TRIBUNE 23/06/2008 à 18h10

« Nos ancêtres les Gaulois » : ils sont fous ces historiens !

Suzanne Citron | Historienne et auteure

L’école gratuite, obligatoire et laïque a fait croire aux Français qu’ils descendent des Gaulois. Le Petit Lavisse, le manuel phare de la 3e République, commençait ainsi :

« Autrefois, notre pays s’appelait la Gaule et ses habitants, les Gaulois. »

Aujourd« hui encore, dans les livres du cours moyen, après “les temps préhistoriques”, la Gaule et Vercingétorix continuent de marquer le début de l’histoire et semblent donc confirmer que les “vrais Français” remontent aux “Gaulois”, les autres n’étant que des pièces rapportées. Comprendre que les ancêtres gaulois sont une fiction récente et que la question des ancêtres et de l’histoire doit être posée autrement n’est donc pas inutile. Alors d’abord, qu’est-ce que la “Gaule” ? Royaumes “romano-barbares” et royaume des Francs : la Gaule, une notion romaine

Contrairement aux manuels qui évoquent l’arrivée des Celtes en “Gaule”, comme si celle-ci existait déjà, la Gaule, Gallia en latin, est une invention linguistique des Romains. Ces derniers nommaient galli les tribus qui, à partir du IVe siècle av. J.-C., menacent le nord de la péninsule italique. Gallia correspond à l’espace occupé par ces galli. La première “Gaule” est donc en Italie ! Au fur et à mesure qu’ils poursuivent leur conquête, les Romains distinguent la Gallia cisalpina en Italie et la Gallia transalpina de l’autre côté des Alpes. Quand César, au milieu du Ier siècle av. J.-C., atteint le Rhin, il décrète que le fleuve est la frontière entre Gallia et Germania. Espace purement géographique, cette Gaule est un territoire morcelé entre des peuples nombreux et César lui-même parle de la guerre des Gaules. Jusqu’à la chute de l’Empire romain d’Occident, la Gaule est une fiction géographique. Au IVe siècle ap. J.-C., aucune entité administrative de l’Empire ne porte ce nom.

Les grandes migrations de peuples venus de l’est et du nord, qui ont contribué à la disparition de l’Empire romain, font naître de nouvelles configurations aux limites flottantes, les royaumes dits “romano-barbares”. Citons par exemple la Burgondie (future Bourgogne), l’Aquitaine des Visigoths, l’Allemanie, l’Austrasie… Au début du VIe siècle, les Francs -l’un de ces peuples venus de l’est-, réussissent, grâce aux succès militaires de Clovis, petit roi de Tournai soutenu par l’Église, à imposer leur domination sur la plupart des autres royaumes.

Dans la deuxième moitié du VIIIe siècle, tandis qu’au sud des Pyrénées, des califes arabo-musulmans gouvernent l’Espagne, Pépin le Bref, un grand d’une autre famille franque, les Pipinides (futurs Carolingiens), s’empare de la royauté franque par un “coup d’État” et est sacré roi des Francs par le pape. Charles (Charlemagne), son fils, est proclamé empereur en 800. Les royaumes placés sous la souveraineté des Carolingiens s’étendent de l’océan à l’Elbe, la Bretagne restant à l’extérieur.

L’histoire des conflits et des partages ultérieurs du grand royaume des Francs est complexe et mouvante. L’important est de comprendre que cette histoire est, si l’on veut, européenne, et que l’idée qu’il s’agit de l’enchaînement d’une histoire “de France” se déroulant des Gaulois aux rois capétiens est fausse. Un royaume dit “de France” (regnum Franciae en latin) n’apparaît dans les textes que vers le XIIIe siècle. Annexer Clovis et Charlemagne à l’“histoire de France” est donc abusif.

Populations métissées et langues multiples : pas d’horizon “gaulois”

Ces siècles ont connu, en Europe occidentale, des brassages, des métissages de populations et une très lente transformation des parlers. Dans le cloisonnement de ruralités aux communications difficiles, les langues foisonnent, le latin demeurant celle de l’écrit, des manuscrits, des clercs et des chancelleries. De grands ensembles linguistiques encadrent cette diversité. Au sud, les langues d’oc sont fortement marquées par le latin, sauf l’insolite enclave basque des deux côtés des Pyrénées atlantiques. Entre Loire et Meuse, les langues d’oïl, brassage de parlers francs, celtes et latin abâtardi, offrent de multiples variétés. Au nord et à l’est, les langues restent germaniques, tandis que dans l’Armor, les Bretons immigrés de (Grande-)Bretagne aux IVe et Ve siècles ont (re)celtisé les parlers.

