"Aujourd’hui, l’érotisme dans un art est la seule chose qui fasse encore sursauter les pantins…", écrivait en 1934 le peintre Balthus à celle qui deviendra sa femme, Antoinette de Watteville. Une exposition organisée par la Fondation Pierre Gianadda à Martigny, en Suisse, illustre à merveille cette orientation du peintre.
Balthus aurait eu 100 ans cette année et les quelque soixante toiles, parmi les grandes compositions de Balthus que l’on avait peu vues, réunies par les commissaires Jean Clair, bien connu des Français, académicien de fraîche date, et Dominique Radrizzani, suisse et directeur du Musée Jenisch de Vevey, donnent toute l’ampleur du talent de ce peintre.

Des compositions proches de la perfection, dont Balthus disait, à la fin de sa vie, qu’il essayait d’en faire une nouvelle version.
Balthus, un nom énigmatique
D’un diminutif, il en fit un nom qu’il francisa. De Balthusz, surnom amical, il fit Balthus.
Un garçon doué, certes, mais fils tout de même d’une dynastie de peintres, il travailla sans relâche à l’ancienne. Piero Della Fancesca fut son maître. Il copia et copia encore.
Le motif fut toujours le prétexte d’une composition. Mais il resta toujours et toujours attaché à ces très jeunes filles qu’il fit poser partout dans ses ateliers de Chassy dans le Morvan, de la Cour de Rohan à Paris, de la Villa Médicis à Rossinière en Suisse où il s’intalla dans les années 70, dans un chalet magnifique dont on dit qu’il est le plus beau, mais qu’il fut aussi un ancien pensionnat de jeunes filles.

Sa seconde femme, japonaise, Setsuko, qu’il a initié à la peinture proposait d’ouvrir l’atelier pour l’occasion. La visite fut décevante, les clefs avaient été égarées et la visite ne dura que quelques instants derrière une vitre blindée. Mais comment pouvait-il en être autrement. Il n’y avait pas de réponse à ce que chacun interroge, ce tête-à-tête entre le peintre et un modèle si jeune dans le huis clos de l’atelier, où il s’installait de 14 à 17 heures jusqu’au déclin du jour, face à une jeune fille alanguie, qu’il peignait. La réponse était dans les toiles.
Des rêveuses présentes au vernissage
Il n’est pas si sûr que l’époque où Balthus observait la société de son temps soit révolue. Le Museum of Modern Art (MoMA) à New York n’a-t-il pas vendu "La Jeune Fille à la guitare", une des toiles les plus suggestives de Balthus, à la demande de ses actionnaires ? Balthus ne craignait pas le scandale, le souhaitait même, mais l’érotisme qui rend ici la suggestion efficace est d’une élégance à nulle autre pareille. "Je peins les rêveuses et non le rêve", ajoutait-il en réponse aux surréalistes. Mais quelles rêveuses ? Les adolescentes nubiles, à l’orée de la féminité, installées dans des poses alanguies, les yeux mi-clos. Il s’est employé à capter avec tant de talent ce moment d’éveil de la sexualité chez la très jeune femme.
Les journalistes, les amateurs se pressaient au vernissage pour voir les toiles, mais pour savoir, comprendre, percer le mystère Balthus. Pendant de longues années, ce dernier opposa un mutisme total à toute demande d’interview. C’est pourquoi outre les toiles, les modèles présents étaient invités à témoigner.
Ainsi Odile Bugnon ne découvrit que tout récemment que monsieur Rola, l’ami de ses patrons, pour qui elle posa à l’âge de 14 ans, n’était autre que Balthus. Agée de 75 ans, elle se souvient de ce regard perçant, impressionnant et du geste pour échancrer sa chemise. Cette jambe repliée c’était une idée à lui, une position inconfortable.
Le temps, Balthus l’a habité à son rythme, celui de la lenteur qu’exige la contemplation.
► Balthus – 100e anniversaire exposition à la Fondation Pierre Gianadda, à Martigny (Suisse) - jusqu’au 23 novembre 2008 - tous les jours de 9h à 19h.










En notant les commentaires pour leur pertinence, vous en facilitez la lecture. Les moins bien notés se replient d'eux-même mais peuvent s'ouvrir d'un clic. Pour pouvoir commenter et noter, merci de vous inscrire. Les commentaires sont fermés après sept jours. Pour en savoir plus, lire la charte des commentaires.
