Sur le terrain

Comment s'y retrouver dans l'enfer des pistes cyclables ?

Au péril de sa vie, Yann Guégan a filmé à vélo les différents modèles existants. Donnez-nous votre avis sur vos préférés.

Début de piste cyclableIl lui en a fallu du courage. Notre reporter à vélo, Yann Guégan, a accepté de sillonner les rues de Paris, entre voitures et batailles d'eau, pour recenser les aménagements prévus pour les vélos. Profitez de sa caméra fixée au guidon pour embarquer à ses côtés et déjouer les pièges de la voirie parisienne :



Zoom sur deux situations particulières : rue des Petites Ecuries, où la voirie est discontinue, et un grand carrefour, ici la place de la Concorde, plus effrayant que le grand-huit du Walibi Schtroumpf. Comment s'en sortir ? Démonstration :



Nous avons montré ces vidéos à des étrangères et à un spécialiste des pistes cyclables. Les premières sont pour le moins perplexe face à notre système balbutiant.

L'avis de Katharina Kloss, ancienne étudiante de Mayence.

Katharina Kloss est allemande, installée à Paris depuis plusieurs années où elle travaille comme journaliste pour le journal européen Cafébabel. Originaire d'ex-RDA, elle s'appuie sur son expérience à Mayence, où elle a fait ses études, pour établir une comparaison :

« Le seul aménagement adapté, selon moi, est celui où voitures et vélos ne peuvent pas se battre sur la même voie. Une démarcation clairement visible au sol est la moindre des choses ou, encore mieux, une piste cyclable séparée de la rue par une barrière.

“Les voies à vélo, ici, c'est parfois du n'importe quoi. Franchement, une voie à vélo à contre-sens serait inimaginable en Allemagne. Partager la même file avec des taxis et des bus présente des grands risques et traverser la Concorde en Vélib, sans aucune démarcation au sol, c'est du suicide ! ‘

A Mayence, Katharina reliait plus rapidement le campus au centre-ville en vélo qu'en bus ou voiture, tandis qu'à Paris, le vélo ne semble privilégié que si on a le temps :

A Mayence, le vélo était un must ! Il y a une station de réparation sur le campus, de la place pour se garer devant les maisons et la ville entière est couverte de pistes cyclables. Même en habitant à l'autre bout de la ville, on arrive au campus sans à avoir à partager la rue avec une voiture ! Et s'il y a à traverser une rue en vélo, des feux spécialement installés pour les cyclistes alternent avec les feux pour automobiles.

Souvent en Allemagne, les centres-villes sont piétons. L'accès des rues est seulement permis aux taxis, transports publics et bien-sûr aux vélos. Coïncidence ? Le premier jour après mon déménagement à Paris, je me suis fait voler mon vélo -pourtant attaché à un arbre !

L'avis d'Anne Van Gemert, néerlandaise installée à Paris.

Même son de cloche chez Anne Van Gemert, néerlandaise, qui n'a jamais songé à amener son vélo à Paris, trop consciente des difficultés pour circuler :

On peut bien faire du vélo là où il y a des pistes, mais à un moment donné on ne les trouve plus et on ne sait plus où aller. Les indications ne sont pas claires, il n'y a pas suffisamment de panneaux piste cyclable'. Sur les rond-points, aucune indication, ce qui fait que les vélos vont dans tous les sens entre les voitures et les bus.’

Un rond-point aux Pays-Bas

‘Aux Pays-Bas, dans le cercle extérieur d'un rond-point, il y a un espace pour les vélos qui est suffisamment large pour ne pas devoir croiser des voitures (voir photo). En outre, les pistes ont souvent une autre couleur que la voie automobile, ce qui montre bien la distinction entre voiture et vélo.’

L'avis d'Abel Guggenheim, réalisateur d'une carte ‘Paris à vélo’.

