Petite chronique du racisme ordinaire dans le XIXe arrondissement de Paris, où a été agressé le jeune Rudy samedi.
« Agression antisémite ». Le procureur de la République a retenu ce chef d'accusation dans l'affaire de l'agression de Rudy, 17 ans. Après une bagarre avec cinq jeunes noirs du quartier, le jeune juif a été hospitalisé dans un état grave. Le procureur a parlé de violences intercommunautaires persistantes dans cet arrondissement de l'est parisien.
Boulevard Serurier, rue Petit, cité Danube, cité Ourq, rue Eric Satie. A 21h30, lundi soir, les rues sont calmes. Comme d'habitude. Succession de logements HLM, de restaus, de commerces, d'écoles, ce quartier ressemble au XXe ou au XIème voisins. Un peu bobo, un peu popu.
Ici peut-être plus qu'ailleurs à Paris, les jeunes restent dehors. Ils sont là, par petits groupes. Ils discutent, draguent, rigolent, fument aux abords des restaurants. Des sushis casher, des kebabs, un bar tabac fermé. « Waaa ! Encore cette histoire. Mais on les connait pas les mecs qui se sont tapés », s'énerve Mourad. Avec Moussa, Nejla et Samy, ils sont assis en bas d'un immeuble. Mourad a 17 ans. Il temporise et raconte qu'il n'y a pas de racisme dans le quartier. Assis à côté de lui, le petit Samy mime des armes et éructe contre « tous ces enculés ». De l'autre côté de la rue, il y a un restaurant japonais casher. Mourad lui donne une tape sur la tête et comme pour prouver ses dires ajoute :
« Regardez. En face, ils sont en terrasse. Ils se sentent en confiance. Si c'était vraiment la haine, on serait allé tout casser. »
19 ans et une centaine de bagarres au compteur
En face, ce sont Jonathan, Marine et leurs copains qui traînent. Ils connaissaient un peu Rudy. « Pour un Juif, habiter dans un quartier noir, c'est pas facile », explique Jonathan. Il a le nez cassé, le bras platré et des lunettes de soleil. « Un accident de voiture », précise-t-il. A 19 ans, il enregistre une centaine de bagarres : « Je me suis toujours battu ici et c'est comme ça que je suis devenu un homme. » Ils balaient le terme antisémitisme, pourtant retenu pour qualifier l'agression de Rudy H. Lionel s'emporte :
« Dès qu'un mec se fait agresser, les médias précisent s'il est juif ou pas. Pourquoi ils écrivent pas “jeune” ? Y a pas de guerres de clans ici. On n'est pas à L.A ».
Son sweatshirt est barré d'un énorme « Los Angeles ». La remarque le fait rire :
« Sérieusement, y a pas de gangs. Quand on se fight, on appelle nos potes. Ils viennent à dix, quinze et on se bat. Comme partout, quoi. »
Vivent-ils ensemble ? Juifs, arabes, noirs, blancs habitent les mêmes rues, les mêmes immeubles, fréquentent parfois les mêmes écoles. Beaucoup de familles juives choisissent souvent d'envoyer leurs enfants dans des écoles juives. Sans ressentir cela comme du communautarisme ou de l'enfermement. Marine explique même que les parents n'ont pas le choix : « Vous voulez qu'on aille où pour étudier ? Dans le public ? “
Il y a trois ans, ‘une paix froide’
Réalisateur de films documentaires, Karim Miské a vécu quelques mois en 2005, à l'angle de la rue Petit. A quelques dizaines de mètres du square où Rudy a été laissé pour mort le week-end dernier. C'est là qu'il a commencé à écrire ‘Arab Jazz’, son premier polar, qu'il vient de terminer et qui n'est pas encore publié.
A l'époque, il achevait tout juste un film sur les ‘born again’, les fondamentalistes chrétiens, musulmans et juifs. Entre l'école loubavitch et les communautés salafistes, plus saillants que les autres, il s'était inspiré du climat du quartier -‘une paix froide- pour ce polar qui débute sur le meurtre d'une femme au sexe ensanglanté, trouvée morte à côté d'un rôti de porc :
Mais pourquoi se battent-ils ? Marine, 22 ans, accuse les nouveaux venus dans le quartier :
J'habite là depuis ma naissance. C'est chaud, ouais. Mais on se connais tous. Les renoi, les rebeus, ils nous attaquent pas. Je suis une fille donc ça se passe bien. Y en a, c'est même mes potes.’
