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Rejet des langues régionales: un « aplatissement » de la culture?

Chacun des articles de la réforme des institutions aura décidément posé problème. Dernier en date  : le Sénat s’est opposé mercredi à la volonté de l’Assemblée nationale de voir inscrire la reconnaissance des langues régionales dans la Constitution. Une cacophonie parlementaire commentée par le linguiste Alain Rey pour Rue89.

Le célèbre ancien chroniqueur de France Inter "pense que juridiquement le Sénat n’a pas tort" car "par définition, tout ce qui est régional et particulier ne fait pas partie de ce genre de déclaration". Pour autant, "ce n’est pas parce qu’on ne met pas quelque chose dans la Constitution qu’il faut lutter contre" et il craint que ce soit le cas de quelques uns des sénateurs  :

"Pourquoi ne pas y classer aussi les monuments historiques  ?  "

Des sénateurs qui, par 216 voix contre 103, ont donc adopté, ce mercredi en première lecture, un amendement supprimant la référence aux langues régionales dans le projet de loi constitutionnelle. Une large majorité d’origines partisanes diverses. Récemment exclu du PS, Michel Charasse a ouvert les hostilités  :

"J’ai été surpris, avec d’autres, de voir apparaître à l’Assemblée nationale un amendement tendant à classer les langues régionales au patrimoine de la France. Pourquoi ne pas y classer aussi les monuments historiques ou même la gastronomie, que certains verraient de surcroît au patrimoine de l’humanité  ?  "

Michel Charasse ne pouvait qu’approuver les propos qui allaient suivre en séance publique. Peu importe qu’ils émanent d’un adversaire politique, en l’occurrence le sénateur UMP Adrien Gouteyron  :

"Le sujet est loin d’être anecdotique. Il est essentiel et je souscris pleinement à ce qui vient de se dire sur la Charte des langues régionales  : maintenir cette phrase à l’article premier de notre Constitution signifierait que l’on veut conduire la France où elle ne veut pas aller. Si la France ratifiait cette Charte, il n’est pas de document interprétatif, quel qu’il soit, qui nous exonèrerait des obligations qu’elle emporte."

Et c’est même contre les avis de la commission des Lois du Sénat et du gouvernement que cette opposition des sénateurs a remporté la seconde manche de ce qui pourrait se transformer en une longue bataille entre les deux chambres.

"Des dispositions déclaratives placées là pour faire plaisir"

La première manche s’était jouée le 22 mai à l’Assemblée nationale, également en première lecture. Les députés avaient adopté à la quasi-unanimité un amendement soutenu par le gouvernement et déposé par Jean-Luc Warsmann (UMP), le président de la commission des Lois de la chambre basse.

Un amendement qui aurait modifié l’article premier de la Constitution comme suit  :

"La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. (…) Les langues régionales appartiennent à son patrimoine national."

Comment expliquer cette nette mésentente parlementaire  ? Alain Rey dit craindre "un désir un peu jacobin d’unifier en aplatissant". Un conservatisme souvent reproché aux sénateurs par les députés ; les premiers rétorquant alors aux seconds que la réforme de la Constitution n’est pas faite pour "y introduire des dispositions déclaratives, placées là pour faire plaisir" (Yves Détraigne, UC-UDF).

"Un défi à la simple logique, un déni de la République"

L’intervention -chose rare- de l’Académie française entre les deux votes expliquent peut-être aussi le revirement des parlementaires. Dans une déclaration votée à l’unanimité de ses membres, l’institution chargée de définir la langue française a demandé le 12 juin "le retrait de ce texte dont les excellentes intentions peuvent et doivent s’exprimer ailleurs, mais qui n’a pas sa place dans la Constitution"  :

"Les députés ont voté un texte dont les conséquences portent atteinte à l’identité nationale. (…) Il nous paraît que placer les langues régionales de France avant la langue de la République est un défi à la simple logique, un déni de la République, une confusion du principe constitutif de la Nation et de l’objet d’une politique.

