
Dans « Le Voyage aux Pyrénées », la nouvelle farce insolente des frères Larrieu, Jean-Pierre Darroussin joue un acteur célèbre, M. Glo, que l'on confond sans arrêt avec André Dussollier. Sa femme, Mme Glo, souffre de nymphomanie chronique et rencontre bientôt un ours libidineux. Un film en forme de grand n'importe quoi ? Non, répond Darroussin, « juste une aventure déroutante, comme je les aime ». Rencontre avec un atypique.
Un comédien célèbre (Jean-Pierre Darroussin) et son épouse (Sabine Azéma), également actrice, abandonnent le tumulte citadin pour passer quelques jours dans un coin perdu des Pyrénées. Lui, Mr Glo, s'inquiète des brusques accès érotomanes de son épouse et pense que le grand air calmera ses ardeurs.
Evidemment, rien ne se passe comme prévu. L'atmosphère montagnarde aiguise au contraire les sens des deux personnages qui ne savent bientôt plus à quel saint (sein) se vouer. Le héros tombe en pâmoison érotique devant une jeune femme conciliante. Des moines étranges poussent la ritournelle. Un ours s'en mêle et séduit la dame (Sabine Azéma copulant avec une bête ? On vous laisse voir, ou, plutôt, entendre). Mieux, les voix des deux comédiens principaux s'en vont batifoler dans le corps de l'autre. Regardez les lèvres d'Azéma et vous entendrez Darroussin. Regardez celles de Jean-Pierre et vous entendrez Sabine. Bien.
L'ego aux abonnés absents
On reprend une gorgée de tisane et on s'explique. Dans « Le Voyage aux Pyrénées », Arnaud et Jean-Marie Larrieu creusent leur sillon fantaisiste et singulier. Trois ans après « Peindre ou faire l'amour », ils continuent d'interroger le couple dans tous ses états et le turlupinant mystère du désir. Burlesque et non-sensique, le film, malgré quelques longueurs, constitue une des très bonnes raisons d'aller au cinéma cet été.
Aux côtés de Sabine Azéma : Jean-Pierre Darroussin, donc. Un acteur qui, en toute discrétion, à l'abri des crises d'ego, aime faire ce qui lui plaît. Ça tombe bien. Même s'il lui a fallu attendre la quarantaine et le triomphe d'« Un air de famille » (Cédric Klapisch, 1995) pour se voir offrir des rôles conséquents, l'acteur, pour parler comme les banquiers, est aujourd'hui une « valeur sûre » du cinéma français et peut donc tout se permettre, ou presque. Rester fidèle à ses potes de toujours (la bande à Guédiguian), tourner ses propres films (après « Le Pressentiment », adaptation subtile d'Emmanuel Bove, il en prépare un second), alterner films d'auteur ambitieux (« Feux rouges » de Cédric Kahn, « J'attends quelqu'un », de Jérôme Bonnel) et comédies plus consensuelles (« Ah ! si j'étais riche », « Le Cœur des hommes »). Eclectisme assumé :
« Au cinéma, mon éclosion a été tardive. On m'a longtemps proposé des rôles de benêts. J'ai refusé. On ne peut faire des compromis qu'avec ses convictions, pas avec celles des autres. »
Promotion, piège à cons
Darroussin est économe des grands mots taillés pour la promo. Le succès et la popularité n'ont pas grignoté son exigence, son ironie, son indifférence vis-à-vis des modes. Dans sa vie antérieure, l'acteur a parcouru les chemins de traverse. Enfance en banlieue parisienne, milieu ouvrier. Pérégrinations théâtrales avec, entre autres, Catherine Frot et Ariane Ascaride. Militantisme dilettante à la gauche extrême. Le tout très loin des paillettes et du folklore du cinéma parisien. Il lui en reste quelque chose.
On lui demande comment il a débarqué dans l'aventure surréelle des frères Larrieu. D'autres convoqueraient les mânes de l'inspiration. Il répond laconiquement :
« Ils étaient en panne d'acteur. Ils se sont tournés vers moi pour y remédier. J'ai lu le scénario, ça m'a plu. Voilà. »
Darroussin se marre, félicite le hasard et poursuit.