Elle vit rue Manin. Elle raconte les samedi houleux du quartier, lorsque pour rejoindre la synagogue, les juifs se font ‘toiser’, ‘insulter’, ‘dépouiller’. David et Ilian sont assis sur un banc. Ils sirotent des boissons Mc Do : ‘Eux, là, ils croient qu'on est riches.’ Ils pointent du doigt une bande de jeunes noirs. Ilian a 17 ans, il vit à Sarcelles :
‘Ils sont fous les mecs. Ils voient nos scooters et nos portables et direct, ils se disent qu'on a du pognon. Et alors, il veulent nous braquer. On appelle nos potes. Mais en vrai, moi, j'ai des potes rebeus et renois à Sarcelles.’
Tous disent ‘avoir des potes’ pour contester le racisme. Un racisme qu'ils expriment mais qu'ils croient ne pas véhiculer. Ilias et Mathieu roulent un pétard. Pour eux, être juif, c'est ‘rester entre juifs, baiser entre juifs, bouffer entre juifs et avoir le long bras.(sic) Mais hein, on n'est pas racistes ou antisémites ou je sais pas. On s'entend bien avec eux.’ Aucun n'hésite à dire les bagarres mais aucun ne l'explique vraiment. Mathieu, apprenti patissier de 18 ans, joue la confidence :
‘Je t'explique, hein. Eux, les juifs, à 14 ans, ils ont des scooters. Nous, nos petits, ils ont même pas…ben, même pas des Ray Ban ! Ils ont de l'argent, on leur prend voilà.’
Du vol donc. Jonathan a parlé d'histoires de drogues avec les jeunes de la cité Ourcq, réputée dangereuse à cause des petits narcotrafics quotidiens. Moussa, lui, a évoqué les transactions foireuses de portables avec les juifs. Des histoires d'argent. Dans les rues du XIXe ce soir là, une rumeur se propage : le jeune Rudy a été agressé pour une affaire de vente de scooter.
Les gamins du quartier sont divisés mais ne l'avouent pas. Ici, ils sont armés de bâtons pendant leurs bagarres. Ils se battent poings nus avec une haine qui, lorsqu'elle s'exprime, reprend les pires termes racistes : les juifs sont riches, les arabes sont voyous, les noirs sont violents.
‘En quelques minutes, on peut être 50 juifs…’
Même pâté de maison, mardi en fin d'après-midi. Rémy, Marco et d'autres sont assis sur les rambardes du trottoir. Le square Petit, où Rudy a été agressé, samedi, n'est qu'à quelques dizaines de mètres. Certains portent la kippa, d'autres non. Certains -pas tous- font partie de mouvements comme le Bétar, la Ligue de défense juive… Attention, toutefois :
‘Même si on peut vous dire qu'on en fait partie, on n'est pas autorisé à vous dire à laquelle.’
Rémy, 17 ans, en Première ES, est affilié à l'un de ces groupes. Pas Marco, 14 ans, qui dit ‘n'en avoir pas besoin puisque des juifs viendront [le] défendre en cas de problème’. A eux deux, ils expliquent leur modus vivendi. Et s'interrompent seulement lorsqu'un jeune visiblement d'un autre monde passe en scooter. Quelqu'un siffle ‘Enculé, je vais lui casser les dents’ :
Depuis ce week-end, ces jeunes multiplient les scénarios du lynchage de Rudy. Chacun affirme savoir. Ce dernier a-t-il vraiment pâti d'être le dernier de toute une bande à ne pas réussir à s'enfuir après une bagarre ? Apprenti plombier de Pantin, Rudy est-il affilié à la Ligue de défense juive et ‘connu des services de police’ ? Le quartier des Buttes-Chaumont est-il le creuset de l'antisémitisme à Paris aujourd'hui ? La Préfecture ne communique pas d'autres chiffres qu'une statistique très globale : 48 agressions antisémites à Paris depuis le début de l'année 2008.
Pour une lecture ventilée quartier par quartier, il faut s'en tenir aux chiffres de 2007, du Crif ou des pouvoirs publics. C'est sur ces statistiques-là que Jean-Yves Camus, politologue riverain de Rue89, se base. Lui qui collabore depuis plus de vingt ans à la revue ‘Actualités juives’ refuse que l'on batte en brèche l'hypothèse d'un acte antisémite pour l'agression de Rudy, samedi dernier. Malgré les appels à la prudence du grand rabbin entré en fonction le jour de cette bagarre très médiatisée, il refuse ‘la banalisation’ sous couvert d'une simple guerre des gangs :
Un record d'agressions antisémites à Paris
Après vérification sur le rapport 2007 du Crif, le XIXe arrondissement est le quartier de Paris qui a connu le plus de violences antisémites l'an dernier. A ceci près que le décompte se base en fait sur toutes ‘les actions et les menaces antisémites’ -21 au total en 2007 sur le XIXe.
