Dans le retro

De de Gaulle à Sarkozy, les "offs" présidentiels en vidéo

La diffusion de la vidéo off de Nicolas Sarkozy par Rue89 a fait débat. Cette pratique n'est pourtant pas nouvelle.

La vidéo off de Nicolas Sarkozy, dévoilée par Rue89, a ému certains blogueurs, journalistes et politiques : quel scandale de mettre ces images à la disposition du public ! « Briser le off », quel sacrilège ! La pratique n'est pourtant pas nouvelle.

Les caméras commencent toujours à tourner avant une intervention, aussi présidentielle soit-elle. Le signal qu'elles filment est alors diffusé en direct dans toutes les chaînes nationales, généralistes ou d'information, qui en ont fait la demande à celle qui reçoit le Président. Ainsi, lundi soir, toutes les télévisions parisiennes ont eu connaissance du désormais fameux « off » sarkozyen.

C'est souvent par ce canal -celui des rédactions télé de la capitale- que des déclarations faites avant ou après des émissions politiques « fuitent” dans la presse écrite. Le Canard enchaîné reprend ce genre de “offs » depuis l'invention de la lucarne. Les autres journaux se sont peu à peu convertis à la pratique.

En vidéo, moins de risque de manipulation

Un des principes du « off », c'est qu'il n'est jamais sourcé. Un risque de manipulation existe donc, quand la source qui transmet les propos au journal les déforme, les exagère, voire les invente, comme cela a probablement été le cas dans l'affaire du SMS de Sarkozy. Le travail des journalistes est donc de recouper le propos auprès d'une autre source, au moins.

Dans le cas d'un off en vidéo, c'est inutile : l'image et la personne parlent d'elles-mêmes. Concernant le président Sarkozy, il existe un précédent, un off révélé par la chaîne américaine CBS (voir plus bas).

Dans les chaînes françaises, on l'a vu, les caméras tournent et enregistrent quelques minutes avant le début de l'émission. Ensuite, les images sont conservées, étiquetées, archivées et, des décennies plus tard, à disposition de n'importe quel internaute curieux. Des offs présidentiels du passé sont donc librement accessibles au public…

Rue89, avec l'INA, vous en propose quelques-uns. Ces rares et courts moments où l'on voit des habitués de la représentation plus vrais que nature seront jugés inintéressants par certains, amusants pour d'autres. En tous cas, ces petits moments volés révèlent de petits travers : perfectionnisme de De Gaulle, distraction de Pompidou…

Janvier 1960 - De Gaulle : C'était bien ?

On me dira ce qu'il faut faire. » Avant son discours radiotélévisé du 29 janvier 1960, le général De Gaulle s'est entrainé à répéter son texte. L'exercice dure vingt minutes. Très solennel, le président condamne le soulèvement algérien : « Si j'ai revêtu l'uniforme pour parler aujourd'hui à la télévision, c'est pour marquer que je le fais comme étant le général de Gaulle aussi bien que le chef de l'État. Très bon, De Gaulle n'a pas besoin de jeter un oeil à son texte ; il connait son texte par cœur (non, le prompteur n'existait pas). A la fin de l'exercice, le général s'enquiert de la durée de son discours et demande, l'air inquiet, si c'était “bon”. Il remet ses lunettes. Autour de lui, on lui assure qu'il a été “très bien”.

Décembre 1971 - Pompidou : Il faut que je relise mon texte. Vous me prêtez mes lunettes.

Fin d'année 1971, Georges Pompidou présente ses vœux aux Français. L'enregistrement est laborieux, le président perd le fil de son discours régulièrement. Venant presque à bout de la deuxième tentative ratée, Pompidou a un nouveau trou de mémoire. Il ressort ses lunettes et son texte. Personne ne bronche, l'équipe se remet en place et clap, c'est reparti.

Décembre 1975 - VGE : Sur quel ton faut-il parler ? Qu'est-ce que je peux bien raconter ?

