Les sciences humaines et sociales (SHS) en France sont dans une situation étonnante. D’un côté, elles n’ont jamais été autant sollicitées, et leur renouveau intellectuel est incontestable ; et d’un autre côté, elles vivent une crise multiforme.
La crise est d’abord institutionnelle. Elle atteint aussi bien le CNRS que l’EHESS les deux lieux principaux de la recherche française en SHS. L’avenir du CNRS, en général, est incertain, et l’incertitude est encore plus grande s’il s’agit des SHS : seront-elles regroupées dans un vaste Institut, et si oui, quel en sera le périmètre ? Avec quels chercheurs, quelles unités, quels centres ? Ne seront-elles pas plutôt purement et simplement rejetées en dehors du CNRS, confiées alors à l’Université, où existent déjà de nombreux centres de recherche, mais où les chercheurs sont aussi et d’abord des enseignants souvent débords par leurs obligations administratives et pédagogiques ? L’EHESS est elle aussi dans l’incertitude. Le projet qu’elle porte d’une Cité « Condorcet », au nord de Paris, n’est pas acquis, et s’il voit le jour, ce sera à l’horizon de plusieurs années. En attendant, il lui faudra bien quitter tôt ou tard l’immeuble principal du 54 boulevard Raspail à Paris, qui doit être désamianté : pour où ? Dans quelles conditions ? Les nouveaux dispositifs de financement et d’évaluation ajoutent à l’inquiétude des équipes, dont les tâches administratives et de gestion se sont considérablement alourdies ces dernières années, sans parler de la difficulté, pour beaucoup d’entre elles, à s’inscrire dans des dispositifs européens complexes.
Les petits boulots du « prolétariat intellectuel »
Par ailleurs, bien des équipes et des centres vieillissent, sans pouvoir se renouveler suffisamment, tandis que nombre de jeunes docteurs, faute de postes, courent après des « petits boulots » et s’épuisent dans des travaux éclatés, sans unité, constituant une sorte de prolétariat intellectuel sans grandes perspectives. Les étudiants se pressent moins qu’avant dans les filières des sciences sociales, et ce ne sont pas nécessairement les meilleurs qui y aboutissent. Beaucoup en effet, préfèrent les filières professionnalisantes, qui débouchent sur des emplois intéressants. Et s’il s’agit des étudiants étrangers, ils préfèrent quand c’est possible pour eux se tourner vers des universités américaines ou anglaises, souvent mieux adaptées à leur culture et surtout s’étant depuis longtemps organisées pour accueillir les meilleurs, dans des logiques de compétitivité et d’excellence aujourd’hui éprouvées. Pour eux, la politique migratoire, ou plutôt anti-migratoire actuelle ne constitue certainement pas un encouragement.
Qui est responsable ? La tentation est grande de répondre : le pouvoir actuel, qui voudrait en finir avec le CNRS au profit de l’Université, et qui se méfierait des sciences humaines et sociales et de ceux qui les portent. Une telle réponse non seulement manque de nuance et, à certains égards de fondements, mais aussi passe à côté de l’essentiel, qui est la crise morale des chercheurs eux-mêmes.
Dans les années du giscardisme triomphant, le pouvoir et les syndicats se sont alliés pour assurer la titularisation dans la recherche publique de très nombreuses personnes qui avaient travaillé comme vacataires, et dont toutes n’avaient pas nécessairement les compétences ou les qualités requises. Cette politique, au plus loin de toute volonté de privilégier systématiquement l’excellence, exerce encore aujourd’hui ses effets, car un pourcentage non négligeable de chercheurs en place, et qui bientôt prendront leur retraite, en est le fruit. Par ailleurs, la recherche française a bénéficié, jusque dans les années 80, de l’aura entourant quelques intellectuels français prestigieux, reconnus dans le monde entier. Le structuralisme en particulier, sous diverses variantes, a constitué pour la recherche française un véritable âge d’or, et les chercheurs de notre pays pouvaient avoir le sentiment d’être au centre du monde, voire d’être le centre du monde. Cette époque est révolue, et beaucoup n’en ont pris conscience que tardivement. Du coup, la capacité à projeter la recherche vers l’avenir s’en est trouvée affectée, le milieu de la recherche ne s’est pas véritablement mobilisé pour s’organiser en fonction des grands changements du monde et de notre société, il s’est contenté de maintenir un mélange d’état d’esprit critique, voire hypercritique, d’attitudes corporatistes, et d’arrogance sans se poser lui-même véritablement les questions de sa propre transformation. Comment, notamment, une institution aussi importante et prestigieuse que l’EHESS a-t-elle pu s’interdire, durant de trop nombreuses années, de faire face à ses problèmes d’espace et de manque de bureaux, devenus criants, comment a-t-elle pu louper le coche des implantations autour de la Bibliothèque François Mitterrand ? Une formidable demande sociale de sciences humaines
Et pourtant, les SHS sont l’objet d’une formidable demande sociale. Les médias mobilisent chaque jour nombre de chercheurs pour leur expertise, leur capacité d’analyse, leur apport spécifique à la connaissance de tel ou tel problème. La figure du chercheur s’impose de plus en plus, tandis que celle de l’intellectuel classique a perdu de sa valeur, en dehors de quelques personnalités « médiatiques » qui parlent au nom des droits de l’homme bien plus qu’en s’adossant sur un quelconque savoir.