Depuis le lynchage de Rudy, samedi, Jean-Jacques Giannesini, conseiller de Paris (UMP) rappelle qu'il avait justement envoyé un courrier -que Rue89 s'est procuré- le 5 juin à la préfecture de police. Pour mettre les autorités en garde contre la montée des violences. Des jeunes que nous avons pu rencontrer, tous ou presque confirment qu'il y a eu de ce point de vue une accélération ces derniers mois. Mardi soir, le va-et-vient des caméras et le focus des médias sur ce petit périmètre faisaient encore monter la tension d'un cran.
Le XIXe, pas le Proche-Orient
Certains s'énervent lorsque les journalistes leur parlent du conflit israélo-palestinien. David raconte qu'à la deuxième Intifada, il en était venu à se battre avec un gamin de son âge. Parfois, le facteur politique envenime la situation mais il est second. Ni les uns ni les autres ne sont véritablement politisés, idéologues. Les frictions sont davantage spontanées, presque banales. Quant à décrypter les frictions du XIXème à l'aune du Proche-Orient, Jean-Yves Camus y voit là encore une lecture erronée :
Alors que l'agacement allait crescendo, mardi, contre le boom médiatique, les habitants du quartier plus âgés, eux, soutenaient qu'il ne s'agissait que d'événements entre ‘très jeunes’. Le vide -Moussa, Jonathan et David sont en échec scolaire-, les jeunes l'occupent par des après-midi et soirées animées. Quand un plus fort attrape un ‘petit’, les potes sont contacté par SMS ou coups de fil, et les groupes s'affrontent, se mettent pièces, se lynchent mais s'arrêtent. Les jeunes rencontrés ne comprenaient pas que l'on aille si loin dans la violence : ‘En général, on sait s'arrêter. On se bat mais on ne s'entretue pas’.
Zineb Dryef et Chloé Leprince





















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De FabiendeMénilmontant
journaleux - blogueur | 08H50 | 25/06/2008 |
Hep, le pesteux !
Invité en octobre 2007 au mariage de l'un des fondateurs d'un des sites préférés de Rue 89 (mis en lien direct sur la colonne de droite), j'ai eu l'occasion de goûter à l'apéro des sushis : je peux te dire que c'est absolument fadasse ! Les meilleurs que je n'aie jamais mangés sur Paris étant chez un maître japonais sans-papiers (rue Pradier, 19e, près du commissariat), lorsque je suis arrivé à Paris voici environ 18 ans, d'autres fort sympas dans le 20e aussi. Là, il s'agissait de l'un des meilleurs traiteurs casher de la place de Paris. Autant le repas était bon, autant les amuse-bouches étaient décevants.
Mais que veux-tu : faut bien parfois faire plaisir à la famille… C'était la dernière réunion « festive » avant le décès de ma grand-mère.
De Suppriméàlademandeduriverain17.02.09
06H37 | 25/06/2008 |
Ce sont de jeunes abrutis qui feront des vieux cons, et je n'ai pas besoin d'une boule de cristal pour le prédire. Inutile de leur parler d'intifada et de shoah, ils n'en sont pas là ces termes n'ont aucune signification pour eux. Tout ce qui les anime, c'est la dépouille et la castagne. Ils reproduisent le scénario des bandes d'il y a 40 ans, mais il faut bien dire que certains leur ont montré comment faire, ça ne s'invente pas. Et en effet, la plupart du temps, ils s'agit de vols et de trafics organisés.
Ne demandez pas où sont les parents, ils sont en quelque sorte complices par démission. Les associations et clubs en tous genres, chacun le sien, renvoient au clivage entre communautés, préfectures et maires d'arrondissement préférant taire le problème comme s'ils devaient cacher des virgules honteuses sur les murs. Un coup de karcher et au suivant. Notez bien qu'il se passe la même chose dans le 18è arrondissement, les gamins se font chataigner par le même type de bandes à la sortie des écoles pour un portable, ils en ciblent un ou deux et fondent dessus à 10 ou 20. Mais il faut un mort ou un demi-mort pour que ça fasse les gros titres.
à Suppriméàlademandeduriverain17.02.09
De jeclaude33
10H36 | 25/06/2008 |
Si c'est comme il y a 40 ans, on s'aperçoit alors que rien ne change ; l'histoire se renouvelle, les jeunes restent jeunes et aiment se fritter, occupons les un peu plus et ils ne feront pas des vieux cons et en réalité ne sont pas non plus de jeunes cons ; seulement des jeunes désoeuvrés, souvent sans le sous, qui cherchent a se mettre un peu en valeur ! Du travail pour tous, et beaucoup de problèmes seront résolus.
De lnremoi
hémisphère sud | 08H01 | 25/06/2008 |
le traitement de ce fait divers dans les médias est honteux… ils allument le feu, ils l'attisent, ils jettent de l'huile, des pneus, et ils s'étonnent que ça pue ! personne ne savait ce qui c'était vraiment passé, mais les JT ont tous balancé ça en Une, comme une agression antisémite.