A cet univers multiethnique et multilingue, la puissante Église catholique, régie par le pape et les évêques, a conféré au long des décennies une unité spirituelle. Elle cautionne aussi le système de relations -la féodalité- qui se diffuse au IXe et au Xe siècles : la société dite d’ordres qui établit une stricte hiérarchie entre ceux qui prient, ceux qui combattent et ceux qui “travaillent” pour nourrir tous les autres. Des communautés juives, dont certaines implantées dès l’Empire romain, sont disséminées en petits noyaux jusque sur le Rhin. Elles cultivent leurs propres traditions, non sans contacts avec l’environnement chrétien en pays d’oc, musulman et chrétien en Espagne. La grande persécution des Juifs par les chrétiens ne commence vraiment qu’avec la première croisade, prêchée par le pape en 1090.

Le Xe siècle voit la lente ascension d’une nouvelle famille franque venue d’Austrasie, les Robertiens, futurs Capétiens. On leur chercherait en vain des ancêtres gaulois. La notion romaine de Gaule survit fugitivement dans les hautes sphères de l’Église. Mais les ancêtres des Capétiens, “rois de France” au XIIIe siècle, sont de valeureux guerriers francs descendant des légendaires Troyens vaincus par les Grecs au temps du roi Priam. L’origine troyenne des Francs est racontée dans la première grande histoire à la gloire des rois de France rédigée au XIIIe siècle par les moines de l’abbaye de Saint-Denis. Pas trace d’ancêtres gaulois dans ces grandes “Chroniques de France” ni dans aucune “histoire de France” jusqu’au XIXe siècle ! Du mythe troyen au mythe gaulois : les effets pervers de l’origine gauloise

Les Gaulois vont d’abord apparaître avec les grands bouleversements intellectuels et techniques des XVe et XVIe siècles : l’humanisme, l’imprimerie, la redécouverte des textes de l’Antiquité. Certains écrivains qui, comme tous les contemporains, pensent que l’origine de l’humanité est écrite dans la Bible, vont substituer les Gaulois aux Troyens comme ancêtres des Francs. Ils les décrivent comme un peuple fabuleux descendant de Noé, le patriarche dont l’arche a sauvé l’humanité du Déluge. Au XVIIIe siècle, les débats autour des “Gaulois” se modifient en s’idéologisant. Ancêtres du peuple, ils s’opposent aux “Francs” qui sont les ancêtres des aristocrates. La Révolution voit donc le triomphe des “Gaulois”.

Un peu partout en Europe, l’idée se diffuse que les nations nouvelles ou à former descendent d’un peuple primitif. Pour les historiens français héritiers de la Révolution, les Gaulois sont ce peuple primitif. Ils deviennent alors l’objet de savantes études ou d’imageries populaires (grands, blonds, longues chevelures, teint clair…). Le personnage de Vercingétorix est alors imaginé, à partir d’une phrase ambiguë de César, comme le premier de nos héros (inconnu avant le XIXe siècle). Il entre en fanfare dans les manuels d’histoire du Second Empire puis de la République.

Cette lecture du passé français à travers la grille d’une Gaule qui préfigurerait la “nation” est obsolète et non sans effets pervers. D’une part elle conditionne spatialement le passé autour du seul Hexagone, excluant de ce passé tout ce qui géographiquement lui est extérieur, comme les Antilles ou même la Corse. Elle confère à la durée de la présence sur le sol hexagonal présumé “gaulois” une vertu quasi-magique au nom d’une antériorité généalogique qui serait synonyme de supériorité.

Une garantie de l’unité et l’indivisibilité nationale pour les fondateurs de la République

D’autre part, et c’est le plus grave, l’idée d’une souche gauloise ethnicise fantasmatiquement la “véritable” nation et nie la diversité raciale et culturelle qui a constamment accompagné la création historique de la France. Le royaume en son commencement du XIIIe siècle juxtapose des pays aux parlers et coutumes différentes. Les Antilles esclavagistes du XVIIe siècle ajoutent un nouveau volet à cette histoire.