En somme, un obsédé sexuel parfaitement sain et normal
:D
très facile de déclarer cela.
quelque chose vous gêne dans ma boutade ?
(accident doublon)
« Ainsi Odile Bugnon ne découvrit que tout récemment que monsieur Rola, l’ami de ses patrons, pour qui elle posa à l’âge de 14 ans, n’était autre que Balthus. Agée de 75 ans, elle se souvient de ce regard perçant, impressionnant et du geste pour échancrer sa chemise. Cette jambe repliée c’était une idée à lui, une position inconfortable ».
- A l’âge de 14 ans.
- ce regard perçant, impressionnant et du geste pour échancrer sa chemise.
- Cette jambe repliée c’était une idée à lui, une position inconfortable.
Qu’était cette fillette pour cet homme, sinon un objet ?
Ah, la caution artistique. J’ai fait jouer des enfants au théâtre. Avant même de commencer à jouer, je leur expliquais leur texte. Ils savaient toujours la portée exacte de ce que je leur proposais de faire. Et jamais je ne me serais permis ça: en faire des objets de désir.
Comment peut-on parler d’objet ou de désir, chez un artiste qui cherche la meilleure lumière, la meilleure pose, pour que la jeunesse, la sensualité, la beauté et la fragilité ressortent comme une évidence et un naturel certain ?
L’oeil de l’artiste cherche tout cela à la fois et sa peinture doit laisser transparaître tout ce qu’il a vu et ressenti, il ne cherche qu’a faire partager cette émotion, il n’y a chez lui ni perversion, ni obsession voyons !
Merci pour le « Roi des Chats », Les Chats.
On ne saurait dire plus juste.
Alors vous ne devez pas connaître l’ensemble de l’œuvre de Balthus ou de son frère Klossowski. Et pas vraiment connaître le sens des mots « équivoque ", " ambigu »
Il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.
Pas grave !
(Et merci de m’avoir « nazé ». Moi, je ne recours pas à ce procédé dès que je suis en désaccord avec quelqu’un, vous ne le serez donc pas)
Si A.Nonyme je connais son oeuvre c’est forcément un homme sensible et sensuel sinon il ne peindrait pas ainsi.
Quand au naze je vous promets que ce n’est pas moi, je ne fais jamais même pour des gens qui ne sont pas d’accord avec moi et même sur des sujets politique, alors encore moins pour quelqu’un qui exprime un sentiment même si je pense qu’il est erroné mais si c’est ainsi que vous le ressentez … Pour moi rien n’est naze il n’y a que pour le FN qui s’autonote Top que je le fais pour rééquilibrer sinon je ne mets rien.
Vous me connaissez quand même A.Nonyme, je rouspète assez pour les replis gratuits et mesquins.
Le « vous » ne vous visait pas en particulier ;-)
Bonsoir A. nonyme,
Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire ici (dans le fil de commentaires suite à un précédent article de Marlène Belilos : »Giacometti à Beaubourg : pendant l’expo, la polémique continue » ) j’ai eu la chance de rencontrer il y a quelques années Georgette Pravaz, une jeune paysanne qui posa pour Balthus pendant les années de guerre, devenue unei charmante vieille dame, qui pose un regard amusé sur ces quelques annéesannées.
Nullement traumatisée par je ne sais quel regard ambigüe que Balthus aurait posé sur elle, elle porte au contraire sur cette période un regard amusé.
Elle habite toujours le même hameau de Vernatel, au pied de La Dent du Chat (décidément, on en sort pas!) et aime à raconter comment le « sulfureux » Pierre Klossovski, lorsqu’il se rendait à l’abbaye de Hautecombe, de l’autre côté de la montagne, aimait à se déguiser en moine pour échapper aux patrouilles allemandes mais pas seulement, et comment sa réputation était faite depuis qu’il s’était cogné à un arbre, car il lisait en marchant.
Voici le témoignage que m’a laissé Georgette à propos des séances de pose avec Balthus :
« Comme je chantais en allant aux vaches, Baladine, la mère de Balthus, me faisait des compliments sur ma voix. Son fils a demandé à mes parents si je pouvais poser un peu. Il voulait faire un tableau.
