Tribune

Un "Etat juif et démocratique", de la nitroglycérine?

Ouvrant la session parlementaire à la Knesset, en octobre 2007, Ehoud Olmert avait invité les députés israéliens à adopter une « Constitution pour le soixantième anniversaire de l’Etat d’Israël ». De l’adoption d’une Constitution, nombreux sont les responsables politiques et les universitaires à attendre une « refondation du contrat social israélien »… qui dépasserait les antagonismes traditionnels entre Juifs et Arabes, laïcs et religieux. Il ressort des débats en cours à la Knesset que le point d’achoppement majeur concerne les caractères de l’Etat d’Israël comme « Etat juif et démocratique ».

Cette notion d’Etat juif et démocratique est apparue progressivement dans la jurisprudence de la Cour suprême. « C’est sur le fondement du déni du caractère juif de l’Etat d’Israël que la liste arabe El Ard, proche des factions radicales palestiniennes, a été interdite de concourir aux élections pour la Knesset dans les années 1960 et, plus tard, le parti Kach du rabbin Kahane dont les positions extrémistes contredisaient le caractère démocratique de l’Etat », précise Barak Medina, professeur de droit public à l’université hébraïque de Jérusalem.

Reprise dans deux lois fondamentales de 1992, la notion d’Etat juif et démocratique imprègne désormais la culture constitutionnelle et politique israélienne. Considérée par beaucoup comme « le plus petit dénominateur commun » aux citoyens israéliens, elle ne fait cependant pas l’unanimité. Critiqué pour son caractère juif (par la minorité arabe), l’Etat hébreu l’est aussi pour son attachement aux valeurs de la démocratie libérale.

Trois projets alternatifs

Les députés arabes à la Knesset ont longtemps milité pour l’abandon du caractère juif de l’Etat d’Israël, au profit d’un « Etat de tous ses citoyens, sans distinction d’appartenance ethnique ou religieuse ». Ils boycottent les débats en cours à la Knesset parce que « la formule Etat juif et démocratique ne fait aucunement l’objet du débat ». Le député Ahmed Tibi (Balad) le martèle depuis des années : « L’Etat d’Israël est juif pour les Arabes et démocratique pour les Juifs.’ C’est la raison pour laquelle, avec d’autres parlementaires arabes, il soutient trois projets alternatifs présentés au cours de l’année 2007 : la “Déclaration de Haïfa”, la “Déclaration de l’Association des édiles arabes” et le projet de ‘Constitution démocratique » présentés par l’organisation Adalah [association pour les droits civils et politiques des Arabes en Israël].

Réclamant une stricte égalité entre les groupes nationaux juif et arabe et l’établissement d’un « Etat de toutes ces nationalités », ces projets ambitionnent de « renationaliser » la question arabe en Israël. Ahmed Tibi s’explique sur cette volte-face dans un entretien accordé à Rue89 à la Knesset :

« Connaissez-vous le pourcentage d’employés arabes à la Banque d’Israël ? Zéro ! La seule solution à la discrimination dont les Arabes font l’objet est la reconnaissance d’un Etat binational et d’une stricte égalité entre les deux groupes nationaux. De là découleront une meilleure représentation de la minorité arabe dans l’administration, une distribution plus équitable des ressources de l’Etat aux collectivités locales majoritairement arabes et la fin de l’allocation des aides sociales conditionnée par le passage sous les drapeaux. »

Cette revendication d’un Etat binational est inacceptable pour la majorité des partis politiques israéliens qui considèrent l’Etat d’Israël comme « l’instrument politique de l’autodétermination nationale juive en Terre d’Israël ». Cette prise de souveraineté politique juive justifie, à leurs yeux, certaines formes de discrimination -telle la Loi du Retour. S’il n’existe pas de consensus parmi les Juifs israéliens sur le contenu à donner à un « Etat juif” -juif au sens de la tradition religieuse, de l’émancipation nationale, de la mémoire historique, etc.-, il n’en reste pas moins que ce caractère “juif » de l’Etat est central.

Les partis politiques israéliens divergent

Une seule formation politique la récuse -le Parti communiste (Hadash). Composé de députés arabes et juifs, Hadash milite pour une « dé-ethnicisation de la question israélienne » selon le député Dov Khenin. En cohérence avec sa lecture marxiste de la société israélienne, il met l’accent sur les rapports de pouvoir économique. Quant au parti Meretz, il opte pour une formule intermédiaire : celle d’un “Etat juif, démocratique et de tous ses citoyens”. Le député Haim Oron, interrogé au siège du Meretz à Tel-Aviv, s’inquiète des disparités économiques entre citoyens juifs et arabes mais récuse l’idée selon laquelle “un Etat binational les résoudrait”.