« Jouer un acteur infatué, plongé dans des situations grotesques, me séduisait. Ce personnage ressemble à une marionnette en suspension. Psychologiquement parlant, le film ne joue jamais la carte du crédible. En fait, on ne sait pas du tout où on va. Cette folie burlesque, on la rencontre trop rarement dans le cinéma français. »
Je est un autre
Un acteur jouant un acteur. Difficile de résister à la tentation de la comparaison-cliché. On s'y risque. Même s'il cultive à l'état naturel l'art du détachement, le « vrai » Darroussin a-t-il déjà été tenté de partir au fin fond de nulle part, histoire de fuir la civilisation et ses faux-semblants ? « Sûrement pas, répond-il, je ne suis pas du genre à m'exiler, à m'abstraire du monde pour me ressourcer. Je n'en vois pas l'utilité. Ces grandes phrases sont un peu grotesques, non ? “ Oui, elles le sont. Et sinon, lui est-il arrivé, comme à son personnage que l'on confond toujours avec un certain André Dussollier, d'être pris pour un autre ?
‘Ça oui, sans arrêt ! Moi, en général, c'est Jean-Pierre Bacri ou Denis Podalydès. Ça ne me gêne pas, au contraire, ça me ferait plutôt marrer.’
Une confusion pas si surprenante. Son succès tardif au cinéma a eu un mérite paradoxal : ne pas le figer dans l'imaginaire du spectateur. Grâce à cette identité vaguement flottante, Darroussin a pu ainsi naviguer où bon lui semblait, sans jamais s'enfermer dans une typologie. Une chance pour lui qui apprécie modérément les joies du formatage :
‘Le cinéma repose de plus en plus en plus sur certaines règles intangibles. Histoires prévisibles, gueules d'acteur, codes de montage : on n'invente guère et le design général tend à l'uniformité. Le cinéma obéit à des lois industrielles, comme un produit de consommation courante. Il existe de bons produits, mais je regrette que si peu de films laissent des empreintes. On réfléchit aussi beaucoup trop à la place du spectateur. Les observateurs de tendances sont à l'affût des moindres frémissements et anticipent sur ce qu'ils pensent être le goût commun.’
Encore des métamorphoses
Rayon singularité, inutile d'insister, ‘Le Voyage aux Pyrénées’ fait figure de manifeste ! Dans cet antidote aux règles établies, Darroussin et Azéma s'amusent à dynamiter les codes de la bienséance et du moralement correct :
‘Prendre confiance en sa fantaisie, c'est un beau défi, Sabine et moi étions très heureux de tourner un truc coquin, espiègle, insolent. Ce n'est pas désagréable de faire le gamin.’
Cet été, changement de registre. Jean-Pierre Darroussin tourne avec Robert Guédiguian dans ‘L'Armée du crime’, évocation de la Résistance française et du groupe Manouchian. Il y interprète un flic de Vichy. Un fonctionnaire obscur. Un type qui fait du chiffre et dont le boulot, résume l'acteur, ‘consiste à arrêter le plus de juifs et de résistants possible’. Darroussin a toujours aimé incarner les crapules et tenter d'apporter ambiguïté, complexité et justesse aux partitions a priori les plus manichéennes.
Il enchaînera ensuite avec ‘Erreur de la banque en votre faveur’ une comédie sur les délits d'initiés signée Michel Munz et Gérard Bitton. Aucun rapport ? Aucun, et c'est tant mieux. A toujours faire la même chose, on s'ennuie. Et on ennuie les autres.
► Le Voyage aux Pyrénées de Arnaud et Jean-Marie Larrieu - avec Sabine Azéma, Jean-Pierre Darroussin… - en salles le 9 juillet.




















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De Phil2922
Retraite invalidité | 17H22 | 02/07/2008 |
Darroussin indifférent vis à vis des modes…c'est ce que j'adore chez cet acteur… ! !
http://phil195829.overblog.com
De LeSultanDeBruni
. | 17H26 | 02/07/2008 |
J'ai vu ce film à Cannes : SUPER ! ! ! Il faut aller le voir.
De dalun
18H08 | 02/07/2008 |
j'aime ce que fait cet acteur étonnant .
