
Mugabe a fraudé. Comme d’habitude, comme depuis toujours, comme ses pairs et voisins, ni plus ni moins. Le monde extérieur -dans lequel nous nous reconnaissons, c’est-à-dire celui de la raison et des leçons- est resté impuissant. Comme d’habitude, comme depuis toujours. Des voix se sont levées au Conseil de sécurité des Nations unies pour défendre le satrape. Toujours les mêmes voix. Pour toujours les mêmes raisons.
Et ce matin, ce soir, cette nuit, rien ne change au pays des hommes léopards. Ce matin, c’est le plein hiver austral sur ce pays de plateaux tempérés, de rivières encaissées, de brousse arborée, celui de cette dernière échine du Rift qui brave le Zambèze, et se perd dans le Mashonaland.
Les ventes de tabac seront misérables, dommage pour les Chinois
Sur les hauteurs granitiques des Great Dyke Mountains, l’hiver est contrarié par des vents qui remontent du Sud. Continentaux, secs, sous un ciel cruellement pur, ils achèvent de griller ce qui a encore été planté. Les ventes de tabac de septembre et d’octobre seront misérables. Dommage pour les Chinois, vils pilleurs. Et depuis cinq années, rares sont les fermiers -et peu importe la couleur de leur peau- qui réalisent deux récoltes de maïs par an.
Quelles récoltes ? Depuis les Dyke, le paysage, brun, jaune, est traversé d’écrans de fumée. Pas un village ne flambe, comme parfois on tente de nous conter la vilaine histoire du pays des hommes léopards. Mais comme les champs redeviennent irrémédiablement brousse, les paysans brûlent ce qui reste pour espérer des pousses miraculeuses sur les cendres de forêts centenaires.
Conserver l’espoir. On meurt si jeune. Les chiffres ? Que valent les chiffres ? Le chaos ? Il perdure depuis des années. Il se poursuivra, et puisque l’on meurt en silence au Zimbabwe, passé les échéances surlignées sur l’agenda électoral, on laissera à tous, au moins, le droit de s’en aller sur la pointe des pieds pour le reste du monde, celui qui vote pour, celui qui vote contre, sur les bords de l’East River, au Conseil de sécurité des Nations unies.
Les bois, la brousse, les forêts brûlent. C’est pourtant dans ces forêts, qu’un jeune commandant et ses guérilleros, se sont réfugiés, il y a trente et quelques années. Ce commandant, dont le cœur battait à l’unisson de celui de Julius, Samora, et Nelson, se laissait guider, la nuit, par les étoiles du Sud, et écoutait la voix de Nehanda, l’héroïne des temps anciens, médium craint et adoré, le conduire dans les chaos granitiques, et l’aider à franchir les rivières dangereuses. Et, par la voix de Nehanda, les colonnes de guérilléros fendaient, la nuit, dans la quiétude qui porte les hommes libres, les cohortes d’hippopotames pourtant si redoutées dans la pénombre.
La voix de Nehanda a chanté au Commandante Mugabe le départ des Blancs, de tous les Blancs, même les nourriciers, la haine des autres, de tous les autres. La voix de Nehanda a été captée par un nouvel esprit, un « mondhoro » malfaisant, une ombre, celle des fumées noires qui couvrent l’horizon du Zimbabwe.
Fini les guerilleros, les hommes libres et les hippopotames
Et maintenant ? Aujourd’hui, il existe des opposants. On leur impose des négociations improbables, sur la base de faits insupportables, puisqu’ici, comme ailleurs sur le continent africain, le fait prime le droit. Ces opposants doivent enfiler leur plus beau costume, prendre l’avion, cet oiseau de fer, pour Pretoria, et serrer la main de ceux qui n’ont rien respecté. Peu importe, finalement, que de nouveaux commandante œuvrent dans le dos du « Vieux », peu importent les rumeurs des ambassades, les combinaisons foireuses des voisins mal attentionnés. On meurt si jeune, ici. Et pourtant on gagne encore beaucoup d’argent à Harare. L’or, le platine, le nickel, le chrome, le diamant sont toujours là, providences éternelles. Seules les coupures d’électricité altèrent les rendements. Si jeune, et pourtant le Commandante compte 84 ans, et les charognards -qui dépècent le dernier cadavre exquis et ne lâcheront rien à Tsvangirai- n’en ont que cinquante et quelques, mais très au-delà de l’espérance de vie du pays. Une espérance ? Il n’y a plus de guerilleros, plus d’hommes libres, il n’y a plus d’hippos. Le poids moyen d’un « cheval du fleuve » est de 1500 kilos. Une orgie de viande et de graisse. Le temps des orgies est passé. L’hiver est sec, la faim obsède quotidiennement les gens des campagnes, et ceux des villes. Le frigidaire de l’ambassadeur de France est cependant plein, les écoliers, en uniforme, traversent dans les clous dans les rues d’Harare. On est reparti pour un tour.
