Porter plainte contre le rectorat? Un parent d’élèves qui vit à Paris y songe de plus en plus précisément. Après avoir alerté Rue89, il a finalement décidé de garder l’anonymat, par crainte que la médiatisation desserve sa cause. Car il espère toujours une nouvelle affectation pour sa fille, qui doit entrer en seconde à la rentrée prochaine.
L’adolescente a fait, pour l’heure, toute sa scolarité secondaire dans un collège de son quartier, dans le XIIIe arrondissement de Paris. Pour septembre et l’arrivée au lycée, elle avait formulé plusieurs voeux, comme le veut la règle.
Avant même l’assouplissement de la carte scolaire, toutes classes confondues, par Xavier Darcos, les modalités des affectations au niveau du lycée avaient en effet changé l’an dernier: l’inscription dans un lycée à Paris ne dépend plus du lieu d’habitation, mais désormais de choix formulés par l’élève -sous réserve que le rectorat accepte.
« Un lycée 1 862e sur 1 865 dans le palmarès de L’Etudiant »
La fille de notre internaute, que nous appelerons Lucie, avait donc sélectionné plusieurs bahuts, dont certains étaient excentrés de son quartier de la Butte aux Cailles. Par exemple le lycée Fénelon, dans le VIe, qui offrait l’espagnol en troisième langue. C’était son premier choix… mais le rectorat en a décidé autrement.
Le 1er juillet, alors qu’elle se connecte sur internet pour découvrir son futur établissement, Lucie découvre qu’elle est inscrite à François-Villon. Situé tout à fait au sud de Paris, à proximité de la porte d’Orléans, dans le XIVe, l’établissement ne propose pas d’espagnol troisième langue. Mais, surtout, il a mauvaise réputation, précise le père de Lucie:
« J’ai sous les yeux le classement publié en janvier dernier par le magazine L’Etudiant. Et François-Villon se trouve à la 1 862e place sur 1 865 lycées passés au banc d’essai en France! »
Drame à domicile, raconte son père qui parle même de « traumatisme psychologique »:
Dès le lendemain, père et fille se rendaient au rectorat, dans l’est de Paris, pour protester. C’est là qu’ils découvrent qu’un onzième voeu avait été ajouté par le logiciel du rectorat, sur lesquels les futurs lycéens de la capitale sont tenus de formuler leurs préférences en vue de leur affectation. Ce onzième voeu, c’était bien sûr François-Villon, qui est venu « écraser » les autres voeux - et s’y substituer- aux yeux du logiciel Affelnet.
Devant le rectorat, dans la file d’attente des familles indignées, ils rencontrent d’autres collégiens qui, eux, n’avaient pas inscrit dix voeux, et se sont vu rajouter, sur ce même logiciel, des choix qui n’étaient pas les leurs.
Le père envisage de porter plainte pour « faux et usage de faux »
Mais le père de Lucie avait conservé une sortie papier des démarches effectuées sur internet. C’est sur la base de ces extraits qu’il envisage de porter plainte pour « faux et usage de faux », affirmant que le rectorat fait passer pour des choix personnels d’un élève, ce qui relève de facto de l’affectation de force. Ce fameux « onzième voeu ». Lui parle même de « diktat » de l’académie:
Depuis la découverte et les larmes, la famille de Lucie tente de s’organiser: la mère a créé un blog pour fédérer les autres parents et le père, qui, entre-temps, a gagné le sud avec ses enfants pour le début des vacances, mobilise les médias. Même les élus du XIIIe, où ils vivent, ont été sollicités - « sans aucun feedback pour l’instant ».
Gêné par cette mobilisation, le rectorat a publié un communiqué de presse, en fin de semaine dernière, dans lequel il semble bien faire amende honorable:
« Le système national d’affectation en seconde des élèves a produit une difficulté pour sa mise en oeuvre dans l’académie de Paris. »
« Je vais aller grossir les rangs du privé avec mes enfants »
Vendredi, Rue89 n’avait reçu aucun retour du rectorat sur cette affaire. Les parents de Lucie, eux, espère que le cas de leur fille sera résolu avant le 25 août, la date que les services de l’Education nationale leur ont d’abord communiquée. En attendant, ils ont pris les devants et inscrit leur fille dans le privé… la mort dans l’âme:
« Et voilà: ainsi, je vais aller grossir les rangs du privé avec mes enfants, ce qui revient à justifier les suppressions de poste voulues par Xavier Darcos. Tout se tient… »
Son fils aîné, lui, rentrera en terminale en septembre, dans le lycée public non loin de chez eux, où il est scolarisé depuis deux ans.









En notant les commentaires pour leur pertinence, vous en facilitez la lecture. Les moins bien notés se replient d'eux-même mais peuvent s'ouvrir d'un clic. Pour pouvoir commenter et noter, merci de vous inscrire. Les commentaires sont fermés après sept jours. Pour en savoir plus, lire la charte des commentaires.
