A debattre

Paris, la destination qui fait peur aux élus américains

Le candidat démocrate Barack Obama s’apprête à venir en France cet été. Avec des étapes en Allemagne, en Grande-Bretagne, en Afghanistan et en Jordanie, le voyage a été habillé en tournée de sécurité nationale.

Aux Etats-Unis, les autres membres du Congrès ne courent pas après les virées à Paris. Pourquoi ? Ça ne fait pas très sérieux. C’est ce qu’a expliqué une délégation d’Américains venus déjeuner au Sénat français au cours d’un voyage organisé par la fondation Konrad Adenauer.

Lorsque des sénateurs français ont invité leurs homologues américains à des rencontres plus fréquentes, James Dean (non, pas celui-là) de l’Heritage Foundation (un think tank conservateur) a expliqué les hésitations des élus américains à venir en France :

Ça ne passe pas avec les électeurs d’aller en France. Nos hommes politiques sont prêts à aller au Pakistan, en Irak ou en Israël, mais aller en France, ça ne fait pas sérieux, on se dit qu’il y va pour avoir la belle vie et bien manger.

Trygve Olson, ancien conseiller de la campagne de John McCain d'ajouter :

L’image que ça donne, c’est quelqu’un qui va siroter des grands vins dans je ne sais pas quel château napoléonien…

Aussi sérieux, disons, que si des parlementaires français partaient en mission à Las Vegas… (les voyages en Italie souffrent de la même réputation). Depuis l’affaire Abramoff (lobbyiste accusé de corruption) en 2005, chaque voyage dans une région supposée un peu trop agréable soulève des questions. S’agit-il d’un junket » (voyage tous frais payés par des lobbyistes) ou d’une véritable mission professionnelle ? Des parlementaires en voyage aux Galapagos se sont encore faits épingler récemment par le Washington Post. Lorsqu'un French Caucus -groupe d'amitié franco-américaine- s'est monté au Congrès après le différend sur l'Irak en 2003, l'ambassade de France a organisé des voyages en France pour les parlementaires américains :

Ils se faisaient tous des nœuds au cerveau avant d'accepter, à se demander ce qui se passerait s'ils se faisaient coincer…

Daniel Brandt, conseiller économique du sénateur républicain d’Arizona John Kyl, a expliqué que les élus américains étaient d’autant vulnérables que le freedom of information act (la loi sur la transparence des informations publiques) permet aux médias de demander à connaître tous les voyages des élus : Un été, le sénateur pour qui je travaillais a failli perdre son siège à cause d’un voyage. La presse locale en a parlé. C’était un voyage tout ce qu’il y a de plus sérieux. Mais la perception, c’est que c’est du bon temps

Conclusion : ce serait mieux si vous veniez chez nous… »


En notant les commentaires pour leur pertinence, vous en facilitez la lecture. Les moins bien notés se replient d'eux-même mais peuvent s'ouvrir d'un clic. Pour pouvoir commenter et noter, merci de vous inscrire. Les commentaires sont fermés après sept jours. Pour en savoir plus, lire la charte des commentaires.

 
Par thierry reboud
14H41    06/07/2008

Quel genre de travail peut bien fournir un élu étasunien en France ? Encore en Israël, au Pakistan ou en Irak, je peux comprendre : surveiller l’utilisation des deniers publics, ça se défend. Mais en France ? Je ne dis pas qu’ils ne foutent rien, notez bien, simplement je n’arrive pas à me figurer quoi.
Par ailleurs, le souci des deniers publics que révèle cette suspicion ne me paraît pas déshonorant. Pour ma part, je ne détesterais qu’on soit plus attentif en France à l’utilisation de l’argent public. Or (pour m’en tenir à un exemple récent) je constate que, lorsque Estrosi claque 138000 euros pour pouvoir aller boire un canon avec Sarkozy, on ironise mais c’est à peu près tout. Et, pour le coup, ce constat n’épargne aucun parti.