Et surtout, les SHS françaises opèrent le grand virage qu’impliquent les transformations du monde contemporain. Non seulement elles savent déchiffrer les nouveaux problèmes et enjeux de la vie collective aujourd’hui, l’islam et autres phénomènes religieux, les phénomènes migratoires dans leur diversité, l’exclusion devenue drame humain peut-être pire encore que l’exploitation, la poussée des identités culturelles, la racialisation des sociétés, la violence, le terrorisme par exemple, mais aussi, elles se dotent de nouveaux paradigmes et apprennent à vivre sous tension, en tenant compte tout aussi bien de la mondialisation, que de la subjectivité individuelle des acteurs. Il faut parler ici non pas de crise, mais de mutation, comme l’a établi il y a deux ans un colloque international que j’ai organisé sur ce thème, ou comme l’indiquent nombre de publications récentes, notamment en anthropologie –je pense par exemple aux derniers ouvrages de Maurice Godelier ou Jacky Assayag.
Un pays dominé par l’argent, ou soumis à un régime autoritaire ne laisse guère de place aux sciences humaines et sociales. Une société ouverte a besoin de la réflexivité qu’elles apportent. Les ressources intellectuelles existent en France, il faut ouvrir beaucoup plus largement le débat sur les SHS, sur le fonds, sans se contenter de solutions cosmétiques, pour que ne soient pas gâchées nos possibilités, encore grandes, et pour sortir de la crise institutionnelle et morale de ces disciplines.














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Titre :
« Crise des sciences humaines et sociales: qui est responsable? »
Phrase de (dans la) conclusion :
« Un pays dominé par l’argent, ou soumis à un régime autoritaire ne laisse guère de place aux sciences humaines et sociales. »
Mon voisin aime cet article où tout est dit.
Les SHS sont en crise mais de quoi s’agit-il ? Elles sont d’abord victimes de leur image, une image qu’elle porte de longue date… Celle d’une vision humaniste issue du moyen-âge où la culture est une culture de l’esprit qui n’a pas d’autre finalité que d’enrichir l’âme. Nous sommes bien loin aujourd’hui de ces considérations.
mondialisation, compétition, survie sont les deux ex machina des temps modernes et ils ne peuvent, ne veulent se conjuguer avec la méditation, le temps patient du temps. Pourquoi pas ? il est certain que nos SHS auraient grand tort à ressasser une nostalgie mortifère. Elles sont intelligentes et fort capable de s’adapter, d’être l’heure de de nos sentiments, d’avancer au pas de l’homme d’aujourd’hui, de l’accompagner dans une époque difficile et troublée.. À condition qu’elles s’en donnent les moyens, qu’elles veuillent être-là.
Métamorphose impossible ? Non, elle est déjà là, partout mais nous ne savons pas la voi Avec un peu d’effort nous pourrons au mieux l’aider, l’aider à faire sa nécessaire mutation.
