A debattre

Royal cambriolée: « Et si c'était arrivé à Chirac sous Mitterrand? »

Ségolène Royal à La Rochelle, août 2007 (Daniel Joubert).

Nouvel épisode de la bataille entre les deux ex-candidats à la présidentielle. Mardi soir, sur France 2, Ségolène Royal a trouvé qu’il y avait une drôle de "coïncidence" entre l’effraction de son appartement et ses critiques de Nicolas Sarkozy :

"J’observe que la semaine dernière, le lendemain où j’ai dit qu’il fallait mettre fin à la mainmise du clan Sarkozy sur la France, mon domicile a été mis à sac. (…) Je fais un rapport entre les deux."

Tandis que le porte-parole de l’UMP Frédéric Lefebvre a estimé sur France Info qu’elle avait "pété un câble" et que le Premier ministre François Fillon l’a accusée sur RTL de "perdre le contrôle d’elle-même", François Rebsamen, numéro deux du PS et proche de Ségolène Royal, regrette que les faits, "qui se sont aussi produits chez ses collaborateurs", ne soient pas plus pris au sérieux :

"Que se serait-il passé lorsque François Mitterrand par exemple ou Lionel Jospin étaient en responsabilité de l’Etat si l’appartement de Jacques Chirac avait été visité deux fois ou celui de Nicolas Sarkozy ? Bien évidemment, l’UMP, à raison, ou le RPR de l’époque, aurait demandé au ministère de l’Intérieur des explications, aurait fait des insinuations, et là rien. Même pas un mot de compassion." (Ecouter le son)



"Deux poids et deux mesures"

François Rebsamen se plaint également de la lenteur de l’enquête. Selon lui, la police semblait plus mobilisée quand il s’agissait de retrouver le scooter de Jean Sarkozy :

"Quand on pense aux moyens qui avaient été mis en œuvre pour retrouver le scooter du fils du président de la République qui était à l’époque ministre de l’Intérieur, je me dis que depuis un an, l’enquête a dû progresser et il y a là deux poids et deux mesures." (Ecouter le son)



Ceci dit, ce n’est pas seulement la droite qui semble ne pas prendre l’affaire au sérieux. Le porte-parole du PS Julien Dray a, lui, dit sur iTélé souhaiter "dégonfler la polémique" et éviter "des jours et des jours de polémique inutile et stérile". Le député socialiste Arnaud Montebourg a également estimé, au micro de France Inter, qu’il y a "les risques du mandat comme il y a les risques du métier" et que les responsables politiques sont "souvent soumis à ce genre d’atteintes".

"Dans le domaine de l’intimidation"

Des intrusions dans les domiciles des responsables politiques, justement, il y en a déjà eu de nombreuses, rappelle Jean Guisnel, coauteur de "Histoire secrète de la Ve République" (éd. La Découverte). Mais pour le journaliste, interrogé par Rue89, on a changé de catégorie :

"[On n’est plus dans le cadre] des visites domiciliaires qui visent à installer des micros ou à voler des documents. (…) Là, apparemment, il n’y pas eu de vol, donc on est plutôt dans le domaine de l’intimidation. (…) Il faut naturellement démontrer que c’est lié au pouvoir en place. C’est ce que dit Madame Royal." (Ecouter le son)



Quoi qu’il en soit, Ségolène Royal persiste. Invitée jeudi sur RTL, elle a reparlé à plusieurs reprises de "coïncidence" et a même été plus loin en affirmant : "Soit je suis écoutée, soit je suis suivie depuis mon lieu de travail jusqu’à mon domicile, c’est une évidence." (Ecouter le son)



Guillemette Faure et Julien Martin

Mis à jour le 10/07/2008 à 11h00 avec l’ajout de la confirmation de Ségolène Royal sur RTL.


En notant les commentaires pour leur pertinence, vous en facilitez la lecture. Les moins bien notés se replient d'eux-même mais peuvent s'ouvrir d'un clic. Pour pouvoir commenter et noter, merci de vous inscrire. Les commentaires sont fermés après sept jours. Pour en savoir plus, lire la charte des commentaires.

 
Par Numerosix
15H43    09/07/2008

Mitterand il a failli etre assassiné devant les grilles de l’ observatoire , c’est bien plus grave ..

Hi , hi .

 
Par Seam
15H44    09/07/2008

La suspicion est légitime, par contre je trouve Sego très maladroite dans sa façon de communiquer… L’UMP a vite fait de la faire passer pour une teigneuse (même si je suis relativement d’accord avec elle sur le fond).