 
Par TARPON
15H58    06/07/2008

Heureux americains ,je voudrai bien voir les notes de frais du conseil general (PS) ,de mon maire,de ses « territoriaux » ,du Procureur ,du President DU TGI,du president du syndicat intercommunal des ordures (je parle pas des elus mais des dechets)et meme du concierge de la mairie .Combien de voyages en Chine offerts aux copains ,combien irons aux JO sous pretexte d’une etude ecologique.On veut savoir ,messieurs,mesdames qui paient vos vacances .

 
Par atanguy
17H45    06/07/2008

Ah! au fait dans l’autre sens ca marche comment? Combien d’elus Francais sont alles aux US l’annee derniere par exemple? Quelqu’un connait?

 
Par labyrinthesansissue
18H47    06/07/2008

ça prouve que l’image de la France est associée au plaisir par les états-uniens…

 
Par vincelle
19H44    06/07/2008

Rien à voir avec les states, mais pour rester aux réjouissances diverses et variées :

y’avait bien martin hirsh qui voulait prendre le falcon de l’état pour aller (fêter) « célébrer la Journée mondiale contre la pauvreté… aux Açores »

(source : canard enchaîné)

 
Par Jaycib
09H33    07/07/2008

C’est quand même extraordinaire, ce fantasme collectif (?) qui conduit à nous retrouver sur les positions du FN! Je rappelle que le slogan « Aimez la ou quittez la » utilisé par le FN prétendument nationaliste est d’origine américaine: « America, love it or leave it ». On le retrouvait naguère à chaque coin de rue sur les collants ornant les pare-chocs de voiture dans le grand sud des Etats-Unis (et parfois ailleurs, surtout dans les zones rurales).

La campagne anti-junket aux USA se justifie par l’abus des fonds publics que pratiqueraient aisément les élus américains si on ne les observait pas à la loupe. La réciproque est sans doute vraie pour la France.

Quant aux artistes, ils ont bon dos. Dans les années 50 à 70, il y a eu afflux de musiciens de jazz noirs américains en Europe, car au moins on professait ici à leur endroit un respect et une admiration que l’aveuglement racialiste interdisait aux Etats-Unis. Il en allait de même pour certains universitaires qui voyaient au-delà du bout de leur nez.

L’inverse était tout aussi vrai pour les « intellos » et artistes français. Ce n’est pas pour rien que Darius Milhaud, Maurice Jarre, René Girard, le mime Marceau, Jacques Maritain, etc., se sont retrouvés aux USA dès après la guerre. Ce n’est pas le manque d’argent qui les faisait partir, mais la bureaucratie et les rigidités du système français. (Il faut avoir entendu Darius Milhaud maudire la politique des conservatoires!)

Je suis certain que si l’on donnait aux prolos français et à pas mal de résidents des ghettos américains la possibilité de quitter leur pays, ils le feraient. Et ce ne serait pas par manque de patriotisme, bien plutôt par souci de l’engrenage d’un boulot sous-rémunéré ou de la discrimination éhontée qui les écrase.

Pour en revenir aux élus américains qui n’osent plus venir en France (l’oeil des médias et des assocs spécialisées étant toujours ouvert), je ne m’alarme pas trop de leur sort. Ils peuvent toujours noyer la bamboche supposée que leur offre la France dans un voyage pluri-national (Angleterre-Italie-Grèce-etc.), à savoir le parcours typique d’un grand nombre de touristes américains aujourd’hui.

McCain est déjà venu et ce sera bientôt le tour d’Obama. Leur internationalisme supposé ou réel leur confère de la crédibilité. C’est sans doute également vrai pour leurs collègues du Sénat.

En conclusion, sans que cela soit dans la logique du papier de Guillemette (mais c’est dans la suite logique de certains des posts ci-dessus), ne pas oublier une phrase célèbre: « Le patriotisme est le dernier refuge des scélérats! »

 
Par Alexad
12H45    07/07/2008

Nous, c’est lorsqu’ils vont à Eurodisney et Wolfeboro que ça ne fait pas sérieux.