Les sciences humaines et sociales questionnent les causes des inégalités sociales. Sans les SHS disparaîtront les images de la domination et de l’injustice de départ. C’est la France invisible dont parle Stéphane Beaud. Qu’entendez-vous par « ressasser une nostalgie mortifère »? Vous confondez peut-être avec le baratin de salon des aristocrates ou bien les soliloques abscons des chroniqueurs télé ? L’Université moyenâgeuse, l’inadaptation du système éducatif aux réalités économiques, voilà deux gros poncifs éculés. Prenez les enquêtes Génération du CEREQ pour l’insertion des diplômés, lisez quelques thèses SHS, les publications de l’OVE, les actes du colloque de Brest 2008 sur Pédagogies et Enseignement Supérieur, toutes les Longitudinales. Il y a un gouffre entre s’adapter et se vendre, entre dialoguer et se prostituer pour survivre.
Notre société a bien besoin de vous,les humanistes,et dans ma bouche c’est un grand compliment.Alors battez vous,et si vous avez besoin de nous,pour des actions je répondrai présente.
J’ai honte de mon sexe quand je vous lis,mesdames plus haut.
« En attendant, il lui faudra bien quitter tôt ou tard l’immeuble principal du 54 boulevard Raspail à Paris, qui doit être désamianté: pour où? Dans quelles conditions? »
Ho zut , alors ! Tout fout le camp . J’ étais aller chercher une chercheuse il y a une dizaine d’ année à Raspail et ça m’ avait amusé l’ ambiance , avec plein de chercheurs anthropologues avec pipes et collier de barbes . On se serait cru comme dans les récits d’ aventures style « Les 7 boules de Cristal » ou « L’homme de Rio » .
Bon , ceci était une critique bienveillante .
Par contre , le coup des sciences humaines et de la sociologie vachement gentille et bénéfique et sociale et pour le bien de l’humanité est quand même à nuancer fortement.
« La production économique moderne étend sa dictature extensivement et intensivement. Dans les lieux les moins industrialisés, son règne est déjà présent avec quelques marchandises-vedettes et en tant que domination impérialiste par les zones qui sont en tête dans le développement de la productivité. Dans ces zones avancées, l’espace social est envahi par une superposition continue de couches géologiques de marchandises. A ce point de la « deuxième révolution industrielle », la consommation aliénée devient pour les masses un devoir supplémentaire à la production aliénée. C’est tout le travail vendu d’une société qui devient globalement la marchandise totale dont le cycle doit se poursuivre. Pour ce faire, il faut que cette marchandise totale revienne fragmentairement à l’individu fragmentaire, absolument séparé des forces productives opérant comme un ensemble. C’est donc ici que la science spécialisée de la domination doit se spécialiser à son tour : elle s’émiette en sociologie, psychotechnique, cybernétique, sémiologie, etc., veillant à l’autorégulation de tous les niveaux du processus ».
Guy Debord
La crise des sciences humaines et sociales se résume en une notion: l’Oubli…
http://ysengrimus.wordpress.com/2008/06/12/a-propos-de-l%e2%80%99oubli/
Paul Laurendeau
Une phrase étonnante pour moi qui vis aux USA : « s’il s’agit des étudiants étrangers, ils préfèrent quand c’est possible pour eux se tourner vers des universités américaines ou anglaises, souvent mieux adaptées à leur culture et surtout s’étant depuis longtemps organisées pour accueillir les meilleurs, dans des logiques de compétitivité et d’excellence aujourd’hui éprouvées ». Eh bien, ceux qui croient trouver aux Etats-Unis de la considération pour les sciences humaines, à part telles qu’elles sont appliquées dans des instituts de sondage d’opinion, déchanteront très vite. Régis Debray, qui connaît bien l’Amérique intellectuelle, a bien ramassé la situation ici dans une formule percutante que je paraphrase : « Les sciences à suffixe –ics y ont remplacé celles à suffixe –logie ». Dans le domaine de la conservation de la nature par exemple, la biométrie de la biodiversité a remplacé les études socioéconomiques des communautés locales autour des zones protégées dans les grandes ONG où les anthropologues sont marginalisés et leur « paradigme » sur les programmes intégrés de conservation et développement est discrédité. Dans les grandes universités américaines, les facultés des « social sciences » et leurs centres de recherche souffrent d’une carence budgétaire chronique doublée de ponctions significatives de leur budget. Peut-être bien que la France ne fait que s’aligner sur cette tendance générale néolibérale des « pays dominés par l’argent ».