De patrick du 14
toujours naze et qui cotises pas | 18H19 | 02/07/2008 |
daroussin j'aimes je vais attraper ce film
De bloozmarch
20H34 | 02/07/2008 |
Vraie intelligence, (celle des tripes et de l » émotion), humour, écoute des autres, humanisme chaleureux, pas de grosse tête, comment ne pas adorer cet homme à l » opposé de toute suffisance, de tout mépris, de toute prétention bling-bling, excusez-moi, ces jour-ci mes nerfs vont lâcher !
De parti
punishment park | 22H50 | 02/07/2008 |
daroussin…un poulpe !
De Julien83
chroniqueur de Bande Dessinée au MA... | 02H28 | 03/07/2008 |
Le 9 juillet… bon, en fait je vais voir HANCOCK !
Oui, un film français comme ça, c'est rasoir.
hooooo il y a aussi Kung-Fu Panda ! classe aussi.
Bon décidément en France, on n'est pas capable de sortir un bon film puissant original, avec des tonnes d'effets spéciaux, de quoi bien se divertir pour le prix de la place.
à Julien83
De Tyb
(par ici, par là) | 11H55 | 03/07/2008 |
ouais c'est comme tous ces restos de merde alors que rien ne vaut un bon big mac bien graisseux qui cale bien, de quoi bien être rassassié pour le prix de la bouffe.
C'est vrai que Hancock ou Kung Fu Panda c'est ouh làààà super original et intéressant à première vue, ça va révolutionner le cinéma, Michael Bay n'a qu'à bien se tenir.
Je n'ai en général pas beaucoup de respect pour le cinéma français et encore moins pour sa division comédie, mais heureusement que celui ci ne se résume pas à la frange exportée du cinéma américain, ça serait bien triste.
Enfin bon ce n'est que mon avis c'est sur que face à à la dictature décervelée des neuneus gobant la moindre merde sous prétexte que les effets spéciaux sont jolis, ça n'a plus beaucoup d'influence.
Pendant ce temps là, le cinéma qui passe en salle se résume de plus en plus à l'extrême finesse morale d'un Spielberg, la profondeur psychologique d'un Georges Lucas, et à l'intelligence
d'un Uwe Boll.
Les gens vont donc moins au cinéma, le prix de la place augmente en conséquence, mais de toute façon c'est pas grave, y'aura toujours des bonnes âmes près à payer 10 et bientôt 15 euros pour aller voir « un bon film puissant original, avec des tonnes d'effets spéciaux, de quoi bien se divertir pour le prix de la place » qu'en fait ils ont déjà vu une vingtaine de fois, avec péripéties standardisées, personnages standardisés, acteurs standardisés, réalisation standardisée, et musique standardisée. On leur donne de la merde quatre fois par mois et ils lui trouvent un bon gout de confiture, avant de se demander quand c'est la prochaine fois qu'ils vont bien avoir la chance de pouvoir y gouter.
à Tyb
De Julien83
chroniqueur de Bande Dessinée au MA... | 12H14 | 03/07/2008 |
>Michael Bay n'a qu'à bien se tenir
il a fait un excellent TRANSFORMERS l'été dernier.
Mais c'est vrai, j'ai oublié, l'été dernier, il y a bien un bon block buster français à petit budget, avec beaucoup de mains pour le dessiner : PERSEPOLIS ! la grande classe sans 3D. Et puis aussi « Peur(s) du Noir », mais le peu de copies m'a empêché de le voir dans ma région.
Je ne pense pas que l'adaptation des comics Marvel ou DCcomics, Dark Horse etc… soient du standard…non, il y a des changements, bien marquant.