Et sur le promontoire rocheux des Dyke, les montagnes des Nangas, ces sorciers qui deviennent panthères généreuses au soir tombé, s’épuise encore un léopard amoureux. Son râle porte si loin.
Que quelqu’un, dans la nuit désormais revenue, l’entende.














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A quels « pairs et voisins » comparez-vous donc Mugabe et sa fraude électorale? Des voisins du Zimbabwe, il y en a qui se distinguent par leur alternance démocratique : la RSA et le Botswana. Ne profitez pas de la tragédie zimbabwéenne pour insulter toute l’Afrique !
Les faits sont têtus et la majorité des pays africains ne sont hélas pas des démocraties et la seule alternance est la mort du dirigeant ou le coup d’état. Il n’y a donc pas d’insulte ici.
Les régimes coloniaux étaient sans doute des démocraties.
Et avant les régimes tribaux étaient démocratique sans doute.
Au moins ils ne le prétendaient pas…
Vouloir imposer un système que l’on juge meilleur (avec nos yeux d’Occidentaux) c’est déjà présumer d’une certaine supériorité. Aujourd’hui, heureusement que le monde entier ne vit pas selon nos codes (capitalisme, consommation à outrance, pseudo-démocratie), notre bonne vieille planète serait déjà morte.
(…et la seule alternance est la mort du dirigeant ou le coup d’état.)
Organisé par qui ?
Y a l’embarras du choix
merci pour le banality show sinclair (et crouzet). Bouh que des dicatateurs!! c’est pas juste! pourtant si on regarde les voisins comme l’indique notre autre riveraine, il y a la RSA, le Botswana et au moins aussi le Mozambique… L’afrique australe s’en tire d’ailleurs mieux que les afriques de l’ouest et centrale. Enfin bon, c’est surement pas ici qu’on va tordre le cou aux bons vieux stéréotypes.
L’Afrique est une catastrophe et doit être rebâtie. Avant de répondre n’importe quoi avec ses tripes, le lecteur devrait aller voir l’article en lien.
Pierre JC Allard
http://nouvellesociete.org/414.html
Au risque de me répeter :
http://millecalottessarkastik.over-blog.com/article-20826654.html
Cordialement
Allons, si Mugabe n’avait pas commis le péché d’aller forniquer avec les Chinois, rien n’aurait pu lui arriver et personne n’aurait dit quoique ce soit sur ce pays si lointain, si inconnu… dont tout le monde se foutait.
C’est comme si l’UA critiquait Sarko sur ses échecs en termes de pouvoir d’achat en France !
Les violations de la démocratie nous interpellent uniquement si les dirigeants concernés ne « jouent » pas le jeu de nos intérêts ou si le peuple élit démocratiquement quelqu’un qu’on n’aime pas.
« Allons, si Mugabe n’avait pas commis le péché d’aller forniquer avec les Chinois, rien n’aurait pu lui arriver et personne n’aurait dit quoique ce soit sur ce pays si lointain, si inconnu… dont tout le monde se foutait. »
Parlez pour vous. Mugabe a des ennuis avec la commnuauté internationale depuis des années et il a été exclu du Commonwealth (ce qui est considéré comme ignominieux).
« Tout le monde » (c’est-à-dire la France) se foutait du Rwanda aussi : on a vu le résultat.
Quant à l’Afrique du Sud, son président est un sale con qui après avoir INTERDIT les traitements anti-SIDA pendant des années est le plus fervent soutien au tyran Mugabe - tandis que les réfugiés zimbabweens se font massacrer chez lui.
