Ouvrant la session parlementaire à la Knesset, en octobre 2007, Ehoud Olmert avait invité les députés israéliens à adopter une « Constitution pour le soixantième anniversaire de l'Etat d'Israël ». De l'adoption d'une Constitution, nombreux sont les responsables politiques et les universitaires à attendre une « refondation du contrat social israélien »… qui dépasserait les antagonismes traditionnels entre Juifs et Arabes, laïcs et religieux. Il ressort des débats en cours à la Knesset que le point d'achoppement majeur concerne les caractères de l'Etat d'Israël comme « Etat juif et démocratique ».
Cette notion d'Etat juif et démocratique est apparue progressivement dans la jurisprudence de la Cour suprême. « C'est sur le fondement du déni du caractère juif de l'Etat d'Israël que la liste arabe El Ard, proche des factions radicales palestiniennes, a été interdite de concourir aux élections pour la Knesset dans les années 1960 et, plus tard, le parti Kach du rabbin Kahane dont les positions extrémistes contredisaient le caractère démocratique de l'Etat », précise Barak Medina, professeur de droit public à l'université hébraïque de Jérusalem.
Reprise dans deux lois fondamentales de 1992, la notion d'Etat juif et démocratique imprègne désormais la culture constitutionnelle et politique israélienne. Considérée par beaucoup comme « le plus petit dénominateur commun » aux citoyens israéliens, elle ne fait cependant pas l'unanimité. Critiqué pour son caractère juif (par la minorité arabe), l'Etat hébreu l'est aussi pour son attachement aux valeurs de la démocratie libérale.
Trois projets alternatifs
Les députés arabes à la Knesset ont longtemps milité pour l'abandon du caractère juif de l'Etat d'Israël, au profit d'un « Etat de tous ses citoyens, sans distinction d'appartenance ethnique ou religieuse ». Ils boycottent les débats en cours à la Knesset parce que « la formule Etat juif et démocratique ne fait aucunement l'objet du débat ». Le député Ahmed Tibi (Balad) le martèle depuis des années : « L'Etat d'Israël est juif pour les Arabes et démocratique pour les Juifs. » C'est la raison pour laquelle, avec d'autres parlementaires arabes, il soutient trois projets alternatifs présentés au cours de l'année 2007 : la « Déclaration de Haïfa », la « Déclaration de l'Association des édiles arabes » et le projet de « Constitution démocratique » présentés par l'organisation Adalah [association pour les droits civils et politiques des Arabes en Israël].
Réclamant une stricte égalité entre les groupes nationaux juif et arabe et l'établissement d'un « Etat de toutes ces nationalités », ces projets ambitionnent de « renationaliser » la question arabe en Israël. Ahmed Tibi s'explique sur cette volte-face dans un entretien accordé à Rue89 à la Knesset :
« Connaissez-vous le pourcentage d'employés arabes à la Banque d'Israël ? Zéro ! La seule solution à la discrimination dont les Arabes font l'objet est la reconnaissance d'un Etat binational et d'une stricte égalité entre les deux groupes nationaux. De là découleront une meilleure représentation de la minorité arabe dans l'administration, une distribution plus équitable des ressources de l'Etat aux collectivités locales majoritairement arabes et la fin de l'allocation des aides sociales conditionnée par le passage sous les drapeaux. »
Cette revendication d'un Etat binational est inacceptable pour la majorité des partis politiques israéliens qui considèrent l'Etat d'Israël comme « l'instrument politique de l'autodétermination nationale juive en Terre d'Israël ». Cette prise de souveraineté politique juive justifie, à leurs yeux, certaines formes de discrimination -telle la Loi du Retour. S'il n'existe pas de consensus parmi les Juifs israéliens sur le contenu à donner à un « Etat juif » -juif au sens de la tradition religieuse, de l'émancipation nationale, de la mémoire historique, etc.-, il n'en reste pas moins que ce caractère « juif » de l'Etat est central.
