Le Government accountability office (GAO) vient de recommander l’annulation du contrat de près de 40 milliards de dollars qu’EADS, alliée à l’américain Northrop Grumman, avait remporté pour la fourniture de 80 avions de ravitaillement à l’armée américaine. Nul doute que cette décision aux implications économiques évidentes va être largement commentée des deux côtés de l’Atlantique. Annoncée hier sur le site du Washington Post, elle a déjà donné lieu à des remarques enthousiastes d’internautes américains qui saluent le protectionnisme dont elle témoignerait. Pourtant, ce serait se méprendre sur les ressorts de cette décision que de croire qu’elle repose sur un postulat politique.
Vénérable institution du fédéralisme américain, le GAO joue un rôle équivalent à celui de la Cour des comptes française. Gendarme de l’utilisation de l’argent public par l’Exécutif, il relève statutairement du Congrès, mais son indépendance et son autorité ne sont nullement mis en doute aux Etats-Unis. Ses 3000 employés produisent régulièrement, notamment sur Internet, des rapports redoutés par l’ensemble de l’administration américaine, dont plusieurs ces dernières années pour épingler les errements financiers de la guerre en Irak.
Des avis suivis par l’administration dans 95% des cas
A côté de ces fonctions traditionnelles d’audit, le GAO exerce également une compétence originale en matière de marchés publics fédéraux. Depuis les années 1920, il s’est en effet reconnu le pouvoir de vérifier la bonne utilisation de l’argent public lorsque des entreprises viennent se plaindre des conditions d’attribution de ces marchés. Une trentaine d’avocats est donc chargée d’examiner les "bid protest" déposés par les candidats déçus et de statuer dans les 100 jours qui suivent. Cette rapidité alliée au professionnalisme des décisions rendues explique que les entreprises préfèrent généralement utiliser cette voie alors qu’elles disposent aussi de la possibilité de saisir une véritable juridiction, la Court of Federal Claims.
Car c’est là un des paradoxes de l’intervention du GAO : il ne statue pas en tant que juridiction mais ne fait que rendre un avis à destination de l’administration qui a attribué le contrat. Toutefois, et eu égard à la réputation de l’institution, ces avis sont suivis dans plus de 95% des cas.
Saisi le 11 mars dernier par les avocats de Boeing, il vient donc de rendre un avis dans lequel il recommande à l’US Air Force de rouvrir les discussions avec les entreprises candidates et de reformuler plus précisément son appel d’offres. Bien que, pour des raisons de confidentialité qui visent à préserver les secrets militaires et commerciaux, le GAO n’ait pas publié l’intégralité de la décision qui devrait faire une soixantaine de pages après révision par les deux parties, le résumé diffusé en donne déjà un aperçu intéressant.
Même si tous les moyens soulevés par Boeing n’ont pas été acceptés par le GAO, ce dernier a estimé qu’un nombre significatif d’erreurs commises par les services d’Air Force avait pu altérer le choix final. Sans s’intéresser aux mérites des deux offres respectives, et donc sans substituer son opinion à celle de l’US Air Force, le GAO a vérifié si les principes qui encadrent la commande publique avaient été respectés, en particulier celui de l’égalité de traitement des candidats.
Parmi les sept manquements constatés, il semble que l’US Air Force ait notamment mal informé Boeing sur certains points et qu’elle se soit trompée, comme elle l’a reconnu lors de l’instruction de l’affaire, en calculant certains coûts. L’armée de l’air américaine se serait de surcroît écartée des critères initialement retenus dans l’appel d’offres et n’aurait pas respecté le classement dont ils avaient fait l’objet. Somme toute, des manquements très classiques dans des procédures extrêmement techniques.
Un désaveu majeur pour l’US Air Force
Cette décision ne sera probablement que le premier round d’une bataille d’avocats homérique. EADS va peut-être essayer de l’attaquer en appel devant le GAO lui-même au moyen d’un "request for reconsideration", mais Boeing ne s’en laissera pas compter. La bataille judiciaire risque d’être longue car l’enjeu est considérable. Le marché total, dont ce n’était ici qu’une première tranche, est en effet estimé à 100 milliards de dollars pour 179 avions. Mais c’est surtout un désaveu majeur pour l’US Air Force aux prises avec des difficultés récurrentes dans sa direction. Il y a quelques années, le scandale avait secoué toute la classe politique quand on avait découvert que la responsable des achats d’avions, aujourd’hui en prison, avait sciemment favorisé… Boeing au détriment d’Airbus en échange de postes privilégiés pour sa fille et son gendre.
