Faut-il supprimer le baccalauréat ?
Lundi 16 juin, les 324 810 candidats au bac général se sont penchés sur l’épreuve de philosophie, qui marquait son coup d’envoi. Alors que l’examen fête son 200e anniversaire, la question de sa suppression est de nouveau débattue. N’est-il qu’un vestige d’une politique éducative dépassée qui ne perdure que par sa valeur symbolique ?

Sur le net, de plus en plus de blogueurs envisagent sa suppression. C’est le cas du « jeune citoyen » de blogamax :
» Le baccalauréat n’est plus un diplôme valorisant mais dévalorisant ! (…) Ceux qui échouent au bac sont vus comme les vilains petits canards de la jeunesse française. Les bons à rien, les irrécupérables de la société. Résultat, ils quittent le système scolaire sans diplôme, sans aucune qualification. Quels gâchis d’étudiants, de cerveaux, de talents probables (…)
En 1880, c’est 1% d’une classe d’âge obtenant le baccalauréat : l’élite française ! En 1989, c’est 36% d’une classe d’âge obtenant le baccalauréat : une caste de privilégiée !
En 2006, c’est 63,8% d’une classe d’âge obtenant le baccalauréat : Une minorité de 36,2%, sans Baccalauréat, les honteux de la société Française ! «
Il propose de réserver le bac aux étudiants qui souhaitent entrer à l’Université et le supprimer pour tous les autres.
“De toutes façons, pour moi le bac ne sert à rien”

Sur son blog “ Conseils de classe” , Bruno Magliulo, inspecteur d’académie honoraire, met l’accent sur le problème de l’accès à l’enseignement supérieur :
“ En France, contrairement à ce qui se passe dans la plupart des autres pays, le baccalauréat n’est pas un simple ’certificat de fin d’études secondaires’ (…). A cette fonction de certification s’ajoute -et c’est au cœur du débat sur son avenir- le fait qu’il confère un droit que certains jugent désormais exorbitant : le droit d’accéder à une filière d’enseignement supérieur universitaire.”
“ Pourtant, on sait bien désormais que ce droit à la poursuite des études est largement un leurre. Pour contourner l’ambiguïté qui existe dans le fait que ce diplôme, de plus en plus dévalué, continue d’octroyer à son détenteur un tel droit, on a multiplié les procédures de sélection à l’entrée des filières de l’enseignement supérieur (IUT, STS, classes préparatoires, écoles…). Même à l’université, la sélection existe, et tend à se développer depuis quelques années : à l’entrée de certaines d’entre elles (les ‘universités de technologie’ par exemple), ou en cours d’études (concours de passage en deuxième année des études médicales, pour l’admission en IUP, en deuxième année de master, etc.). Mais surtout, il existe à l’université une sélection terrible qui ne dit pas son nom, en premier cycle notamment : savez-vous que près de 50% des bacheliers entrés en première année d’un premier cycle ne parviennent pas à la licence ? ‘

Philippe Duret, professeur d’histoire et géographie en région parisienne, s’appuie sur son expérience de surveillant des épreuves, notamment celle de philosophie, pour souligner l’inutilité du bac sur son blog lycées de banlieue’ :
” Dans un sujet de philo, il y a une coquille. Ces dernières années, les ennuis techniques se multiplient. Il y a tellement de candidats et d’épreuves que les fautes de frappe et de lecture ne peuvent plus être corrigées à temps. Le bac devient de plus en plus difficile à gérer. Or, on peut se demander si le jeu en vaut encore la chandelle. Le bac provoque la souffrance des élèves et de certains parents, il coûte cher, il nous supprime six à sept semaines de cours (du 1er juin au 13 juillet), il a perdu toute valeur sur le marché du travail, il enlève beaucoup de liberté pédagogique aux enseignants de terminale. »
Tristement, il souligne que « dans la salle qu’[il] surveille, un tiers des candidats est absent ». Et raconte une anecdote frappante :
» Au bout d’une heure et demie, un jeune homme d’origine africaine quitte la salle, n’ayant écrit que quatre ou cinq lignes sans intérêt. Comme il a oublié de signer la feuille d’émargement, je descends quatre à quatre pour le rattraper. En remontant dans l’escalier nous discutons. Je suis candidat libre, explique-t-il. Je n’étais pas inspiré. Cette année a été difficile pour moi, j’ai eu beaucoup de soucis, alors j’ai préféré ne rien écrire plutôt que d’écrire des bêtises. Je lui explique son erreur : au contraire, il vaut mieux prendre le risque d’écrire des choses qui sont peut-être des âneries mais ce n’est pas sûr, alors que rendre une feuille blanche apportera immanquablement une mauvaise note. ’De toutes façons, pour moi le bac ne sert à rien, dit le jeune homme, j’y vais uniquement pour le titre.’ Bel exemple d’intelligence et de clairvoyance, belle lucidité. En effet, le bac ne sert plus à grand’chose. »