L’histoire de la France “Gaule” et d’un peuple français d’origine “gauloise” fabriquée au XIXe siècle correspond à la vision des fondateurs de la République et garantit à leurs yeux l’unité et l’indivisibilité nationale. Or, paradoxalement, cette histoire coïncide avec les premières grandes vagues d’immigration de travailleurs italiens, belges, polonais et Juifs venus “d’ailleurs”, et avec l’expansion coloniale qui élargit l’espace “français” à l’Afrique et à l’Indochine. Et cette version de “nos ancêtres les Gaulois” a ainsi été imposée dans les écoles des lointaines colonies. Mais cette histoire de la France “Gaule” est aujourd’hui obsolète pour décrypter une identité française aux multiples racines post-coloniales et mondiales.

Le Mythe national, l’histoire de la France revisitée de Suzanne Citron - éd. de l’Atelier, 2008 - 352p., 11,90€.

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  • Boutauvent
    Boutauvent
    Testeur de temps libre
    • Posté à 15h58 le 24/06/2008
    • Internaute 45018
      Testeur de temps libre

    Comment une réflexion sur la définition de « Gaule » peut-elle aboutir à l’expression du grégarisme le plus primitif ?
    Le paradoxe, c’est que les mêmes qui veulent défendre leur « identité » ne parviennent à le faire qu’au travers de la notion de « groupe ».
    C’est faire preuve de bien peu de respect de soi-même... et je compatis à leurs angoisses.

  • Suzanne Citron
    Suzanne Citron
    Auteur(e) de l'article Historienne et auteure
    • Posté à 16h38 le 24/06/2008
    • Internaute 6159
      Historienne et auteure

    À Arnaud T. plus particulièrement

    Vous me reprochez à la fois un manque de crédibilité historiographique et une orientation idéologique. Je n’ai pas lu le livre de J. Brunaux, mais d’après ce que vous en dites c’est plutôt une étude archéologique sur les civilisations celtiques et nullement une discussion sur la manière dont le mythe des ancêtres Gaulois s’est fabriqué à partir du 16 ème siècle pour prendre différentes figures jusqu’à être incorporé dans l’historiographie républicaine officielle. Je vous renvoie donc au colloque international « Nos ancêtres les Gaulois », faculté des lettres et sciences humaines, Clermont-Ferrand 1982, ensemble de travaux qui à ma connaissance n’ont jamais été contredits mais insuffisamment popularisés

    Vous écrivez notamment :
    « On notera que l’auteur réussit ce tour de force d’évoquer l’ascension des Pipinides et la présence arabo-musulmane en Espagne sans écrire un mot sur la bataille de Poitiers (732) !
    Vous savez, cet événement par lequel les Gallo-Francs ont résisté à l’invasion musulmane, mettant définitivement un terme à l’expansion arabe vers l’Ouest...
    Ceci m’amène à conclure que l’article de Madame Citron est des plus partiaux, très orienté idéologiquement et qu’on ne peut lui apporter que peu de crédit ! “

    Charles Martel, c’est bien le mythe par excellence longtemps présent dans les manuels, sans doute l’un de vos propres souvenirs scolaires comme ‘ défenseur de la France chrétienne contre les Arabes ’. Il n’y a aucune entité géo-politique du nom de France en 732, et Charles Martel a surtout massacré des chrétiens du midi et déporté quelques prélats ! Par contre il a beaucoup servi de figure emblématique à l’extrême-droite.
    On sait bien aujourd’hui (et ce n’était pas clair pour les historiens républix-cains et scientistes de la fin du 19ème siècle, qu’il n’y a pas d’histoire sans problématisation, sans questions posées au passé., donc sans une part de subjectivité de l’historien. L’essentiel est de ne pas falsifier les faits évoqués.

    N’êtes vous pas vous-même, et c’est inévitable, idéologiquement partisan quand vous affirmez :
    ‘Il y a sans aucun doute possible des Français qui sont les héritiers de la veille civilisation gallo-romaine et germanique, et d’autres qui sont les représentants d’autres peuples, d’autres cultures. Nier cette réalité n’effacera pas les conséquences de l’immigration sur les consciences, mais au contraire risque d’aggraver les problèmes d’aujourd’hui et préparer les pires difficultés pour demain

    Il y aurait encore bien des choses à débattre ainsi qu’avec quelques autres internautes. Une table-ronde à la rentrée organisée par Rue 89 ? ? ? .