Les séances de pose avaient lieu en début d’après-midi, aux heures chaudes, dans le grand salon du château (Champrovent). Je ne posais jamais plus d’une heure car, à la ferme, le travail ne manquait pas.
C’était la saison des foins et il fallait soigner les animaux. J’avais douze-treize ans, les séances me paraissaient longues et difficiles, au point qu’une fois, je m’endormis.
Il ne fallait pas bouger du tout et si, par malheur, je dérangeais la pose, Balthus disait que tout était recommencer…
Il était concentré et peignait lentement, directement sur la toile, sans dessiner avant.
Je n’ai jamais vu un de ses tableaux achevé, car il continuait de peindre longtemps après que je sois partie. Il avait son idée et la suivait. Comme il était peu bavard et moi très timide, je n’osais lui demander la permission de regarder ses tableaux. Je ne les ai vus que bien plus tard, dans les livres.
J’ai posé pour le « Goûter " et pour" la dormeuse à l’appui du sofa ». Ma cousine Simone, elle, pour « la liseuse accroupie au sol » dont parle Jean Leymarie dans son livre. Parfois, elle et moi prenions la même pose à tour de rôle.
Nous étions en quelque sorte interchangeables.
C’était certainement plus commode pour lui car, étant donné le travail à la ferme, nous n’étions pas forcément disponibles au moment voulu.
De toute façon, Balthus poursuivait son idée, alors Simone la brune ou Georgette la blonde, c’était sans importance. »(…)
Je joins un des tableaux dont il est question dans le témoignage :
Pascal Riché ne va pas être content car l’image est trop grande, mais je n’ai toujours rien compris à cette histoire de code qu’il faut ajouter pour la rétrécir:-))…
Eh bien moi je suis content de voir la toile occuper la place blanche. Surtout que je ne dénie pas à Balthus son statut d’artiste.
Je réagis ici au témoignage d’autres modèles de Balthus. Où on voit que, s’il ne leur a pas nécessairement demandé d’actes contraires à la loi, il les a utilisées comme objets porteurs de « son idée » et non traitées comme personnes, ne leur a jamais rien expliqué.
Soit il n’expliquait rien à personne, et alors pourquoi pas ; soit il pensait que ce qu’il faisait n’était pas à dire à des enfants, et alors on revient à mon malaise initial ; soit il pensait que des enfants n’étaient pas capables de comprendre son art. En quoi il aurait bien été de son époque, ignorante de ce qu’est réellement un enfant. Moi je crois qu’un enfant comprend parfois mieux qu’un adulte. J’ai un fort souvenir d’une promenade de nuit avec une bande de mômes de 8 à 11 ans : saisis pour la première fois de leur vie par la vue de la voûte étoilée, ayant eu d’un coup l’idée de leur place dans l’univers, ils m’ont assailli d’une rafale de questions sur la vie l’amour la mort comme je n’en ai plus jamais eues…
je suis toujours intéressée par vos ajouts. C’est un peu court mais je n’ai rien à ajouter.
Bonjour Marlène,
Un autre ajout, peut-être à même d’éclairer un peu quant à la genèse de cette » Rue » mise en exergue dans votre article :
Pour ceux qui connaissent un peu Saint-Germain-des-Près, cette vue est la synthèse de deux :
-D’une part, la rue Bourbon-Le-Château vue depuis la rue de L’Echaudé.
-D’autre part, une vue de la rue de Furstenberg quand on prend la direction de la rue Jacob.
Merci toujours,
Oui, je le sais car c’est un des tableaux que je préfère. J’avais été photographier et lui avais offert la photo,ce la dernière fois que je vis le peintre à Rosssinière en 2000.Il m’avait dit que jusqu’à la fin de sa vie il chercherait à retrouver quelque chose et à en faire une nouvelle version.
J’avais croisé le réalisateur qui tourna un documentaire sur lui PetitGrew.
Bonjour cher !
Tu vas sur ce site pour t’inscrire:
http://www.servimg.com/index.php
Il te permet d’acquérir des images et d’y mettre un code Htlm, puis offre la possibilité de redimensionner celles ci pour :
fond d’écran, soit 1024 px
forums, soit 800 px
sites, soit 640 px
et blog soit 320 px, ce qui correspond à la taille des commentaires.
Voici voilou !