La députée travailliste Colette Avital exprime le mieux le relatif consensus en vigueur parmi les députés juifs israéliens vis-à-vis des Arabes d’Israël :

« Plénitude des droits civils et politiques, sans reconnaissance du statut de minorité nationale, mais avec certains droits collectifs d’ordre purement culturel (langue, éducation). »

Un seul parti politique juif israélien déroge officiellement à ce consensus : Ichud Leumi, une coalition d’extrême-droite. Pour le député Arieh Eldad, qui nous a reçus dans ses bureaux :

« Les Palestiniens ont une patrie, c’est la Jordanie, et les Arabes de Judée-Samarie devraient jouir de la citoyenneté de cet Etat et de la résidence israélienne pour ceux qui ne s’installeraient pas volontairement au-delà du Jourdain. »

Transfert « volontaire », obligation de jurer allégeance à l’Etat juif sous peine d’une déchéance de la citoyenneté israélienne pour les Arabes israéliens, déplacement des Arabes d’Hébron pour assurer la sécurité des Juifs installés là, déclarations fracassantes à l’égard des députés arabes : Arieh Eldad à la Knesset ne chôme pas.

« Un instrument de coercition entre les mains des partis religieux »

Avraham Burg (à droite) pendant son interview (DR).Dans Haaretz en juillet 2007, Avraham Burg, ancien président de la Knesset, déclarait : « Juif et démocratique, c’est de la nitroglycérine. » Au cours d’un entretien accordé à Rue89, il précise sa pensée :

« Ce concept d’Etat juif et démocratique, originellement adopté pour lutter contre le déni arabe d’Israël, risque à terme d’être un instrument de coercition entre les mains des partis religieux [juifs]. »

L’expérience politique israélienne se situe à l’intersection de concepts a priori antagonistes : révolution/restauration, démocratie/judaïsme, cosmopolitisme/anti-cosmopolitisme, lumières/anti-lumières. Tension insoutenable pour Avraham Burg, thuriféraire de la post-modernité européenne qu’il qualifie « d’œuvre prophétique juive ».

Le député Yitzhak Levy (Mafdal), à l’initiative de l’ajout de « juif » à “Etat démocratique”, lors de l’adoption de la Loi fondamentale en 1992, déplore l’interprétation ultérieure qu’en a faite la Cour suprême, “ne retenant comme valeurs juives que celles qui sont compatibles avec les valeurs démocratiques universelles -ce qui menace notamment le monopole des tribunaux rabbiniques en matière de statut personnel”. Monopole qui conduit tous les ans des centaines de couples -mixtes notamment- à se marier à Chypre.

Si le temps des joutes intellectuelles est révolu entre le (très) libéral ancien président de la Cour suprême Aharon Barak et l’ancien vice-président, Menachem Elon, auteur d’un précieux traité de Droit juif (HaMishpat HaIvri), ce qui les séparait continue de diviser le public israélien : le débat quasi existentiel entre Tradition et Modernité.


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Quinine | traducteur et amoureux des chats
18H59 06/07/2008

Autant commencer en fanfare et se faire replier tout de suite.
Ce qui me gêne un peu dans la formule «État juif et démocratique», ce sont les mots « juif » et « démocratique ».
Pourquoi préciser « démocratique », alors que cela va de soi et que, de toutes les façons, cela ne prouve rien ? On n’imagine pas une dictature se dotant d’une « Constitution pour un État dictatorial »… En revanche, on peut concevoir une dictature s’affublant d’une « Constitution démocratique ». Sans compter que d’éventuels détracteurs auraient beau jeu de prétendre que, ah ah ! jusque-là, Israël n’était donc pas une démocratie.
Et pourquoi préciser « juif » ? S’il s’agit d’une qualification ethnique, c’est faire peu de cas de la population arabe du pays, c’est inscrire d’emblée une discrimination dans le titre même de la Constitution. S’il s’agit d’une qualification confessionnelle renvoyant au judaïsme, c’est également exercer une discrimination à l’encontre des musulmans vivant dans le pays et c’est surtout rater une occasion de se détourner d’une tendance déplorable et dangereuse, celle de l’association de plus en plus étroite du fait religieux et du fait politique. Une tendance qui, soit dit en passant, ne se limite pas, contrairement à ce que l’on entend dire, aux pays de l’Islam : voyez Bush, qui parsème tous ses discours de références à Dieu et à la Bible, voyez Sarkozy, qui se signe en public, tient des propos inacceptables sur l’influence bienfaisante de la religion et se rend en visite officielle chez le pape, voyez la Grèce, où la mention de la religion figure dans les actes de l’état-civil et où les hauts dignitaires écclésiastiques s’expriment sur des questions de politique étrangère à la même tribune que le ministre des Affaires étrangères…
Bref, est-ce que l’appellation « Constitution pour un État israélien » (ou « un État israélien démocratique », si l’on tient vraiment à enfoncer une porte ouverte) ne pourrait suffire ?

 
Compte supprimé 6
19H56 06/07/2008

» Autant commencer en fanfare et se faire replier tout de suite.«

Amusant, jusqu’ici c’est un sans faute, 8 votes, 5 pastilles, bravo, c’est rare, surtout sur des sujets aussi polémiques !

 
jissé | Ingé retraité
23H02 06/07/2008

proselyte

Bonsoir, ou bonne nuit. (La nuit tous les chats sont gris, pour les amoureux).

23 heures.

13 votes, tjrs 5 pastilles rouges!

Et en effet sur un sujet qui …

Je vais finir par croire aux miracles!

Quinine aux J.O., Quinine, aux J.O.!

