Tribune

Investissement éthique: réconcilier les Français avec le capital

Les Français ont tendance à voir le capitalisme financier et la mondialisation comme une perte de contrôle, difficilement tolérable, de la collectivité sur ses grandes entreprises. Seulement 22% d’entre eux approuvent par exemple l’idée que « les propriétaires d’une entreprise peuvent être en droit de décider comment la diriger et quels dirigeants y placer », alors que ce taux est de près de 60% aux Etats-Unis.

De même, seul un tiers des Français pensent que « les principes de la libre entreprise et de l’économie de marché sont le meilleur système sur lequel fonder l’avenir du monde », alors que c’est le cas pour plus des deux tiers de la population chez tous nos voisins d’Europe continentale.

Les Français perçoivent la recherche du profit comme l’ennemi de la qualité de vie, la Bourse comme le terrain de jeu favori de spéculateurs court-termistes.

Tout n'est pas faux dans ce sentiment d’une perte de contrôle. A l’heure de l’entreprise globale, les pays sont en compétition pour maintenir leur caractère attractif. La menace permanente de voir migrer les sièges sociaux et les centres de recherche et de production dissuadent les autorités d'adopter des lois (en matière d’environnement ou de protection des employés par exemple) qui refléteraient les aspirations de leur population.

Investir en conformité avec ses valeurs éthiques

Le rejet des mécanismes de marché, pas plus que le protectionnisme, ne fournissent de solution. Comment pourraient-ils forcer les consommateurs étrangers à acheter nos voitures et nos avions si ceux-ci étaient plus chers ? Et comment résoudraient-ils la détérioration globale de l’environnement ou des conditions de travail dans les pays pauvres ? La solution est plutôt à trouver dans un usage pertinent du marché financier lui-même.

Il se trouve qu’un large groupe d'investisseurs, individuels et institutionnels, manifeste aujourd'hui le désir d'investir en conformité avec leurs valeurs éthiques. Avec un taux de croissance de 36% en 2007, le marché de l’ISR (Investissement socialement responsable) est une des tendances de fond en matière de gestion d’actifs.

Il y a déjà plus de 1  000 milliards d’euros gérés en Europe selon des critères notamment éthiques, et le phénomène est bien plus général : 2  600 milliards de dollars sont gérés aux Etats-Unis en prenant en compte des critères de responsabilité sociale et environnementale, soit plus de 11% de la masse totale des actifs financiers gérés dans ce pays.

Les principes de l’investissement responsable des Nations unies, s’engageant à prendre en compte les informations sur la politique sociale et environnementale des entreprises dans leurs choix d’investissement, ont ainsi été souscrits aujourd’hui par des professionnels de la finance, gérant au total plus de 13  000  milliards de dollars.

Atteindre une masse critique pour compter dans les échanges financiers

Mais ce mouvement doit convaincre davantage d’investisseurs pour poursuivre son ascension et atteindre une masse critique nécessaire pour avoir un impact important sur le comportement des entreprises. Il doit en particulier convaincre les investisseurs les plus pragmatiques qu' »investir responsable reflète réellement les valeurs qu'ils souhaitent exprimer, que cela n’augmente pas le risque de leur épargne et que, au bout du compte, cela conduira les entreprises a changer réellement leurs pratiques vers plus de durabilité.

Il est aujourd’hui possible de satisfaire à ces trois conditions si l’on choisit rigoureusement ses valeurs et la manière de les exprimer dans son portefeuille. Il faut par exemple des valeurs suffisamment consensuelles pour rallier une fraction importante d’investisseurs mondiaux.

Nous en avons identifié trois : la protection de l’environnement, le comportement de l’entreprise avec les employés et la sécurité des produits pour le consommateur.

Faire de ces trois valeurs-ci les piliers d’un portefeuille ISR pragmatique permet à l'épargnant d’exprimer de telles valeurs éthiques. Le développement d’agences de ratings spécialisées dans les notations éthiques ainsi que la gamme des produits financiers les utilisant permettent désormais aux individus comme aux institutions d’investir dans les entreprises qui reflètent le mieux ses valeurs.

La peur du boycott des investisseurs

Cette solution de l’ISR ne repose ni sur un appel à l'altruisme des managers ni sur le pari que les entreprises les plus vertueuses sont au bout du compte les plus profitables. Mais sur l'idée, comme le montre l'étude que j'ai publiée dans En Temps Réels, qu’il est pénalisant pour une entreprise d'être boycottée par une fraction importante des investisseurs de la place, et qu’elles feront donc les efforts pour éviter cette mise à l’index.

Si l’ISR parviendra à convaincre les Français qu'être actionnaire, cela peut signifier aussi transmettre des valeurs et que la Bourse peut fonctionner comme une démocratie qui additionne les aspirations de chacun, un grand pas aura été franchi.

Cette réconciliation des Français avec les mécanismes du capitalisme financier pourrait aussi signifier une réappropriation par la collectivité d’un sens de contrôle de son destin. Cette promesse de démystification du Grand Méchant Marché se double en effet de la possibilité de faire sentir aux Français les avantages de la transition vers un régime de retraites où la capitalisation joue un rôle plus important.

Car le souci de responsabilité sociale que nous pouvons insuffler aux entreprises dépendra directement de notre poids collectif en tant qu’actionnaires.

L’article ci-dessus reprend des éléments approfondis dans un cahier publié par le think tank En Temps Réel EnTempsReel.com.