Des ados qui se font massacrer par des bandes, c'est malheureux mais ça arrive partout et tous les jours, les motifs varient mais le dénominateur commun c'est la connerie… leur donner des armes en attisant les haines, c'est criminel.
à lnremoi
De FabiendeMénilmontant
journaleux - blogueur | 09H09 | 25/06/2008 |
Le traitement « par les médias » n'est pas évident dans ce genre d'affaire à chaud pour deux raisons, même lorsqu'on connaît le quartier et les protagonistes, ce qui m'avait fait écrire dans ma première mouture :
http://menilmontant.noosblog.fr/mon_weblog/2008/06/un-seul-inciden.html
que les très jeunes gardés à vue (14 à 17 ans) devraient être remis en libertés le dimanche, car je savais qu'il n'étaient que témoins, ce pour diverses raisons :
1/cela s'est passé un week-end : les sources « officielles » sont moins nombreuses
2/la ministre de l'Intérieur (chargée des Cultes), avant de partir pour Israël (pays non laïque), a parlé d'antisémitisme
3/la chambre de commerce d'Israël a diffusé divers communiqués demandant des comptes à la France
4/les témoins « non muets » avaient un peu fait la fête la veille…
Quant aux jités, il n'y avait pas de foot, il y avait la visite de Sarko, donc il fallait meubler. Souviens-toi de avril 2002. On nous a sorti pendant près de 48h une agression « gratuite » d'un papy du Loiret (l'agression en question était passée sur France 3 cinq jours plus tôt), sans nous dire qu'il avait à plusieurs reprises été inquiété pour des affaires de mœurs sur des mineurs… qui depuis avaient grandi ! Je travaillais dans le Loiret en 1990 lors de sa troisième arrestation pour faits de pédophile. Je n'excuse rien. Je constate simplement que Le Pen est arrivé au second tour de la présidentielle. ça aide !
à FabiendeMénilmontant
De lnremoi
hémisphère sud | 11H58 | 25/06/2008 |
lorsque le pouvoir et la presse ont semé l'insécurité,
on a récolté le 21 avril…
vu ce qu'ils sèment aujourd'hui,
je n'ai pas vraiment hâte de voir le résultat.
à FabiendeMénilmontant
De flanagan
16H00 | 25/06/2008 |
Le Pen arrivé au second tour de la présidentielle à cause d'un reportage le 20 avril 2002 sur TF1…Je veux bien que ça aie convaincu quelques indécis mais je pense que le problème est un peu plus profond que ça quand même !
à flanagan
De lnremoi
hémisphère sud | 16H10 | 25/06/2008 |
oui, biensur que le problème est plus profond, mais la presse (de manière générale) a sa part de responsabilité dans tout ça. Journalistes, à vos consciences !
à flanagan
De FabiendeMénilmontant
journaleux - blogueur | 17H04 | 25/06/2008 |
ça a rajouté une couche que de nous ressasser un fait div froid, et qui plus est sans parler du passer de l'homme agressé, qui, lui, était dans toutes les mémoires des habitants ayant France 3 Centre et avaient pu visionner une version longue en faisant état…
et « quelques » indécis, ça peut faire jouer.
pour ma part, j'étais alerté le mercredi par la meilleure source qui soit : RG du 92 ! même si je n'ai eu 2e source que le samedi et troisième le dimanche midi.
à flanagan
De Azza
Ingénieur en informatique scientifi... | 11H55 | 26/06/2008 |
Certes, mais c'est quand même Chirac qui a alché ce commentaire délicieux le soir du 21 Avril :
« j'ai quand même bien niqué les socialistes ! »
A votre avis, a quoi faisait il allusion si ce n'est à l'utilisation du thème de la sécurité pendant la campagne, avec l'assitance d'un certain nombre de médias aux ordres ?
De Le Yéti
yetiblog.org | 07H40 | 25/06/2008 |
« ANTISÉMITISME PAR INCIDENCE »
Ce sont les termes finalement retenus par la justice pour qualifier l'agression dont a été victime le jeune Rudy dans le XIXe arrondissement de Paris.
Ce qualificatif d » « incidence » est révélateur de l'explosion fantasmatique qui a inondé les médias et les déclarations publiques après cet acte de violence malheureusement banal et ressortant d'affrontements communautaires quasi quotidiens dans ces quartiers.
Nulle question bien sûr de nier ici l'arrière-plan antisémite de cet acte grave. De même qu'on ne peut nier le caractère anti-arabe des violences commises par la bande communautaire à laquelle participait activement le jeune Rudy (je justifie cette affirmation par les condamnations judiciaires qui pèsent sur lui et les actes qui les ont entraînés).
