Que faire des travailleurs sans-papiers ?
La question des travailleurs sans papiers fait l'objet de déclarations offensives de notre ministre de l'immigration. « Tout étranger en situation irrégulière a vocation à être reconduit dans son pays d'origine », écrivait-il par exemple dans Le Monde du 25 avril 2008. Il s'est vanté plus récemment des « bons chiffres » des expulsions. Cela ne l'a pas empêché d'entreprendre la régularisation de certains de ces mêmes étrangers en situation irrégulière.
Tout cela laisse une impression de confusion, qui n'est évidemment pas sans rapport avec le malaise profond qui traverse toute l'opinion française concernant les immigrés en général et les clandestins en particulier. L'économiste peut aider, sinon à apporter une solution définitive, du moins à poser le problème dans des termes objectifs.
D'abord, s'il est incontestable que la France ne saurait accueillir « toute la misère du monde », cet aphorisme s'applique mal aux travailleurs sans-papiers déjà en France, qui demandent à être régularisés : loin d'être « la misère du monde », ils contribuent à la réduire de façon sans doute plus efficace que les programmes d'aide officiels.
Rappelons que les transferts financiers de l'ensemble des immigrés (y compris les immigrés légaux bien sûr) vers leurs pays d'origine sont estimés, au plan mondial, à 300 milliards de dollars en 2006, à comparer avec les 104 milliards de dollars d'aide distribués en 2006 par les 22 pays de l'OCDE regroupés au sein de du Comité d'Aide au
Développement.
Pourquoi refuse-t-on de régulariser ?
L'argument principal pour ne pas donner de carte de séjour aux travailleurs sans-papiers ou pourvus de faux papiers est néanmoins très fort. Régulariser une situation irrégulière, c'est en quelque sorte reconnaître que les règles sont faites pour être transgressées, c'est donc encourager de nouveaux immigrants clandestins, et, plus largement, faire savoir à tous les Français qu'il n'est pas indispensable de
respecter les lois de la République. L'Etat de droit est-il si bien assuré en France pour qu'on puisse se permettre d'envoyer un tel signal ? Chacun en jugera à la lumière de l'importance qu'il accorde au fait de vivre dans une société bien ordonnée. Rappelons simplement, à ce sujet, que l'émigration sud-nord s'explique en grande partie parce que les pays d'origine ne sont justement pas des Etats de droit, parce que les lois n'y sont pas appliquées, les contrats et les droits de propriété pas respectés, parce que le népotisme et la corruption y sont omniprésents.
Les irréguliers, immigrés les plus rentables
Bien que peu payés en général, à l'aune de nos exigences, les travailleurs sans-papiers ne sont pas dans la misère. Ils sont venus gagner de l'argent et ont investi pour ce faire un capital considérable (entre 1000 et 5000 dollars pour le passage Afrique-Europe, entre 10000 et 20000 dollars pour le passage Asie-Europe) si on le compare à leur niveau
de vie. Or la plupart d'entre eux parviennent non seulement à rembourser cet investissement, mais encore à envoyer des secours réguliers à la famille restée au pays. Il devrait être clair, dans ce débat, que l'immigration clandestine existe d'abord et surtout pour la simple raison qu'elle est rentable pour les migrants.
Mais pour faire des affaires, il faut être deux : rentable pour les travailleurs, l'immigration clandestine l'est aussi pour les employeurs. Dès lors, on voit que la lutte contre le travail clandestin possède deux leviers. On peut décourager les travailleurs en rendant les frontières plus difficiles à franchir, en renvoyant plus systématiquement les sans-papiers. On peut tout autant décourager les employeurs en organisant des contrôles systématiques dans les entreprises susceptibles d'embaucher massivement des clandestins, que celles-ci aient pignon sur rue (hôtels, restaurants, BTP, nettoyage des locaux,
confection, etc.) ou qu'elles soient-elles mêmes peu ou prou dans la clandestinité (confection encore) – ce qui n'empêche pas de les connaître, pourvu qu'on en ait la volonté, grâce aux flux financiers qu'elles génèrent ou en employant les moyens policiers. On peut enfin responsabiliser davantage les entreprises, comme on l'a fait récemment en leur demandant de vérifier auprès de la préfecture la validité des
titres de séjour présentés par les étrangers.