Jissé

 
adaunis | Artiste....ailleurs....et ici bas...
21H05 06/07/2008

J’ συμπαθήστε πολύς! άριστος! Στην ελλάδα, το j’ έχετε να αναφέρει στα χαρτιά μου το χριστιανικό βάπτισμά μου.
Traduction :
J’aime beaucoup !
excellent !
Sur la Grèce, j’avais (effectivement) du mentionner sur mes papiers mon baptême Chrétien.

Je ne sais pas si c’est toujours valable, puisque il y a des papiers communs pour le « L’Europe ».

Tes références pour montrer que ce n’est pas une exclusivité islamique sont justifiées.
On est cerné par la « bon-dieuserie »!
Il y a un trop plein de « madones » !

 
Quinine | traducteur et amoureux des chats
22H06 06/07/2008

Γεια σου, φιλαράκι, σ΄ευχαριστώ πολύ.
[Je traduis, je traduis, sinon on va encore se faire engueuler : «Salut, mon pote, merci beaucoup.» Voyez, rien de bien transcendant.]

Il y a une quinzaine d’années, quand l’idée a été lancée d’une carte d’identité unique pour les citoyens de l’Union européenne, les autorités grecques ont dû demander une dérogation sous la pression de l’Église orthodoxe, qui avait organisé, popes en tête, des manifestations dans tout le pays autour du thème «Non à la carte d’identité 666»…
Je ne sais pas ce qu’il en est aujourd’hui, mais je me demande si la Grèce n’a pas eu gain de cause, du moins temporairement. À l’époque, un extrait d’acte de naissance type comportait la mention «Il est certifié par la présente que l’intéressé est baptisé et de religion orthodoxe». Mais ça a pu changer.
Voilà une forme d’immixtion de la religion dans la vie publique qui me semble inconcevable au 21e siècle.

 
françoise.V | p'tite lyonnaise
09H02 07/07/2008

Bonjour Quinine,

La carte d’identité grecque ne comporte plus mention de la religion depuis 2001.

Un petit article sur le recul (relatif) de la religion en Grèce:
http://www.bibliomonde.com/donnee/grece-etat-la-religion-315.html

 
Quinine | traducteur et amoureux des chats
10H18 07/07/2008

Salut, P’tite Lyonnaise,
Merci. Comme quoi, petit à petit, l’opium du peuple cède du terrain. ;-)

 
Basile Dewez | Doctorant à l'EHESS
20H58 07/07/2008

Merci pour l’attention que vous avez portée à ces qques lignes. Cet article n’est ni une tribune ni un article scientifique, c’est un (énième) papier d’actualité à l’occasion des 60 ans. La seule scientificité dont il peut se prévaloir est sa relative objectivité que reflètent notamment les entretiens avec des députés de tout le spectre politique israélien.

A Quinine qui déplore qu’Israël se présente comme « Etat juif et démocratique », une étude comparée des premiers articles de la Constitution française (1958) et du projet de Constitution israélienne révèle de très fortes ressemblances.

Pour ce qui concerne le projet de préambule de Constitution israélienne, qui constitue une déclaration publique d’intention relative à la nature de l’Etat, l’option qui a les faveurs de la Commission (des Lois et de la Constitution, responsable du projet) est la proposition d’Amnon Rubinstein et Liav Orgad, qui consiste en un préambule faisant référence à la Déclaration d’Indépendance, la nature juive et démocratique de l’Etat et le respect des droits de la minorité nationale arabe:

La Constitution de l’Etat d’Israël se fonde sur la reconnaissance de la valeur des hommes, sur la sainteté de leur vie et de leur liberté ; elle [la Constitution] doit être respectée dans l’esprit des principes de la Déclaration d’indépendance de l’Etat d’Israël comme un Etat juif et démocratique, dans le respect de la minorité nationale arabe et des autres minorités résidant en Israël.

Art. 1 (projet de Constitution israélienne, chapitre 1: principes fondamentaux):
« Israël est un Etat juif et démocratique.
L’Etat d’Israël respecte les droits de l’homme de tous ses citoyens.
L’Etat d’Israël permet à tous ses citoyens d’agir en vue de la préservation de leur identité, langue, religion et héritage selon leurs convictions et dans le respect des lois de l’Etat ».
Art. 2 « L’Etat d’Israël est fondé sur les principes de liberté, de justice et de paix ».

Article 1er (Constitution française, 1958) « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale.
Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion.
Elle respecte toutes les croyances.» 

Les articles 6 (drapeau : blanc avec deux bandes bleues et étoile de David, emblème: menorah, hymne national: hatikva), 7 (langue nationale: hébreu ; statut spécial accordé à la langue arabe) et 8 (jours chômés: ceux du calendrier juif) sont le reflet de l’article 2 de la Constitution française de 1958:

Art. 2 (Constitution française) « La langue de la République est le français.
L’emblème national est le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge.
L’hymne national est la Marseillaise.
La devise de la République est Liberté, Égalité, Fraternité.
Son principe est : gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple» .