Au final, on se souviendra qu’en France, personne ne s’offusque que Dassault soit systématiquement privilégié par l’armée française. La recherche de la transparence dans l’attribution des marchés de Défense a de beaux jours devant elle, notamment en Europe. En attendant, l’Air Force dispose de 60 jours pour faire part au GAO de ses intentions. D’ici-là, le contrat accordé le 29 février dernier à EADS-Northrop Grumman, demeure suspendu.
► Corrigé le 19/06/2008 à 11H10 suite à une erreur, signalée par une lecteur, dans le montant total du contrat.










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Les États Unis sont les plus protectionnistes sur le plan économique. Il y a eu par exemple, parmi les plus connues, les affaires Concorde qui fut interdit de vol pour nuisances acoustiques et l’affaire de la Citroen Maserati à suspension hydraulique destinée au marché outre atlantique, où tout simplement, l’administration américaine avait « adapté » les normes techniques concervant la garde au sol des véhicules pour la faire interdire sux US. Des cas similaires, il y en a plétore dont les gens ne sont pas informés et ce sera ainsi tant qu’ils seront les plus puissants de la planète. Le jour où ils ne seront plus les plus forts, le pays qui les remplacera aura, soyons en sûrs, le même comportement. Les pays se comporteront toujours comme dans la cour de récréation de l’école, le plus fort aura toujours raison.
Le Monde retrace l’historique de l’appel d’offres :
http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/06/19/l-annulation-du-contra…
« Chronologie
Septembre 2001 : Boeing propose à l’armée de l’air américaine une location-vente de 100 avions ravitailleurs.
Février 2002 : le groupe d’aéronautique et de défense EADS est autorisé par le Pentagone à faire une proposition alternartive pour ce contrat attribué de gré à gré à Boeing. En mai, toutefois, celle-ci est rejetée.
Février 2003 : Boeing remporte finalement le marché, mais, à l’issue d’une commission d’enquête parlementaire pour « concussion « , le Congrès vote son annulation en 2004.
Septembre 2005 : la compétition étant à nouveau ouverte, EADS et l’américain Northrop Grumman bâtissent alors un projet autour de l’Airbus A330.
29 février 2008 : ils gagnent le contrat face à Boeing. »
Et Ouest-France suit le dossier avec intérêt :
http://www.ouest-france.fr/EADS-pourrait-perdre-le-marche-de-35-milliard…
L’armée de l’air américaine a soixante jours pour revoir sa copie.
Obama soutient Boeing contre EADS, et McCain ne réitère pas son soutien initial à EADS.
Aujourd’hui, le titre chute en bourse :
http://www.boursorama.com/conseils/detail_conseils.phtml?&symbole=1rPEAD…
Dans un contexte déjà morose :
http://www.latribune.fr/info/La-Bourse-de-Paris-continue-de-baisser-695-~-FRANCE-BOURSE-OUVERTURE-20080619TXT-$Db=News/News.nsf-$Channel=Bourse
Je trouve étonnant qu’en réponse à un article affirmant que la décision du GAO n’est pas politique ni ne préjuge de l’atttribution définitive du contrat, les commentateuurs réagissent en pointant du doigt le protectionnisme américain!
Je ne suis pas familer de l’histoire de la Citroën SM aux USA, mais dans le cas du Concorde, l’interdiction d’atterrissage n’a été formulée que suite à la plainte de riverains de l’aéroport Kennedy à New York concernant les émissions sonores à l’atterrissage comme au décollage. Il a pu y avoir une attitude xénophobe des riverains, mais cette attitude n’a été défendue par aucune institution américaine à l’époque. Les tribunaux ont simplement comparé les niveaux de décibels, et à ce titre le Concorde était fautif. Des correctifs ont été apportées et l’autorisation d’atterissage a été émise par la suite. Je ne vois pas où est le scandale.
Personnellement, ce que je retiens, c’est le rôle du GAO dans le système des « checks and balances » américain. Quoique imparfait (on l’a bien vu avec les 24 milliards de dollars engouffrés par l’administration américaine en Irak depuis 2003, et dont on n’a au mieux que des traces), ce rôle est exemplaire d’une pratique démocratique qu’on peut critiquer, mais qui pèse d’un poids autrement plus lourd que les avis de la Cour des Comptes française!
On a vraiment l’impressiion que, quoi qu’ils fassent, « les Américains » auront toujours tort.