C’est marrant, je faisais une étude à François Villon et un élève m’a dit « mais si vous écrivez que vous parlez du lycée poubelle de Paris, ce ne sera pas du tout anonyme »… Il avait peut être raison…
Alors, pour le papa de Lucie, quelques infos:
- ça dépend vraiment des classes mais on peut tout à fait réussir à François Villon (j’ai connu des élèves là bas qui ont fait des grandes écoles, par exemple)
- oui, il y a de la drogue et du racket, mais il y a aussi des (très jeunes certes) profs qui-n’en-veulent et des CPE et des surveillants qui n’ont pas abandonné
- en général il y a un système de classe qui fait que la voie générale (par rapport aux bacs techniques) reste « dans une bonne ambiance »
- depuis 2 ans, le niveau de violence a nettement baissé dans l’établissement (avec la disparition d’une des bandes)
Après étude (contrairement à avant ou j’aurai fait comme le papalucie parce que je n’aurai pas voulu que ma fille revienne avec des bleus ou rackettée - et pas pour uen question de niveau-), je testerai pour la 2nde, voire si vraiment ça passe pas… parce qu’il est possible que ça se passe bien
Bonsoir
J’ai fait toute ma scolarité à François Villon, de la 6ème à la terminale, de 1986 à 1993. Déjà, à l’époque il avait très mauvaise réputation, et nombre de mes camarades de primaire on choisi un autre lycée, voire le privé.
Mes soeurs, après moi y sont passées, et là aussi sa réputation a fait fuir beaucoup de leurs copains/copines de primaire.
J’y ai passé de très bonnes années, j’en ai de très bons souvenirs. Je n’ai jamais compris, à l’époque, ce problème de réputation, je n’ai jamais rien vécu, ni même vu ce qui pouvait la justifier. Des bagarres ? du shit ? Oui, mais comme dans tous les lycées. Ni plus ni moins.
J’ai gardé pas mal d’amis de l’époque et tous pensent comme moi.
Aujourd’hui, je ne sais pas comment c’est là-bas, il paraît que ça s’est dégradé.
Mais bon, à mon époque on m’avait dit que c’était horrible…
Affectée de force dans l’un des plus mauvais lycées de France, C’est pas de chance !!!
Un conseil, faites comme moi.
Devenez officiellement représentant des parents d’élèves peep ou fcpe. Ensuite comme par miracle, votre fille sera suivie comme à Henri IV.
Au premier conseil de classe mettez bien la pression et ensuite toute la petite classe sera bien chouchoutée.
Devenez acteur de l’éducation de votre fille et non spectateur.
Même dans le désert ca marche !!!
Ce soucis de classement des lycées, des collèges, des prépas, des universités ou des grandes écoles est intéressant à relever. La concurrence sociale commence de plus en plus tôt.
Le paradoxe, c’est que dans le même temps, de l’ordre de 90% des candidats obtiennent leur bac. Alors l’enjeu…? C’est quoi?
Donner une méthode de travail? (hélas souvent il s’agit de savoir travailler pour des notes ou pour passer des concours plus que de s’ouvrir l’esprit)? Voire une identification à des groupes sociaux valorisés et donc de jouer le jeu social et être motiver à prendre un certain rang…? Rentrer dans de bonnes prépas pour passer des concours et qui sait intégrer les bonnes écoles, pour rentrer dans des entreprises valorisantes puis devenir les « vaches à lait » de productivité de leur 27 ans à la quarantaine, prêts à tout, pour faire leur nid dans l’organisation, serviles valets, prêts à tuer, du capitalisme financier.
Bref, le jeu de concurrence sociale pour prendre une place dans le système de reproduction sociale.
Dommage qu’à 17 ans, on ne soit pas davantage conscient de comment marche le monde… de la relativité de ce concept de « réussite ». Nous vivons dans le modèle social du « tueur coll », est-ce une réussite de devenir « tueur cool »? « Intello marginal » n’est sans doute pas mieux? surtout pour les parents.
Il serait sans doute mieux de vivre dans un système qui cherche à épanouir les personnes et de leur permettre d’intégrer des formations qui permette d’intégrer des postes dans la vie active sur une base plus ouverte de leurs compétences et non de leur caste ou de leur bachotage… mais c’est sans doute trop en demander…quitte à aller voir ailleurs.
C’est ce que je conseillerais… Au tout début des années 80, je pourrais me demander à quoi à servi d’ailleurs mon bac scientifique et les 15 de moyennes en sciences? L’aléa des prépas… ma famille n’aurait pas soutenu. Peut-être me donner l’autorisation d’explorer et découvrir le monde…des sciences dures aux sciences molles et de développer une pensée critique et réflexive personnelle… ce qui de nos jours ne vaux rien du tout dans notre société, mène à des oscillations entre saine distanciation et à d’autres moments, à cet effroi de la lucidité.