Egalement ancien président du Mouvement de défense de la bicyclette, Abel Guggenheim se déplace toujours à vélo dans la capitale. Il l'a sillonnée pour effectuer des relevés de terrain et établir une carte des pistes cyclables. Lui est beaucoup plus indulgent avec le réseau parisien, car chaque aménagement aurait ses qualités, en fonction du niveau de l'utilisateur : (Ecouter le son)


Plus curieux encore, circuler en vélo à contresens des automobiles lui semble tout à fait naturel. Et ce même en l'absence de marquage clair : (Ecouter le son)


Fin de piste cyclable

Pour les gros carrefours, là encore, le cycliste chevronné conseille de s'adapter, en fonction de son niveau et de son degré d'assurance : (Ecouter le son)


Et vous, les pistes cyclables, vous les aimez comment ? Faites-nous part de vos observations et idées d'améliorations dans les commentaires classés ci-dessous.

Vidéos : Yann Guégan

6 commentaires sélectionnés

Portrait de Network 23

De Network 23

identité perdue dans mes papiers | 12H23 | 29/06/2008 | Permalien

Je renchéris sur Abel ! Les cyclistes devraient effectivement avoir droit de rouler dans les deux sens sur les petites rues.

L'exemple des Petites Ecuries est pas mal : la mairie a coupé en petits morceaux cet axe qui traversait Paris afin d'éviter trop de circulation automobile, du coup, avant que ces pistes à contre-sens soient en place, on risquait une amende de 90 euros (c'est arrivé ! ) pour avoir fait 10 mètres en contre-sens ; sinon, il fallait faire le tour, ce qui voulait dire, pour rejoindre République, monter jusqu'à la gare de l'Est puis redescendre. Bref, doubler le temps de trajet.

En règle générale, les cyclistes ne devraient pas avoir d'amende ni pour rouler en double-sens, ni pour rouler sur les trottoirs : faire cela, c'est faire preuve d'un comportement flexible et adaptatif face aux règles parfois kafkaïennes de la circulation ! Bref, adapter les normes à des situations réelles…

Portrait de Les Chats

De Les Chats

En grève du zèle contre le nettoyeu... | 13H42 | 29/06/2008 | Permalien

Aucun dispositif :

Système hyper dangereux, suicidaire qui prouve que les politiques irresponsables ne roulent pas à vélo et qu'ils n'en n'ont rien à faire.
Ce dispositif devrait être interdit, c'est carrément un risque mortel. Il n'y a rien de plus à dire sur ce dispositif si ce n'est qu'on devrait rendre les maires responsables des accidents graves.
Combien de maires se targuent d'avoir tant de kilomètres de pistes cyclables qui ne sont en fait que des voies cyclables sans séparateurs.

Portrait de m_ho

De m_ho

13H42 | 29/06/2008 | Permalien

Le vélo en ville a une vitesse moyenne de déplacement comparable voire supérieure à l'automobile. Ces deux modes peuvent donc se partager l'espace public sans limite physique, si ce n'est un simple marquage au sol.

Plutôt que de réfléchir sur la forme de nouvelles barrières dans l'espace public, nous devrions nous interroger sur la transformation du code de la route en un code de la Rue afin d'intégrer la vulnérabilité du cycliste, sans carrosserie, et l'exigence environnementales de limiter la dépendance automobile.

Je propose donc d'introduire les quelques règles suivantes :
- les vélos ont toujours la priorité sur les voitures ( c'est le cas pour les bus sortant de leur stationnement)
-limiter la vitesse maximale autorisée en agglomération abaissée à 30 km/h
- s'il tourne à droite à un carrefour signalé par un feu, le cycliste obéit aux règles du cédez le passage
- voire rendre obligatoire le port du gilet jaune pour assurer la visibilité du cycliste

Ces changements dans nos mœurs auraient l'avantage de maintenir la flexibilité des larges espaces publics de nos villes. Sans site propre cycliste, il y aurait plus d'espaces pour autoriser les stationnements en double file nécessaire à la vitalité économique d'une ville ouverte, dense et active.