  • Suzanne Citron
    Suzanne Citron
    Auteur(e) de l'article Historienne et auteure
    • Posté à 16h38 le 24/06/2008
    • Internaute 6159
      Historienne et auteure

    À Arnaud T. plus particulièrement

    Vous me reprochez à la fois un manque de crédibilité historiographique et une orientation idéologique. Je n’ai pas lu le livre de J. Brunaux, mais d’après ce que vous en dites c’est plutôt une étude archéologique sur les civilisations celtiques et nullement une discussion sur la manière dont le mythe des ancêtres Gaulois s’est fabriqué à partir du 16 ème siècle pour prendre différentes figures jusqu’à être incorporé dans l’historiographie républicaine officielle. Je vous renvoie donc au colloque international « Nos ancêtres les Gaulois », faculté des lettres et sciences humaines, Clermont-Ferrand 1982, ensemble de travaux qui à ma connaissance n’ont jamais été contredits mais insuffisamment popularisés

    Vous écrivez notamment :
    « On notera que l’auteur réussit ce tour de force d’évoquer l’ascension des Pipinides et la présence arabo-musulmane en Espagne sans écrire un mot sur la bataille de Poitiers (732) !
    Vous savez, cet événement par lequel les Gallo-Francs ont résisté à l’invasion musulmane, mettant définitivement un terme à l’expansion arabe vers l’Ouest...
    Ceci m’amène à conclure que l’article de Madame Citron est des plus partiaux, très orienté idéologiquement et qu’on ne peut lui apporter que peu de crédit ! “

    Charles Martel, c’est bien le mythe par excellence longtemps présent dans les manuels, sans doute l’un de vos propres souvenirs scolaires comme ‘ défenseur de la France chrétienne contre les Arabes ’. Il n’y a aucune entité géo-politique du nom de France en 732, et Charles Martel a surtout massacré des chrétiens du midi et déporté quelques prélats ! Par contre il a beaucoup servi de figure emblématique à l’extrême-droite.
    On sait bien aujourd’hui (et ce n’était pas clair pour les historiens républix-cains et scientistes de la fin du 19ème siècle, qu’il n’y a pas d’histoire sans problématisation, sans questions posées au passé., donc sans une part de subjectivité de l’historien. L’essentiel est de ne pas falsifier les faits évoqués.

    N’êtes vous pas vous-même, et c’est inévitable, idéologiquement partisan quand vous affirmez :
    ‘Il y a sans aucun doute possible des Français qui sont les héritiers de la veille civilisation gallo-romaine et germanique, et d’autres qui sont les représentants d’autres peuples, d’autres cultures. Nier cette réalité n’effacera pas les conséquences de l’immigration sur les consciences, mais au contraire risque d’aggraver les problèmes d’aujourd’hui et préparer les pires difficultés pour demain

    Il y aurait encore bien des choses à débattre ainsi qu’avec quelques autres internautes. Une table-ronde à la rentrée organisée par Rue 89 ? ? ? .

  • Suzanne Citron
    Suzanne Citron
    Auteur(e) de l'article Historienne et auteure
    • Posté à 16h38 le 24/06/2008
    • Internaute 6159
      Historienne et auteure

    À Arnaud T. plus particulièrement

    Vous me reprochez à la fois un manque de crédibilité historiographique et une orientation idéologique. Je n’ai pas lu le livre de J. Brunaux, mais d’après ce que vous en dites c’est plutôt une étude archéologique sur les civilisations celtiques et nullement une discussion sur la manière dont le mythe des ancêtres Gaulois s’est fabriqué à partir du 16 ème siècle pour prendre différentes figures jusqu’à être incorporé dans l’historiographie républicaine officielle. Je vous renvoie donc au colloque international « Nos ancêtres les Gaulois », faculté des lettres et sciences humaines, Clermont-Ferrand 1982, ensemble de travaux qui à ma connaissance n’ont jamais été contredits mais insuffisamment popularisés

    Vous écrivez notamment :
    « On notera que l’auteur réussit ce tour de force d’évoquer l’ascension des Pipinides et la présence arabo-musulmane en Espagne sans écrire un mot sur la bataille de Poitiers (732) !
    Vous savez, cet événement par lequel les Gallo-Francs ont résisté à l’invasion musulmane, mettant définitivement un terme à l’expansion arabe vers l’Ouest...
    Ceci m’amène à conclure que l’article de Madame Citron est des plus partiaux, très orienté idéologiquement et qu’on ne peut lui apporter que peu de crédit ! “

    Charles Martel, c’est bien le mythe par excellence longtemps présent dans les manuels, sans doute l’un de vos propres souvenirs scolaires comme ‘ défenseur de la France chrétienne contre les Arabes ’. Il n’y a aucune entité géo-politique du nom de France en 732, et Charles Martel a surtout massacré des chrétiens du midi et déporté quelques prélats ! Par contre il a beaucoup servi de figure emblématique à l’extrême-droite.
    On sait bien aujourd’hui (et ce n’était pas clair pour les historiens républix-cains et scientistes de la fin du 19ème siècle, qu’il n’y a pas d’histoire sans problématisation, sans questions posées au passé., donc sans une part de subjectivité de l’historien. L’essentiel est de ne pas falsifier les faits évoqués.

