La » patrie des droits de l'homme » ne respecte pas toujours ces derniers : selon l'organisation Human Rights Watch, lorsqu'il s'agit de lutte contre le terrorisme, la France n'est pas exemplaire, loin de là.
L'organisation, dans un rapport publié sur son site, accuse les autorités françaises de s'appuyer sur des motivations fourre-tout pour coincer des suspects contre lesquels ils n'ont pas énormément de preuves :
» L'interprétation étendue de ce qui peut constituer une participation à une association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste se traduit en des critères peu exigeants en matière de preuve pour l'arrestation et la décision de mettre en examen un suspect. »
Le rapport de quatre-vingt onze pages reproche à la France la durée trop longue de la détention des suspects précédant le procès, et les brutalités au cours des périodes de garde à vue :
» Human Rights Watch a eu des entretiens et obtenu les témoignages de treize personnes soupçonnées de terrorisme soumises à des interrogatoires incessants et oppressants et, dans certains cas, à des mauvais traitements psychologiques et physiques. »
Selon HRW, » la privation de sommeil, la désorientation, les interrogatoires incessants et répétitifs ainsi que les pressions psychologiques sont monnaie courante en garde à vue » .
L'organisation donne ainsi l'exemple de Rachida Alam, 34 ans, diabétique interpellée en même temps que son époux en mai 2004, soumise à vingt-cinq heures d'interrogatoire pendant les trois jours qu'elle a passés en garde à vue, sans voir une seule fois un avocat. L'accès à un avocat n'est en effet pas facilité en France, selon Human Right Watch :
» Le droit de voir un avocat pendant la garde à vue n'a été introduit qu'en 1993 et reste limité, même dans des affaires criminelles de droit commun. Le régime de la garde à vue dans le cadre d'affaires de terrorisme en particulier semble être organisé pour être le plus oppressant possible afin d'obtenir des aveux. »
Selon Human Right Watch, ces mesures de sécurité abusives, qui de façon disproportionnée les musulmans » , sont contreproductives :
» En fait, les mesures abusives et discriminatoires risquent de servir à radicaliser des personnes déjà sensibles aux vues extrémistes, pour des raisons personnelles, socioéconomiques ou politiques. »
» Ne pas mener la lutte antiterroriste au détriment des droits des suspects »
Une telle politique risque de » miner la confiance dans les forces de l'ordre et de sécurité au sein des communautés dont la coopération s'avère cruciale dans la lutte contre le terrorisme » , juge le rapport :
» La coopération du public et en particulier les informations sur toute activité suspecte sont nécessaires pour réussir à maintenir l'ordre et pour prévenir et poursuivre le terrorisme. Les voisins, les connaissances et les proches seront beaucoup moins susceptibles de faire part de leurs inquiétudes s'ils n'ont pas l'assurance que les autorités agiront de façon juste. »
L'organisation invite le gouvernement français à prendre des mesures pour corriger la situation : » M. Sarkozy a qualifié la lutte contre le terrorisme de « bataille des idées » , écrit Judith Sunderland, chercheuse à la division Europe et Asie centrale de Human Rights Watch, en conclusion : » Pour remporter cette bataille, il faudra veiller à ce que la lutte antiterroriste ne soit pas menée au détriment des droits des suspects. »


























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De thierry reboud 20923
| 19H08 | 02/07/2008 |
Il me semble que tous les pays qui se sont engagés dans la lutte anti-terroriste sont en délicatesse avec les principes de la dignité humaine. L'argumentation qui est régulièrement renvoyée aux visages de ceux qui s'en offusquent se résume, en gros, à un « On ne peut pas prendre de risque » bien épais. Autrement dit, la lutte anti-terroriste porte ces atteintes aux droits de l'homme dans son principe, surtout quand nous sommes disposés à faire litière de nos autres principes.
Ce faisant, c'est déjà une première victoire qu'ont remportée les terroristes : ils ont amené des états réputés démocratiques à accepter de remiser leurs principes, et ils nous (les citoyens) ont amenés à consentir à la contention de notre liberté pour prix de notre sécurité.
D'autre part, lutter contre le terrorisme, voilà bien le genre de mot d'ordre politique qui ne veut à peu près rien dire tant le but est nébuleux.
Ainsi lorsqu'on nous présente à EDWIGE (ben alors, la Rue, pas d'article sur EDWIGE ? ), on le fait au nom d'une hypothétique menace que les uns ou les autres pourraient représenter. Mais à ce compte-là, c'est n'importe qui et tout le monde qui représente une menace potentielle !
Voilà le genre de raisonnement pervers que la lutte anti-terroriste nous a vendu. Il faut être juste : nous avons massivement acheté.
De Numerosix 14499
Prisonnier dans le village global | 19H03 | 02/07/2008 |
Bon , je vais me faire incendier a coup de boules « naze », mais je l'écris quand même . C'est d » ailleurs plus une question qu'une affirmation .
Je ne pense pas ( et j'espère) que ça n » a pas de lien avec des mauvais traitements , mais je constate que depuis de nombreuses années ( et depuis le 11 septembre) , il n » y a pas eu jusqu » a ce jour d » attentats islamistes en France . Et j'en déduis , parce que la France est forcement un objectif, que les services anti-terroristes ont peut être bien fait leur boulot .
De ron-ron
19H32 | 02/07/2008 |
D'autres questions qui pourront peut-être orienter votre réponse.
Peut-être est-ce que la politique extérieure française ne justifiait pas trop d'attentats jusqu'à présent ?
Entre infliger soi-même des traitements « inhumain » à ses concitoyens et laisser des terroristes le faire, quelle est la meilleure solution ?
…
J'en profiterais pour poser une question à Thierry Reboud : Le non respect des droits de l'homme, la torture et autres, en France … Tout cela date t-il réellement de la « lutte anti-terroriste » ? On en a beaucoup parler au sujet de la guerre d'Algérie, et je suis persuadé qu'on peut trouver bien d'autres exemples, jusqu'à la Terreur post-révolutionnaire.
La France n'est le pays des droits de l'homme que parce qu'elle les promeut. De là à les respecter …