Une première piste:
« l’Université, où existent déjà de nombreux centres de recherche, mais où les chercheurs sont aussi et d’abord des enseignants souvent débords par leurs obligations administratives et pédagogiques? »
Est-il normal que les enseignants en SHS soit débordés par des obligations administratives et pédagogiques?
administratives: n’oublions pas que dans administrer, il y a ministre: ce qui consomme l’énergie et le temps, ce n’est pas la paperasse (maintenant il y a la bureautique), c’est la lutte de pouvoir. Si l’Université était bien gérée, il n’y aurait pas de telles pertes de temps administratives.
pédagogiques: si les enseignants sont débordés, c’est à cause de la masse d’étudiants, la plupart sans aucun débouché, et dont la finalité principale est de justifier les postes d’enseignants.
Une deuxième piste:
« quelles unités, quels centres »
Au nom de quels principes un chercheur en SHS doit-il être rattaché à une unité?
N’est-ce pas pour reproduire au niveau du CNRS le même principe de féodalisme de l’Université française?
Tout a fait d’accord avec vos propos et contrairement aux affirmations de l’auteur de l’article M.Wieworka, l’essentiel de la recherche en sciences humaines ne s’effectue pas au CNRS et à l’EHESS même si ces institutions travaillent. Dans les universités la plupart des enseignants chercheurs font des recherches et publient même si « souvent débords par leurs obligations administratives et pédagogiques? » donc ils n’en ont que plus de mérite. D’ailleurs des travaux pourraient montrer qu’au regard de leur charge de travail les enseignants chercheurs produisent plus que les chercheurs rattachés à des institutions de recherches telle que cnrs et EHESS.
Les sciences humaines et sociales souffrent d’abord de « la reproduction » sociale et mandarinale chère à Bourdieu et donc d’un manque d’imagination. Pour faire une thèse il faut s’acoquiner avec un mandarin, suivre ses pas et non pas être original dans les sujets travaillés; il faut plier sous les fourches caudines d’une hiérarchie scientifique explicite qui reproduit des paradigmes sans les questionner; pour publier il faut passer devant des comités de lecture dans lesquels on retrouve ces mêmes mandarins; pour être recruté il faut encore faire preuve de servilité devant les commissions de spécialistes et les mandarins qui les contrôlent; pour recevoir des crédits de recherche il faut encore que votre projet soit agréée par ces mandarins qui donnent des crédits « aux copains »; pour être muté sur une autre université ou détaché au CNRS il faut encore l’aval des mandarins; les chercheurs sont de plus en plus nombreux dans les médias et dans les officines gouvernementales oui mais ce sont toujours les mêmes chercheurs qu’on voit à l’écran et dans les journaux(d’ailleurs je me demande quand ils lisent, se cultivent et font de la recherche, ça doit payer d’être consultant pour des chaînes TV), parisiens, petit bourgeois et ayant toujours les même types d’analyses du social sans imagination, etc… Le système est bouclé par des gens souvent qui n’ont eu que le mérite de précéder ceux qui les suivent et d’avoir eu une idée en leur temps et vous avez là ce qu’on appelle un paradigme (voir T.Kuhn, Stengers et Prigogine…). Un sociologue réputé me disait « j’ai fait ma carrière sur un article » et j’ajoute après il n’a plus rien fait !!! Un autre me disait « on ne se fache pas avec un collègue car tu peux le retrouver en face de toi dans les commissions d’expertise de projets ou pour une mutation… C’est le petit monde de David Lodge où tout le monde joue au courtisan avec le mandarin le plus en vue….
Ce mal n’est pas inhérent aux sciences sociales mais il est plus prégnant ici.
Alors qui est responsable de cette situation ? Les pouvoirs publics ? Certes ! Les politiques ? Certes ! Mais qui sont leurs conseillers ? Qui les entourent et débat avec eux ? Et qui en profitaient ? Les mandarins !!!
Les responsables sont les chercheurs et les mandarins eux mêmes soit par leur servilité pour les premiers et leur allégeance aux mandarins pour toutes les raisons que j’ai citées soit les mandarins eux-même pour tous les barrages qu’ils ont mis en place pour asseoir leur pouvoir et leur pérénité et briller à côté des élus et dans les médias, et maintenant ils crient « au loup » parce que le politique met son nez dans leurs petites affaires… Ironie !!!