    N’êtes vous pas vous-même, et c’est inévitable, idéologiquement partisan quand vous affirmez :
    ‘Il y a sans aucun doute possible des Français qui sont les héritiers de la veille civilisation gallo-romaine et germanique, et d’autres qui sont les représentants d’autres peuples, d’autres cultures. Nier cette réalité n’effacera pas les conséquences de l’immigration sur les consciences, mais au contraire risque d’aggraver les problèmes d’aujourd’hui et préparer les pires difficultés pour demain

    Il y aurait encore bien des choses à débattre ainsi qu’avec quelques autres internautes. Une table-ronde à la rentrée organisée par Rue 89 ? ? ? .

  • Jaycib
    Jaycib
    Désagrégé de l'Université
    • Posté à 17h55 le 24/06/2008
    • Internaute 37053
      Désagrégé de l'Université

    Bigre, ça déménage dur (et ça se répète aussi... je parle des posts) !

    Je veux bien qu’on ait le débat proposé par Suzanne Citron, mais je n’en vois pas bien l’intérêt pour le commun des mortels (de souche ou non).

    Personnellement, je me moque bien de savoir si mes ancêtres étaient gaulois ou non. Par contre, ce qui m’intéresse, c’est de savoir pourquoi dans ma famille, d’origine flamande et néerlandophone du côté maternel et d’origine chouane et parlant le bas-breton du côté de mon père, on a pu devenir des Français « pur sucre » alors que de l’autre côté de la frontière septentrionale actuelle, les Flamands et les Francophones ne peuvent plus se voir, même en peinture !

  • Atlantis
    Atlantis
    Etudiant apolitique
    • Posté à 18h43 le 24/06/2008
    • Internaute 39710
      Etudiant apolitique

    Il est vrai qu’à Poitiers Charles Martel n’a repoussé que quelques géographes musulmans... pas de militaires, si ce n’est leur escorte.

  • Arnaud T.
    Arnaud T.
    journaliste
    • Posté à 20h33 le 24/06/2008
    • Journaliste 45002
      journaliste

    Madame Citron,

    Merci pour votre réponse. Mes précédents messages étaient quelque peu provocateurs, au sens propre : j’entendais bien faire réagir.

    Je vous réponds à nouveau.

    vous avez raison d’évoquer le colloque de 1982 sur la question du mythe « nos ancêtres les Gaulois » (car il s’agit aussi d’un mythe politique) ; mais s’arrêter à l’idée que les rapports entre ce que furent les Gaulois et les Français d’aujourd’hui n’est qu’un mythe, c’est une erreur. La recherche historique et archéologique a beaucoup avancé en 25 ans, l’on connaît en particulier beaucoup mieux qu’avant l’état de la Gaule à la veille de la conquête césarienne : le pays barbare couvert de forêts n’a jamais existé (ce qui déplaît à certains romantiques d’ailleurs), l’espace de la future France était déjà densément peuplé, mis en valeur, comme l’a démontré en particulier l’archéologie aérienne.

    Le livre de J.-L. Brunaux n’est pas une étude strictement archéologique (bien que l’auteur soit directeur de recherches au laboratoire d’archéologie de l’Ecole Normale Suépérieure), mais au contraire une réflexion de fond sur la civilisation gauloise (et non celtique en général) et l’auteur y analyse en détail l’histoire politique de l’idée gauloise en France. Il s’intéresse aux origines du « patriotisme celte » des Français, en montre les différentes facettes, et insiste sur l’idée que tout cela a beaucoup influencé l’historiographie des XIXème et XXème siècles.
    Mais il ne faut pas se tromper de débat : ce qui a été remis en cause, c’est l’existence d’une nation gauloise, au sens moderne du mot, au temps de Vercingétorix, pas le fait que les Gaulois (les habitants de l’espace entre Pyrénées et Rhin) aient légué un apport considérable à l’Europe occidentale et surtout à la France, ni le fait que ces Gaulois soient la source principale (mais pas unique, évidemment) du peuplement de la France ; au contraire, cette dernière idée est renforcée par la recherche scientifique récente.