 
Par Schtroumpf perplexe
16H19    09/07/2008

Je ne comprend pas bien. Son domicile (alors partagé avec Hollande) avait déjà été visité lors de la campagne présidentielle. Est-ce un second cambriolage, ou bien fait-elle allusion à celui qui s’est passé l’an dernier ?

Si il y a eu deux intrusions, chez une ex-ministre, ex-députée, chef d’un conseil régional, deux fois secrétaire d’Etat (etc), actuellement dans l’opposition, en quelques mois, sans résultat d’enquête, il me semble qu’il y a effectivement de quoi s’interroger. Qu’on apprécie ou pas Ségolène Royal ne change rien à cette question.

Si les cambriolages sont politiques, alors l’affaire est très grave. Il ne faut pas se blaser de tout.

 
Par triskell
16H41    09/07/2008

Ce qui me dérange, c’est que l’on parle «  des nerfs qui lachent ", ce n’est pas la première fois qu’il est mentionné la " faiblesse » toute féminine de Mme Royal.Et chez les hommes politiques français? Excès d’homones,ou de progestogènes? Ces messieurs sont-ils misogynes? Pff, lamentable!! Propos de cours d’école!

 
Par lemazet13
21H07    09/07/2008

Je me garderai bien de toute prise de position tant que la vérité (la vrai) n’aura pas été établie. Il est possible que cette affaire se soit passée comme le dit Mme Royal, mais il est aussi possible qu’elle veuille attirer l’attention sur sa personne. Qui le sait?

 
Par Thomas GREDAT
22H18    09/07/2008

Tout d’abord, un petit rappel : quand on accuse quelqu’un, il faut des preuves,ou du moins des présomptions sérieuses. Madame Royal n’a comme éléments qu’une simple coïncidence. Elle a peut-être raison, mais comment en être sûr actuellement ? Bref, quoi qu’elle en dise, Nicolas Sarkozy et le gouvernement sont innocents jusqu’à preuve du contraire.
Bien entendu, je ne doute pas un seul instant que messieurs Fillon, Lefebvre, Dray et Montebourg feraient preuve du calme, de la dignité et de l’ironique distance qu’ils témoignent actuellement s’ils avaient, eux aussi, été cambriolés deux fois en moins de deux semaines ! Il y a tellement peu de héros de nos jours qu’il faut toujours féliciter ceux dont on reconnaît l’étoffe !
Blague à part, c’est évidemment bizarre, même s’il est difficile actuellement de tirer des conclusions.
Quel peut être le but de ces cambriolages ? Cherche-t-on à voler quelque chose, et si oui quoi ?
Un détail peut permettre de trouver un début de réponse : on a retrouvé, déchiré, le document où avait été enregistrée la plainte de Ségolène Royal. Une telle violence, même ne s’exerçant que sur une simple feuille de papier, a une signification claire. Cela veut dire : « Tu as osé réagir ? Tu as osé te défendre ? Voilà ce qu’on en fait, de ta plainte ! » Il n’y a plus qu’à chercher qui, dans l’entourage ou parmi les adversaires de madame Royal, peut ne pas supporter qu’on lui résiste.
Ceci dit, si ces cambriolages ont pour commanditaires des adversaires politiques, ces derniers ne sont pas malins : c’est bien le meilleur moyen de conforter Ségolène Royal dans le rôle de victime qu’elle cherche à se donner, et courir le risque d’accroître la sympathie en sa faveur.
A moins que le commanditaire ne soit autre que madame Royal elle-même, afin de mieux se poser en victime ? J’avoue être sceptique quant à cette dernière hypothèse, qui me paraît un peu tordue.
En tout cas, une chose est sûre : devant un tel cas de récidive, la police devrait prendre des mesures de protection. Le fait que ce ne soit apparemment pas le cas n’est pas de nature à apaiser la polémique.
Allons, messieurs Sarkozy et Fillon et mesdames Alliot-Marie et Dati, montrez-vous grands seigneurs, et prouvez à votre adversaire que vous valez mieux qu’elle ! Faites diligenter une enquête par la Préfecture, et qu’elle soit la plus efficace possible ! Ne laissez à personne le soin de dire que rien n’est fait en faveur d’une personnalité politique sous prétexte qu’elle est votre ennemie ! Mitterrand, en semblable circonstance, n’aurait jamais laissé à Chirac une si belle occasion de se plaindre !
Mais il avait du sens politique, lui !