Le contrôle des employeurs
Dire qu'il serait plus aisé de contrôler et de sanctionner les employeurs que les travailleurs (les premiers sont moins nombreux, déjà identifiés, etc., contrairement aux seconds) est une évidence sur laquelle on ne devrait pas avoir à insister. Pourtant, les chiffres ne vont pas dans ce sens : le ministre de l'immigration se vante que 1564 employeurs aient été interpellés en 2006 (dernière statistique connue).
Même si ce chiffre représente une augmentation de 50% par rapport à l'année précédente, il demeure dérisoire par rapport aux quelque trois millions d'entreprises françaises ! En réalité, la politique constante de la France, comme d'ailleurs de ses voisins, est caractérisée par une large tolérance de fait envers le travail clandestin. Moins, semble-t-il, par humanité qu'au nom d'une certaine idée des intérêts de l'économie.
Et nul n'a l'air de s'émouvoir si cette tolérance contribue à aggraver le chômage. Les
clandestins, nous dit-on en effet, remplissent des emplois dont personne d'autre ne voudrait. Ce constat n'est pas faux mais c'est évidemment à la fois en raison de la présence des immigrés sans papier, des règles de l'assurance chômage, de l'insuffisance des sanctions contre ces autres « travailleurs clandestins » que sont les chômeurs et RMIstes non déclarés, et leurs patrons, que les chômeurs français sont en mesure de refuser des emplois trop souvent sous-payés, effectivement.
Quels avantages (ou non) pour l'économie ?
La question essentielle pour l'économiste est celle-ci : la suppression de l'immigration clandestine, couplée avec une meilleure activation des chômeurs, entraînerait-elle un surcoût tel qu'il affecte sensiblement la compétitivité de « l'entreprise France » ? L'étude précise de cette question reste à faire. Elle devrait être commandée sans tarder à l'INSEE et ses résultats mis sur la place publique. En attendant, un rapide panorama des secteurs a priori les plus concernés révèle que la plupart (hôtellerie-restauration, BTP, nettoyage, services à la personne) ne sont pas soumis à la concurrence internationale.
Quant à la confection, les ateliers qui subsistent en France le doivent principalement au fait qu'ils sont capables de réagir plus vite que les sous-traitants étrangers aux commandes de réassort en provenance des distributeurs hexagonaux. Ils ont une activité de niche, elle aussi relativement abritée de la concurrence étrangère. Rien ne prouve qu'ils seraient vraiment menacés s'ils devaient rémunérer la main d'œuvre au tarif
syndical et la déclarer (dans ce cas, en effet, on a le plus souvent affaire à une immigration totalement clandestine, inconnue des organismes sociaux).
En tout état de cause, il est urgent que les éléments objectifs du dossier soient présentés aux Français, faute de quoi les idéologies continueront à s'affronter et les politiques à alterner laxisme et répression au mépris de toute logique.
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De Chouya
08H09 | 03/07/2008 |
Cette analyse, pour intéressante et trop rare, me laisse (comme à chaque fois) face à cette réflexion : depuis la nuit des temps, les êtres vivants vont toujours là où ils peuvent vivre et nourrir leurs enfants ! Et jamais aucune loi n'empêchera ces déplacements pour la vie. La vie est plus forte que la loi ! ( heureusement ! ) Tout le reste n'est que bavardage pour se donner plus ou moins bonne conscience, surtout quand on peut réflêchir au problème dans un confort notable (comme moi en ce moment). Le reste n'est que la manifestation de notre égoïsme, c'est à dire notre peur, nous qui avons, de ne pas avoir encore et encore. Mais de quoi manquons nous pour avoir cette peur là ?
Les pays ont toujours été brassés d'immigrés (de clandestins régularisés quand ça arrangeait le pays… guerre future et aujourd'hui pour notre économie…)
Quelle prétention de croire qu'on pourra maîtriser cette force à vouloir vivre !
à Chouya
De mechante langue
22H20 | 03/07/2008 |
« Les pays ont toujours été brassés d'immigrés (de clandestins régularisés quand ça arrangeait le pays… »
C'est vrai que les libéraux adeptes de la main d'oeuvre pas chére ont regularisé
« Quelle prétention de croire qu'on pourra maîtriser cette force à vouloir vivre ! »
Vous partez battu !