Mais nulle question non plus de se laisser entraîner dans la spirale infernale de l'engrenage violence contre violence, en essayant de minimiser un acte par celui, contraire, qui l'aurait entraîné. Et ainsi de suite.
Non, ce qui frappe ici encore, et inquiète au plus haut point dans notre descente aux enfers généralisée vers le chaos social, c'est ce triomphe total du fantasme et de la haine sur la raison et la prudence. Et le fait que nos élites elles-mêmes y cèdent sans aucun frein, quand elles ne les orchestrent pas : »… « sous le SEUL prétexte qu'il portait une kippa » (Nicolas Sarkozy, cité dans son éditorial par Pierre Haski qui souligne lui même l'incongruité de ce « seul »).
La multiplication de ces emballements médiatiques, ces explosions fantasmatiques marquées par la haine et la peur de l'autre, cette volonté de les maintenir et de les justifier coûte que coûte malgré les évidences de la réalité (« antisémitisme par incidence » ! ! ! ) est une porte ouverte sur les dérives les plus glauques, sur les tragédies civiles dont les peuples ne se remettent pas. Sauf à se boucher le nez.
à Le Yéti
De FabiendeMénilmontant
journaleux - blogueur | 09H14 | 25/06/2008 |
J'avais fait remarquer ici :
http://menilmontant.noosblog.fr/mon_weblog/2008/06/agression-du-sq.html
que pour Sarkozy il était intolérable qu'un « juif français » soit agressé parce qu'il portait une kippa… ça aussi c'est révélateur… « juif français ». les mêmes mots que lorsqu'il a voulu que l'on mette dans les programmes scolaires des choses qui existaient déjà…
Dans l'antisémitisme par incidence, il y a eu, lors de la troisième bagarre, des insultes également. La tenue vestimentaire (car il n'y a pas que la kippa) n'est pas le seul élément.
à Le Yéti
De lifka
21H05 | 25/06/2008 |
»« De même qu'on ne peut nier le caractère anti-arabe des violences commises par la bande communautaire à laquelle participait activement le jeune Rudy » »
Vous avez des preuves de sa participation « active » à ce genre d'action ? ? ? ? ? ? Voilà la machine à excuser les agresseurs en accusant la victime en route.
»« je justifie cette affirmation par les condamnations judiciaires qui pèsent sur lui et les actes qui les ont entraînés » »
parce que vous savez, vous ce qui s'est passé ?
En fait, d'après certaines informations, il semble qu'il ait été arrêté à la fin d'une manifestation pour la libération des otages israéliens porteur d'une arme « par destination » redoutable : son casque de scooter….. dont il s'était servi pour se défendre. Qui étaient les agresseurs et qui étaient les agressés à la fin d'une manifestation pour la libération des otages israéliens ? je me suis moi même fait insulter dans un café où je m'étais arrêtée pour boire il y a quelques années en revenant d'une manifestation contre l'antisémitisme. J'aurais eu (et mes amis auraient eu) quelques années de moins, qui sait si ça n'aurait pas dégénéré ?
A part ça, pas trace de lui parmi les membres d'aucune association
Maintenant si vous avez une autre explication à fournir pour son agression et pour l'acharnement contre lui (on lui a sauté dessus à pieds joints et ses agresseurs sont partis en le laissant pour mort) que le fait qu'il portait une kippa, on vous écoute.
Ce n'était à l'évidence pas pour le voler : un shabbat, il ne portait rien sur lui.
à lifka
De Network 23
identité perdue dans mes papiers | 22H27 | 25/06/2008 |
Qui connaît les motifs ?
Qui peut donner une « explication » ?
Les choses étant ce qu'elles sont, le récent, et très mauvais, clip de Justice l'a rappelé pour ceux qui n'ont pas l'habitude de le voir de leurs yeux, ou qui auraient oublié Kubrick, la violence gratuite , ça existe.
Peut-être tout simplement n'y a-t-il pas d'explication à chercher à cet acte, c'est-à-dire de cause prochaine, immédiate, qui aurait déclenché cela.
Peut-être s'agit-il tout simplement d'une ambiance violente, haineuse, triste, dont la présence se laisse détecter, il ne faut tout de même pas l'oublier, dans les plus hautes sphères de la société, qui se permettent de méprisants « casse-toi gros con » ou « l'amour est précaire, et pourquoi pas la vie aussi ? »
à lifka
De Le Yéti
yetiblog.org | 07H04 | 26/06/2008 |
@ lifka
« d'après certaines informations, il semble qu'il ait été arrêté à la fin d'une manifestation pour la libération des otages israéliens porteur d'une arme “par destination” redoutable : son casque de scooter. »
Si vous aviez raison, ce dont vous ne semblez d'ailleurs pas vraiment si sûr (c'est quoi ce« d'après certaines informations » ? ), j'en prendrais volontiers acte et je corrigerais sans problème mes propos précédents, basés sur ce qui est tout de même une décision de justice.