 
Quinine | traducteur et amoureux des chats
01H07 08/07/2008

Bonsoir,
Ce que je «déplore», c’est le caractère un peu tautologique du mot «démocratique» et les discriminations implicites ou explicites contenues dans le mot «juif».
Pour le reste, je trouve tout à fait normal qu’il y ait des similitudes entre les Constitutions française et israélienne : après tout, la France et Israël sont deux démocraties dans l’acception que l’on donne généralement à ce terme. Cela dit,
je m’interroge quand même un peu sur la pertinence de la comparaison entre les articles 6, 7 et 8 de la Constitution israélienne et l’article 2 de la française : voilà des ressemblances qui doivent être partagées avec les Constitutions d’un gros tas de pays, non ? ;-)

 
Basile Dewez | Doctorant à l'EHESS
01H16 08/07/2008

Bonsoir,

Ces discriminations existent - c’est indiscutable.

Toutefois, un sondage récent publié dans Haaretz (de l’Institut Van Leer, je pense)révèle que 74% des arabes-israéliens adhèrent à un « Etat juif et démocratique » qui respecterait l’égalité entre tous ses citoyens.

 
Grégory
09H25 08/07/2008

« Constitution pour un État israélien »

Histoire de pinailler (et de s’assurer de proposer un truc à la fois juste et irréaliste), je rappelle qu’Israël est le nom qu’ont choisi des juifs pour créer un état qui incluait des non juifs qui avaient pourtant déjà un pays et à qui on n’a d’ailleurs pas demandé leur avis.

Donc si on veut enlever le judaïsme de la définition, on peut aussi bien renommer le pays. En Palestine, par exemple… Bon ok, je sors !

 
andriouchka
09H44 08/07/2008

excusez-moi de pinailler aussi, Grégory, mais la Palestine n’a jamais été un Etat. Pourquoi, alors, ne pas créer un Etat palestinien au côté de l’Etat israélien ? C’est ce que demandent la majorité des habitants de part et d’autre du mur, qu’il sera urgent de démolir.

 
Grégory
12H11 08/07/2008

Je sais bien, mais je ne me rappelle plus le nom de l’état anterieur à Israël. Je me rappelle bien par contre que Jesus vivait en Palestine…

C’était juste une proposition :P

 
NELEPHANT
22H37 08/07/2008

@Gregory

Tout à fait…. c’était le nom qu’avaient donné les Romains à cette partie du monde pour asseoir leur souveraineté après la destruction du second temple et effacer le souvenir de tout pouvoir politique antérieur qui ne leur aie pas été subordonné.

 
Basile Dewez | Doctorant à l'EHESS
01H30 09/07/2008

A Grégory:
Non seulement Jésus vivait en Palestine, mais il était juif

 
Henricanan | Consultant
12H32 09/07/2008

Et il vivait (si jamais, il a vécu historiquement) dans un état qui s’appelait le Royaume d’Israël, sous occupation romaine…

 
Nikoko | Chercheur...d'emplois
14H14 08/07/2008

Le parti au pouvoir en Tunisie est le rassemblement constitutionnel démocratique, on pensera également à la république démocratique du Congo,…

 
Rabah AIT MOUHOUB
10H10 09/07/2008

Ajout à votre texte: les non juifs autochtones d’Israel sont bien Arabes, mais en aucun le qualificatif musulmans ne peut les désigne. Ils ont compté jusqu’à 30% de chrétiens comme au Liban et une minorité Druze.

 
thierry reboud
19H09 06/07/2008

Le noeud du problème (inhérent à l’état d’Israël, compte tenu des conditions de sa réalisation), ce sont les conceptions qui ont présidé à l’élaboration de l’Etat des Juifs.
Herzl ne sort pas de nulle part et ne se situe évidemment pas hors du temps. Son système de pensée est celui de l’environnement politico-intellectuel du printemps des peuples de l’Europe centrale. Ses conceptions nationales et nationalistes sont donc formées dans ce creuset. Ces conceptions sont, très largement, celles qui ont inspiré les sionistes de la deuxième alya, c’est-à-dire la génération des fondateurs.
La difficulté que rencontre Israël aujourd’hui avec ceux qui sont devenus, volens nolens, une minorité nationale tient à ces racines intellectuelles et au présupposé ethnique de la nation israélienne. Que cette ethnie soit une réalité ou une fiction est une question somme toute secondaire : toutes les nations reposent sur de tels mythes. Ce qui importe, c’est que les Juifs israéliens se perçoivent comme issus d’un même peuple, ce qui suffit (de mon point de vue) à en attester la réalité.
Toute tentative constitutionnelle élaborée pour résoudre ce dilemme se heurtera à cet obstacle qu’on aurait tort de sous-estimer, tant il est quasiment constitutif de la nation israélienne : on se réfèrera, par exemple, dès le temps du Yishouv, à la campagne pour le travail juif qui contient en germe la dissociation des destins (au moins économiques) juif et arabe.
Pour tout dire, si l’on tient pour irrecevables les deux hypothèses de l’expulsion et de l’état binational, je ne suis pas sûr que cette contradiction puisse un jour être résolue.

 
magda | ingénieur
19H32 06/07/2008

« Ce qui importe, c’est que les Juifs israéliens se perçoivent comme issus d’un même peuple, ce qui suffit (de mon point de vue) à en attester la réalité »