Merci beaucoup Adaunis.
Je vais aller voir par-là…
…OK, t’aurais pas été postier dans une vie antérieure, non des fois?:-)))
Salut à toi et re-merci mille fois.
Tu vois quand on veut, on peut.

A propos d’être « postier », dans une vie antérieure comme tu dis, c’est très drôle.
Figure toi que je leur ai donné presque dix années, à m’occuper de ces bon postiers dans leurs villages de vacances.
J’en aurai des choses à raconter !
Bon, le sujet était me semble t-il Balthus, et justement, dis moi là, ai je une tendance « Balthuséenne » ?
Pour ce qui est de la construction du tableau, la géométrisation des corps dans l’espace du tableau, oui, c’est assez « Balthuséen »,
par contre, pour la thématique j’aurais plutôt dit Courbet…
Qu’en penses-tu?
Merci pour ton analyse, mais « putain " pour la thématique, je " courbe » l’échine de confusion, je n’y avais pas pensé ! ;-)
Très intéressants vos débats et vos ébats adaunis et brogilo » Merci pour le Roi des Chats !! ;-))
Je n’ai pas réussi à réouvrir le message A.Nonyme, mais d’autres vont passer par là.
14 nazes : je suis le plus noté de ce sujet ! Vraisemblablement par des gens qui ne commentent pas.
Belle aptitude au débat.
Pas grave !
Les commissaires veulent sauver l’art
Ils ont recours aux anciens nés des anciens
Montrés, remontrés, plus que montrés
Rue89 c’est la révolution en marche que nous aimerions trouver
Ce sont des peintres vivants
Mais la France n’a plus de Picasso
N’a plus de Balthus
N’a plus de peintre qui se passionne pour le dessin
Quand on pense que Jean Clair est académicien
Et qu’il déteste Picasso
Picasso est pourtant plus proche de Frenhofer que Balthus
Mais le mystère n’intéresse plus le public
Et le mystère le lui rend bien
Qu’est-ce que la vie sans questions !
Qu’est-ce que la vie sans quelques réponses.
http://pikasso02.skyrock.com/
Balthus n’est pas un obsédé sexuel sain et normal. C’est un peintre qui sublime ses pulsions dans des toiles qu’il vous donne à voir.
C’est mon interprétation.
Ne pourrait-on pas dire ceci de tous les artistes ?
oui d’accord.
L’art de Balthus, aujourd’hui on appelerai ça la pédophilie. Beaucoup trop de jeunes filles sont présente.
Regarde mieux, elles sont plutôt absentes. :-)
Au sens où l’entend Guy Davenport lorsqu’il dit « La manière dont les enfants créent un monde subsidiaire, une île émotionnelle qu’ils ont le talent de « robinsoner »…
Si tu as cinq minutes, lit ça (c’est un peu long, mais ça vaut le coup) :
Brian Ludwig, L’Autre Monde. Balthus et l’enfance
http://images.google.fr/imgres?imgurl=http://membres.lycos.fr/brianludwi…
Je crois que vous êtes un peu à côté, justement lui il peint.
Je vais acheter un pinceau !!!
Un pinceau ? Alors t’es mal barré mon pesteux ;-))
Il en faut plein ! Tout plein, des fins, des gros, des plats, des brosses ….. et n’oublie pas la toile ! :-)
Profites-en, ces sont les soldes !!
Je vais commencer par la peinture corporelle féminine ,une nouvelle technique exclusivement à la main par passes successives glissées dites « à la parisienne » et retouches pointillistes à l’index !!
on ne garantit rien
pleinitude de la peinture , c’est de l’or …quand au tableau juste au dessus , voyez ce chat !!!je suis subjugué par le caractère , la fraicheur , les intentions , les inventions (trouvailles ) de ce Peintre .
Pour repondre en partie a A.nonyme dont je comprends le point de vue, quand on se retrouve modele pour un artiste, on est bien souvent « objet ». Pensez-vous que devant un peintre, celui-ci va vous expliquer pourquoi il choisit de faire ainsi? Certainement pas.
Maintenant, parce que cela devient necessaire peut etre pour je ne sais quelle raison, l’artiste expose son travail, ses oeuvres creees, a vous d’accepter ou non de poser, vous ne verrez que le tableau final ou peut etre pas d’ailleurs.