Les partis politiques israéliens divergent
Une seule formation politique la récuse -le Parti communiste (Hadash). Composé de députés arabes et juifs, Hadash milite pour une « dé-ethnicisation de la question israélienne » selon le député Dov Khenin. En cohérence avec sa lecture marxiste de la société israélienne, il met l'accent sur les rapports de pouvoir économique. Quant au parti Meretz, il opte pour une formule intermédiaire : celle d'un « Etat juif, démocratique et de tous ses citoyens ». Le député Haim Oron, interrogé au siège du Meretz à Tel-Aviv, s'inquiète des disparités économiques entre citoyens juifs et arabes mais récuse l'idée selon laquelle « un Etat binational les résoudrait ».
La députée travailliste Colette Avital exprime le mieux le relatif consensus en vigueur parmi les députés juifs israéliens vis-à-vis des Arabes d'Israël :
« Plénitude des droits civils et politiques, sans reconnaissance du statut de minorité nationale, mais avec certains droits collectifs d'ordre purement culturel (langue, éducation). »
Un seul parti politique juif israélien déroge officiellement à ce consensus : Ichud Leumi, une coalition d'extrême-droite. Pour le député Arieh Eldad, qui nous a reçus dans ses bureaux :
« Les Palestiniens ont une patrie, c'est la Jordanie, et les Arabes de Judée-Samarie devraient jouir de la citoyenneté de cet Etat et de la résidence israélienne pour ceux qui ne s'installeraient pas volontairement au-delà du Jourdain. »
Transfert « volontaire », obligation de jurer allégeance à l'Etat juif sous peine d'une déchéance de la citoyenneté israélienne pour les Arabes israéliens, déplacement des Arabes d'Hébron pour assurer la sécurité des Juifs installés là, déclarations fracassantes à l'égard des députés arabes : Arieh Eldad à la Knesset ne chôme pas.
« Un instrument de coercition entre les mains des partis religieux »
Dans Haaretz en juillet 2007, Avraham Burg, ancien président de la Knesset, déclarait : « Juif et démocratique, c'est de la nitroglycérine. » Au cours d'un entretien accordé à Rue89, il précise sa pensée :
« Ce concept d'Etat juif et démocratique, originellement adopté pour lutter contre le déni arabe d'Israël, risque à terme d'être un instrument de coercition entre les mains des partis religieux [juifs]. »
L'expérience politique israélienne se situe à l'intersection de concepts a priori antagonistes : révolution/restauration, démocratie/judaïsme, cosmopolitisme/anti-cosmopolitisme, lumières/anti-lumières. Tension insoutenable pour Avraham Burg, thuriféraire de la post-modernité européenne qu'il qualifie « d'œuvre prophétique juive ».
Le député Yitzhak Levy (Mafdal), à l'initiative de l'ajout de « juif » à « Etat démocratique », lors de l'adoption de la Loi fondamentale en 1992, déplore l'interprétation ultérieure qu'en a faite la Cour suprême, « ne retenant comme valeurs juives que celles qui sont compatibles avec les valeurs démocratiques universelles -ce qui menace notamment le monopole des tribunaux rabbiniques en matière de statut personnel ». Monopole qui conduit tous les ans des centaines de couples -mixtes notamment- à se marier à Chypre.
Si le temps des joutes intellectuelles est révolu entre le (très) libéral ancien président de la Cour suprême Aharon Barak et l'ancien vice-président, Menachem Elon, auteur d'un précieux traité de Droit juif (HaMishpat HaIvri), ce qui les séparait continue de diviser le public israélien : le débat quasi existentiel entre Tradition et Modernité.

























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De Quinine
traducteur et amoureux des chats | 17H59 | 06/07/2008 |
Autant commencer en fanfare et se faire replier tout de suite.
Ce qui me gêne un peu dans la formule « État juif et démocratique », ce sont les mots « juif » et « démocratique ».