C’est une des questions que je me pose souvent quand il s’agit des israéliens.
En pensant aux gens de la rue, aux anonymes qu’on ne voit pas, je ne sait pas s’ils se sentent vraiment issus d’un même peuple, d’une même nation.
Ils sont nombreux ceux qui sont arrivés en Israel longtemps après la deuxième guerre mondiale et la constitution de l’Etat. Issus des nations avec des cultures différentes, ils étaient des juifs bulgares, roumains, russes, où du nord de l’Afrique. Ils ont grandi est étudié dans ces pays, ils ont souvent participé activement à la vie publique, j’ai du mal à les voir tous comme des juifs des temps bibliques. Très souvent aussi ils étaient plutot laïques.

 
homemade
12H42 08/07/2008

En effet, certains des derniers émigrants russes par exemple, ne sont juifs que parce qu’une grand-mère ou une arrière-grand-mère est juive. Autant dire qu’ils sont plus opportunistes que juifs, puisqu’ils trouvent là un moyen d’émigrer - le régime Poutine étant quand même plus éloigné de la démocratie qu’Israël.
Certains jeunes russes sont si mal intégrés en Israël qu’ils virent néo-nazillon !
Je ne parle pas des Falashas, juifs d’origine éthiopienne, qui sont traités comme des … noirs!
Et encore moins des arabes israéliens, qui n’ont pas le droit de grand chose.
Alors établir une constitution d’un état juif, ET démocratique (mais ce n’est pas nouveau non ?) est une aberration totale. Il faudrait déjà que les « juifs » arrivent à ne plus se discriminer entre eux, avant de pouvoir ne plus discriminer les arabes israéliens.
Enfin tout ça est lamentable, quand on sait à quel point les juifs ont souffert du racisme, et qu’ils n’arrivent même pas à concevoir un Etat où toutes les origines puissent vivre en paix à droits égaux. Tel aurait du être l’idéal de ce pays, mais il n’en a jamais été question, et ce dès l’origine.
Les fondations sont pourries, la maison s’écroule…

 
Grégory
09H30 08/07/2008

Ce qui me fait penser à cet historien juif qui pense qu’en fait, très peu de juifs actuels sont issus de ceux des temps bibliques, et qu’en pratique ils descendent surtout des diverses tribus croisées sur la route de nomades juifs… et convertis.

Là dessus il ajoute que l’exil du peuple juif d’Israël est un mythe, que les juifs de l’époque pour la plus grande part n’ont pas bougé…. et sont devenus les palestiniens actuels.

Evidement il ne fait pas consensus, mais si vous voulez lire, c’est par là:

http://contreinfo.info/article.php3?id_article=1987

 
andriouchka
09H56 08/07/2008

merci pour le lien. Entretien très intéressant avec l’historien Shlomo Sand qui, contrairement aux nouveau historiens, reconnait le droit à l’existence d’un état israélien.

 
homemade
12H41 08/07/2008

Il est évident qu’on va vers un monde métissé, et cet Etat juif est ridicule! C’est une forme d’apartheid.

 
caro | délinquante avérée
14H00 08/07/2008

excusez-moi, mais personnellement, tant qu’à trouver cet Etat juif ridicule, autant trouver les Etats arabes aussi ridicules. Mais ça, on ne l’entend pas souvent sous peine d’être taxé d’islamophobe. Alors, pourquoi s’arroger le droit de dire que l’Etat juif est ridicule ? est-ce que je peux vous taxer de judéophobe ?

 
Grégory
18H03 08/07/2008

On ne l’entend pas souvent ? Hé ben…

 
homemade
13H59 10/07/2008

Bien sur vous pouvez! je suis un juif judéophobe!

 
magda | ingénieur
17H51 08/07/2008

Merci Monsieur pour ce lien. Il répond à mes questions et me conforte aussi à continuer de me les poser.
Shalom Sand me réconforte dans le souvenir que j’avais de tous les intellectuels juifs que j’ai pu rencontrer à l’Est et qui semblaient avoir disparu, au moins dans tout ce que je peux lire par ci, par là.

 
leconcombrevert | entier !
01H09 10/07/2008

@ Grégory

Les travaux du professeur Sand sont certainement très intéressant, quoique je ne vois pas trop le rapport avec le sujet de ce débat portant sur le système politique de l’état d’Israel.

En complément d’information j’ajoute un lien vers un article du 7 juillet en anglais, qui présente une vue assez critique du livre de Sand qui vient de paraître (« Inventing an invention » l’invention d’une invention »):

http://www.haaretz.com/hasen/spages/999386.html

 
Jaycib | Entre l'arbre et l'écorce
08H35 07/07/2008

On pourra toujours regretter que l’état d’Israël ne soit pas par essence multiconfessionnel, mais ce serait faire fi de l’origine du concept d’état juif (Hertzl). A la fin de la 2ème guerre mondiale, si l’on en croit la bibliothécaire du mémorial érigé au martyr juif inconnu à Paris (Mme Halperine dans les années 80), être juif c’était être soit sioniste, soit… communiste, et les deux camps n’étaient évidemment pas conciliables. En France, ils avaient même une presse mutuellement antagoniste.