Etre consideree comme « l’objet » de l’artiste au moment de la pose peut paraitre pejoratif, en soit c’est un soulagement, un regard humain sur une personne humaine qui prends des poses adaptees a un desir artistique serait genant parce qu’en restant objet de la creation on peut garder une certaine pudeur pour soit. Je ne sais pas si mon propos est clair et je m’en excuse.
L’oeuvre de Balthus a son « quelque chose » qui fait de lui un artiste, j’aime son oeuvre et je felicite l’auteur de cet article pour cette presentation et pour ce titre qui pourrait s’appliquer a beaucoup de mouvances artistiques et qui perdure.
Voyez la Nouvelle Objectivite, entre erotisme et vulgarite pour s’exprimer…
Je vous conseille le tres bon « L’erotisme » de Georges Bataille egalement, un bon livre sur ce terme.
« Etre consideree comme "l’objet" de l’artiste au moment de la pose peut paraitre pejoratif, en soit c’est un soulagement, un regard humain sur une personne humaine qui prends des poses adaptees a un desir artistique serait genant parce qu’en restant objet de la creation on peut garder une certaine pudeur pour soit. »
Ça me va s’il s’agit, comme pour vous d’un rapport d’adulte à adulte. Pas adulte à enfant. J’ai parlé plus haut de théâtre, que je connais bien. Il y a quelques années, j’étais allé voir un spectacle monté avec adultes et enfants, où jouaient de mes élèves. J’avais été très gêné de voir qu’ils étaient pratiquement réduits à l’état de décor, comme des guirlandes dans un sapin de Noël. A voir leurs visages, il était clair qu’ils ne comprenaient rien à ce qui se passait sur scène.
Je vous mets un top M’sieur parce que ce que vous dites est logique et pertinent et que j’ai beau me le repetter, bah je ne trouve aucune argumentation juste en faveur des votres ou juste en defaveur, juste des questions.
Pas de reponses a y apporter donc mis a part qu’a mon sens il ne porte pas atteinte a ces enfants et que, meme si a l’instant de la pose elles ne saisissent pas, quelques annees plus tard, elles peuvent comprendre et voir avec fierte qu’elles ont permis a un artiste de s’exprimer (je l’espere, je n’en ai aucune preuve si ce n’est un temoignage poste plus au dessus). Dans une piece de theatre, les choses se compliquent pour le coup, et je ne veux pas donner un avis encore plus neophyte mais tant pis je me lance: un enfant au theatre qui fait partit du decor, devient objet, a moins que ce ne soit un choix du metteur en scene, oui, ca a de quoi attrister. Dans un tableau, c’est un tout, un decor fige qui part de courbes dont il s’inspire avec une « base », une inspiration (c’est plus joli qu’objet).
Inspirer quelqu’un pour un poeme, un livre ne fait pas forcement de nous un objet non plus, et on se retrouve parfois meme dans l’ignorance d’avoir ete cette source d’inspiration. Alors je ne sais pas si l’on peut comparer le fait d’etre « comme un objet » pour le theatre, la peinture, la litterature, etc, etc
C’est dommage, ce serait tellement agreable pour un peintre, je crois, d’expliquer a tous ses modeles ce qu’il cherche mais le peut-on vraiment quand l’enfant ne possede pas les clefs pour tout en saisir?
Entre risquer de le perdre et rester dans un certain mutisme, je crois que j’en aurai fais de meme, en fait je ne sais pas.
He bah voila, c’est tout fouillit ce que je dis mais je me suis dis que je pouvais bien vous offrir mes impressions, j’essaierai d’eclaircir mes idees si necessaire.
Merci pour vos doutes et vos questions. Les gens qui viennent sur Internet bardés de certitudes à asséner sont plus nombreux que les gens comme vous.
Si vous relisez les témoignages des ex petits modèles de Balthus, vous verrez que les avis sont partagés : il y a celle à qui ça n’a rien fait, et celle qui a été gênée par ses gestes et son regard.