L'effondrement des regimes sociaux et des salaires (que proqurait une immigration non controlé n'est pas ineluctable
De r_v
08H15 | 03/07/2008 |
Il est clair, a mon sens, que la politique actuelle tente de diaboliser les sans-papiers qui « viennent piquer le boulot des français ». L'autre est toujours le responsable idéal de tous les maux.
Il est aussi évident que certains patrons profitent bien de ces sans-papiers pour les payer au lance-pierre, ne pas payer les taxes et impôts…Ils utilisent ces sans-papiers pour leurs faire faire des travaux que les français ne veulent pas faire, non pas qu'ils ne veulent pas travailler mais que les salaires proposés, pour un travail souvent très dur, sont ridicules !
Seulement voila, il est plus facile de faire la chasse aux sans-papiers a travers de raffles au faciès que de pourchasser les employeurs (souvent les potes des politiciens) qui les emploient. Et il est plus facile de les renvoyer dans leurs pays (quand on sait qu'eux-même ou d'autres reviendront essayer de vivre ici et occuper ces sous-emplois sous payés) que de leurs donner des papiers…ces ingrats demanderaient à leurs patrons de les payer comme ils devraient ! Pauvres patrons, ils ont déjà du mal a joindre les deux bouts…de leurs ceintures bien sur !
Aucun être humain n'est illégal !
à r_v
De mechante langue
22H24 | 03/07/2008 |
« Il est clair, a mon sens, que la politique actuelle tente de diaboliser les sans-papiers qui “viennent piquer le boulot des français”. L'autre est toujours le responsable idéal de tous les maux. »
Pourquoi de tous les mausx ?
Mais avec 3 millions de chomeurs 9 millions de sous employés (chomage longue durée rmiste temps partiel non désiré ..)des taux de 20% de chomage chez les immigrés regulier , rappeler que les clandestins piquent le boulot de sfrançais est un fait
« Et il est plus facile de les renvoyer dans leurs pays (quand on sait qu'eux-même ou d'autres reviendront essayer de vivre ici et occuper ces sous-emplois sous payés) que de leurs donner des papiers… »
J'ai pas l'impression !
De marie 75 3563
08H55 | 03/07/2008 |
demander à Betancourt qu'elle prie SarKoL'ump de les régulariser…
Au moins, il ferait qqchose
De Annie
08H59 | 03/07/2008 |
J'avoue que le point de vue de l'économiste me laisse un peu rêveuse. Si jamais les études venaient démontrer, chiffres à l'appui, que les entreprises qui emploient aujourd'hui des sans-papiers pourraient quand même rester concurrentielles si elles devaient s'en passer, cela vaudrait-il dire qu'il faut être encore plus répressif avec l'immigration illégale ?
Qu'il faille clarifier la situation, c'est sûr, mais je ne peux m'empêcher de penser que le durcissement des lois en la matière pousse encore plus de gens en situation d'irrégularité, et finit par criminaliser des gens qui, si je comprends bien, ont uniquement commis le crime de ne pas avoir de papiers.
Je voudrai aussi ajouter une chose qui me tient à coeur. On entretient la confusion en parlant constamment des sans-papiers. Les demandeurs d'asile pour certains n'ont pas de papiers non plus, mais cela ne fait pas d'eux des immigrés illégaux. La France comme d'autres pays est une terre d'asile et en entretenant cette confusion, on provoque un réflexe de rejet dans la population contre des gens qui ont légalement le droit de se trouver en France, tant que leur cas n'a pas été jugé.
Pour finir, la loi est fluide et évolue en s'adaptant aux circonstances et aux mentalités. Elle n'est pas figée dans la pierre, et j'irai plus loin en disant que certaines lois sont faites pour être transgressées. C'est la seule façon de montrer qu'elles sont devenues obsolètes.
à Annie
De mechante langue
22H28 | 03/07/2008 |
« J'avoue que le point de vue de l'économiste me laisse un peu rêveuse. Si jamais les études venaient démontrer, chiffres à l'appui, que les entreprises qui emploient aujourd'hui des sans-papiers pourraient quand même rester concurrentielles si elles devaient s'en passer, cela vaudrait-il dire qu'il faut être encore plus répressif avec l'immigration illégale ? »
Exactement !
