec de grands yeux que Don Camillo avait poursuivi un jour. Un enfant qui parlait peu et regardait beaucoup. Maintenant, assis à table, dans la cuisine, il contemplait, les yeux écarquillés, son père qui ouvrait la boîte de marmelade avec un couteau.
— Après ! dit la mère. D'abord les pâtes, puis le lait condensé avec la polenta ; puis la marmelade.
La femme apporta la soupière sur la table et se mit à tourner les pâtes fumantes. Stràziami alla s'asseoir contre le mur entre le buffet et la cheminée et resta là à jouir du spectacle : son enfant qui suivait de ses grands yeux les mains de sa mère, puis contemplait tour à tour la boîte de lait condensé et la boîte de marmelade, comme éperdu parmi tant de splendeurs.
— Tu ne viens pas ? demanda sa femme à Stràziami.
— Non, moi je ne mange pas, marmonna-t-il.
La femme s'assit devant l'enfant et s'apprêtait à lui emplir son assiette, quand la porte s'ouvrit et Peppone fit son entrée avec le commissaire fédéral. Le commissaire regarda les pâtes et retourna les boîtes pour lire les étiquettes
— Où as-tu pris ça ? demanda-t-il à Stràziami qui le regardait faire tout pâle.
Le commissaire attendit un moment une réponse qui ne vint pas ; puis il prit très calmement la serviette qui recouvrait la table par ses quatre coins, fit un seul baluchon du tout, ouvrit la fenêtre et le jeta dans le ruisseau.
Le gosse tremblait de tout son corps ; il avait mis ses deux poings sur sa bouche et regardait atterré le commissaire. La femme s'était réfugiée contre le mur et Stràziami était resté les bras ballants au milieu de la pièce, comme frappé de paralysie.
Le commissaire fédéral se dirigea vers la porte. Arrivé sur le seuil, il se retourna :
— Le communisme c'est la discipline, camarade. Celui qui ne le comprend pas n'a qu'à s'en aller.
La voix du commissaire réveilla Peppone qui était resté à regarder, adossé au mur, comme en rêve. Ils s'éloignèrent en silence côte à côte, à travers la campagne noire et Peppone désespérait d'arriver jamais au village. Devant l'Hôtel des Postes le commissaire lui tendit la main.
— Je pars demain matin à cinq heures, dit-il. Bonne nuit, camarade.
— Bonne nuit, camarade.
Peppone alla tout droit jusqu'à la maison de Smilzo. « Je vais l'abreuver de coups de pied » songeait-il. Mais arrivé devant la porte, il resta hésitant puis revint sur ses pas.
Chez lui il trouva son fils encore éveillé dans son petit lit. L'enfant lui sourit et lui tendit les bras ; mais Peppone ne lui prêta aucune attention.
— Dors ! lui dit-il seulement.
Et il le dit d'une voix dure, méchante, menaçante afin que personne ne puisse soupçonner – pas même lui – qu'il pensait avec angoisse aux yeux écarquillés du petit Stràziami.
De compte supprimé 22
Lecteur écriveur | 19H16 | 20/07/2008 |
Ouais ben si c'est comme ça, moizaussi je vais me faire de la pub. Il s'agit d'un récit autobiographique (heu, pas très sea sex and sun) dont voici la 4° de couv :
MES BIEN CHERS FRÈRES
« … Je suis un marcheur de verre. Le verre, c'est à la fois fort et fragile. Ça résiste, résiste, et puis ça casse d'un coup. C'est beau tant que ça reste intact : la moindre fêlure, la moindre écaille, la moindre rayure, je ne vois qu'elles. Et si vous le brisez, si vous le piétinez, il peut vous entailler jusqu'à l'os. »
Voici une part d'enfance, tranchée à froid il y a bientôt quarante ans dans une école religieuse.
Règlement de compte ? Non, si c'est renvoyer la haine en boomerang à ceux qui la lancèrent. La haine, elle s'est diluée dans l'encre de ce livre. Si c'est crever l'abcès, pour enfin guérir ; si c'est pouvoir regarder à nouveau ceux-là qui me firent baisser les yeux, oui.
J'écris à qui ne confondra pas enthousiasme et naïveté, confiance et abandon, foi et dogme ; j'écris en mémoire de mes camarades rieurs et enfiévrés d'envies, revus des années après tristes à mourir et froids comme la nuit ; j'écris pour soigner l'enfant blessé que je fus, pour endiguer ce fleuve de chagrin que les années ne sauraient tarir, pour chasser l'idée qu'on pouvait tout me faire, mais pas ça – et pas à cet âge.
Références du livre :
http://www.harmattan.fr/index.asp ? navig=catalogue&obj=livre&no=896
à compte supprimé 22
De brogilo
in angulo | 19H31 | 20/07/2008 |
Eh bien voilà, fallait que ça sorte, en fait…
Mes amitiés PMB.
PS : J'ajoute votre bouquin à mes lectures prochaines.
Même si ce n'était pas une raison pour sauter à bras raccourcis sur ce pauvre Balthus qui n'en peut mais, là où il est : -)
à brogilo
De compte supprimé 22
Lecteur écriveur | 20H01 | 20/07/2008 |
« Fallait que ça sorte : s'il s'agit du livre, il est sorti il y a dix ans.