Pourquoi préciser « démocratique », alors que cela va de soi et que, de toutes les façons, cela ne prouve rien ? On n'imagine pas une dictature se dotant d'une « Constitution pour un État dictatorial »… En revanche, on peut concevoir une dictature s'affublant d'une « Constitution démocratique ». Sans compter que d'éventuels détracteurs auraient beau jeu de prétendre que, ah ah ! jusque-là, Israël n'était donc pas une démocratie.
Et pourquoi préciser « juif » ? S'il s'agit d'une qualification ethnique, c'est faire peu de cas de la population arabe du pays, c'est inscrire d'emblée une discrimination dans le titre même de la Constitution. S'il s'agit d'une qualification confessionnelle renvoyant au judaïsme, c'est également exercer une discrimination à l'encontre des musulmans vivant dans le pays et c'est surtout rater une occasion de se détourner d'une tendance déplorable et dangereuse, celle de l'association de plus en plus étroite du fait religieux et du fait politique. Une tendance qui, soit dit en passant, ne se limite pas, contrairement à ce que l'on entend dire, aux pays de l'Islam : voyez Bush, qui parsème tous ses discours de références à Dieu et à la Bible, voyez Sarkozy, qui se signe en public, tient des propos inacceptables sur l'influence bienfaisante de la religion et se rend en visite officielle chez le pape, voyez la Grèce, où la mention de la religion figure dans les actes de l'état-civil et où les hauts dignitaires écclésiastiques s'expriment sur des questions de politique étrangère à la même tribune que le ministre des Affaires étrangères…
Bref, est-ce que l'appellation « Constitution pour un État israélien » (ou « un État israélien démocratique », si l'on tient vraiment à enfoncer une porte ouverte) ne pourrait suffire ?
à Quinine
De Compte supprimé 6
18H56 | 06/07/2008 |
>> Autant commencer en fanfare et se faire replier tout de suite.<<
Amusant, jusqu'ici c'est un sans faute, 8 votes, 5 pastilles, bravo, c'est rare, surtout sur des sujets aussi polémiques !
à Compte supprimé 6
De jissé
Ingé retraité | 22H02 | 06/07/2008 |
proselyte
Bonsoir, ou bonne nuit. (La nuit tous les chats sont gris, pour les amoureux).
23 heures.
13 votes, tjrs 5 pastilles rouges !
Et en effet sur un sujet qui …
Je vais finir par croire aux miracles !
Quinine aux J.O., Quinine, aux J.O. !
Jissé
à Quinine
De adaunis
Nul part....si adelyne me plaque...... | 20H05 | 06/07/2008 |
J » συμπαθήστε πολύς ! άριστος ! Στην ελλάδα, το j » έχετε να αναφέρει στα χαρτιά μου το χριστιανικό βάπτισμά μου.
Traduction :
J'aime beaucoup !
excellent !
Sur la Grèce, j'avais (effectivement) du mentionner sur mes papiers mon baptême Chrétien.
Je ne sais pas si c'est toujours valable, puisque il y a des papiers communs pour le « L'Europe ».
Tes références pour montrer que ce n'est pas une exclusivité islamique sont justifiées.
On est cerné par la « bon-dieuserie » !
Il y a un trop plein de « madones » !
à adaunis
De Quinine
traducteur et amoureux des chats | 21H06 | 06/07/2008 |
Γεια σου, φιλαράκι, σ΄ευχαριστώ πολύ.
[Je traduis, je traduis, sinon on va encore se faire engueuler : « Salut, mon pote, merci beaucoup. » Voyez, rien de bien transcendant.]
Il y a une quinzaine d'années, quand l'idée a été lancée d'une carte d'identité unique pour les citoyens de l'Union européenne, les autorités grecques ont dû demander une dérogation sous la pression de l'Église orthodoxe, qui avait organisé, popes en tête, des manifestations dans tout le pays autour du thème « Non à la carte d'identité 666 »…
Je ne sais pas ce qu'il en est aujourd'hui, mais je me demande si la Grèce n'a pas eu gain de cause, du moins temporairement. À l'époque, un extrait d'acte de naissance type comportait la mention « Il est certifié par la présente que l'intéressé est baptisé et de religion orthodoxe ». Mais ça a pu changer.