Les conséquences du texte voté par l’Assemblée sont graves. Elles mettent en cause, notamment, l’accès égal de tous à l’Administration et à la Justice. L’Académie française, qui a reçu le mandat de veiller à la langue française dans son usage et son rayonnement, en appelle à la Représentation nationale."

A moins que le gouvernement ne parvienne à aboutir à un accord entre les deux chambres, nul doute que le bras de fer entre députés et sénateurs ne fait que commencer. Il reste une lecture dans chaque hémicycle… et beaucoup d’inquiétude pour l’exécutif, qui voit chaque jour s’amoindrir les chances de cette réforme de la Constitution d’être votée par le Congrès au mois de juillet.


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Par I.P
20H12    19/06/2008

Comment on dit « couac » en breton ?

 
Par jyeden
20H41    19/06/2008

tu pourrais tout de meme faire une différence entre langues, dialectes et patois
le breton est une langue (avec quatre dialectes)
le basque est une langue
l’alsacien est un dialecte (en fait deux)
le provençal est un patois
l’occitan est une multitude de patois est en fait une autre façon de parler le français
la catalan est un dialecte
et il y a encore quelques parlé qui hesite entre dialecte et patois
va dire à un Alsacien ou à un Breton qui parle le patois et tu vas voir comme tu seras accueillis

 
Par caro
21H34    19/06/2008

Pour aider, une carte des langues de France :

http://www.lexilogos.com/france_carte_dialectes.htm

Les langues régionales sont toujours vivantes, tel le canard de Robert Lamoureux (clin d’oeil aux « anciens »)

Si la France est indivisible par sa constitution, nul besoin de langues régionales pour la diviser. J’en connais un qui la divise par couches horizontales inégales et pyramidales, des plus pauvres, le socle large et épais, jusqu’aux plus riches, pointe étroite du sommet.

 
Par Victor Kaplan
22H37    19/06/2008

Il est quand même étonnant que la question des langues et identités locales fasse encore tant de bazar dans ce pays !!! Et que les mêmes réflexes ressurgissent : la république en danger, le français laïque, gratuit et obligatoire pour tous, etc…
Pourquoi ce centralisme autoritaire et crispé ? Qu’est-ce qui est en danger ?
Pourquoi la France s’est-elle constituée sur la négation des cultures qui la composaient ? Ou plutôt : pourquoi doit-elle encore se fonder sur cette négation ?
Pourquoi le découpage des régions a-t-il été composé de façon à détruire les mémoires (région Bretagne amputée, région Pays de la Loire inventée de toutes pièces, région Savoie engloutie, région Normandie scindée en 2, régions basque et flamande ignorées, etc…)
Un tel acharnement révèle une incompréhensible faiblesse. De quoi a-t-on peur ? Que la république explose ?
La véritable angoisse devrait être que les français sont incapables d’articuler deux mots d’anglais ou d’espagnol, qu’ils sont plus coupés du monde que n’importe lequel de leur contemporain européen.
Mais sans doute est-il plus facile de jouer des muscles à la maison que d’affronter le vent du large.

 
Par Kereven
22H42    19/06/2008

Les écoles Diwan c’est en gros 5000 élèves par an sur 6 millions de bretons (intra et extra Bretagne). Le breton en 60 ans a perdu 3.5 millions de locuteurs. Je suis breton de Paris, je souhaite parler breton, non pas pour remplacer le français qui est la langue de la république et ma langue, mais pour simplement comprendre la culture à laquelle je souscris. Or, pour adultes à paris il n’y a qu’un cour d’une heure et demi par semaine, ce qui fait que ne pouvant le suivre car il tombe mal pour moi, je ne peux apprendre cette langue. Je ne connais aucun breton qui veuille remplacer le français, je ne connais que des personnes appréciant une culture multimillénaire et qui veulent comprendre les écrits, les chants. En refusant de permettre l’apprentissage facultatif d’une langue déjà morte, on assassine près de 2000 ans de culture. On peut s’y opposer, mais jamais le breton ne sera une langue pouvant faire concurrence au français. Quel est donc l’intérêt de l’assassiner définitivement en lui interdisant le droit d’exister ? Dans ce cas, il faut abandonner le français au motif que l’anglais est la langue internationnale.