Vous remarquerez par ailleurs le soin que je prends à bien ménager chaque partie pour essayer de comprendre plutôt que pour juger.
Précautions qui ne semblent guère être votre souci. L'innocent présumé (par vous), injustement poursuivi en justice alors qu'il ne faisait évidemment que « se défendre » (je vous retourne la question : vous y étiez ? ), face aux méchants impitoyablement désignés, toujours par vous (« on lui a sauté dessus à pieds joints et ses agresseurs sont partis en le laissant pour mort. ») Là encore, vous y étiez ?
On peut aussi regretter le désagréable ton de procureur que vous vous permettez d'employer (de quel droit ? ) : « Maintenant si vous avez une autre explication à fournir pour son agression et pour l'acharnement contre lui (…) que le fait qu'il portait une kippa, on vous écoute. »
Pour ma part, je ne réponds jamais à ce genre d'intimation. Je préciserai seulement qu'il n'était pas dans mon intention - et j'espère que c'était bien clair - de relativiser l'agression de Rudy par les actes répréhensibles que lui-même aurait (conditionnel) pu commettre.
L'objet de mon commentaire était l'exploitation précipitée et outrancière que d'aucuns médias ou politiques ont faite d'un acte dont ils ne savaient rien, mais qui servaient leurs intérêts. Et vous ?
à Le Yéti
De lifka
21H57 | 26/06/2008 |
»« face aux méchants impitoyablement désignés, toujours par vous (“on lui a sauté dessus à pieds joints et ses agresseurs sont partis en le laissant pour mort.”) » » (…) « “il n'était pas dans mon intention - et j'espère que c'était bien clair - de relativiser l'agression de Rudy par les actes répréhensibles que lui-même aurait (conditionnel) pu commettre.” »
Donc si je vous suis bien, vous considérez comme possible l'hypothèse que la terrible bande représentée par Rudy tout seul est venue agresser à coups de kippa une trentaine de paisibles pacifistes qui avaient ramassé par hasard des barres de fer, lesquelles barres de fer ont rencontré tout à fait par hasard le crane du dit Rudy au point qu'il s'est retrouvé dans le coma avec je ne sais quelles séquelles. Et le même scénario s'est reproduit par 3 fois dans la même journée. En effet selon les dires du procureur, trois « échauffourées » du même genre opposant des « bandes » se seraient produits. Dans le premier épisode, vers 16h30, ce serait un adulte juif isolé qui se serait fait prendre à parti et qui s'en est sorti en fuyant. Il n'a porté plainte que le lendemain, parce que c'était shabbat. Dans le deuxième, ils étaient 3 jeunes juifs contre une autre (ou la même) bande armée selon certains témoins de machettes (à nouveau procureur dixit), Rudy a été blessé dans le troisième incident, opposant à nouveau quelques juifs manifestement désarmés (on se demande bien comment des Juifs religieux auraient été armés un shabbat) à une bande en nombre nettement plus élevé (toujours dixit le procureur selon une dépêche AFP).
Ca c'est la version du Monde :
»« Ce jour-là, vers 16 heures, deux bandes, l'une composée de jeunes juifs, l'autre de jeunes Noirs, s'affrontent, comme elles l'ont déjà fait le 10 juin, puis le 13. Dans la bagarre, David, 20 ans, pris à partie, perd sa chaîne avec une étoile de David. A 17 heures, il décide de retourner la chercher, accompagné. Les heurts reprennent. Kevin, mineur, a le bras entaillé par une machette. Un autre est frappé dans le dos. Pourtant, au moment des faits, aucun ne portera plainte. Le troisième épisode se déroule vers 19 heures, lorsqu'un groupe de jeunes juifs se rassemble dans la rue. Mais ils sont inférieurs en nombre aux jeunes Noirs. Rudy H., 17 ans, se retrouve isolé. Coincé contre le portillon d'un parc, il est sauvagement battu. “Les témoins décrivent un massacre ou un lynchage”, a expliqué, mardi 24 juin, le procureur de la République, Jean-Claude Marin » »
Sauf que selon le même procureur, dans le premier épisode, il s'agissait d'un homme seul contre une bande.
Toujours selon le Monde :
»« Quant aux auteurs des coups portés à Rudy H., qui n'ont pas encore été arrêtés, le parquet de Paris a retenu la “tentative de meurtre aggravée d'antisémitisme” » »
« massacre » « lynchage », « tentative de meurtre », je n'ai rien inventé.