« Qu'il faille clarifier la situation, c'est sûr, mais je ne peux m'empêcher de penser que le durcissement des lois en la matière pousse encore plus de gens en situation d'irrégularité »
Comment ça ?
« et finit par criminaliser des gens qui, si je comprends bien, ont uniquement commis le crime de ne pas avoir de papiers »
Pourquoi parlez vous de « crime » . Il s'agit d'un délit .
« Pour finir, la loi est fluide et évolue en s'adaptant aux circonstances et aux mentalités. Elle n'est pas figée dans la pierre, et j'irai plus loin en disant que certaines lois sont faites pour être transgressées. C'est la seule façon de montrer qu'elles sont devenues obsolètes. »
Si vous etes pour l'ouverture des frontiéres c'est a dire la mondialisation et la dérégulation du marché du travail et la délocalisation par l'intérieur des secteurs qui ne peuvent pas etre délocalisés , dites le franchement et assumez votre position et toutes les conséquences .
On verra que vous avez exactement la meme postion que le patronat et les ultra libéraux .
De Seccotine
09H08 | 03/07/2008 |
Article que je trouve très pragmatique. Mais dans le bilan financier il serait de bon de prendre aussi en compte : les cotisations (retraite, chômage, etc.) qui sont versées en pure perte, les « ayants droit » n'étant pas en mesure de récupérer à terme les bénéfices de leurs efforts.
D'autre part, si l'Administration ne les reconnaît pas, le fisc lui les considère bien comme contribuables.
Autre dimension financière à prendre en compte : le coût financier des interpellations, mises en rétention, expulsions (passage par les Centres de Rétention, les juridictions, etc.).
Quant à moi, la seule idéologie qui vaille à mes yeux c'est le respect de l'être humain et son droit à une vie décente où qu'il ait choisi de vivre (même si à défaut, c'est par contrainte, faute de pouvoir vivre normalement dans son pays d'origine). Personne ne s'expatrie par gaieté de coeur. La soif de l'aventure, n'existe que chez les « nantis » qui n'ont pas à se préoccuper de « quoi demain sera fait ».
De Vincent.Guillot
09H19 | 03/07/2008 |
Bonjour à touTEs, Bonjour Annie,
« On entretient la confusion en parlant constamment des sans-papiers. Les demandeurs d'asile pour certains n'ont pas de papiers non plus, mais cela ne fait pas d'eux des immigrés illégaux. La France comme d'autres pays est une terre d'asile et en entretenant cette confusion, on provoque un réflexe de rejet dans la population contre des gens qui ont légalement le droit de se trouver en France »
Tout à fait d'accord, il est bon de le rappeler
« tant que leur cas n'a pas été jugé. »
Malheureusement, même une fois statué, lorsqu'il y a refus, pour nombre d'entre eux qui sont bel et bien des réfugiés, nous ne pouvons pas les considérer comme des sans papiers ou des clandestins, mais simplement des déboutés du droit d'asile, le statut de réfugié étant de plus en plus souvent baffoué et la France.
Cordialement.
à Vincent.Guillot
De mechante langue
22H12 | 03/07/2008 |
« mais simplement des déboutés du droit d'asile, le statut de réfugié étant de plus en plus souvent baffoué et la France. »
D'ou sortez vous cela ?
De Bon Scott
09H26 | 03/07/2008 |
Deux-Sèvres
Expulsée vers la France
Les approximations géographiques du service des étrangers de la préfecture des Deux-Sèvres continuent de faire les délices des magistrats du tribunal administratif. Ces derniers mois, ce service s'était distingué en confondant la République démocratique du Congo (Kinshasa) et sa voisine la république du Congo (Brazzaville). Il avait ensuite vainement tenté de faire repartir un ressortissant russe vers la république fédérale de Serbie-Montenegro, qui n'existe plus depuis 2006. Hier, les juges ont eu un nouvel exemple de la fantaisie de ce service, il est vrai à l'activité débordante, à travers le dossier d'une ressortissante comorienne. Résidant à Thouars, elle est sommée de quitter le territoire français à destination de… Mayotte. Ile de l'Océan indien appartenant à l'archipel des Comores, Mayotte a choisi en 1975 de rester française. La ressortissante comorienne en situation illégale est donc aujourd'hui menacée d'une expulsion… vers la France !
