Présidence française de l'Europe: chronique d'une déception annoncée

La France vient de prendre la présidence de l’Union européenne. Nicolas Sarkozy, conforme à son approche volontariste, lui a fixé de hautes ambitions. Il n’y a pourtant pas grand chose à attendre de la présidence française.

Pour des raisons institutionnelles. Le rôle d’une présidence est limité. La crise européenne actuelle et la faible légitimité de la France sur la scène européenne rendent l’exercice encore plus délicat. Les marges d’action sont très étroites.

Des objectifs inatteignables

Et pour des raisons de fond. Certaines priorités de la présidence sont inatteignables en raison de l’opposition résolue de certains de nos partenaires. C’est le cas de l’Union pour la Méditerranée et de l’Europe de la défense. Une autre, la politique agricole commune (PAC), n’aboutira pas car la présidence n’en veut plus: Nicolas Sarkozy avait affiché la volonté de la réformer en profondeur; il a changé d’avis et souhaite désormais enterrer le dossier.

Les négociations climatiques sont présentées comme "la" priorité pour la France, avec une échéance importante lors du sommet de Poznan en décembre: mais il s’agit plus d’un objectif diplomatique -sécuriser un accord- que d’une priorité politique de fond -ce gouvernement ne s’est pas converti à l’écologie.

Reste le pacte européen pour l’immigration. C’est une initiative de Nicolas Sarkozy. Elle a de bonnes chances d’être endossée par les chefs d’Etat européens. Malheureusement, son contenu sécuritaire et répressif est très contestable d’un point de vue progressiste.

A l’inverse, d’autres enjeux importants sont ignorés par la présidence française. Ils auraient été traités par une présidence progressiste. C’est le cas de la question institutionnelle: le choix de la France de repousser le traitement de la crise née du "non" irlandais n’est pas à la hauteur du moment historique.

L’Europe sociale aux abonnés absents

C’est aussi le cas de l’Europe sociale: la France a choisi de l’ignorer alors même que le principal instrument des politiques sociales européennes, l’Agenda social, doit être renégocié sous sa présidence. C’est le cas, enfin, de l’Europe économique: l’économie est la compétence n°1 de l’Union, qui reste avant tout une "communauté économique européenne" elle est aussi son problème numéro un, avec une croissance structurellement en panne et la nécessité de faire face aux crises financières actuelles.

Au total, la présidence française s’engage comme la chronique d’une déception annoncée. Le rôle central d’une présidence ne se joue d’ailleurs pas sur la scène européenne mais sur la scène nationale: il s’agit, à l’occasion de la médiatisation faite autour de la présidence, de renforcer le lien entre les citoyens et la construction communautaire. Telle était l’ambition de Jean-Pierre Jouyet. Mais l’Elysée a annulé les initiatives citoyennes et participatives de son secrétaire d’Etat aux affaires européennes. Une autre occasion manquée.

En partenariat avec la fondation Terra Nova

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21H35    05/07/2008

Une présidence européenne, c’est d’abord un travail qui s’inscrit dans la continuité (d’où la nécessité de la troïka). En outre, c’est un travail qui est rarement spectaculaire. Bref, ça a tout pour plaire à Sarkozy.
Quand il nous sert ses Je veux longs comme le bras, il n’a tout simplement pas compris qu’il ne peut vouloir quelque chose qu’à la condition que les autres le veuillent bien aussi. Quand il prétend inscrire tel ou tel point à l’agenda, il ne le fera que si cet agenda répond aux attentes des autres pays européens.
Autrement dit, la déception annoncée sera sans doute plus celle de Sarkozy lui-même que celle de l’Europe.