« Inspirer quelqu’un pour un poeme, un livre ne fait pas forcement de nous un objet non plus, et on se retrouve parfois meme dans l’ignorance d’avoir ete cette source d’inspiration »
Je vais vous raconter une histoire vraie. J’ai écrit un livre, en attente d’éditeur, où je raconte des rencontres rapides faites tout au long de ma vie. Dont celle d’un enfant, dans la foule du bord du Tour de France, qui m’a fait sans que je lui demande x confidences. Ému j’en ai tiré un texte. Mais, imaginant qu’il puisse un jour tomber sur ce livre et qu’il crie à la trahison, au dévoilement de son intimité, j’ai fait des pieds et des mains pour retrouver sa famille à l’autre bout de la France et leur soumettre mon texte. Ils ont demandé à ce que je le censure, ce que j’ai fait comme suit :
« Et, derrière des grappes humaines chassant en riant les gris-gris publicitaires sur un lacet de route, à la terrasse d’un café aux tables remplies de vélospec-tateurs, j’ai reçu tout saisi comme un edelweiss des plus rares : à deux pas de ses pépiants papys occupés à occuper leurs pliants d’un séant pesant, un garçon de neuf ans, entre sourire et gravité, m’a dit, sans que je lui aie posé la moindre question, son essentiel en une demi-heure : désirs, plaisirs et chagrins – pourtant je ne lui demandais rien – tellement le poussait l’envie de se confier à un inconnu qu’il ne reverrait plus.
Mais c’est fragile, une fleur. Alors, si on le veut bien, ce qui fut dit restera entre nous deux. »
« Si vous relisez les témoignages des ex petits modèles de Balthus, vous verrez que les avis sont partagés : il y a celle à qui ça n’a rien fait, et celle qui a été gênée par ses gestes et son regard. »
Bonjour A.Nonyme,
Comme on dit chez moi, « vous en dîtes trop ou pas assez ».
Pourriez-vous citer vos sources, s’il vous plait? Merci.
Je reprends l’article de départ : « Ainsi Odile Bugnon (…) Agée de 75 ans, elle se souvient de ce regard perçant, impressionnant et du geste pour échancrer sa chemise. Cette jambe repliée c’était une idée à lui, une position inconfortable. »
Je vous cite :
-« Je réagis ici au témoignage d’autres modèles de Balthus »
-« Si vous relisez les témoignages des ex petits modèles de Balthus, vous verrez que les avis sont partagés ».
En fait, contrairement à ce que vous laissez entendre,il ne s’agit pas du témoignage offusqué d’une ribambelle de modèles marqués à vie par l’ »équivoque », l« ‘ambigü » Balthus, mais bel et bien d’UN témoignage, à savoir celui d’Odile Bugnon (devenue Emery).
Or, que dit-elle?
Voici un article assez complet, paru dans La Liberté, quotidien roman édité à Fribourg :
Odile Emery, modèle de «M. de Rola»
EMOTION • Lors du vernissage de l’exposition de la fondation Gianadda consacrée à Balthus, Odile Emery, de Fribourg, a revu la toile dont elle est le personnage central: «Les Beaux jours», un chef-d’œuvre de 1944-46.
Pierre-André Sieber
A Fribourg, Odile Emery coule une retraite paisible dans une rue qui porte le nom d’un peintre de la Renaissance. Ironie du destin? C’est un peintre qui lui a donné une célébrité inattendue: Balthazar Klossowski, devenu comte Klossowski de Rola alias… Balthus. Dans «Les Beaux jours» (1944-46), une huile sur toile de l’artiste exposée actuellement à la fondation Pierre Gianadda, la jeune fille en fleurs, alanguie sur un fauteuil, tenant un miroir, c’est elle!
«Lors du vernissage de l’exposition, j’ai revu cette toile et j’ai été très émue», raconte Odile Emery. «J’ai même pleuré avec une autre modèle de Balthus! Il y avait sa veuve Setsuko et sa famille. C’était émotionnellement très fort.»
Quand Odile Emery parle du peintre de Rossinière, le bleu de ses yeux s’illumine. Les souvenirs des jeux d’enfant lorsqu’elle vivait à la ferme du Guintzet à Fribourg dans les années 40 lui reviennent en mémoire.
Chez les de Chollet
A l’époque, à proximité de la maison familiale, vit le baron Louis de Chollet dont les deux filles aiment jouer avec la petite Odile Bugnon. Un artiste peintre - qu’on appelle simplement de Rola - fréquente le baron de Chollet dont il a tiré le portrait ainsi que celui de ses filles. Un jour, il remarque la jeune Odile au charme juvénile. Il veut en faire un de ses modèles. L’enfant lui répond qu’elle doit demander la permission à sa mère.