Si je voulais être provocateur je dirai OK supprimons le CNRS, l’EHESS, l’INED et d’autres institutions et distribuons leurs crédits et leurs chercheurs aux universités… Dans l’absolu pourquoi pas ? Les universités travaillent et produisent des travaux de qualités et nombreux avec beaucoup plus de moyens… Alors
Borloo n a helas pas fréquenté les SHS. Ses mesures fiscales hnoteusement presentées pour aider l environnement sont tres capitalistes. Le nerf de notre civilisation, le fric, est encore le motif utilisé par l administration pour asphyxié des domaines de recherche pouvant enrayé la marche forcée du monde economique actuel. Les leçons et rapports des sciences sociologie sont des indices d evolution qu aucune politique n integre. Guy Delors sait de quoi il parle ainsi que Debray.
Le grenelle eut dû rassemblé les hommes autour d un projet innovant liant les banques et les chercheurs et les industries…
Mouais… Texte moyennement convaincant, et en décalage complet avec le titre.
Oublions le titre, donc, auquel la contribution ne correspond pas (puisqu’il n’est nulle part question de responsabilité), et voyons le texte lui-même.
J’adore le « la crise atteint aussi bien le CNRS que l’EHESS ». Sous la plume d’un sociologue, certes respectable, mais membre de l’EHESS et du CNRS, cela sent bon le nombril.
On continue?
oui
continue
Pourquoi n’y aurait-il pas une relation étroite SHS-ONGs (les meilleures d’entre elles)? Pourquoi les universitaires ne puiseraient-ils pas dans cette mine d’informations ancrées dans le réel et, à l’inverse, ne contribueraient pas à former des cadres ONGs? Une relation dans les deux sens.
Comme quoi, c’est seulement au pied du mur, que des constats, somme toute anciens, peuvent être vraiment réalisés par les hiérarques du systèmes.
Lorsque l’on est jeune… que l’on peut être naïf! Croire par exemple que la recherche en sciences humaines et sociales de part sa dimension réflexive critique permet aux acteurs des « prises de conscience » qui se traduisent en savoirs, en décisions politiques, en systèmes pédagogiques pour éviter des dysfonctionnements, des dominations abusives, des crises éventuelles. Les quinze dernières années, nous ont bien montré que le progrès est une utopie relative.L’équité, l’humanisme, la démocratie… au fond rien d’autre que des illusions indispensables! Que reste -il? Des savoirs qui produisent fascination et rejet des acteurs politiques ou économiques. En fait, la valeur financière est le plus souvent déconnectée d’un réel économique et social… Quelle est la valeur de la critique sociale, de l’analyse qui « lave plus blanc » d’un fait social? Pour qui? Les élites politiques, économiques, financières, médiatiques ne peuvent y développer qu’un rapport ambigu. Que reste t-il? Des institutions assez pauvres en moyens, rigides, aux relations cloisonnées, conflictuelles entre disciplines, entre chapelles, entre statuts, humainement le plus souvent pas très sympathique, des écuries, des mandarins. L’université et les écoles sont prises dans des logiques de « production pédagogique » de plus en plus dans des logiques de marchés (évaluation satisfaction des étudiants), temps administratif, « recherches de partenariats », gestions de projets lourdes (européen), « formation pour l’industrie » (çà fait bien), les travaux d’étudiants et le temps qui reste la « recherche » et la publication… Fort heureusment, la « production pédagogique », les cours sont transférés aux précaires.
Précaires, ou « prolétariat intellectuel », souvent très pointu dans certains domaines mais pas assez politique pour être rentré dans des « planques ». Cours précaires, aux règlements financiers précaires (des mois après), enquêtes, recherches précaires, publications comme les autres, prise en charge de ses frais colloques, formation etc. doivent subir plus que les autres, les effets du harcèlement moral ou de la concurrence sociale, et les limites entre l’éthique humaniste, critique et ce qu’ils doivent subir pour surnager dans le système. (ce monde qu’affectionne nos dirigeants politiques actuels) Certaines « précaires » ouvrent des boutiques de consultants (études formation)dont le fonctionnement à petite échelle et sur certaines niches sont aléatoires dans le temps. Au delà d’une certaine taille de la boutique de conseil , la logique du chef d’entreprise prend le pas sur la logique du chercheur, des sciences humaines. A moins de se mentir, ce n’est pas ou plus conciliable avec l’esprit du chercheur, car ce que demande le marché est avant tout de « l’instrumentalisation ». certains s’en sortent mais sont avant tout des chefs d’entreprises. Mais, il n’en a pas toujours été ainsi, il y a une vingtaine d’année. C’est le résultat d’une concurrence sociale plus intense, et l’effet du délitement du lien social, et sans doute d’une « crise morale ».