Même ceux qui n’envisagent pas la suppression du bac, s’accordent pour souligner les problèmes de ce diplôme. Superfafa explique :
» Il ne faut pas croire que la communauté éducative n’est pas consciente de certains problèmes soulevés par les politiques : en effet, on sait que les épreuves du baccalauréat ne permettent pas une bonne préparation à l’oral qui est pourtant indispensable. Il serait donc de bon ton de faire quelques ajouts, voire de modifier un peu son contenu. »
Quid du contrôle continu pour remplacer l’examen ?
La question est de savoir par quoi remplacer la bac s’il est supprimé ? Le contrôle continu est la solution la plus souvent débattue. Ainsi, selon blogamax :
« Une réforme beaucoup plus économique. Le baccalauréat en contrôle continu. Nous pouvons nous appuyer, pour cette solution, sur la régionalisation de la France. Chaque région devra respecter (…) un ensemble de “piliers de connaissances”, pouvant être appuyé par un tronc commun : mathématiques, français, histoire-géographie, économie, anglais et informatique. Puis à ce tronc commun un ensemble d’options, deux à trois obligatoires. La région, devra établir chaque trimestre les différents sujets et les transmettre aux lycées. Ce contrôle continu prend alors la place des actuels bacs blancs organisés par les lycées. »

Au contraire, Rage, jeune ingénieur territorial en Poitou-Charentes, affirme sur Agoravox que « c’est un miroir aux alouettes : il y a trop de distorsions entre les notations des lycées. Le bac conserve un seul argument fort : il est pour tout le monde le même en France une année donnée dans une filière donnée. »
Critique que tente de contrer Bruno Magliolo :
» La peur du contrôlé continu, c’est le fantasme du bac lycée Henri-IV de Paris ou bac lycée de Montreuil dans le 93 (…). Croyez-vous sérieusement que les professeurs qui recrutent des élèves en classe préparatoire ne font pas la différence entre le dossier d’un élève issu du lycée Henri-IV de Paris, et un autre qui vient du lycée de Montreuil dans le 93 ? «
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Professeur
Professeur
Un article à charge contre le baccalauréat qui néglige une multiplicité de contre arguments.
1. L’épreuve du baccalauréat, par l’enjeu symbolique qu’elle représente, est un argument capital pour stimuler l’effort de travail d’élèves de terminale. Les tristes fin d’années de secondes, où une atmosphère digne du club méditerranée s’installe dès les premiers rayons de soleil de mai, nous donnent l’idée de ce que serait une terminale sans baccalauréat.
2. La dévalorisation de facto de l’épreuve que souligne l’article procède d’une accumulation de politiques démagogiques : sous prétexte de « démocratiser » le baccalauréat, on en a facilité l’obtention. Des candidats illettrés (qui n’ont pas de formation intellectuelle et savent à peine lire et écrire) parviennent à décrocher le diplôme et à rejoindre les rangs de l’université, où le taux d’échec en première année atteint des proportions abyssales. Une véritable démocratisation ne consisterait-elle pas à refuser de démonétiser le baccalauréat et à permettre, par un renouvellement des pratiques pédagogiques et surtout par l’octroi de moyens matériels (diminution des effectifs, réels cours de soutien, revalorisation de domaines de savoir tels que les arts, etc…) de porter une classe d’âge à un niveau de connaissances ?
3. Le contrôle continu supprime l’anonymat de l’épreuve nationale, ce qui entraîne deux effets pervers : l’élève n’est plus évalué sur ses seules aptitudes mais sur son histoire scolaire dans un établissement, avec les amalgames néfastes que cette histoire entraîne. La docimologie (« science de la notation ») souligne que la sympathie ou l’antipathie qu’inspire un élève tendent à modifier son évaluation (biais que des enseignants consciencieux doivent identifier et combattre) ; enfin, sans épreuve nationale, le « certificat de fin d’étude » sera local, avec un certificat Henri IV et un certificat « lycée de banlieue avec mauvaise presse ». Il est vrai que les classes préparatoires tiennent compte de la réputation des lycées dans leur recrutement, mais en supprimant le baccalauréat, on n’apportera aucune solution à ce biais social, au contraire.
4. Enfin, tirer prétexte de « coquilles » dans les sujets pour supprimer l’épreuve est un argument dont la portée m’échappe… Outre le fait que chaque sujet est vérifié une dernière fois le jour de l’épreuve par des correcteurs spécialistes de la matière, outre le fait qu’une série entière de sujets de rechange est remise aux présidents de jurys pour parer à toute éventualité, je ne vois pas en quoi une faute ponctuelle, exceptionnelle, dans la rédaction d’un sujet devrait discréditer le principe de l’épreuve. Avec une telle argutie, on pourrait tirer prétexte des coquilles de thèses pour supprimer le doctorat, voire d’erreurs ponctuelles du ministère des finances pour supprimer l’impôt…
La véritable question n’est pas celle du baccalauréat, laquelle est posée avec récurrence depuis sa fondation par Bonaparte, mais celle-ci : comment concilier un enseignement de masse et une formation excellente ?




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