Le plus jeune président de France innove pour les vœux de fin d'année : sa femme, Anne Aymone, y prend part. Au coin du feu, le couple se prépare à l'exercice. La première dame est très stressée. Une maquilleuse repoudre une Anne Aymone à la peau luisante. Valery Giscard d'Estaing l'observe, un sourire en coin avant de dire : « On cuit ». Après des essais sons, le président replace des cadres sur la cheminée et rajoute une phrase à son discours. En cette fin d'année 1975, la côte de popularité du président à l'image moderniste se porte bien.

2007 - Sarkozy : « Quel imbécile ! “, ‘Il est stupide ! « , “Un enfant !

En octobre 2007, CBS diffuse un long reportage sur Sarkozy l'Américain. En pleine interview, il insulte David Martinon, alors porte-parole de l'Elysée. Une question sur Cécilia Sarkozy a semblé lui déplaire. Aucun débat sur le off n'avait accompagné la diffusion de ces images.



Zineb Dryef et Augustin Scalbert


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Par thierry reboud
22H16    05/07/2008

Il y aurait bien une solution, mais j’ai peur que ce soit trop simple : et si on décidait que le off n’existe pas ? Un responsable politique qui parle à un journaliste doit s’attendre à ce que ses propos soient cités, rapportés, montrés. Point barre.

 
Par Jonas2
22H56    05/07/2008

D’autant que le off c’est un peu comme les couloirs dans les congrès. C’est souvent là que se disent les choses les plus importantes.
On ne me fera pas croire qu’un vieux routier des média ignore ce détail.
Je pense qu’il ne s’imaginait pas un seul instant que des journalistes puissent transgresser cette sorte de deal implicite, en fait une connivence malsaine, entre journaliste et interviewé, qui veut que tout ne supporte pas d’être livré au public.

 
Par hagalma
23H18    05/07/2008

L’important n’est pas que les off aient déjà existé. Il y a une différence de taille entre archiver des bouts de pellicule, et diffuser en très léger différé; entre mettre à la disposition du public au bout de plusieurs décades, et constituer un événement informationnel « libre » dans le contexte d’une information très formatée. Sur cette affaire, il y a overdose si l’on reste à la surface des choses, la visualisation en boucle de la vidéo. Le fond a quant à lui à peine été abordé: l’information, le pouvoir, les citoyens.

 
Par Phil2922
07H22    06/07/2008

Allez, c’est les vacances…. et si vous mettiez Sarko off de Rue89…!!

http://phil195829.overblog.com

 
Par Lemmy_Nothor
09H02    06/07/2008

Je ne comprends même pas pourquoi il y a un débat sur tout ça. Un homme politique doit assumer son role en tout temps, que la camera roule ou pas. Il ne s’agit pas d’un acteur, il s’agit d’un president.
Il se doit d’assumer son rôle en toutes circonstances, et les electeurs doivent aussi savoir.
Ou alors ce n’est qu’un spectacle ?

 
Par hestia
09H41    06/07/2008

comment ça il fallait attendre la fin de son mandat , dis tu?

-primo on ne sait plus quand va finir son mandat vu les réformes parlementaires en cours!

-secondo :pourquoi ne pas innover en « osant  » montrer ce off qui dit le mépris, la vulgarité de penser d’un président?

la difference ne vient pas de rue89 mais d’un président qui ne tient pas sa place de président.Ce qui autorise alors la diffusion ( de par sa manière d’etre ) de sa familiarité, de son mépris.

dis moi quel président à dit : « casse toi pauvre con »…aucun .

Quant un président ne sait pas tenir sa place, heureusement qu’on peut encore en etre informé.

-enfin aucun des autres présidents n’a eu les off diffusaient(je n’ai pas verifié tes dire).
Si c’est le cas:cela provient sans doute du fait qu’ils étaient respectables parce que respectueux.