Qu’il y ait eu depuis des évolutions (immense déception causée par la « découverte » de la véritable nature de l’URSS, se traduisant en partie par le caractère de plus en plus affirmé de la nature ethnico-religieuse d’Israël) ne change pas grand chose à l’affaire: un état juif ET démocratique est une notion contradictoire. On ne peut être démocratique QUE pour certains. Par définition, la démocratie a une vocation universelle.

A mon avis, une constitution démocratique pour les seuls juifs n’a donc pas de sens, et les tenants de l’application stricte de l’halacha (loi juive) en sont d’ailleurs bien convaincus. Cela étant dit, on ne peut ignorer 2000 ans d’histoire (surtout ashkenaze) et la Shoah. Il y a une « spécifité » juive qu’on doit prendre en compte, ce que naturellement les Arabes en général, et les Palestiniens en particulier, ne sont pas près d’accepter.

Il y a tout lieu de croire que le projet constitutionnel cité dans l’article ne mènera à rien. Par contre, la solution préconisée par tous (?) — un état juif et un état palestinien existant côte à côte — résoudrait bien des problèmes, même s’il y a tout lieu de croire qu’ils ne seraient pas plus « démocratiques » (= ouverts à tous) l’un que l’autre.

 
Grégory
09H38 08/07/2008

« A mon avis, une constitution démocratique pour les seuls juifs n’a donc pas de sens,  »

Ah mais si, ça en a (quand on est juif). Par contre, ce qui n’a pas de sens, c’est qu’ici, en démocratie, on appelle Israël un « démocratie », et l’Iran une « république islamique », alors que foncièrement les deux pays ont un gouvernement élu démocratiquement soumis au fait religieux. En pratique, il faut d’ailleurs bien noter que la diaspora juive en Iran est autrement mieux traitée que les arabes israëlien.

(au demeurant la raison pour laquelle ce petit jeu de mots fabricant d’opinion perdure est un indice tout à fait parlant pour faire l’état de notre démocratie…)

 
andriouchka
10H12 08/07/2008

contrairement à l’Iran, ce n’est pas la Religion qui dirige l’Etat israélien. La seule concession faite aux religieux, et de tenir l’état civil, ce qui oblige les athées par ex qui ne veulent pas convoler à la synagogue ou les couples mixtes à se marier à l’étranger, souvent à Chypre.

J’espère que la prochaine constitution sera véritablement laïque.

 
Grégory
12H40 08/07/2008

Certes mais c’est une question de graduation. En pratique, les deux pays reconnaissent dans leur fonctionnement la primauté de la religion sur l’état dans un certain nombre de domaines. Le mariage est un exemple fréquement cité d’une prérogative religieuse typiquement anti démocratique d’Israël, mais comme on peut s’y attendre pour une phrase décretant quasi constitutionnellement la judaïcité d’Israël, les conséquences pratiques sont au finale omniprésente. Le point sensible le plus problématique est probablement les sous financement caracterisé des zones musulmanes. L’article ci-dessus cite plusieurs solutions à ce problème, et effectivement ce ne sont pas les options qui manquent. Quand le problème est là depuis des décénnies, on appelle ça un manque de volonté politique, qui prend sa source dans l’idée que les vrais citoyens d’Israël, ce sont les juifs.

Du coté de l’Iran, le Guide de la Révolution jouit d’un pouvoir énorme, mais il ne faut pas oublier qu’il n’est pas complètement décorélé des institutions démocratiques. L’assemblée des mollahs qui le nomme est élue (apparament de façon contestée). Certes, elle n’est constituée que de religieux, en revanche il me semble qu’il n’est pas nécéssaire d’être religieux pour être electeur.

Dans le détail, beaucoup de similitudes : que des factions islamistes en Iran, écrasante domination des partis juifs en Israël, représentation des minorités religieuses dans les deux assemblées legislatives respectives. Accès bloqué pour les minorités à l’armée et au gros de l’administration… etc.

Alors bien sûr, sur le papier l’Iran est une théocratie moins dilluée qu’Israël. En pratique cependant, beaucoup de choses non écrites dans la constitution d’Israël dessine un réalité souvent plus dure pour les minorités religieuses. Je reprends donc l’argument sur le fait qu’une dictature ne se déclare pas comme tel et je répète que ce n’est pas parcequ’Israël se présente comme une démocratie à l’occidentale que nous devons être aveugle. Dans les faits, c’est une théocratie où les rabbins on peut être moins de poids immédiat que les mollahs, mais ou au final tout le pays est dirigé selon une vision religieuse.

 
Basile Dewez | Doctorant à l'EHESS
13H31 08/07/2008

Vous opposez le bon régime prétendument laïc (à la française) du mauvais régime prétendument religieux (à l’iranienne). Je me permets, pour répondre à cela, de citer P. Legendre : « Nous méconnaissons que le droit romain, redoublé par les inventions du droit canonique pontifical, a servi d’habitat institutionnel au christianisme latin, lui-même inventeur du concept scolastique d’Etat et qu’il est devenu l’armature logique du système normatif européen ».

 
Grégory
18H07 08/07/2008

« Vous opposez le bon régime prétendument laïc (à la française) du mauvais régime prétendument religieux (à l’iranienne).  »

Euh, non, point du tout, ou alors je ne comprends pas ce que vous voulez dire ?