 
Par Béatrice1
23H00    19/06/2008

Pour un linguiste, il n’y a pas de différence entre langue, patois et dialecte. Une langue n’est qu’un patois (ou dialecte) qui a réussi (comme on peut dire qu’une religion n’est qu’une secte qui a réussi). Le français, c’est le patois (ou dialecte) de l’Île-de-France. S’il y a mille an Toulouse était devenue la capitale de la France au lieu de Paris, le « français » serait un des dialectes occitans.

Un dialecte et un patois c’est en gros la même chose, sauf que « patois » est connoté très péjorativement.

Donc toutes les langues sont belles et intéressantes, tous les dialectes (et patoix) sont beaux et intéressants. Tous font effectivement partie de notre patrimoine, mais à mon avis ce n’est pas une raison pour les inscrire dans la constitution qui n’est pas faite pour ça. Cette inscription pourrait rapidement causer des problèmes.

 
Par Coragyps Atratus
07H25    20/06/2008

Comment croire un seul instant que l’inscription de la disposition constitutionelle votée par les députés sauvera les langues régionales ?
Sur le territoire Français, personne n’est empêché de parler sa lague régionale ni même de l’apprendre (il existe des réseaux d’éducation publics et privés pour cela, du moins en Bretagne, des éditeurs en langues régionales sont présents et vendent des livres. Enfin, la région Bretagne subventionne largement les manifestations culturelles en lagues bretonne.
Quant aux écoles DIWAN, le problème posé par cette école va au delà de la simple question des langues régionales. Il s’agit d’une école dont la volonté est d’être indépendante de l’état. L’apprentissage et les méthodes dispensés dans cette école, même s’ils sont de grande qualité, ne sont pas avalisés par l’Education Nationale. Subventionner l’école DIWAN créerait un précédent dans lequel les écoles de la Fraternité Saint Pie X ou des écoles crées par d’autres sectaires ne manqueraient pas de s’engouffrer.
En Bretagne, nous disposons d’écoles publiques où les enfants ont la possibilté de faire l’apprentissage du Breton. Il est certainement « plus sain » de s’appuyer et de conforter ce réseau.

La question de la reconnaissance de la langue régionale dans la constitution prépare est une toute autre chose. Elle permet de mettre en adéquation notre constitution française avec la CELMR (Charte Européenne des Langues Minoritaires et/ou Régionales. Cette charte permet aux locuteurs de langues régionales réportoriées en France (en excluant les langues des migrants, celles des gens du voyages et les langues vernaculaires comme les patois) de pouvoir s’exprimer en privé comme… en public et c’est là que se pose le problème. Parler sa langue langue régionale dans une administration pose une foule de problèmes aussi couteux qu’absurdes qui remettraient fondammentalement en cause l’unité de la République et l’égalité entre les citoyens (traductions de textes de lois, obligation pour les fonctionnaires de maîtriser une langue régionale, différence de traitement entre citoyens français selon leur langue).

Par le passé, il est vrai que les langues régionales ont été malmenées en France mais cette volonté émanait du peuple entier et des locuteurs régionaux en premier. Avant la seconde guerre mondiale, la Bretagne était très pauvre et peinait à nourrir ses enfants. S’il y a eu autant de marins bretons qui ont risqué leur vie sur les mers du globe, ce n’est pas vraiment par choix mais bien parce que la terre ne pouvait pas nourir tout le monde. Ces derniers auraient largement préférés rester à cultiver la terre tranquillement auprès de leur famille plutôt que de pêcher du poisson loin des leurs. Le seul moyen d’échapper à la misère était l’apprentissage du Français quels qu’en soient les moyens car c’était la langue qui permettait de s’élever socialement (aujourd’hui c’est l’anglais). De même, les instituteurs étaient également issus de Bretagne (quasiment pas de mobilité à l’époque) et la volonté de voir leurs élèves réussir socialement était leur motivation.