    La Table des matières du livre de J.-L. Brunaux :
    I/ La Gaule, le pays qui préfigue la France ?
    II/ Les Gaulois, un peuple fruste ?
    III/ La religion gauloise
    IV/ Les relations avec Rome
    V/ Que reste-t-il des Gaulois ?

    Vous voyez que l’auteur met au centre de sa réflexion les questions proprement historiques et le rapport passé/présent, fondamental pour ce sujet.

    Ce n’est pas parce que l’idée de Français descendants de Gaulois a été instrumentalisée politiquement et idéologiquement (républicains, nationalistes), ce qui est incontestable, qu’elle est fondamentalement fausse.

    De la même manière, à propos de Charles Martel : je n’ai pas dit que l’événement n’a pas été instrumentalisé politiquement, j’affirme qu’il est un événement déterminant de notre histoire commune, que c’est par là que la France n’a jamais été musulmane contrairement à l’Espagne (malgré quelques micro-colonies arabo-berbères, principalement sur le littoral méditerranéen, comme à Montpellier). On peut le regretter ou s’en féliciter, peu importe, mais le passer totalement sous silence, comme s’il s’agissait d’un fait secondaire, c’est une erreur historique majeure. Que les royaumes des Mérovingiens, puis de leurs successeurs, n’aient pas été la France au sens moderne du nom, personne ne l’a jamais nié, mais c’est dans ces événements que notre nation a pris corps et il est absurde de nier l’importance, dans la constitution de notre civilisation et dans l’histoire du peuplement du pays, de la bataille de Poitiers. Charles Martel ne s’est pas battu seulement pour les raisons que l’on invoque parfois (lutte de civilisation), mais aussi (surtout ?), parce qu’il était un puissant prince soucieux de ses intérêts dans le midi des Gaules, mais cela n’enlève rien à la portée de l’événement pour l’histoire de notre pays.
    Vous n’êtes pas la première à minimiser l’importance de Poitiers, c’est une idée répandue aujourd’hui, notamment parmi ceux qui se soucient de ne pas rappeler les anciens et nombreux conflits entre chrétiens et musulmans (pour des raisons évidentes : ne pas mettre d’huile sur le feu). On comprend bien que pour un enseignant d’histoire-géographie d’aujourd’hui, dont les élèves sont majoritairement ou en partie de religion musulmane et d’origine arabe, il n’est pas possible d’aborder l’événement en terme triomphants, comme on le faisait il y a encore 30 ans. Mais le passer sous silence, c’est de la manipulation historique, tout bien intentionnée ( ?) qu’elle soit.

    Encore un fois, vous mêlez curieusement la complexe histoire politique de notre territoire (évidemment que la Gaule n’était pas exactement la France, pas plus que le royaume que dirigeait de fait Charles Martel) et l’histoire de son peuplement et de sa civilisation, qui ne se confondent pas.
    Ce n’est pas parce que la nation française est née politiquement en 1789 que les Français ne doivent rien à ceux de leurs ancêtres qui ont vécu avant !

    Enfin, évidemment que je ne prétends pas à l’objectivité totale, qui n’existe pas en histoire. En revanche, il existe des contre-vérités et des déformations à propos desquelles il est juste de lever la voix.
    J’ai l’impression que vous êtes de ceux qui se méfient des idées historiques qui contribueraient, selon l’idéologie dominante aujourd’hui, à éloigner les actuels habitants de la France les uns des autres. Mais je ne crois pas que l’on puisse fonder un discours cohérent sur des erreurs d’interprétation historique, sur une réinterprétation générale de l’histoire faite pour l’adapter aux exigences modernes, c’est-à-dire faire accepter l’idée que les migrations sont normales, que tout le monde est métissé, que les migrations contemporaines sont de même nature que celles qui les ont précédé, etc.
    Cela ne sera pas opératoire, car tout le monde sait bien que malgré les aléas de l’histoire de l’Europe, une rupture majeure est survenue avec l’immigration contemporaine ; ce n’est pas en niant la cohérence et la continuité du peuplement français de l’antiquité au XXème siècle que l’on parviendra à faire croire que rien n’a changé.
    Vous êtes peut-être de ceux et celles que les grandes migrations actuelles inquiètent, d’une manière ou d’une autre (par elles-mêmes ou par les réactions qu’elles provoquent), mais je ne crois pas que déconstruire l’histoire amène à grand’chose.

