Un joyau du patrimoine médiéval juif de Rouen est menacé par la dégradation. Récit d'un abandon.
Les grands mystères de l'histoire médiévale de Rouen se nichent entre la rue Saint Lô et la rue aux Juifs, là où se dresse le Palais de Justice, encore marqué par les bombardements d'août 1944 et toujours en restauration. Sous la cour d'honneur du bâtiment, un édifice juif datant de 1100 a été découvert il y a trente ans. Il est aujourd'hui fermé au public. Une petite association lutte pour sa réouverture. Rue89 vous propose une visite guidée.

A l'origine, un Américain : Norman Golb. Ce professeur de l'Université de Chicago, spécialiste des manuscrits, se passionne pour l'histoire des juifs de Rouen au Moyen-Age. En avril 1976, il publie un ouvrage sur l'une de ses découvertes majeures : l'existence d'une communauté juive importante et parfaitement intégrée à Rouen.
Arrivés d'Italie ou de Palestine, les juifs ont accompagné les romains pour faire de la colonisation de peuplement. A Rouen, ils vivaient au cœur de la ville et occupaient des professions diverses ; ils étaient commerçants, agriculteurs, artisans. Norman Golb avance l'existence d'un « royaume juif » à Rouen sous l'Empire carolingien, c'est-à-dire d'une communauté autonome exerçant son influence sur l'ensemble des populations juives du Nord de la France.
« Que cette maison soit sublime »
Quelques mois après la publication de cet ouvrage, le 13 août 1976, lors des travaux de pavage de la cour d'honneur du palais de justice, une grue heurte une grosse pierre : un édifice est découvert. Des fouilles archéologiques sont lancées. Des graffitis en hébreu sont déchiffrés sur les pierres, très proches d'une citation du Livre des Rois : « Que cette maison soit sublime ». Le monument est baptisé « Maison Sublime ». Aux alentours du Palais de Justice, une résidence privée datant du XIIe siècle est mise au jour en 1982 et un édifice avoisinant correspondrait à un bain rituel.
Quelle est la vrai nature de ce monument juif ? Dès sa découverte, trois thèses sont avancées : synagogue, résidence privée et école rabbinique. La dernière s'est imposée sans que les tenants de la seconde renoncent. Jacques Sylvain Klein, auteur d'un ouvrage érudit sur la question et Jacques le Maho, chercheur au CNRS, nous ont accompagné lors de cette visite :
En 1977, la yeshiva (centre d'étude des textes sacrés) est classée monument historique et une crypte est construite pour la rendre accessible au public, jusqu'en 2001. Depuis, les portes restent fermées aux visiteurs pour des raisons de sécurité. Selon l'association « la Maison Sublime de Rouen » et un rapport du laboratoire de recherche des Monuments historiques, cette fermeture a entraîné des dégradations graves causées par un taux d'humidité dépassant 99% dans la crypte : dépôts salins, découverte de bactéries, effacement des graffitis. L'état d'abandon du lieu est flagrant.

Le ministère de la Justice, propriétaire de l'édifice, n'est pas très actif. En décembre 2006, l'ancien ministre de la Justice, Pascal Clément, avait promis la réunion d'un comité pour discuter des modalités de réouverture. La rencontre n'a jamais eu lieu et ne sera sans doute pas au programme avant longtemps. Les travaux de restauration du Palais de Justice de Rouen ont repris depuis quelques semaines, la Chancellerie ne considère pas la Maison Sublime comme une priorité et le Ministère de la Culture a longtemps refusé de s'immiscer dans les affaires de le Justice. D'autant qu'un ministère n'a pas le droit d'en financer un autre.
Mais la petite association continue son combat et s'est trouvé de précieux parrains : le médiatique Elie Barnavi -ancien ambassadeur d'Israël en France-, Richard Prasquier -le président du Crif- , le recteur de la Grande Mosquée de Paris Dalil Boubakeur, les anciens ministres Laurent Fabius (président de l'agglomération de Rouen), Jack Lang, Simone Veil et Robert Badinter, les avocats Robert Libman et Georges Kiejman etc.