Voilà une forme d'immixtion de la religion dans la vie publique qui me semble inconcevable au 21e siècle.
à Quinine
De françoise.V
p'tite lyonnaise | 08H02 | 07/07/2008 |
Bonjour Quinine,
La carte d'identité grecque ne comporte plus mention de la religion depuis 2001.
Un petit article sur le recul (relatif) de la religion en Grèce :
http://www.bibliomonde.com/donnee/grece-etat-la-religion-315.html
à françoise.V
De Quinine
traducteur et amoureux des chats | 09H18 | 07/07/2008 |
Salut, P'tite Lyonnaise,
Merci. Comme quoi, petit à petit, l'opium du peuple cède du terrain. ; -)
à Quinine
De Basile Dewez
(auteur)
Doctorant à l'EHESS | 19H58 | 07/07/2008 |
Merci pour l'attention que vous avez portée à ces qques lignes. Cet article n'est ni une tribune ni un article scientifique, c'est un (énième) papier d'actualité à l'occasion des 60 ans. La seule scientificité dont il peut se prévaloir est sa relative objectivité que reflètent notamment les entretiens avec des députés de tout le spectre politique israélien.
A Quinine qui déplore qu'Israël se présente comme « Etat juif et démocratique », une étude comparée des premiers articles de la Constitution française (1958) et du projet de Constitution israélienne révèle de très fortes ressemblances.
Pour ce qui concerne le projet de préambule de Constitution israélienne, qui constitue une déclaration publique d'intention relative à la nature de l'Etat, l'option qui a les faveurs de la Commission (des Lois et de la Constitution, responsable du projet) est la proposition d'Amnon Rubinstein et Liav Orgad, qui consiste en un préambule faisant référence à la Déclaration d'Indépendance, la nature juive et démocratique de l'Etat et le respect des droits de la minorité nationale arabe :
La Constitution de l'Etat d'Israël se fonde sur la reconnaissance de la valeur des hommes, sur la sainteté de leur vie et de leur liberté ; elle [la Constitution] doit être respectée dans l'esprit des principes de la Déclaration d'indépendance de l'Etat d'Israël comme un Etat juif et démocratique, dans le respect de la minorité nationale arabe et des autres minorités résidant en Israël.
Art. 1 (projet de Constitution israélienne, chapitre 1 : principes fondamentaux) :
« Israël est un Etat juif et démocratique.
L'Etat d'Israël respecte les droits de l'homme de tous ses citoyens.
L'Etat d'Israël permet à tous ses citoyens d'agir en vue de la préservation de leur identité, langue, religion et héritage selon leurs convictions et dans le respect des lois de l'Etat ».
Art. 2 « L'Etat d'Israël est fondé sur les principes de liberté, de justice et de paix ».
Article 1er (Constitution française, 1958) « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale.
Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion.
Elle respecte toutes les croyances. »
Les articles 6 (drapeau : blanc avec deux bandes bleues et étoile de David, emblème : menorah, hymne national : hatikva), 7 (langue nationale : hébreu ; statut spécial accordé à la langue arabe) et 8 (jours chômés : ceux du calendrier juif) sont le reflet de l'article 2 de la Constitution française de 1958 :
Art. 2 (Constitution française) « La langue de la République est le français.
L'emblème national est le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge.
L'hymne national est la Marseillaise.
La devise de la République est Liberté, Égalité, Fraternité.
Son principe est : gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple » .
à Basile Dewez
De Quinine
traducteur et amoureux des chats | 00H07 | 08/07/2008 |
Bonsoir,
Ce que je « déplore », c'est le caractère un peu tautologique du mot « démocratique » et les discriminations implicites ou explicites contenues dans le mot « juif ».