    Et puis, je vais vous faire une confidence : je suis fatigué de cette mode, imposée par l’idéologie du « vivre ensemble » dont la France a besoin pour ne pas imploser (je crois que tout le monde en a conscience), de dénier toute valeur spécifique à la culture française, toute existence propre au peuple français, quitte à traficoter la réalité historique, en ne parlant que de ce qui arrange.
    A croire que pour faire accepter notre société multi-culturelle et l’effacement des frontières, certains croient nécessaire de faire admettre coûte que coûte que c’est normal précisément parce qu’il en a toujours été ainsi. Non, il n’en a pas toujours été ainsi, nous vivons des temps profondément nouveaux, c’est le minimum à comprendre pour ne pas se planter, quelles que soient nos motivations politiques/idéologiques par ailleurs.

    Cordialement,

    Arnaud.

    • Un compte supprime
      • Posté à 03h39 le 25/06/2008
      • Internaute 21837
        nc

      J’aime beaucoup l’analyse et sa conclusion. L’histoire -des peuples, des idees, des regions- est absolument passionnante, et eclairante. Mais atention de ne pas faire dire a l’histoire plus qu’elle n’en a a dire, comme tous les etats centralises se sont amuses a le faire de tous temps et en tous lieux. Ce n’est pas nouveau et l’histoire justement nous met en garde contre les tentatives permanentes d’instrumentalisation des faits historiques par les pouvoirs centralistes.

      Aussi ce debat est vain et il me semble que la culture francaise doit etre envisagee dans sa dimension ethnographique davantage qu’historique et que l’identite culturelle est par essence une construction inachevee.

      La baguette francaise, un des piliers indiscutables de notre culture francaise doit aussi beaucoup aux premiers agriculteurs mesopotamiens. N’empeche qu’il y a des boulangers du quartier qui vendent de la baguette mal cuite faite avec de la mauvaise farine.

    • Bardamu
      Bardamu répond à Arnaud T.
      difficile
      • Posté à 15h04 le 25/06/2008
      • Internaute 25491
        difficile

      Cher Arnaud T.,

      Le tour de passe-passe auquel nous assistons de nos jours est en effet le suivant : on essaie de nier le caractère récent et massif des mouvements migratoires qui parcourent la planète (sans précédents historiques aussi bien du point de vue de leur vitesse que de leur importance numérique, le phénomène ayant changé d’échelle a changé de nature) en essayant de nous « vendre » le mythe d’un brassage général des populations, d’un métissage généralisé depuis l’aube des temps, ce qui est contredit aussi bien par les recherches historiques que par la génétique des populations.

      L’idée est la suivante : rien de nouveau sous le soleil, dormez tranquilles braves gens !

      Le modus oprerandi est toujours le même : on trouve dans un vieux cartulaire qu’en 1124 il y avait quatre Gagaouses à Perpette-les-Olivettes, aussitôt, plusieurs thèses vont fleurir pour nous informer de l’apport exceptionnel de la culture Gagaouse à la démographie et à la culture française. Dans le but louable d’éviter tout « nationalisme historique ».

      De même, Charles Martel n’a plus arrêté les Sarrazins à Poitiers, ce serait injurieux pour nos djeuns-zissus-de-l’immigration, auxquels d’ailleurs, pour la même raison, on évitera de trop parler du génocide des juifs...

      Bref, il faut déconstruire, sans relâche, jusqu’à ce que le moindre atome d’identité française soit nié, discrédité, remis en question.

      Sur cette table rase pourra s’élever la nouvelle société sans mémoire.

      Youpi.

  • macjack
    macjack
    bûcheron
    • Posté à 21h25 le 24/06/2008
    • Internaute 45039
      bûcheron

    La référence à la nation gauloise des origines a pu être une caricature de notre Histoire. N’en reconstituons pas une autre en sens inverse !

    D’abord déblayons le terrain.

    Si nous parlons d’un peuple, nous parlons culture et non ethnie. Pourquoi ? Parce que le second facteur, s’il existe, est quasi négligeable pour l’histoire d’une population donnée. Qu’est-ce que cela peut faire pour notre histoire future que Rachida Dati ait été d’origine maghébine ou Sarko fils d’un Hongrois, à partir du moment où leur culture, et donc leur comportement et leur vision du monde sont marqués par leur éducation française ? Cela n’a pas plus d’importance que si l’on distinguait la couleur des yeux ou des cheveux des uns et des autres.