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Saheyus | Rêveur invétéré
17H40 16/07/2008
"Tout n'est pas faux dans ce sentiment d’une perte de contrôle." Perte de contrôle, perte de contrôle, c'est un doux euphémisme... je dirais plutôt que c'est la prise totale de contrôle par quelques-uns, au détriment de la majorité. "Comment pourraient-ils forcer les consommateurs étrangers à acheter nos voitures et nos avions si ceux-ci étaient plus chers? Et comment résoudraient-ils la détérioration globale de l’environnement ou des conditions de travail dans les pays pauvres?" Pourquoi le rejet de l'économie de marché entraînerait-il forcément une augmentation du coût des produits? Pour augmenter les salaires, il existe d'autres moyens que l'augmentation du prix des produits (comme une réduction des gains des actionnaires, une réduction des gains des patrons, une égalisation des différents salaires des salariés, etc) Aussi, une orientation plus intelligente de nos productions serait un gain considérable à moyen et long termes. Parmi les domaines largement sous-exploités, on pensera notamment aux énergies renouvelables ; voila pour la réponse à votre deuxième question, et le capital n'y est pour rien. Pour ce qui est de l'amélioration des conditions de travail dans les pays pauvres, elle viendra, et ce sont d'ailleurs les pays pauvres qui nous donnent des leçons de syndicalisme ces derniers temps. En gros, vous nous dites: surtout ne changez pas le système! Le capitalisme marche sur la tête depuis plus de deux siècles, mais ça va changer dès demain. Il est bon qu'une société aie un capital scientifique, culturel, matériel, mais le capitalisme, c'est l'art de diviser inéquitablement ce capital en en réservant l'immense majorité à quelques-uns, qui se le transmettront par le biais de la filiation, des mariages, des cercles d'initiés, etc. Vous proposez donc de continuer cela, mais gentiment. Sans trop exploiter les gens, sans trop détruire l'environnement. Soit, je prends note, c'est louable. Je ne devrais pas critiquer trop durement ce genre d'initiative, ça reste mieux que rien. Mais, franchement, rien que le vocabulaire que vous utilisez (et la manière dont vous le faites) me fait froid dans le dos.
 
Jaycib | Entre l'arbre et l'écorce
21H51 16/07/2008
Non, mais je RÊVE, donnez-moi des claques, jouez de la trompette au pied de mon lit, que la raison me revienne, ne serait-ce qu'un instant! Au moment même où: (1) Les fonds américains de garantie des hypothèques Fanny Mae et Freddie Mac (30%+ du PIB des Etats-Unis) sont au bord de l'asphyxie; (2) La crise bancaire se poursuit (quand elle ne s'amplifie pas, allez savoir! "On nous cache tout, on ne nous dit rien", disait l'autre), avec Lehmann Brothers comme prochaine victime; (3) Le magazine Fortune élabore des scénarios très sérieux sur ce dont le monde aura l'air si/lorsque le prix du pétrole aura atteint 1000 dollars/baril; (4) La décrue des bourses du monde s'accélère, au point que les meilleurs analystes s'en inquiètent, et dans tous les pays; (5) Des économistes renommés comme Elie Cohen parlent de crises à répétition dont la fréquence ne fait que s'intensifier depuis 20 ans (pétrole + bulle immobilière asiatique + bulle de l'Internet + éclatement de la dernière bulle immobilière du "monde libre" en ce moment même); On vient nous vanter les vertus d'un capitalisme "moralisé" avec une candeur désarçonnante. Le patron de la campagne présidentielle du candidat républicain Ford (qui faisait face à Carter, non moins moralisant que M. Landier, en 1976), John Morton, disait, en réponse à une question d'un journaliste, alors que les derniers sondages donnaient Carter gagnant: - Mr. Morton, où en est la campagne que vous dirigez? - Je suis en train de faire ranger les transats sur le pont du Titanic. Cela dit, ça pourrait être pire: je pourrais être un concessionnnaire Chrysler [alors au bord de l'effondrement] en plein centre de Téhéran [l'Iran détenait toujours des dizaines d'otages américains]. Voilà au moins un partisan du capitalisme qui ne prenait pas des vessies pour des lanternes! P.S. Les investissements "responsables" existent depuis des décennies, à commencer par ceux des riches universités privées américaines. Ca ne nous a pas empêchés de devoir désormais faire face à la plus grande dépression économique de l'histoire. On en rirait si les larmes n'encombraient déjà notre vue.
 
Tophee
10H33 17/07/2008
Je suis moi meme petit porteur du fait que, travaillant en angleterre, je suis obliger de cotiser a un fond de pension qui est investit en action. J'ai aussi, lorque je travaillais a la Barclays, ete pratiquement oblige de detenir des action de cette banque. Les companie qui font cela le font pour plusieur raison : - Elle esperent ainsi se proteger d'un eventuel OPA agressive, en esperant que les amployer ne se comportent pas comme de simple investisseurs chherchant un profit a cours termes, mais resterons fidele a la societe. Les OPA etant souvent suivie d'un plan social. - En transformant les emplyer en actionnaire, elles esperent que ceux-ci reagirrons en tant qu'actionnaire, a l'annonce de plan sociaux : En applaudissant plutot que de faire greve. Pariants sur fait que les employer se dirons, tant que je garde ma place, le plus il en vire, le mieux c'est. Et le pire c'est que cela marche! Au dela de ces cas un peu particulier, je ne pleure pas sur le sort des petits actionaires, mais il est vrais qu'il sont souvent les dindons de la farce, que ce soit par des abus de bien sociaux, des delits dinities come a EADS, ou plus communement, des petit arragement entre actionnaire principaux.