Je n'étais en effet pas là, mais j'ai un peu de mal à croire que des gens aient été masochistes au point de vouloir se mesurer par trois fois, à main nue - et seuls ou à 3 ou 4 - à une trentaine de gros bras n'hésitant pas à utiliser des armes genre machette. Alors l'hypothèse des bandes rivales passe d'autant moins que Rudy n'est membre ni de la LDJ, ni du Betar.
Pour ce qui est de l'affaire de la condamnation de Rudy et du casque de scooter, le récit en est fait sur de nombreux sites, y compris dans un article du Monde.
De Phil2922
Retraite invalidité | 07H01 | 25/06/2008 |
Cette jeunesse, prête à la bagarre pour un regard de travers, va faire de vieux cons qui seront prêts à se foutre sur la gueule avec de vrais armes…
Le climat ambiant ressemble de plus en plus à celui des années 30…ça craint… ! !
http://phil195829.overblog.com
à Phil2922
De pingouin_force_attak
alcoolique, drogué et dépravé | 19H05 | 25/06/2008 |
bah on a les dirigeants pour ça aussi…
De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 07H02 | 25/06/2008 |
Une remarque : je trouve très remarquable cet article, mais je m'interroge tout de même sur la pertinence qu'il y a à le relier au judaïsme. Le tag communautarisme me paraîtrait plus opportun.
à thierry reboud
De FabiendeMénilmontant
journaleux - blogueur | 09H16 | 25/06/2008 |
Tout à fait Thierry !
Il suffit de lire ceci :
http://menilmontant.noosblog.fr/mon_weblog/2008/05/bastons-entre-a.html
pour comprendre l'ambiance de certains coins que j'ai tentée de décrire…
De flanagan
16H04 | 25/06/2008 |
Décidement les clichés antisémites primaires s'enchainent et se ressemble terriblement ! ! !
Après « les juifs possèdent l'argent », voici « les juifs possèdent les médias »…A quand le nez crochu !
De unagi
Fatalitas | 07H20 | 25/06/2008 |
» La justice a retenu le caractère antisémite comme circonstance aggravante. « Il s'agit d'un antisémitisme par conséquence, […] par incidence », a expliqué le procureur. « On ne retient pas une volonté d'agresser particulièrement une personne de confession juive, mais la volonté d'agresser une personne appartenant à une bande constituée de jeunes juifs ». Lors des rixes, « des insultes antisémites ont fusé » de même que « des insultes racistes ». »
http://www.liberation.fr/actualite/societe/334618.FR.php
à unagi
De FabiendeMénilmontant
journaleux - blogueur | 09H20 | 25/06/2008 |
Violences « en réunion » est aussi une circonstance aggravante. En l'occurrence, la même chose se serait passée au mois de décembre à la même heure, il y aurait eu une troisième circonstance aggravante : « de nuit ». Dans ce cas, cela pouvait aller aux Assises de Paris.
De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 07H26 | 25/06/2008 |
Il ne s'agit pas de prétendre que le France n'est plus ce qu'elle était, ma bonne dame (encore heureux, qu'elle ne soit plus ce qu'elle était ! ).
Ce qui me semble le plus spectaculaire, c'est la dérive qui, comme le souligne très bien Zineb Dryef, fait de jeunes pas particulièrement futés mais pas non plus particulièrement féroces de parfaits petits soldats du racisme ordinaire. Tout comme, et c'est notable, les jeunes Juifs interrogés…
En ce sens, ce n'est pas tant l'agression qui est antisémite que le terreau préalable. Ce qui me frappe, c'est que cet antisémitisme-là paraît parfaitement accepté par les jeunes Juifs rencontrés.
A vrai dire, ce n'est même pas surprenant : le repli communautaire est la face légitime (en quelque sorte) du racisme. L'antisémitisme tel qu'il est rapporté ne me semble pour le coup revêtir rien d'exceptionnel : il n'est rien d'autre, apparemment, qu'un racisme ordinaire parmi les autres racismes.
Je crois que la dérive gravissime qui a mené à ce fait-divers, c'est la perte de contenu de la laïcité. Nous nous sommes bien amusés à croire que c'était de la laïcité de légiférer sur des accessoires vestimentaires, alors qu'il me semble que c'était tout le contraire.
La laïcité, ce devrait être le libre choix des citoyens et l'impartialité de l'Etat. Surtout, la laïcité, ce devrait être la garantie que chacun d'entre nous peut échapper aux solidarités assignées (obligées, entre autres, par nos religions ou nos appartenances « ethniques ») au profit du libre choix des appartenances ou des non-appartenances.
Pour le coup, je crois que ce que nous montre l'article, c'est l'ampleur de la défaite de la laïcité.
Une laïcité ambitieuse devrait permettre une société solidaire entre catégories dont les intérêts à court terme ne sont pas nécessairement identiques. Les choix politiques ou économiques qui, depuis plus de vingt ans, débouchent sur une atomisation des catégories sociales ont ouvert la porte au retour de ces solidarités aussi archaïques que dangereuses.