Je pointais juste les ressemblances entre les régimes israëliens et iraniens, et je m’agace qu’ils soient présentés dans les médias sous des jours contraires. Pour le reste je ne juge pas, si les israëliens et les iraniens sont contents avec leurs régimes respectifs, grand bien leur fasse. Comme je le disais ailleurs, il y a déjà de quoi s’occuper en france si on veut critiquer…

 
magda | ingénieur
17H59 08/07/2008

« On pourra toujours regretter que l’état d’Israël ne soit pas par essence multiconfessionnel »
Il est regrétable surtout que cet état n’a pas su être « pas confessionnel du tout ».
Qu’il soit multiculturel et laïc, car un Etat né dans la modernité et qui a eu la chance de réunir des cultures diverses et des grands représentants de la culture universelle.

 
Basile Dewez | Doctorant à l'EHESS
20H47 08/07/2008

Israël EST pluriconfessionnel , multiculturel et laïc.

Sur un total de 7.150.000 habitants:
76% de Juifs
20% d’Arabes (et Druzes)
(dont 82% Arabes musulmans, 9% chrétiens, 9% Druzes)
4% « non-juifs »
et + ou - 200.000 travailleurs étrangers

Les Juifs israéliens se considèrent eux-mêmes comme:
44% séculiers/laïcs/non religieux
25% « traditionnels » non religieux
14% « traditionnels » religieux
10% religieux
7% ultra-orthodoxes

En 2006, les Israéliens (juifs) nés à l’étranger étaient au nombre de 1.650.400 - dont 750.000 nés en ex-URSS, 154.000 nés au Maroc, 99.000 nés en Roumanie, 81.000 nés aux USA-Canada, 67.000 nés en Irak.

La même année, ils étaient 3.683.200 nés en Israël - dont 926.000 originaires de l’ex-URSS et 491.000 du Maroc.

Ces statistiques sont extraites du rapport annuel de l’institut israélien de statistiques.

 
Armando
20H20 06/07/2008

Chauffe Déborah, chauffe !

Qu’est-ce qui t’arrive Déborah, T’es partie en vacances, au Yemen ou en Libye ? Déjà plus de dix heures que cet article a été mis en ligne et t’as toujours pas passé ton brassard « K » et pris ton nerf de boeuf pour taper sur le dos de de Ben Gourion, Golda Meir et de tous ces « salauds de sionistes » qui encore de nos jours osent pomper notre oxygène !

 
Compte supprimé 6
20H48 06/07/2008

Bonsoir,

Un Juif est une personne qui pratique la religion Judaïque, un Israëlien (d’aujourd’hui) est un citoyen de l’Etat d’Israël, le sionisme est un mouvement politique.

Il faudrait savoir, soit il y a un état d’Israël démocratique avec différentes religions et la laïcité, soit il y a un Etat religieux Juif avec une démocratie entre Juifs.

Tout est toujours très confus quand il s’agit des Juifs, des sionistes et des Israëliens.

Monsieur Basile Dewez, Doctorant à l’Université hébraïque de Jérusalem, il serait bon que vous fassiez aussi le point là-dessus.

Bonne soirée.

 
andriouchka
21H53 06/07/2008

petite précision :

lorsqu’on met un J (majuscule) à Juifs, cela signifie que l’on prend en considération TOUS les Juifs, qu’ils soient religieux ou athées.

lorsqu’on veut parler des pratiquants de la religion juive, on ne met pas de majuscule et on écrit « juifs ».

les « sionistes » ne devrait concerner que les tenants d’un état israélien, or, le mot est souvent employé, dans certains milieux, pour désigner les Juifs d’Israël. Ces milieux ne reconnaissent pas l’Etat israélien.

Les Israéliens : le terme représente les habitants de l’Etat israélien et devrait donc concerner aussi bien les israéliens Juifs que les israéliens arabes.

Ce n’est pas si compliqué ;)

 
Bardamu | difficile
22H15 06/07/2008

En effet.

On peut donc être Juif et juif.

Mais aussi Juif et non-juif.

Et peut-être (en cas de conversion)

non-Juif et juif.

C’est limpide.

Bon, pour « israélien », je vous laisse construire la table de vérité ad hoc!

 
Compte supprimé 6
00H10 07/07/2008

Bonsoir,

Ne m’en voulez pas andriouchka, mais vos explications ne font qu’ajouter à la confusion…

Je préfèrerais avoir l’avis d’un référant, sans aucune malice.

Bonne nuit.

 
Hemenate
14H40 07/07/2008

Ce que dit Andriouchka me semble tout à fait clair.

Par ailleurs je pense que c’est vous qui ajoutez à la confusion :
En assimilant le mot « juif » (avec ou sans majuscule) au seul fait religieux, vous éludez le fait que des personnes athées puisse se définir comme « juive », ce qui est pourtant une réalité et une donnée fondamentale du conflit israélo-palestinien.

 
Compte supprimé 6
20H12 07/07/2008

Je suis bien heureux de savoir que vous êtes d’accord avec votre amie, mais mon message s’adresse surtout à l’auteur de cet article.

Cordialement.