Pour ce “pauvre Balthus”, là où il est et avec sa renommée et avec des défenseurs comme vous, il se fout bien de ce pauvre PMB ; -)
Un livre à conseiller : Béru et ces dames, le San-Antonio où j'ai vraiment réalisé la complexité de Frédéric Dard, capable de passer du rire le plus gargantuesque au cafard le plus noir.
à compte supprimé 22
De brogilo
in angulo | 20H47 | 20/07/2008 |
PMB, je voulais dire : fallait que ça sorte - sous-entendu - sur Rue89.
J'y pensais depuis l'échange que nous eûmes sur ce fil-là, en fait :
http://www.rue89.com/ibere-espace/comment-quitter-l%E2%80%99eglise-un-ma…
De zapruder
Vous êtes au 27011 Rue89 | 19H27 | 20/07/2008 |
Brûlantes promesses, de Karen ANDERS
Inspirant légèrement, elle perçut son parfum musqué et sentit une volute de chaleur s'épanouir dans son ventre lorsque les mains de Sam se refermèrent sur ses seins. Elle se cambra contre lui, étirant son dos contre son torse, plaquant ses hanches contre les siennes. - Je veux faire l'amour avec toi dans la paille, Sam…
De Patty
19H34 | 20/07/2008 |
Je lis en ce moment l'Illium de Dan Simons. J'ai adoré ses Cantos d'Hypérion publiés il y a quelques années, donc, je m'y suis plongée sans apréhension malgré la taille des volumes.Je pense que cela convient aux amoureux de la SF un peu rompus à ses codes vu la complexité de l'univers de cet auteur.Je commence déjà à me dire : quesque je vais bien pouvoir lire après ça ? C'est tellement délirant que le retour sur Terre va être difficile ! !
De Berrybelle
20H58 | 20/07/2008 |
Bonjour,
pour ma part je lirais le tome 3 de Millénium. J'ai avalé les deux premiers en une semaine tant l'intrigue m'a accaparé. Le troisième j'ai un peu plus de mal. Je finirais « Le concept de continuum » de Jean Liedloff.
Et puis j'enchainerai avec des choses plus légères pour me détendre en vacances dans le Jura : « Les yeux jaunes des crocodiles » de Pankol, « Orages chez les foireux » de Fontanel et « La consolante » de Gavalda.
L'été sera-t-il assez long pour tout cela ?
De Grégory
21H38 | 20/07/2008 |
Aller à moi :
Si vous en avez raz la casquette de tout ces gens qui pérorent que le 11 septembre n'était pas l'oeuvre d'intégristes encavés en Afghanistant, je vous conseille de lire ceci :
La Faillite Des Médias
Par David Ray Griffin
Ca vous permettra de comprendre comment ces gens pensent. Par contre le risque est assez fort que du coup vous pensiez comme eux…
De yamato
21H40 | 20/07/2008 |
Que de références !
Je pencherai pour quelque chose de léger…dans la forme.
« Les animaux dénaturés » de Vercors. Attention, ça n'a l'air de rien, mais…
Toujours dans le genre « qui n'a l'air de rien mais » :
Si vous arrivez à le trouver, « Les bananes de Koenigsberg » de Vialatte (à défaut, ses chroniques sont en poche).
Allez, un petit roboratif, « l'avenir du capitalisme » de Jean-Luc Gréau.
Enfin, pour ceux qui aiment chercher : « Le trésor des méchancetés-anthologie d'humour noir à l'usage des anarchistes » - Jean-Manuel Trémond , Ateliers de Création Libertaire.
Bonne lecture et bonnes vacances
De Venezuela
vit aux Pays-Bas | 12H32 | 21/07/2008 |
Je triche un peu. Je l'ai deja lu, mais c'est vraiment le livre que j'ai prefere cette annee :
RAY KLUUN - EN PLEIN COEUR
Editeur : Presses de la Cité
Publication : 18/10/2007
Prix éditeur : 19.5 euros - Prix alapage.com : 18.52 euros
Nombre de pages : 336 pages - ISBN : 9782258071797
Directeur d'une agence de pub, Stijn aime le foot, ses potes et la drague, même s'il adore sa femme, Carmen, et Luna, sa petite fille de deux ans. Cette vie dorée à Amsterdam bascule lorsque Carmen découvre qu'elle est atteinte d'un cancer du sein.
Le roman traite d'un sujet serieux mais sur un ton tres leger et avec beaucoup d'humour. Il est de plus tres bien ecrit.
De bon sens de bon sang
qu'est-ce qu'on attends? | 22H33 | 20/07/2008 |
bonjour, moi je lis « sortir de la boite » écrit par un collectif : Arbinger (qui désigne un signe avant coureur, un présage, un précurseur de changement.La boite c'est une métaphore pour décrire un phénomène au cœur de la plupart de nos échecs de communication. Une clés vers la paix, comme toute ces choses simples qu'il suffisaient de savoir pour éviter le pire…(le site www.arbinger.com ou www.sortirdelaboite.com en français)un bel été…
De ysengrimus
01H46 | 21/07/2008 |
L'ASSIMILANDE (roman)
http://www.jetsdencre.fr/lng_FR_srub_14_iprod_19_pageid_2-L-assimilande….
FEMMES FANTASTIQUES (recueil de nouvelles)
http://www.jetsdencre.fr/lng_FR_srub_14_iprod_37-Femmes-fantastiques.htm…