à thierry reboud
De Kereven
08H22 | 25/06/2008 |
Je pense surtout qu'une cohésion sociale défaillante, qu'un misère quotidienne sont à l'origine du repli communautaire religieux. Quand on perd espoir dans la société, il reste la religion pour le plus grand nombre. Ces affrontement concernent surtout les jeunes, les plus agés vaquent et passent sans être inquiétés.
Depuis 30 ans que je suis dans ce quartier, je vois chaque année l'intégrisme progresser. Dans les cités mixtes (différentes communautés religieuses) les jeunes jouent au foot sans se mélanger, chacun son terrain. Mais il y a 20 ans encore c'était un quartier populaire ouvert et peu religieux.
D'ailleurs c'est un endroit dont on parle fort peu généralement, sauf depuis cette agression, mais sinon, qui connaissait ce quartier avant ?
à Kereven
De FabiendeMénilmontant
journaleux - blogueur | 09H21 | 25/06/2008 |
Et il y a trente ans, la Place des Fêtes portait encore dignement son nom…
à thierry reboud
De Felina Sanchez
--- | 08H24 | 25/06/2008 |
Très bon article, et très bon commentaire ! Je suis parfaitement d'accord avec vous, cher thierry reboud. Mais à ceci près que j'ajouterais : « les choix politiques qui débouchent sur l'atomisation ET l'ethnicisation des catégories sociales ». En fait cette ethnicisation est à l'oeuvre de manière manifeste depuis la fin des années 70 où « l'immigré » devient une figure identitaire qui se transmet de génération en génération (on parle bien d'immigrés de deuxième voire troisième génération pour désigner des personnes qui n'ont jamais migré de leur vie) figeant ainsi des groupes dans une identité extérieure à la France et les excluant a priori du corps social français (à moins qu'ils ne fassent leur preuve, dont on ne saura jamais ce qu'est réellement une « preuve d'intégration »). Ce « travail de catégorisation ethnique » est bien evidemment plus ancien à l'égard des Juifs mais trouve une nouvelle pertinence aujourd'hui…
Juste pour mémoire et pour élargir le débat par rapport à ce fait divers : rappelons nous qu'en 1980 les grèves des ouvriers immigrés chez Renault étaient lues uniquement comme des grèves d'immigrés (y compris par les syndicats). Pierre Mauroy, alors Premier Ministre, déclarait : « Les travailleurs immigrés sont agités par des groupes religieux et politiques qui se déterminent en fonction de critères ayant peu à voir avec les réalités sociales françaises. » Alors même que ces luttes s'inscrivaient AUSSI dans une histoire des résistances ouvrières. Bref, un peu de profondeur historique permet une compréhension plus large de la situation actuelle (au-dela de l'anti-communautarisme, de l'antisémitisme et de l'islamophobie ambiantes)…
à Felina Sanchez
De FabiendeMénilmontant
journaleux - blogueur | 09H28 | 25/06/2008 |
Felina,
Il ne faut pas remonter aux années 80, mais aux années 50 (plus précisément 1953) et à la sectorisation du département de la Seine et de la Ville de Paris, avec ses « ilôts insalubres ».
Personnellement, j'habite dans ce qu'il reste de l'îlot n°31, le reste ayant été rasé à compter de 1956 et construit n'importe comment jusqu'au milieu des années 1980.
Si cet aspect vous intéresse, vous pouvez me contacter par voie interne ou par mon blogue, afin que je vous oriente vers de bonnes sources de recherches en matière d'urbanisme et d'histoire.
Fabien
http://menilmontant.noosblog.fr/
à FabiendeMénilmontant
De Felina Sanchez
--- | 09H37 | 25/06/2008 |
@fabien
D'accord avec vous. je disais de manière MANIFESTE depuis la fin 70. Mais que « l'ethnie » soit pensée comme catégorie pertinente pour décrire et construire à la fois l'espace urbain et l'espace social, oui on peut même remonter au 19e avec l'immigration italienne définitive (à Roubaix).
Merci de la précision.
à Felina Sanchez
De FabiendeMénilmontant
journaleux - blogueur | 10H02 | 25/06/2008 |
@ Felina,
sous cet angle-là, vous avez peut-être raison. je ne peut me prononcer sur le Paris de cette époque, de but en blanc. sur les grèves, il y avait début années 80 (1982 ou 1983 ? ) Seita/Pantin, où les cégétistes firent des « Pantinoises » dans les paquets rouges en emplacement des Gauloises en paquet bleu. j'ai connu une ghettoïsation très bizarre à Bordeaux (centre ville), ne figurant même pas au cadastre ! à l'époque, Le Matin et Libé n'en avaient pas voulu…