Polemique

"Demolition Party" au Royal Monceau: quand l'art est méprisé

Le Royal Monceau, acheté par Alexandre Allard, a organisé une « Demolition Party » le 26  janvier : « un happening festif et féroce », préalable aux travaux menés par l’architecte et designer Philippe Starck. L’artiste Roberto Cabot en garde un mauvais souvenir, comme il nous le raconte dans cette tribune.

L’œuvre de Roberto Cabot au Royal Monceau avant destruction (DR).

Nous avons été invités par Hervé Mikaeloff, le conservateur chargé de la partie artistique de l’événement « Demolition Party », au Royal Monceau, le 26  juin, à créer une œuvre dans une chambre de l’hôtel. Les instructions étaient que celle-ci devait pouvoir être déplacée et mise en vente à l’occasion d’une exposition au Palais de Tokyo de Paris, en février 2009.

L’art contemporain devait être le point culminant de la « Demolition Party » ; il devait refléter la créativité et la renaissance, dans des formes contemporaines, du vieil hôtel. Ce que j'ai compris alors, c’est que l’art devait être le pendant constructif et créatif de la destruction. Devait être.

Nous avons travaillé presque sans interruption pendant cinq jours dans des conditions terribles, puisqu’aucun de nos besoins les plus simples (ex : un marteau) ne pouvait être satisfait. C’est seulement après avoir clairement marqué le coup sur le caractère inacceptable des conditions de travail que les choses ont changé, et que nous avons enfin pu nous mettre au travail.

L'œuvre de Roberto Cabot au Royal Monceau avant destruction (DR).

L’installation a pu être achevée. La fête a commencé, mais autour de minuit, alors que j’avais personnellement averti le chef de la sécurité, l’assistant du conservateur, et la personne chargée des artistes brésiliens, les gens ont commencé à détériorer l’œuvre, en l’absence de tout dispositif de sécurité. Rien n’a été fait pour les stopper. Avant que nous n’ayons eu le temps de revenir dans la chambre, mon œuvre et le reste de l’installation avaient été complètement détruits : pas seulement cassés, mais désagrégés. Le vandalisme a été d’une telle violence qu’aucun débris de mon travail ne dépassait 20cm. La « Demolition Party » avait officiellement démarré moins d’une heure auparavant.

Immédiatement après, je contemplais désolé ma chambre ; le conservateur me disait, dans le couloir, que ça n’était pas grave, qu’elle avait été vue par des gens « importants », qu’elle était enregistrée. « Et voilà » (en français dans le texte). Je n’en croyais pas mes oreilles, était-ce vraiment là la réaction d’un conservateur constatant que son exposition était totalement anéantie ? Quoi qu’il en soit, j’ai alors décidé de considérer ce saccage comme un simple accident, bien que les responsables aient été avertis du désastre imminent, et d’attendre leur réaction.

Le lendemain, Alexandre Allard, président du Royal Monceau, nous a conviés dans son bureau. Je m’attendais à ce qu’il se confonde en excuses, avec élégance, et qu’il propose une compensation pour la perte causée. Mais nous avons eu droit à une explication choquante, sur le thème « tout le monde a perdu » (il mentionna une certaine somme) ; il fallait, nous disait-il, voir le côté positif de toute cette histoire. En sortant du bureau j’ai bien laissé entendre que je ne me considérais pas comme satisfait.

J’attends toujours une compensation ou même des excuses.

Traduit de l'anglais par Maé Faure

L'œuvre de Roberto Cabot au Royal Monceau avant destruction (DR).

Voir aussi les vidéos de la Demolition Party.


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hogan | actif
16H36 04/07/2008
Salaire de riches, plaisirs de riches, loisirs de riches, éducation de riches, mépris de riches...ennui de riche?
 
Emmanuel1
13H05 04/07/2008
Bonjour Roberto, On ne comprend pas grand chose a votre article (a part votre amertume) : C'est quoi le Royal Monceau, c'est quoi une demolition party, est-ce que votre travail vous a ete commande, vous a ete paye, qu'est-ce qui etait prevu, est-ce que les oeuvres etaient censees etre demolies comme le reste, est-ce que c'etait le principe de la soiree de tout demolir, qui etaient les invites, qui les a demolies, etc. Il faut expliquer le contexte sinon on ne comprend pas vraiment.
 
julient | joyeux
13H03 04/07/2008
en effet l'événement a débordé de toutes part et rendait la fete assez effrayante. ceci dit j ai trouvé un refuge calme dans une chambre, avec un groupe qui s'appelle Revolver: c'était joli!
 
Zineb Dryef | Rue89
13H13 04/07/2008
Le Royal Monceau est un grand hôtel parisien fermé jusqu'en septembre 2009 pour travaux - nouveaux propriétaires. Avant la fermeture, près de 1 200 personnes ont été invités le 26 juin à détruire l'hôtel, à y faire la fête, à dessiner sur les murs etc. D'où Demoliton Party.
 
Lohiel | Guerrier pacifique
13H53 04/07/2008
Je proteste Julient ! Ces gens ne suivaient pas la CONSIGNE ! Qui était de DETRUIRE ! Pour qu'on puisse ensuite reconstruire encore plus CHER et plus bling-bling ! Au nez et à la barbe de tous ceux qui sont à la rue ! Telle est la LOI ! l'Art DOIT s'y conformer. On ne discute pas la Loi ! Au lieu de ça il faisaient de la MUSIQUE ! Et joyeuse avec ça ! Ils CREAIENT au lieu de taper ! Ils DANSAIENT ! c'est INSOUTENABLE ! J'espère que ces dangereux subversifs ont été arrêtés et conduits illico en camps de redressement.
 
Ouzbek
14H45 04/07/2008
Soudain, je m'interroge. Mon boulanger m'a vendu une miche de pain dont je me suis aperçu dans "des conditions terribles" (rentré chez moi) qu'elle ne correspondait pas à mes "besoins les plus simples" (puisqu'il y avait une grosse bulle dedans et donc moins mie). Bien que que j'ai "clairement marqué le coup sur le caractère inacceptable" de ma miche, mon Boulanger m'a dit que je pouvais me la carrer, ma miche. Est-ce que Rue 89 est disposer à m'accorder une tribune pour que je puisse moi-aussi dénoncer l'inacceptable?