Les images de Sarkozy en « off » avant son interview sur France 3
Installé dans le studio du 19/20 à quelques minutes du début de son intervention, Nicolas Sarkozy, qui vient d’être accueilli par des manifestants de France Télévisions en colère, est entre les mains des techniciens et maquilleuse de France 3. Face à lui, le directeur de l’information de la chaîne, Paul Nahon, et les trois journalistes Audrey Pulvar, Véronique Auger et Gérard Leclerc. L’ambiance est glaciale.
Sur cette vidéo que s’est procurée en exclusivité Rue89, Nicolas Sarkozy se plaint du manque de politesse d’un technicien, en coulisses, qui ne l’a pas salué : « On n’est pas dans le service public, on est chez les manifestants ». Après que la journaliste Véronique Auger lui a répondu « C’est la France », il finit par dire que « ça va changer, là » (lire ci-dessous).
Ensuite, il plaisante sur la « placardisation » de Gérard Leclerc, qui est -avec Véronique Auger, Audrey Pulvar et d’autres présentateurs et rédacteurs en chef de France 3- l’un des signataires d’une tribune très critique sur la réforme en cours, publiée la semaine dernière dans Le Monde : « T’es resté combien de temps au placard ? »
Juste avant que le son ne soit coupé depuis le studio, Nicolas Sarkozy s’assure que France 3 évoquera bien son déplacement du jour à Carcassonne. Paul Nahon lui répond que c’est prévu. Avant, pour plus de certitude, de donner un ordre dans son micro : « Donc on parlera de Carcassonne avec le Président après, hein ? Yes ! Parfait ! »
► Addendum le 01/07/2008 à 17h08 : France 3 a lancé mardi matin une enquête interne pour déterminer « pourquoi et comment des images tournées avant le direct ont pu quitter France Télévisions ». Par ailleurs, selon le site Arretsurimages.net (sur abonnement), la réflexion du Président - « Ca va changer ! » - concernait la France, après une déclaration de la journaliste Véronique Auger. Le technicien dont l’« impolitesse » provoque la réflexion de Nicolas Sarkozy n’est pas celui qui contrôle son micro, mais un menuisier qui était en coulisses.
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Ce document est exceptionnel ; je ne me souviens pas en avoir vu de tel, en tous les cas de si long. Il y a peut-être des antécédents, dont la brièveté toute maitrisée est de l’ordre du montage, d’un jeu entre le réel, le vrai, le solennel. Dans le présent document, le montage échappe à l’image contractuelle. Mais alors, qu’est-ce qui est vu du fait de cette...rupture ? S’agit-il d’un dénouage, d’un détricotage d’image ? Peut-être le relachement du cadre invite-il à y voir ce que chacun veut bien y voir ? Par exemple, via la pesanteur palpable des êtres en présence, j’ai pensé à des choses plutôt angoissantes ! Et chacun doit pouvoir laisser émerger des pensées singulières. Elles disent des choses de notre rapport au politique, comme elles disent aussi en partie des choses de la politique elle-même, et de leurs représentants.
Au-delà de ce relachement, je retiens le côté très au fait de l’audiovisuel de Sarkozy : il est, pour ce qui est de la technique, comme un poisson dans l’eau. En fait, il est chez lui, c’est très frappant. Par exemple il semble avoir un habitus professionnel du : se laisser maquiller. Et au-delà, il cherche à se régler sur le timing de ce théâtre transcendental qu’il fait sien, même sa belle montre doit y consentir (c’est d’ailleurs plutôt rassurant, car imaginez un instant que le personnage ait voulu imposer SON heure ... !). Il connait les acteurs (tutoiement), voire s’identifie à eux (« il n’a jamais protesté quand il était au placard »), il est presque l’un d’entre eux car c’est surtout avec ça, les medias, qu’il fait de la politique. Et comme il fait de la politique, il les surpasse, il les écrase, il commande (« parler de Carcassonne »). D’une certaine manière, il est Dieu, Dieu jubilant de ce monde de la politique médiatisée. Un Dieu que les médias ont adulé.
Au moment où ce personnage élu par des millions de français va prendre la place de président des européens, il sera certainement intéressant de suivre non pas tant ses réalisations politiques que le traitement que les médias européens vont lui réserver.




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