 
Hemenate
20H21 07/07/2008

« Je suis bien heureux de savoir que vous êtes d’accord avec votre amie »

???

 
andriouchka
00H46 08/07/2008

?????????

idem

 
Basile Dewez | Doctorant à l'EHESS
22H09 07/07/2008

A proselyte2fabre, bonsoir,

Le site de Rue89 a indiqué que je serais doctorant à l’université hébraïque de Jérusalem, l’erreur a été corrigée (suis simplement « doctoral fellow » de cette université). Comme vous l’avez reprise, je tenais à rectifier de nouveau.

« Tout est toujours confus quand il s’agit des Juifs, des sionistes et des Israéliens » écrivez-vous. Je m’adresse au graphiste que vous êtes et je vous demande : vous arrive-t-il de dessiner des courbes? Autrement dit, le graphisme n’autorise-t-il que le tracé de lignes droites et d’angles droits? (jardins anglais vs./ jardins français)

En réponse à votre commentaire, l’adoption du régime démocratique par un Etat n’entraîne pas ipso facto, comme vous semblez l’écrire, l’adoption d’un rapport de l’Etat à la religion majoritaire de ses citoyens de type « laïcité » (à la française).

La Constitution allemande énonce la « responsabilité du peuple allemand devant Dieu et les Hommes » ; la Constitution canadienne « Attendu que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit » ; au Danemark « L’Eglise évangélique luthérienne est l’Eglise nationale danoise et jouit du soutien de l’Etat » (art. 4). Les exemples abondent (le plus extrême étant celui de l’Iran qui se paye le luxe d’être tout à la fois démocratique - par la voie du suffrage universel - et ultra-religieux - par la place accordée aux interprètes de la Loi)

Pour quelle raison un Etat démocratique juif serait-il par définition incapable de protéger ses minorités nationales?

 
Compte supprimé 6
23H22 07/07/2008

Bonsoir et merci de votre réponse,

Il y a plusieurs formes de Républiques, mais elles ne sont pas toutes démocratiques. L’utilisation du terme République pour la désignation d’un Etat, ne suffit pas à faire de celui-ci un état démocratique.

Vous parlez de l’Allemagne et c’est une République Fédérale, vous parlez du Canada et c’est une Monarchie constitutionnelle, du Danemark et c’est encore une Monarchie constitutionnelle.

Pour la France par exemple, les choses sont claires, c’est une République Démocratique Unitaire.

Donc, Israël voudrait se classer dans une République Judaïque, sur le model de l’Iran pour la République Islamique ? Sinon, c’est toujours pas très clair.

Une République Judaïque serait à priorie en mesure de protèger ses minorités nationales, comme doit l’être une République Islamique, mais toujours sous contrôle religieux.

Ma profession est à elle seule très confuse, il faut toujours faire attention à la direction que l’on veut prendre, ce n’est pas un model de clarté, nous sommes bien d’accord.

Respectueusement.

 
Basile Dewez | Doctorant à l'EHESS
00H53 08/07/2008

Re-Bonsoir,

Les concepts utilisés mériteraient en effet qques précisions que je ne crois pas pouvoir vous donner maintenant. Parce qu’ils évoluent dans le temps (cf. Rousseau: « J’appelle donc République tout Etat régi par des lois, la monarchie elle-même est République ») et parce que les expériences politiques (républicaines, démocratiques, ..) particulières méritent un traitement … particulier. A priori, la République comme organisation politique s’oppose à la tyrannie d’un seul. Les exemples abondent en sens contraire. A priori la démocratie, comme doctrine politique, suppose que la souveraineté appartient aux citoyens. Les exemples de démocraties qui confisquent le pouvoir au peuple abondent aussi. Il n’y a pas de modèle parfait - ici non plus.

L’exemple de la France que vous citez est assez proche de la démocratie oligarchique - ce qui semble convenir à une majorité de nos concitoyens par ailleurs. Dès lors qu’ils approuvent cet ordre des choses à échéances régulières (par la voie du suffrage universel), j’imagine que l’on peut définir notre régime comme oligarchique-démocratiquement-approuvé!

Pour revenir à l’article que vous avez commenté. Un Etat juif : c’est l’instrument politique de l’auto-émancipation du « peuple juif ». Comme la République française est le lieu symbolique de l’exercice des droits politiques des Français. C’est donc d’une réalisation nationale qu’il s’agit, et non de type religieux. Le judaïsme est la religion de la majorité des habitants d’Israël. A ce titre, il influence certaines décisions collectives (choix du shabbat - samedi - par exemple comme jour chômé de la semaine). Comme le dimanche en France.

 
Compte supprimé 6
09H31 08/07/2008

Bonjour,

La République, comme organisation politique, permet de faire la distinction avec les régimes monarchiques.

Je vois un peu mieux se dessiner les courbes de cette République Juive, néanmoins il me paraît difficile, voir impossible, de dissocier le mot Juif de la religion judaïque.

L’Etat d’Israël est une très jeune nation, elle vient juste de naître, alors je vous rejoins quand vous dites qu’il faudra voir l’évolution dans le temps. La forme que prendra ses desseins se fera plus précise.

« L’intérêt que j’ai à croire une chose n’est pas une preuve de l’existence de cette chose. » (Voltaire).

Bonne journée.