A l'issue d'une visite privée en juin, le président du CRIF, Richard Prasquier, a insisté sur l'importance de réouvrir le monument :
« C'est quelque chose de fort de retrouver ces traces d'écritures hébraïques, de s'imaginer ces juifs qui vivaient dans une ville chrétienne. Ça va contre les vieux clichés des juifs toujours persécutés. »
Les politiques ayant choisi de gloser régulièrement sur la diversité, les défenseurs de l'édifice religieux ont saisi la perche et souhaitent faire de la yeshiva un « lieu de mémoire de cette période de coexistence pacifique ».
Tirer parti de l'engouement des juifs américains
L'association insiste également sur les bénéfices touristiques que Rouen pourrait tirer d'une valorisation du site. A l'office du tourisme de Rouen, on évoque l'engouement des juifs étrangers -surtout américains- pour l'école de Rouen. Le site internet, flambant neuf, possède déjà une version en anglais. De généreux donateurs pourraient ainsi aider l'association.
Le projet, non chiffré, sera vraisemblablement coûteux. Il ne suffira pas d'ouvrir les portes de la yeshiva ; les visiteurs n'y verraient que des cailloux. L'association travaille sur un projet ambitieux de mise en valeur du lieu par une scénographie adaptée et avec la mise en place d'une exposition permanente sur les Juifs normands au Moyen-Age. Mais l'ouverture d'un tel musée implique un volontarisme en matière de culture et de préservation du patrimoine historique dont le gouvernement semble pour l'instant être dépourvu.
► A consulter : La Maison Sublime par Jacques Sylvain Klein.




















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De FabiendeMénilmontant
journaleux - blogueur | 08H14 | 07/07/2008 |
Sur la Maison sublime, en sus du dite officiel :
http://www.lamaisonsublime.fr/
il y a ceci :
http://www.capidees.net/blog/index.php/2006/04/04/33-la-maison-sublime-h…
qui a fait l'objet de pas mal de dépêches et articles…
Fabien
http://menilmontant.noosblog.fr/
De pomme53
Médiation | 08H54 | 07/07/2008 |
Nul doute qu'avec cet article « bouleversant » dont l'urgence le dispute à l'indispensable ; article suggéré par Rue89, le gouvernement volontariste du non moins volontaire Nicolas SARKOZY, trouvera sûrement l'énergie nécessaire pour réunir les ressources de toutes natures à ce grand projet d'édification culturelle des masses incultes ! Un « nouveau phare » de la connaissance, fut-elle d'abord moyennâgeuse !
Puisque nous sommes (encore) en République laïque, ne devrait-on pas, pour restaurer le divin édifice, faire appel à des dons privés, afin de ne privilégier aucune communauté ? Même si l'on s'est empressé d'embarquer dans ce projet l'alibi BOUBAKEUR dont on peut se demander s'il a bien compris tous les contresens de sa présence ! ?
Au fait, pour revenir aux choses sérieuses, l'Association LAÏQUE « les restos du coeur » (vous savez ceux qui ne mangent pas tous les jours à leur faim ? ) est en déficit chronique !
Eux auraient bien besoin d'un pareil coup de main médiatique…
De Jaycib
Désagrégé de l'Université | 10H37 | 07/07/2008 |
On peut espérer que la municipalité de Rouen s'en mêle et fasse pression tant sur le Ministère de la Justice que sur la communauté d'agglomération. Cette demande a d'ailleurs déjà été formulée en réponse au blog de Pierre Albertini, ex-maire de Rouen battu aux dernières élections (cité en lien par Fabien de Ménilmontant ci-dessus).
A moins que, quoi qu'on fasse, ce ne soit jamais qu'un coup d'épée dans l'eau -- au prétexte, par exemple, que l'on a dépensé beaucoup d'argent à la restauration du Palais de Justice ?
De pingouin_force_attak
alcoolique, drogué et dépravé | 11H41 | 07/07/2008 |
c'est de l'histoire ! ! ! c'est un monument, cela fait partie du patrimoine français. je suis laïque mais pour la sauvegarde des monuments, religieux ou non.
De dulconte
Mordu par un fachogarou | 17H14 | 07/07/2008 |
Rouen possède de nombreux lieux magique, mais cette école est absolument fascinante. Je l'ai visité dans les années 90, c'est un souvenir fort, celui d'un lieu qui vous envoute.
Je ne savais pas qu'elle avait été fermée et qu'elle se trouve dans un sale état, j'en suis vraiment navré. J'espère qu'une restauration digne de ce nom sera faite.