V. B. Nouvelle République du Centre-Ouest
à Bon Scott
De jean Bidel
jeune retraité | 13H59 | 04/07/2008 |
Un peu de précision pour éclairer votre critique : Mayotte ne représente qu'une île sur les cinq de l'archipel comorien , et de plus cette île (Mayotte donc) n'est même pas un département français (ça ne devrait pas tarder) . Ce n'est pas parce qu'une femme parle le français et qu'elle soit venue de Mayotte qu'elle ne se trouve pas en situation irrégulière . Les clandestins s'il se trouve des gens qui leur sont favorables : qu'ils les adoptent , pleinièrement oui ; qu'ils leur donnent leurs filles et fils à marier … et je parie que dans six mois ils ne faudra plus leur parler de jugement favorable aux clandestins . Car il me déplaît que ce soit mes impôts qui doivent financer cette sollicitude pour contenter les souhaits de quelques uns .
Certains travaillent ? Oui , mais faisons d'abord la chasse à ces patrons sans scrupules , véritables négriers et exploiteurs de cette main d'oeuvre servile . Et ensuite pour les aider (c'est la seule solution qui puisse satisfaire tout le monde) aidons leurs pays à se développer , cessons d'exporter tous nos produits de merde de notre agro-industrie qui ont contribué aux désordres alimentaires actuels , renvoyons chez eux tous ces super-diplômés (les médecins en particulier embauchés par l'AP) afin qu'ils aident leurs pays à sortir de l'ornière … Mais de grâce cessons de chialer sur leur sort ; à la conférence de Rio (en 198.) Cousteau avait parlé de la bombe à retardement démographique , qu'a t'on fait pour la désamorcer ? Rien ! ! !
Alors les clandestins … ceux qui rentrent légalement qu'on leur fasse une place honorable , mais les autres , les voyous les tricheurs , non merci bien .
Savez vous que sur tous les visas touristiques (en particulier d'Afrique) accordés , il y a 90% de ces « touristes » qui restent en toute illégalité sur le territoire national . Alors non c'est intenable .
De marie 75 3563
10H49 | 03/07/2008 |
Bon scott ? Tu connais ce texte ?
Les cages de la République
Centre de Rétention Administrative de Lyon Saint-Exupéry (Janvier 2008)
Beslan a 4 ans. Beslan est arrivé en France en 2006 avec ses parents et sa petite soeur. Malgréles refus successifs de l'OFPRA de leur accorder l'asile qui les mettrait à l'abri de larépression russe en Tchétchénie, ils sont restés dans notre pays. Ils
avaient foi en l'Europedémocratique et en la Patrie des Droits de l'Homme. Après une courte tentative infructueuse de refuge en Belgique, ils sont revenus et ont été arrêtés en France, puis enfermés(pardon,retenus ! ! ) au centre de rétention administrative de la zone aéroportuaire Saint-Exupéry
(Lyon).
Comme tous les petits garçons de son âge, Beslan a besoin pour grandir de développer ses rapports aux autres et aux objets qui l'entourent. Pour accompagner cette découverte de laréalité de l'espace et de l'humanité du temps, notre époque dite
moderne et innovante n'a pasencore trouvé mieux que l'école maternelle de la République et quelques outils simples (feuilles de papier, crayons de couleurs, peintures, cubes, aquarium, bouts de ficelles).
Dans leCRA de Saint-Ex, enclos grillagé au milieu d'une zone technique à deux pas du tarmac qui
attend les expulsés (pardon, les reconduits ! ! ), c'est la classe maternelle qui manquait le plus à
Beslan, dont on l'avait privé en obligeant ses parents à l'errance hexagonale.
A défaut de structure scolaire, des lots de feuilles et de couleurs permettaient à Beslan d'occuper par le dessin l'aridité de ses journées dans la morne
cellule vidéosurveillée où ilsétaient confinés « en famille ». A défaut de petits copains de maternelle, Beslan dessinait ses rêves de petit garçon. Pas le rêve au sens d'une projection de ses
désirs. Plutôt de ces rêves nocturnes faits de vide ou d'étouffement, grilles de lecture d'un quotidien qui nous dépasse.