Il est acquis qu’une certaine génération de chercheurs, qui a vécu des expériences très diverses, en France, à l’étranger, qui possèdent une culture générale large, qui ont réalisé un travail sur leur subjectivité par la psychanalyse par exemple, qui prennent du temps pour lire, pour penser, pour observer, seront dans l’avenir des dinausores, à la faveur d‘« ingénieurs » d’enquêtes comportementales sociales sectorielles orientés vers des recommandations prescriptives et au fond insérées dans l’intérêt du « biopouvoir ». Un jour, on dira même que ce sont des « fous » ou des « mystiques », sans doute, ils n’auront pas tord.
L’histoire de l’Ehess est révélatrice, une institution sur le point de devenir SDF, alors que deux ans plus tôt des militants gauchistes l’avaient occupé et vandalisé pour protester justement de cet intention du savoir en sciences humaines au service du pouvoir. Et les voilà en train de devenir SDF… Comme quoi, la société de connaissance est encore une illusion, et ces savoirs des sciences humaines, on en veut et on veut pas trop, certains penseurs se sont trompés, d’autres peuvent réveler des points culpabilisants, mais d’autres pourraient être utiles…
Bonne chance aux nouvelles générations, parceque… tout celà est désespérant et la recherche sans cette pulsion,cette joie, sans cette envie de découvrir, ce n’est plus…
Pour la rentrée prochaine, 50 % des étudiants des filières ASS, ES et EJE (*) de l’Institut régional du travail social de Poitiers n’ont toujours pas de stage. /« Pour les futurs 3^e année ES, il en manque même 70 % »/, souligne Anne-Sophie Souchaud, étudiante ES et très impliquée dans le mouvement.
Ces manques sont la conséquence directe de la circulaire du 28 février dernier. Cette dernière a rendu obligatoire la gratification des stages de plus de trois mois en structures privées, pour les formations universitaires de niveau 3. 398,13 € mensuels qui devaient ravir les étudiants. Mais pour les étudiants en travail social, la joie fut de courte durée. Le secteur du travail social ne produit pas d’argent et aucune enveloppe budgétaire n’a été anticipée. C’est dans cette brèche que se nichent toutes les inquiétudes de l’IRTS et de ses étudiants.
“ Des enjeux
politiques ”
/« Les structures n’apprécient pas de se retrouver devant le fait accompli. Et si elles sont dans l’obligation de répondre à la loi, rien ne les oblige par contre à prendre des stagiaires »/, précise Virginie Gresser, directrice générale adjointe de l’IRTS de Poitiers. Si le conflit est avant tout économique (lire ci-dessous), d’autres points de la circulaire participent à la complexité du dossier. Les étudiants en cours d’emploi ou qui perçoivent des Assedic ne sont pas soumis à la gratification. La crainte est notamment affichée de voir des structures choisir ces stagiaires au détriment des autres étudiants.
La direction, comme les étudiants, regrette que les négociations soient si difficiles. /« L’État nous renvoie aux interlocuteurs locaux qui, eux, en ont marre d’être sollicités pour des financements supplémentaires. Et puis, il y a des enjeux politiques. Le renouvellement des mandats et des équipes ne jouent pas en notre faveur »/, note Virginie Gresser. Cette dernière reste malgré tout confiante et assure que la situation devrait se débloquer à la dernière minute. /« S’il manque 10 stages, on y arrivera ; s’il y manque 50, ce sera alors un problème plus large et national. »/ Une solution qui ne ravit pas les étudiant qui craignent que l’urgence de la situation fasse couler toutes leurs revendications et accentuent les discriminations qu’ils dénoncent depuis quatre mois. /« Combien de personnes ont affaire à un travailleur social dans leur vie ? Beaucoup, pourtant, tout le monde reste indifférent. Notre combat, c’est aussi la défense des usagers »/, lance Anne-Sophie.
(*)AS : Assistants de service social ; ES : éducateurs spécialisés ; EJE : éducateurs de jeunes enfants.
Elodie MORISSET NR
Bourdieu où es-tu ?
Tu avais encore raison.