Qui plus est les débats de sociétés étaient sur le fond et aucun ne mettaient en scène sa vie privé.

CQFD

mais ça va changer…………

 
Par indfrisable
12H44    06/07/2008

Une séquence d’images « off » d’un homme politique exprimant des idées à bâtons rompus n’est pas un bêtisier mais un document au sens fort du terme, parce qu’il échappe au contrôle de ceux qui font les médias d’une part. D’autre part, ce document échappe au contrôle de ce dernier.
On se souvient du « off » de François Léotard dans « Pas vu, pas pris » de Pierre Carles, alors que TF1 demandait à son Ministre une rallonge budgétaire.
Un document qui n’échappe pas au contrôle n’est pas « off », il est juste le « making off ».

 
Par vol19
16H16    06/07/2008

Tout pouvoir politique est un pouvoir politique « mis en scène », ce qui questionne notre « démocratie médiatique » et ses leurres. Oui, il serait sans doute sain d’arracher ses chaînes et de découvrir les objets dans leur réalité plutôt que d’en contempler les apparences.

Le « off » traduit ce que l’on veut cacher justement. La fatigue, la maladie du Président Georges Pompidou. On aurait envie de s’attarder sur le « off » de l’intervention de Valery Giscard D’Estaing, en ce qui concerne ce soucis quasi fétichiste des objets, ici la place des deux tableaux (que l’on ne voit pas à l’écran), d’autres fois une horloge, le bouquet de fleurs, des petits objets précieux, bref des codes très affichés du modèle de l’aritocratie, rétrospectivement celà ne lui a pas porté chance du tout, mais au contraire retourné contre lui. Ce décorum l’éloigne du peuple alors qu’il affiche chercher « l’unité ». Le feu dans la cheminée, la lumière « triangulée », la présence de l’épouse, ça veut faire chaleureux, famille, mais « il fait trop chaud », on sent poindre une exaspération face aux sueurs de l’épouse qui nécéssitent des reprises de maquillages. Nervosité certes compréhensible, chacun voudrait donner une image lui-même idéale… et justement quelquechose transpire dans tous les sens du terme de ce décorum peu confortable.
Il est amusant en parcourant ces documents, de noter la persistence de certains thèmes mais aussi les relations hiérachiques et statutaires dans notre cher pays… de l’explosion de colère affichée contre le conseiller « un enfant », à la mise en scène de l’uniforme du général pour communiquer sur la situation en Algérie… en passant par le « porte-lunettes » de Pompidou (il ne les a pas gardé sur lui).
CQFD: Les structures sociales en France sont bien ce qu’elle sont… (paternaliste/enfant rebelle et non pas adulte/adulte) et ça ne change pas beaucoup et sans doute ne changera pas.

 
Par rapatapoulos
10H33    07/07/2008

Les moyens numériques permettent de « surveiller » les personnes qui parfois ne l’imaginent pas, avec les techniques nouvelles, radars, caméras, cellulaires, téléphonie filaire, robots numériques qui se déclenchent sur un mot, etc..
La culture est petit à petit remplacée par un cynisme qui ne semble pas avoir de limites, bien entendu les jeunes générations qui ont bu le lait de toutes ces « nouveautés » souhaitent que l’on montre tout et même davantage.
Est-il possible d’arrêter ou de ralentir ce phénomène ? La réponse est dans la question.
Rue 89, est visiblement pour continuer à piéger les politiques et autres, les exemples choisis par rue 89, je veux dire ceux encadrés de rouge, défendent tous cette option.
Pourtant il existe encore des pays dits démocratiques et néanmoins européens dans lesquels cette pratique est interdite, même un politique a le droit de protéger sa vie privée.

NB. Nul ne s’attend à voir surgir l’inquisition espagnole équipée de caméras et microphones directionnels et hyper puissants au moment ou il lave son linge sale en présence des membres de sa famille.
Jean-Edern Hallier l’a durement éprouvé.