Pour le reste, je trouve tout à fait normal qu'il y ait des similitudes entre les Constitutions française et israélienne : après tout, la France et Israël sont deux démocraties dans l'acception que l'on donne généralement à ce terme. Cela dit,
je m'interroge quand même un peu sur la pertinence de la comparaison entre les articles 6, 7 et 8 de la Constitution israélienne et l'article 2 de la française : voilà des ressemblances qui doivent être partagées avec les Constitutions d'un gros tas de pays, non ? ; -)
à Quinine
De Basile Dewez
(auteur)
Doctorant à l'EHESS | 00H16 | 08/07/2008 |
Bonsoir,
Ces discriminations existent - c'est indiscutable.
Toutefois, un sondage récent publié dans Haaretz (de l'Institut Van Leer, je pense)révèle que 74% des arabes-israéliens adhèrent à un « Etat juif et démocratique » qui respecterait l'égalité entre tous ses citoyens.
à Quinine
De Grégory
08H25 | 08/07/2008 |
« Constitution pour un État israélien »
Histoire de pinailler (et de s'assurer de proposer un truc à la fois juste et irréaliste), je rappelle qu'Israël est le nom qu'ont choisi des juifs pour créer un état qui incluait des non juifs qui avaient pourtant déjà un pays et à qui on n'a d'ailleurs pas demandé leur avis.
Donc si on veut enlever le judaïsme de la définition, on peut aussi bien renommer le pays. En Palestine, par exemple… Bon ok, je sors !
à Grégory
De andriouchka
08H44 | 08/07/2008 |
excusez-moi de pinailler aussi, Grégory, mais la Palestine n'a jamais été un Etat. Pourquoi, alors, ne pas créer un Etat palestinien au côté de l'Etat israélien ? C'est ce que demandent la majorité des habitants de part et d'autre du mur, qu'il sera urgent de démolir.
à andriouchka
De Grégory
11H11 | 08/07/2008 |
Je sais bien, mais je ne me rappelle plus le nom de l'état anterieur à Israël. Je me rappelle bien par contre que Jesus vivait en Palestine…
C'était juste une proposition : P
à Grégory
De NELEPHANT
21H37 | 08/07/2008 |
@Gregory
Tout à fait…. c'était le nom qu'avaient donné les Romains à cette partie du monde pour asseoir leur souveraineté après la destruction du second temple et effacer le souvenir de tout pouvoir politique antérieur qui ne leur aie pas été subordonné.
à Grégory
De Basile Dewez
(auteur)
Doctorant à l'EHESS | 00H30 | 09/07/2008 |
A Grégory :
Non seulement Jésus vivait en Palestine, mais il était juif
à Basile Dewez
De Henricanan
Consultant | 11H32 | 09/07/2008 |
Et il vivait (si jamais, il a vécu historiquement) dans un état qui s'appelait le Royaume d'Israël, sous occupation romaine…
à Quinine
De Nikoko
Chercheur...d'emplois | 13H14 | 08/07/2008 |
Le parti au pouvoir en Tunisie est le rassemblement constitutionnel démocratique, on pensera également à la république démocratique du Congo,…
à Quinine
De Rabah AIT MOUHOUB
09H10 | 09/07/2008 |
Ajout à votre texte : les non juifs autochtones d'Israel sont bien Arabes, mais en aucun le qualificatif musulmans ne peut les désigne. Ils ont compté jusqu'à 30% de chrétiens comme au Liban et une minorité Druze.
De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 18H09 | 06/07/2008 |
Le noeud du problème (inhérent à l'état d'Israël, compte tenu des conditions de sa réalisation), ce sont les conceptions qui ont présidé à l'élaboration de l'Etat des Juifs.
Herzl ne sort pas de nulle part et ne se situe évidemment pas hors du temps. Son système de pensée est celui de l'environnement politico-intellectuel du printemps des peuples de l'Europe centrale. Ses conceptions nationales et nationalistes sont donc formées dans ce creuset. Ces conceptions sont, très largement, celles qui ont inspiré les sionistes de la deuxième alya, c'est-à-dire la génération des fondateurs.