Je vous rappelle que le Zimbabwe était le grenier de l’Afrique et qu’aujourd’hui on y crève de faim, avec une inflation de 200 000% par mois… Franchement comparer ça avec les problèmes de Sarkozy et du pouvoir d’achat en France, c’est indécent, je trouve.
C’est votre droit de réagir de la sorte.
Même si j’admets certains de vos faits, je vous invite à y regarder de plus près et vous verrez que les Etats africains sont commandés à distance par le monde dit libre qui, lui, a horreur qu’on s’immisce de ses affaires.
Au lieu de compassion, il faut rendre justice à un continent riche mais affamé…. par qui ?
EDF n’est que transformateur d’unranium provenant d’ailleurs, GDF n’est que livreurs de gaz provenant d’ailleurs, Total n’est que raffineur de pétrole provenant d’ailleurs….
Je ne vois pas en quoi leur ACHETER leurs matières premières les affame. Ce qui les affame ce sont leurs tyrans et les subventions que les occidentaux (Européens et Américains) déversent sur leur propre agriculture.
Il faut cesser de considérer les Africains comme des enfants irresponsables : c’est du paternalisme. L’Afrique est responsable de ses malheurs.
Bel esprit ! Il faut moins penser d’éviter de donner par la main droite (subventions, backshish, aides) aux africains ce qu’on leur prend par la main gauche (contrats négociés au forcing, tutelle économique …)
Mugabe es réélu et son peuple va rester aussi miséreux…!!
http://phil195829.overblog.com
Très beau texte, Mr. Vincent Crouzet, vous avez très bien mis en relief l’absurdité du couple espoir/ desespoir en lui enlevant son costume tragique dont certains l’affublent comme bon leur semble.
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la prochaine étape :
sans doute reçu à l’Elysée…
LOL ! Mugabe avec Nico; N empeche si vous tenez une info où Sarko cause de ce probleme Africain, veuillez me dire, merci.
ALEX decompresse et ouvre les yeux. La « decolonisation » s’est faite,peux ou prou dans les annees 1960.Il y a donc pres de 50 ans. Pourquoi defendre ces denies de democratie que sont les elections truquees en Afrique. Cite moi un pays d’Afrique ou il y a eu l’ALTERNANCE comme en Occident? Du Maghreb a Madagascar en passant par toute l’Afrique de l’Ouest.Etre democrate c’est en premier lieu accepter que d’autres ne pensent pas comme toi,qu’ils n’aient pas le meme regard,ou la la meme couleur de peau,ou la meme religion. Si tu es d’accord avec mon approche, alors pourquoi defends-tu ces tyrans? Seulement parce qu’ils sont africains? Lorsqu’il s’agit de royaume: l’alternance se fait au niveau du 1er ministre,cela va de soi.Donne moi encore une info. s’il te plait: Pourquoi ne puis-je pas emmener ma fille Florence (Aya dite COCO TAILLE!) voir le pays ou elle est nee il y a 27 ans.Ce pays c’est la Cote d’Ivoire,chere a nos coeur comme tu l’imagines.
Très beau texte qui ne mérite pas de commentaire tant il en dit long.