Grille.
C'est malheureusement le mot. De tous les dessins de Beslan accumulés pendant les 27 jours de rétention de la petite famille, il en est un qui bouleverse
et révulse. Deux adultes et deux enfants dans une cage. Grisaille. Dans un angle de la grille, une caméra. Noire.
Hors dela cage, en haut à droite, un soleil. Orange sanguine. Sous la cage, une bande verte. Comme
une envie de pelouse. Nul besoin de commentaire composé. Le dessin parle de lui-même.
Noirceur du nid-cage. Lumières colorées d'une terre d'accueil.
La caméra est omniprésente. Dans le dessin comme dans la « vraie » vie offerte à ces enfants par la France,
sous tant de regards détournés. La caméra, reflet du temps de l'indiscrétion numérique, outil de surveillance et de médiation obligée avec les gardiens. Une caméra entre Beslan et le soleil.
Dans ces centres insipides et ternes, on perd facilement tout espoir et envies. Enfin pas tout
à fait. Certaines envies ne vous oublient pas.
Pendant leurs sorties quotidiennes à l'air
« libre » d'une cour grillagée, le Papa de Beslan devait approcher de la caméra une feuille
tracée d'un malhabile « TOILET » lorsqu'un enfant était pris de ces besoins pressants qu'on
leur apprend à maîtriser. Une caméra les avait en permanence à l'oeil électronique.
La caméra
entre Beslan et le soleil.
Le dessin bouleverse par la révélation des images qui peuvent hanter un si petit Beslan. Mais
le dessin révulse surtout par l'inhumanité révélée de ceux qui, cyniques et arrogants sous couvert de bonne conscience imbécile, nous entraînent petit à petit
dans le chaos en détricotant tranquillement des décennies de laborieuses conquêtes morales.
L'institutionnalisation de la plus petite parcelle d'inhumanité est le début de la pire des
barbaries. L'inhumanité qu'on formalise par des décrets qu'on oblige ensuite desfonctionnaires à appliquer.
Pendant ce temps, l'Europe aseptisée légifère et interdit la fessée.
Mettre un enfant en cage est inhumain.
La famille de Beslan est toujours sans papiers. Malgré le réseau de solidarité qui les protège et
leur a trouvé une école, ils vivent dans la terreur permanente d'être repris et retourner dans
une cage.
Mettre un enfant en cage est inhumain.
Beslan a 4 ans.
RESF
De marie 75 3563
10H57 | 03/07/2008 |
désolée pour la mise en page. Je l'avais refaite complètement, mais elle s'est partiellement désossée durant l'envoi de mon texte.
Pourquoi ? La techno, ça m'échappe
De Bon Scott
12H39 | 03/07/2008 |
Merci Marie pour ce texte. En France, les politiciens parlent de la France comme le pays des droits de l'homme ? ! Quels sont ces hommes qui ont des droits ? ! Certains plus que d'autres ? !
De caro
délinquante avérée | 12H48 | 03/07/2008 |
Si on met en parallèle ce que coûte une expulsion (nombre de policiers pour l'arrestation, le transport, le centre de rétention, les frais de justice, le prix du billet d'avion + celui des escorteurs), d'un point de vue strictement économique, il vaudrait bien mieux le garder. Car, Messieurs Dames, les sans papiers travaillent, cotisent, paient des impôts, envoient leurs enfants à l'école, se logent, consomment et prennent donc leur part de l'activité économique.
Avec la nouvelle directive européenne, la rétention pourra durer jusqu'à 18 mois ?
C'est ridicule !
D'un point de vue humain, comment renvoyer dans un pays qu'ils ont fui, des citoyens qui y risquent la mort ? en ce moment c'est la chasse aux Tchétchènes.
C'est lamentable !
Et pourquoi les employeurs n'arrivent pas à régulariser leurs salariés quand ils déposent une demande ?
Et pourquoi on se sent de plus en plus mal dans un pays dont les « autorités » (pas morales, en tout cas) virent nationales bleu-blanc-rouge ?