Portrait de peace_and_love

De peace_and_love

15H14 | 29/06/2008 | Permalien

selon moi le problème principal des velo à paris est le fait qu'ils ne sont pas acceptés, ni des voitures ni des piétons. Les voitures tournent sans faire attention, ne respectent pas la priorité quand c'est pour laisser la place à un velo, etc…Et les piétons se foutent des pistes cyclables sur les trottoirs, et au feu, dès que la dernière voiture est passée, tout le monde traverse…et tant pis pour le velo qui arrive apres les voitures ! (ce qui est logique me semnle-t-il…)

c'est ce qui selon moi rend la ciculation particulièrement difficile pour les 2 roues. Je trouve que rouler à contresens et sur le trottoir simplifierait aussi largement les choses (si le velo ne constitue pas un gain de temps, ca perd beaucoup de son intérêt ! ). Je suis aussi absolument contre les amendes ! c'est grave qu'un velo se prenne 90 euros pour 100m sur un sens interdit ou un trottoir, ca devrait etre au moins toléré, si on doit faire exactement le même trajet qu'une voiture ca n'a plus autant d'intérêt(parce que le coté agréable à paris, on peut oublier tout de suite ! ).

J'habite a berlin et ici, rouler sur les trottoir est interdit mais toléré, donc tout le monde le fait et ca ne pose absolument aucun problème.

JE pense en fait qu'il faut encore attendre quelques années, que les voitures et piétons s'habituent à la présence des vélos, et que ceux ci apprennent aussi à rouler correctement, pour ne pas etre un danger public comme c'est parfois le cas.

Portrait de Kereven

De Kereven

17H38 | 29/06/2008 | Permalien

En Hollande il y a les feux pour vélos. Il y en a très peu à Paris, sauf le long du tram sud. Et personne ne les respecte. Cependant cela devrait être et ce serait plus simple.

Portrait de magic.marmelade

De magic.marmelade

18H18 | 29/06/2008 | Permalien

Pour avoir fait du velo a Paris pendant du temps, mais aussi chez les rois du velo, danemark et hollande, je peux vous dire, que ces systemes ne sont pas comparables… Au danemark il y a plus de velos que de danois… le plus haut denivele a Copenhague doit etre 20 metres… et la grande banlieue, c'est a 40 minutes a tout casser du centre, le taux de pollution de l'air est nettement meilleur… bah oui, mais c'est une ile…. les velos sont si presents que les autos ne peuvent en aucun cas les ignorer. Le stress a velo vient alors des cyclistes eux-memes, qui se klaxonnent, se doublent, se rale dessus, on gros bonheur !

Ceci dit, faire du velo a Paris, c'est magique. C'est a prendre un peu comme un safari, pret a donner un gentil coup de pied dans l'aile avant gauche du parisien dans sa grosse berline qui vient de vous doubler, qui cause avec son portable, et qui tourne sur vous…. J'y prenais plaisir en sachant les risques… Mais sans signalisation, on peux aussi decider du parcours, on peut doubler dans tous les sens, foncer au milieu des embouteillages, c'est drole comme tout… apres c'est pas tout le monde que ca fait rire de risquer sa vie tous les jours… et aussi cette mechante odeur de petrole dans les cheveux, sur les fringues une fois traversee la capitale… Pis une fois, pendant une semaine, j'ai tente le masque… c'est insupportable, j'avais l'impression d'etre puni, et en plus… le masque etait au bout d'une semaine, tout jaune a l'endroit de la bouche…. bref, il me montrait ce que je mettais dans mes poumons tous les jours… effrayant, j'ai arrete le masque !

15 ans plus tard, il y a maintenant des pistes cyclables a paris…meme si un peu anarchiques. c'est mieux que rien, des velos a louer, meme si c'est Decaux qui empoche tout… Reste que les rues parisiennes, pour la plupart sont a peine assez larges pour une voie auto et un trottoir… alors un couloir de bus, un de velo…. va falloir revoir les plans de la capitale !

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