La gouvernante des filles de Chollet obtient l’assentiment de la mère d’Odile. La jeune fille - qui n’a alors que 14 ans - peut se rendre dans l’atelier du peintre aux yeux noirs situé en ville de Fribourg, derrière la basilique Notre-Dame. Mais elle sera accompagnée de la gouvernante des de Chollet!
Lors de la première séance de pose, Odile n’a pas vraiment peur, mais elle est tout de même très impressionnée par M. de Rola, qu’elle perçoit comme quelqu’un de fermé, très sobre et très mystérieux. Ses souliers ne conviennent pas au goût de l’artiste peintre et elle n’a pas de collier. De Rola lui en procure un, fait changer ses chaussures, échancre la robe et lui apporte un miroir.
La séance est longue et l’adolescente s’impatiente. Le peintre la place sur un fauteuil Récamier dans une position plutôt inhabituelle pour elle… «Ce n’est pas moi qui ai eu l’idée de cette pose», explique-t-elle. «A l’époque, je n’y aurais même pas pensé.»
Perfectionniste, le peintre fait changer son modèle de position plusieurs fois. En témoignent deux esquisses que l’on peut retrouver dans «Le catalogue raisonné de l’œuvre complet de Balthus» (Gallimard).
Odile Bugnon ne se doute pas qu’elle va devenir le personnage central d’un des plus célèbres tableaux de Balthus aujourd’hui propriété du Hirshhorn Museum de Washington…
L’écume des jours fait son travail et Odile Bugnon devenue Emery oublie totalement M. de Rola. Jusqu’à ce jour de 1983 où, lors d’un repas, l’artiste Emile Aebischer, dit Yoki, parle d’un certain Balthus qui expose à Beaubourg. Odile lui demande qui est ce peintre. On lui montre alors le catalogue de l’exposition et elle se reconnaît dans le tableau «Les Beaux jours»! Balthus, c’est donc le Monsieur de Rola qu’elle a connu chez les de Chollet!
Complètement émue de se voir ainsi après tant d’années, Odile Emery tente d’entrer en contact avec Balthus. Elle lui téléphone, mais ce dernier est malade et elle ne peut lui parler. Et lors de l’ouverture de l’exposition, mardi, à Martigny, elle retrouve l’œuvre du peintre, sorte de face à face avec elle-même, rendu possible par le «mystérieux Monsieur de Rola».
Où voyez-vous qu’elle se soit sentie souillée par quoique ce soit à un moment donnée de sa rencontre avec Balthus. Tout au plus dit-elle avoir été impressionnée par l’homme, on le saurait à moins, et que l’idée de la pose ne venait pas d’elle, autrement dit qu’à quatorze ans ans, l’idée de prendre une pose « languide » ne lui serait pas venue à l’esprit.
D’où mon sentiment que vous surinterprétez.
Par exemple, quand vous dîtes : « Ah, la caution artistique. J’ai fait jouer des enfants au théâtre »
Mais justement, tout le problème est là : contrairement au théâtre, la peinture n’est pas un « art vivant ».
La meilleure façon de parler aux fleurs pour un peintre, c’est encore de les peindre.
Balthus disait : « On ne peut peindre une figure que si l’on est devenu cette figure ».
Cézanne, avant lui, a dit à peu près la même chose d’une pomme.
Ailleurs vous dîtes : « Alors vous ne devez pas connaître l’ensemble de l’œuvre de Balthus ou de son frère Klossowski. Et pas vraiment connaître le sens des mots "équivoque" , »ambigü »…
Une fois n’est pas coutume, je vous renvoie à cette vieille branche de Saint-Paul qui n’a pas dit que des c… toute sa vie :
«Je sais et je suis convaincu par Notre Seigneur Jésus qu’il n’y a rien de sale en soi, mais celui qui pense que quelque chose est sale, cette chose est sale en lui.»
Bref, éviter de projeter ces propres fantasmes érotiques dans un tableau en facilite grandement la lecture.
Je vous souhaite une bonne soirée.