La difficulté que rencontre Israël aujourd'hui avec ceux qui sont devenus, volens nolens, une minorité nationale tient à ces racines intellectuelles et au présupposé ethnique de la nation israélienne. Que cette ethnie soit une réalité ou une fiction est une question somme toute secondaire : toutes les nations reposent sur de tels mythes. Ce qui importe, c'est que les Juifs israéliens se perçoivent comme issus d'un même peuple, ce qui suffit (de mon point de vue) à en attester la réalité.
Toute tentative constitutionnelle élaborée pour résoudre ce dilemme se heurtera à cet obstacle qu'on aurait tort de sous-estimer, tant il est quasiment constitutif de la nation israélienne : on se réfèrera, par exemple, dès le temps du Yishouv, à la campagne pour le travail juif qui contient en germe la dissociation des destins (au moins économiques) juif et arabe.
Pour tout dire, si l'on tient pour irrecevables les deux hypothèses de l'expulsion et de l'état binational, je ne suis pas sûr que cette contradiction puisse un jour être résolue.
à thierry reboud
De magda
ingénieur | 18H32 | 06/07/2008 |
« Ce qui importe, c'est que les Juifs israéliens se perçoivent comme issus d'un même peuple, ce qui suffit (de mon point de vue) à en attester la réalité »
C'est une des questions que je me pose souvent quand il s'agit des israéliens.
En pensant aux gens de la rue, aux anonymes qu'on ne voit pas, je ne sait pas s'ils se sentent vraiment issus d'un même peuple, d'une même nation.
Ils sont nombreux ceux qui sont arrivés en Israel longtemps après la deuxième guerre mondiale et la constitution de l'Etat. Issus des nations avec des cultures différentes, ils étaient des juifs bulgares, roumains, russes, où du nord de l'Afrique. Ils ont grandi est étudié dans ces pays, ils ont souvent participé activement à la vie publique, j'ai du mal à les voir tous comme des juifs des temps bibliques. Très souvent aussi ils étaient plutot laïques.
à magda
De sup. à la demande du riverain 24.09.09
11H42 | 08/07/2008 |
En effet, certains des derniers émigrants russes par exemple, ne sont juifs que parce qu'une grand-mère ou une arrière-grand-mère est juive. Autant dire qu'ils sont plus opportunistes que juifs, puisqu'ils trouvent là un moyen d'émigrer - le régime Poutine étant quand même plus éloigné de la démocratie qu'Israël.
Certains jeunes russes sont si mal intégrés en Israël qu'ils virent néo-nazillon !
Je ne parle pas des Falashas, juifs d'origine éthiopienne, qui sont traités comme des … noirs !
Et encore moins des arabes israéliens, qui n'ont pas le droit de grand chose.
Alors établir une constitution d'un état juif, ET démocratique (mais ce n'est pas nouveau non ? ) est une aberration totale. Il faudrait déjà que les « juifs » arrivent à ne plus se discriminer entre eux, avant de pouvoir ne plus discriminer les arabes israéliens.
Enfin tout ça est lamentable, quand on sait à quel point les juifs ont souffert du racisme, et qu'ils n'arrivent même pas à concevoir un Etat où toutes les origines puissent vivre en paix à droits égaux. Tel aurait du être l'idéal de ce pays, mais il n'en a jamais été question, et ce dès l'origine.
Les fondations sont pourries, la maison s'écroule…
à magda
De Grégory
08H30 | 08/07/2008 |
Ce qui me fait penser à cet historien juif qui pense qu'en fait, très peu de juifs actuels sont issus de ceux des temps bibliques, et qu'en pratique ils descendent surtout des diverses tribus croisées sur la route de nomades juifs… et convertis.
Là dessus il ajoute que l'exil du peuple juif d'Israël est un mythe, que les juifs de l'époque pour la plus grande part n'ont pas bougé…. et sont devenus les palestiniens actuels.
Evidement il ne fait pas consensus, mais si vous voulez lire, c'est par là :
http://contreinfo.info/article.php3 ? id_article=1987
à Grégory
De andriouchka
08H56 | 08/07/2008 |
merci pour le lien. Entretien très intéressant avec l'historien Shlomo Sand qui, contrairement aux nouveau historiens, reconnait le droit à l'existence d'un état israélien.