Bonjour à tous, et merci à Béatrice et Abdul Azziz d’appeler « un chat un chat ». Ne pourrait-on pas, Alex, sortir des oppositions stériles « blanc-exploiteur » / « noir-exploité », pour regarder calmement les choses en face, juste un peu ? Concernant « les pairs et voisins », c’est vrai, c’est idiot de schématiser, mais bon… Le Mozambique ? J’étais observateur aux avants dernières élections présidentielles : trois semaines pour rassembler les votes devant le Conseil National Electoral. Idem pour le dernier scrutin. Le Botswana ? Un soi-disant modèle de régime libéral africain. Oui, surtout pour De Beers (89% des diamants produits par De Beers le sont au Botswana, premier producteur mondial de pierres avec la Russie), premier contributeur du régime, et des partis d’opposition bien entendu… La RSA ? L’ANC ne serait-elle pas devenue un parti unique ? Qui pour s’opposer à Zuma demain ? Que sont devenus les héros d’hier ? Sexwale, Ramaphosa, et les autres… ? Tous membres de conseils d’administration de Coca-Cola, Mercedes-Benz, Veolia… On continue ? On cherche une part d’exemplarité quelque part ? En Zambie, en Angola, en RDC, où dans l’article de David Servenay ici-même Sassou Nguesso considère qu’il est normal que les chefs d’état possèdent chateaux, villas… Ras-le-bol, au nom du soi-disant respect des héros d’hier de cautionner toutes les conneries. Mugabe est au pouvoir depuis 28 ans. Bien sûr, les Britanniques n’ont pas tenu leurs promesses, et il faut rappeler qu’ils demeurent co-responsables du désastre, mais comment défendre un type, et une clique qui ont saigné leur propre pays, leur sol, leurs enfants ? Pour eux, pour les 200 « boss » du régime, pas de soucis, sinon celui de perdre le pouvoir, et de le céder au MDC. C’est bien le problème. Pourquoi organiser des élections ? Pourquoi continuer à se fier, à croire en la démocratie élective, et pas seulement en Afrique (pour anticiper le « procès anti-africain que l’on pourrait me faire) ? Le coût des scrutins "carrotés" depuis vingt-ans sur le continent doit avoisiner le milliard de dollars (et je suis généreux) pour la communauté internationale, et pour les Africains eux mêmes. On a bien engraissé les communiquants, les imprimeurs, les fournisseurs de systèmes informatiques bidons… et évidemment on s’est servi au passage. Bon appétit. Et rien a changé, ou presque. Pourquoi donc ne pas le crier ? Et bravo aux juges en Suisse, en France et ailleurs qui saisiront les biens en Europe de ceux qui se sont bien moqués de leurs propres enfants. 1,7 million de barrils/Jour en Angola, et pas de produits anesthésiants à l’hopital central de Luanda… On retapisse cet été l’hotel particulier de feu Houphouêt, rue Masseran (Paris), pour Gbagbo, sa famille, et ses courtisans… Tous les Ivoiriens seront heureux de savoir que leur Président dispose à nouveau d’un pied-à-terre confortable à Paname… Bon, je pourrais m’étendre… J’en ai ras-le-bol !!!!!!!!! Merci bien-sûr à Laplote, Aloïs… et à tous, même les »mal-voyants »…
Every man gotta right to decide his own destiny,
And in this judgement there is no partiality.
So arm in arms, with arms, we’ll fight this little struggle,
‘Cause that’s the only way we can overcome our little trouble.
Brother, you’re right, you’re right,
You’re right, you’re right, you’re so right!
We gon’ fight (we gon’ fight), we’ll have to fight (we gon’ fight),
We gonna fight (we gon’ fight), fight for our rights!
Cette chanson fut écrite voilà 30 ans par le célébrissime Bob Marley. A l’origine, c’était un chant prenant parti pour les « combattants de la liberté », ceux qui luttait contre la tyrannie, pour l’indépendance de leur pays, la liberté et tout ces trucs idéologiques que l’on colle ensemble dans ces moments. Il parait même que certains factions rebelles avaient adoptée cette chanson comme hymne.
Mais quelle triste ironie de voir qu’aujourd’hui, cette chanson garde toute son actualité, excepté que l’oppression a changé de visage, que Mugabe a sombré du coté obscur de la force (enfin peut être y a-t-il toujours été…) et que moult opprimés d’hier sont encore les opprimés d’aujourd’hui.
Aller, il faut garder foi en l’homme, bientôt tout ira mieux. Et sinon, je conserve bien précieusement cette chanson et je la ressortirai dans 30 ans…
Concernant Sassou, il s’agissait évidemment du Congo Brazza… un raccourci trop rapide… En RDC, on pourrait parler de la Lamborgini Countach (ça s’écrit comme ça ?) de Joseph Kabila, qui ne peut pas sortir du palais présidentiel, en raison de l’état non carossable des rues de Kin…
Concernant Sassou, il s’agissait évidemment du Congo Brazza… un raccourci trop rapide… En RDC, on pourrait parler de la Lamborgini Countach (ça s’écrit comme ça ?) de Joseph Kabila, qui ne peut pas sortir du palais présidentiel, en raison de l’état non carossable des rues de Kin…