Encore une fois on ne saurait mieux dire. Ajoutons Lacan qui disait que l’on est dans le tableau, que le tableau vous regarde. Il faisait une différence entre l’oeil et le regard vois « Les 4 Concepts fondamentaux de la psychanalyse », Séminaire Livre XI. Toute une partie est consacrée au tableau. Cela m’intéresse de savoir comment vous lisez ça.
Ignorant la totalité du témoignage, n’ayant que celui donné par l’auteur, j’étais en droit de penser ce que j’ai dit. Mias j’apprécie que vous me donniez cette totalité.
Pour le reste, chacun sa conscience, Monsieur. Et ne vous occupez pas plus de mes fantasmes que moi des vôtres.
« Celui qui pense que quelque chose est sale, cette chose est sale en lui », c’est à peu près ce qu m’avait répondu le rédac’ chef d’un hebdo qui, pour informer de tel téléfilm, avait extrait des milliers de photos celle d’enfants nus.
Je ne m’étais pas démonté, et lui avais rétorqué que c’était ces photos là et pas les autres que lui avait choisi de montrer.
Le théâtre différent de la peinture : merci de me l’apprendre, je n’étais pas au courant. C’est juste que, dans l’un comme l’autre cas, l’enfant modèle et l’enfant acteur sont tous les deux vivants, et en aucun cas à intrumentaliser.
Mais vous faites bien comme vous voulez. Si vous trouvez normal d’associer érotisme et fillette à peine nubile, comme écrit dans l’article, allez-y.
(Et je vous renvoie au texte où je parle d’un enfant que j’ai rencontré puis intégré dans un de mes livres. On n’a visiblement pas les mêmes valeurs. Fin de l’échange, en ce qui me concerne)
« Fin de l’échange, en ce qui me concerne) »
Oui, je comprends.
Au plaisir?
Sur tout autre sujet, au plaisir !
L’art se nourrit de la vie, il ne peut être absent de ce que nous vivons, qu’on soit peintre ou spectateur de cet art. Comment peut-on penser qu’il est forcément « beau », propre, limpide, et unilatéral, comment dire qu’on a tout compris et que ce que pensent les autres est une erreur ? Comment l’art peut-il être absent des horreurs de ce monde / des beautés de ce monde ? L’art est. Il est ce que vous en faites. Mais il ne vient pas des musées et des salons à la lumière feutrée. Il y va, malheureusement, mais il se nourrit de tout ce que sont les humains.
J’ai lui l’article, vu les quelques œuvres de ce peintre que je ne connaissais pas et quelque chose m’a gêné : dans le premier tableau, ce jeune homme/enfant à gauche qui serre une jeune fille/petit fille contre lui et qui lui maintient le bras. Je n’ai pas aimé ce détail et cette violence que je vois. Je ne pense pas ça a priori, je vois ça là aujourd’hui avec mes yeux et ma vision personnelle et subjective. Pourquoi serait-ce faux, ou juste ? Il n’y a pas à moraliser, à corriger. C’est de l’art, tout le monde y a accès, tout le monde en repart avec quelque chose, moi c’est ça. Et du coup, à la lecture de vos commentaires, je penche plus vers Anonyme que vers Brogilo, parce que je vois ce qu’il voit. Mais rien de moral à cela ! Juste différentes visions sur quelques tableaux exposés à travers un article. C’est ça l’art vivant. Contredîtes-moi, essayez de me convaincre, faites ce que vous voulez mais laissez moi voir avec mes lunettes.
Sympa Balthus. Le scandale et l’erotisme ca me va. En ce temps la, TF1 n’existait pas et la pedophilie restait confidentielle. Aujourd’hui evidement, faut faire gaffe, avec tout ce qu’on voit et qu’on entend ma bonne dame.
Ces gamines, un peu provocantes certes, elles incarnent davantage, en tout cas pour moi, la fin de l’innocence, pressentie avec regret et avec espoir.
Je me demande comment il peindrait les gamines delurees de 14 ans en 2008…
On n’en saura rien. Il a peint jusqu’en 2001. Au vernissage étaient présentes deux plus jeunes modèles qui ont dit aussi qu’elles étaient bien fièrs d’être sur les toiles. Que Balthus s’inquiétait » Avez-vous froid ? » Non parce qu’elles étaient nues mais parce que nous sommes dans un chalet de montagne.
Il y a une très belle biographie de Claude Roy, avec de magnifiques photos.