    Notre territoire hexagonal moderne possédait des populations depuis des millénaires (Lascaux etc) quand les Celtes sont arrivés progressivement pendant l’âge de bronze puis l’âge de fer, originaires en gros de l’Ukraine actuelle, par la Bohème, l’Autriche et le sud de l’Allemagne, puis l’Est de la France etc... Bientôt ils recouvrent toute l’Europe de l’Ouest et bien sûr, l’espace de notre beau pays.

    Que représentent-ils ?

    Une aristocratie, disons pour donner une idée, de 10% de la population conquise, laquelle va, au fil du temps et sans doute des pressions, adopter la langue celtique, les coutumes et la philosophie religieuse des Druides, et sans doute aussi enrichir cette civilisation de son apport propre.
    C’est cette fusion réalisée après plusieurs siècles que nous appelons les Gaulois lorsque notre livre d’histoire s’ouvre. Ils sont organisés par nations et dirigés par un Sénat d’où émerge parfois un Roi. Ces nations ne sont pas politiquement unies mais sont conscientes d’appartenir culturellement à un ensemble plus vaste. Un peu les pays musulmans aujourd’hui.

    Ce sont les Romains qui vont commencer à délimiter la Gaule hexagonale, notamment en suscitant la coalition des nations contre lui, puis en construisant leur ligne de défense anti-germanique sur le Rhin.

    Bientôt la colonisation romaine va battre son plein, l’assimilation progresser, les élites arvernes abandonnent le Gaulois dès le 4ème siècle et au 8ème siècle, c’en est fini de cette langue-(sauf en Armorique) les Gallo romains parlent bas-latin puis roman...
    Mais les Gaulois auront nommé le pays : les peuples, les rivières les montagnes. Les nations laisseront leur nom à leur capitale : les Parisii : Paris, les Redones : Rennes et Redon etc...et ainsi de bien des villes françaises... et europénnes. Les mythes resteront largement celtiques les contes, la poésie : des siècles plus tard, Marie de France et Chrétien de Troyes s’en souviendront encore...
    Et quand on connaît un peu la civilsation celtique, on voit que celle-ci a constitué une base culturelle majeure qui perdurera au fil du temps. Savez vous par exemple que la façon de boire des Français actuels, par petites gorgées, est déjà notée par les Grecs er les Romains anciens ?

    Entre-temps, les invasions germaniques ont fait leur oeuvre à travers le territoire. Mais les Francs Saliens, qui prendront le pouvoir avec Clovis, ne seront au total que 80000 environ , dont 10000 guerriers, à comparer avec une population indigène de plusieurs millions. L’impact des Francs sera politique, avec l’unification d’’un royaume, et linguistique, avec l’apport dans le bas latin puis le roman de nombreux vocable ou la place de l’adjectif dans la phrase : Châteauneuf hors la présence franque, sera Neufchatel avec celle-ci, la Gaule, latinisée sera germanisée...

    Je m’arrête là. Sans vouloir être désagréable avec qui que ce soit je maintiens que les Gaulois, compris comme je l’ai indiqué, ont quand même été à l’origine, non de l’Etat mais de la Nation d’aujourd’hui.

  • Un compte supprime
    • Posté à 03h18 le 25/06/2008
    • Internaute 21837
      nc

    Outre le debat historique et ethnoculturel suscite par l’article de Suzanne - a savoir qui etait la avant les autres et qui peut ou ne peut pas revendiquer une ascendance culturelle (au passage, l’histoire de la Mediterranee de F. Braudel suffit a comprendre que ce genre de tentatives culturalistes recuperatrices sont vaines du seul fait de l’intensite des brassages ethnolinguistiques et economiques), il est interressant a la lecture des commentaires de voir comment beaucoup cherchent a illustrer et a defendre le concept recent de nation et de peuple en piochant a travers les epoques et les evenements ; on en appel tantot a Charles Martel, tantot au Vert Galant, et pourquoi pas faire monter au creneau de la defense nationale, Napoleon ou Francois Premier.

    Quid de Leonard de Vinci, de Pascal, ou d’Ambroise Pare. Quid de Gosciny et Uderzo, de Camus, de Moliere et de Villon, de Brassens et de Chretien de Troyes ? Gaulois ou pas gaulois ? Inne ou acquis ? Genetique ou culturel ?

    Je crains que ces recherches en paternite ne soient a jamais vaines et qu’il vaille mieux s’interresser a l’histoire pour l’histoire, aux Gaulois pour les Gaulois, a la culture pour la culture, a la philosophie pour la philosophie, et a la politique pour foutre une bonne patee a tous les nationalistes et fachos aux prochaines elections. Alea Jacta Est, parcere subjectis et debellare superbos...

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