à Julien83
De Tyb
(par ici, par là) | 13H19 | 03/07/2008 |
effectivement si vous associez les mots Transformers et excellent je conçois que vous puissiez penser que l'adaptation d'un comics Marvel ou autre soie fondamentalement originale.
mais bon à part les gros noms fluos qui brillent dans les communiqués de presse et spots TV je n'ai pas l'impression que vous vous intéressiez vraiment au cinéma, on a donc pas grand chose à se dire
à Tyb
De parti
punishment park | 14H35 | 03/07/2008 |
je ne sais pas ce qui m'a pris, j'ai vu transformers l'été dernier (il me semble), une pure daube à vélléités sarcastiques…soit, il est de bon ton en ces temps d'être sarcastique, caustique, incorrectement politique, cynique….ou tout du moins le faire croire, ça permet de cacher une certaine inanité…vous emballez ça dans un « packaging » fun et la hype s'occupe du buzz…
ceci dit en voyant l'affiche, j'ai cru (un instant)que daroussin jouait dans un remake d'« heidi »…daroussin m'est sympathique, mais les frères larrieux ne font pas partie de mon univers cinématographique…
@julien
tu touches en bd, tu m'as filé de bons conseils il y a peu, mais en ciné…transformers ? ? ? ? ?
ps : je kiffe « ruminations » de frederik peeters…
à parti
De Julien83
chroniqueur de Bande Dessinée au MA... | 19H01 | 03/07/2008 |
Trnasformers, avant d'être une Bande dessinée, c'était surtout une gamme de jouets de chez Bandaï (il me semble que ça ne soit pas Matel). Et qui n'a pas été subjugué par l'adaptation en dessin animée ! Après on a sorti le manga (le dessinateur nippon ce n'est pas payé cher ! )
Et puis après on sort une nouvelle gamme de jouets, et on se dit « bingo pour le film ». J'ai été séduit par cette haute voltige d'incrustation des robots dans les décors, en pleine bataille etc… c'est du bon ciné, une innovation incroyable. Après le scénario, c'est du tout public, il faut viser large, et pas besoin d'être « pointu ». C'est un bon moment à passer, et à se régaler pour nos yeux, et nos oreilles. Transformers est un bon film. Le second volet promet beaucoup d'après le réalisateur.
Et j'ai « kiffé » Iron Man comme j'ai « kiffé » [REC.](à mon avis, meilleur film d'horreur de l'année ! et je ne sais pas pourquoi les « ricains sont allés faire le remake “Quarantine”)
ps : en Bande Dessinée : MANSON (chez Glénat), qui retrace le parcours du grand criminel, et ça commence par le meutre de Sharon Tate… ! ! ! à lire !
à Julien83
De parti
punishment park | 19H45 | 03/07/2008 |
je ne suis pas d'accord avec toi sur transformers…mais bon tes arguments valent les miens, sauf celui qui dit« pas besoin d'être pointu »…si il faut être pointu…être exigeant n'est pas un défaut…
salutations et merci pour le tuyau…je sors juste du t3 de big foot…du bon (selon moi)
à Tyb
De Julien83
chroniqueur de Bande Dessinée au MA... | 18H51 | 03/07/2008 |
Oui, je m'intéresse au cinéma qui a des tas d'effets spéciaux, de la grosse machinerie 3D, du tourné sur des fond verts ou bleu, du numérique, de la technologie IMAX (mais là, il n'existe pas de salles « IMAX » en France pour profiter d'une plus grande sensation, à haute définition)
Le cinéma français de temps en temps sort sa carte, avec « Immortel[Ad Vitam] » de Bilal (diantre ! une adaptation de comic ! ) ou le polar tourné tout en motion tracking … (le titre méchappe, c'était géant ! un Paris au XXieme siècle …)
Oui, c'est original l'adaptation du comic book ! et ça marche mieux que le scénario original « français » !
HA oui, j'ai aimé « 99 francs » ! une débauche d'effets ! incroyable ! je n'ai pas compris pourquoi une seule nomination aux Césars.
Bref, mais de toute façon, la France préfère le passé, le cinéma à papy Godard et Lelouche, voir Audiard.
On n'est pas prêt d'aller plus loin !
J'ai envie de voir le cinéma qui avance ! qui va le plus loin possible dans les poussées de la technologie et de la réalisation. Et ça en France, on n'est pas tellement capable de le faire, à part Kounen, Gans, Aja, Kassovitz, Leterrier, Pittof(sauf Vidoq),Besson.
De delavergne
journaliste | 12H23 | 03/07/2008 |
je suis un fidèle cinéphile de Daroussin (http://www.lemague.net/dyn/spip.php ? article3479) mais là, j'avoue que la bande-annonce laisse craindre le pire.
enfin, je vais quand même aller le voir ; -)