à Grégory
De sup. à la demande du riverain 24.09.09
11H41 | 08/07/2008 |
Il est évident qu'on va vers un monde métissé, et cet Etat juif est ridicule ! C'est une forme d'apartheid.
à sup. à la demande du riverain 24.09.09
De caro
délinquante avérée | 13H00 | 08/07/2008 |
excusez-moi, mais personnellement, tant qu'à trouver cet Etat juif ridicule, autant trouver les Etats arabes aussi ridicules. Mais ça, on ne l'entend pas souvent sous peine d'être taxé d'islamophobe. Alors, pourquoi s'arroger le droit de dire que l'Etat juif est ridicule ? est-ce que je peux vous taxer de judéophobe ?
à caro
De Grégory
17H03 | 08/07/2008 |
On ne l'entend pas souvent ? Hé ben…
à caro
De sup. à la demande du riverain 24.09.09
12H59 | 10/07/2008 |
Bien sur vous pouvez ! je suis un juif judéophobe !
à Grégory
De magda
ingénieur | 16H51 | 08/07/2008 |
Merci Monsieur pour ce lien. Il répond à mes questions et me conforte aussi à continuer de me les poser.
Shalom Sand me réconforte dans le souvenir que j'avais de tous les intellectuels juifs que j'ai pu rencontrer à l'Est et qui semblaient avoir disparu, au moins dans tout ce que je peux lire par ci, par là.
à Grégory
De leconcombrevert
La vraie vérité >:-)) | 00H09 | 10/07/2008 |
@ Grégory
Les travaux du professeur Sand sont certainement très intéressant, quoique je ne vois pas trop le rapport avec le sujet de ce débat portant sur le système politique de l'état d'Israel.
En complément d'information j'ajoute un lien vers un article du 7 juillet en anglais, qui présente une vue assez critique du livre de Sand qui vient de paraître (« Inventing an invention » l'invention d'une invention ») :
http://www.haaretz.com/hasen/spages/999386.html
De Jaycib
Désagrégé de l'Université | 07H35 | 07/07/2008 |
On pourra toujours regretter que l'état d'Israël ne soit pas par essence multiconfessionnel, mais ce serait faire fi de l'origine du concept d'état juif (Hertzl). A la fin de la 2ème guerre mondiale, si l'on en croit la bibliothécaire du mémorial érigé au martyr juif inconnu à Paris (Mme Halperine dans les années 80), être juif c'était être soit sioniste, soit… communiste, et les deux camps n'étaient évidemment pas conciliables. En France, ils avaient même une presse mutuellement antagoniste.
Qu'il y ait eu depuis des évolutions (immense déception causée par la « découverte » de la véritable nature de l'URSS, se traduisant en partie par le caractère de plus en plus affirmé de la nature ethnico-religieuse d'Israël) ne change pas grand chose à l'affaire : un état juif ET démocratique est une notion contradictoire. On ne peut être démocratique QUE pour certains. Par définition, la démocratie a une vocation universelle.
A mon avis, une constitution démocratique pour les seuls juifs n'a donc pas de sens, et les tenants de l'application stricte de l'halacha (loi juive) en sont d'ailleurs bien convaincus. Cela étant dit, on ne peut ignorer 2000 ans d'histoire (surtout ashkenaze) et la Shoah. Il y a une « spécifité » juive qu'on doit prendre en compte, ce que naturellement les Arabes en général, et les Palestiniens en particulier, ne sont pas près d'accepter.
Il y a tout lieu de croire que le projet constitutionnel cité dans l'article ne mènera à rien. Par contre, la solution préconisée par tous ( ? ) -- un état juif et un état palestinien existant côte à côte -- résoudrait bien des problèmes, même s'il y a tout lieu de croire qu'ils ne seraient pas plus « démocratiques » (= ouverts à tous) l'un que l'autre.