De Un compte supprime
nc | 13H24 | 03/07/2008 |
Que faire des travailleurs sans-papiers ? Les regulariser, les aider a faire valoir leurs droits sociaux, examiner leurs conditions de travail et leur salaire, les loger decement, scolariser leurs enfants, leur donner le droit de vote… et s'ils le souhaitent la nationalite.
De PIT LE CHIEN
16H40 | 03/07/2008 |
Herland, Professeur de Sciences Eco, nous explique qu'un sans-papier est un clandestin , riche, qui paye jusqu'à 20.000 dollars ( mais non 2 millions de dollars au moins…) pour très certainement « entrainer un surcoût » à l'économie française.
Cet éminent spécialiste se réfère principalement aux travailleurs dans les ateliers de confection. Certes,hélas, nombre d'asiatiques entrent dans ce cas de figure.
MAIS les travailleurs migrants qui font grève actuellement sur leurs lieux de travail, ou à la Bourse du Travail, dans les secteurs de l'hôtellerie, la restauration, les chantiers, le BTP, la sécurité, l'entretien, le jardinage, l'aide à a personne, notamment pour les femmes, NE SONT PAS DES CLANDESTINS !
Africains pour la plupart, venus avec visas, passeports, ils disposent de papiers ! ! CDI, Bulletins de salaires avec prélèvement des cotisations sociales, retraites pour les français et qu'eux ne toucheront jamais, avertissement d'impôts, taxes d'habitation, échange de correspondances avec l'administration française pour l'obtention du droit au travail, qu'ils n'obtiennent plus depuis 2003… d'où le faux permis de séjour bien souvent conseillé par l'employeur pour pouvoir travailler ! !
Et maintenant leurs dossiers se gonflent des promesses d'embauche faites par leurs employeurs « de bonne foi » comme le propose la circulaire du Ministère de la Honte.
Ils ont beaucoup de papiers les sans-papier !
Ils contribuent à l'économie française.
Alors, foin d'interrogations. REGULARISATION POUR TOUS !
STOP AUX RAFLES, AUX CRA, AUX EXPULSIONS !
LIBRE CIRCULATION POUR TOUS !
URIBE , VENEZ LIBERER LES SANS PAPIERS !
à PIT LE CHIEN
De mechante langue
22H17 | 03/07/2008 |
« NE SONT PAS DES CLANDESTINS “
Mais ils sont en séjour irrégulier
‘Africains pour la plupart, venus avec visas, passeports, ils disposent de papiers ! !
C'est pour cela que parler de sans papiers comme vous le faites est une escroquerie
Ils contribuent à l'économie française.’
Oui ils servent a enrichir les riches et a apauvrir les pauvres
De Un compte supprime
nc | 02H42 | 04/07/2008 |
tiens, il y a eu un blitz de pets de troll…
De Bardamu
difficile | 15H40 | 04/07/2008 |
Enfin un article intéressant sur les immigrés clandestins (le terme sans-papiers, il ne faut jamais se lasser de le répéter, est une construction idéologique de l'extrême-gauche pour essayer de culpabiliser l'opinion).
Ca change des pleurnicheries habituelles et du cosmopolitisme de bazar qu'on essaie de nous vendre habituellement pour dénier à l'Etat français le droit de gérer l'accès à son territoire.
De Jaycib
Désagrégé de l'Université | 19H43 | 04/07/2008 |
Y A-T-IL EU DENONCIATION DU CONTRAT MORAL
ENTRE RUE89 ET SES RIVERAINS ?
(Post retiré suite à la réponse de Yann Guégan donnée sur une autre page.)
à Jaycib
De FabiendeMénilmontant
journaleux - blogueur | 21H09 | 04/07/2008 |
ce serait bien pour le lectorat d'indiquer l'URL où retrouver la chose, non ?
De Valdo Lydeker
journaliste, auteur | 13H07 | 06/07/2008 |
Que faire des travailleurs sans-papiers ?
Les régulariser. point barre. L'invasion généralisée est un pur fantasme de petit blanc frileux : la plupart des migratiosn sont nord-sud…Et qu'on ne vienne pas chouiner sur le thème « ils tirent les salaires vers le bas » : s'ils sont en règle, on ne pourra plus les sous-payer. et ils cotiseornt d'autant plus…