Les chercheurs et universitaires hostiles à la découpe du CNRS en instituts se sont regroupés devant le siège parisien de l'organisme et en ont bloqué la tenue du conseil d'administration. Catherine Bréchignac, présidente du centre national de recherche, va recevoir une délégation de chercheurs dans l'après-midi pour discuter le plan de réforme.
Depuis mercredi 11 juin circule une pétition, déjà signée par plus de deux cents médaillés du Centre national de la recherche scientifique, de l'INRA ou de l'INSERM, et rejoints par une centaine d'autres.
La fin des sciences sociales et de la biologie ?
Ils entendent protester contre les réformes portées par la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse, devant s'appliquer au CNRS :
« Nous, enseignants-chercheurs, chercheurs ou ingénieurs des universités ou des organismes de recherche, sommes fiers de faire de la recherche (…) Pourtant, nous sommes inquiets. »
Les points qui fâchent : la réorganisation du CNRS en « instituts nationaux » et par disciplines ; un nouveau système de financement, avec des budgets affectés par instituts ; une relance poussée des partenariats avec le privée.
Les manifestants craignaient que les responsables du CNRS ne votent un texte « qui, à terme, signifierait le démantèlement de cet organisme en instituts indépendants où il n'y aurait plus, ni sciences sociales et humaines ni biologie) ».
D'après le collectif Sauvons la recherche, « ce texte confirme que la direction du CNRS accepte la demande ministérielle de découper le centre en instituts nationaux, en laissant volontairement de côté certains secteurs ».
Depuis sa création en 1939, le CNRS accusé d'immobilisme et de gaspillage
Des spécialistes évoquent la question sur leurs blogs. Des positions sans équivoque. D'abord, petite piqûre de rappel dispensée par Damien Besson, étudiant en biologie à l'université d'Angers, sur la situation du centre de recherche :
« Le CNRS, c'est l'incarnation de la science française, l'interdisciplinarité, près d'un quart du budget de la recherche publique, 30 000 salariés, 1250 laboratoires, et l'organisme européen qui publie le plus. Depuis sa création (1939), les mêmes critiques se font entendre : immobilisme, gaspillage, incapacité à collaborer avec l'industrie. »
L'annonce de la division du CNRS en huit instituts fait craindre aux chercheurs la perte de leur indépendance face au politique. Valérie Pecresse, pour qui la modernisation est inévitable, cherche à rassurer :
« Le CNRS reste entier, il a le même périmètre, les personnels gardent le même statut, mais il doit être plus ouvert. »
La communauté des chercheurs demeure méfiante. Dans son blog, Stéphane Mazouffre, réagit en toute bonne foi :
« Au départ, l'idée est relativement bien accueillie par l'ensemble de la communauté scientifique française qui sent bien que le modèle sur lequel elle repose est mal adapté aux réalités du XXI siècle. [Mais] comme à son habitude, le gouvernement ne va prendre en compte aucune des recommandations et propositions faites par les experts mandatés et va piloter, sans donner d'explications, une réforme certes silencieuse, mais capitale pour l'avenir. »
Le blog L'Université, la recherche évoque l'existence d'un sigle curieux : NMP. Il s'agit du « nouveau management public », un « courant de réforme venu des pays anglo-saxons qui vise à gérer les services publics comme des entreprises sans que l'on se pose vraiment la question de la pertinence de la transposition de ces techniques du monde de l'entreprise à celui des laboratoires et des universités ».
En clair, toujours d'après ce site, « une pression est mise sur les chercheurs pour 'rendre des comptes' (…). Aujourd'hui l'Etat veut un droit de regard sur la recherche parce qu'il la finance et parce qu'elle joue un rôle majeur dans l'économie. »
Le pilotage par les pouvoirs publics aura l'effet inverse de celui qu'il prétend obtenir
Sur Sauvons l'Université, on lit ainsi :
« Le pilotage de la recherche voulu par les pouvoirs publics et imposé aux scientifiques aura l'effet inverse de celui qu'il prétend obtenir. Ses contraintes et ses modalités de fonctionnement vont conduire la recherche scientifique à respecter des normes et des usages qui créent structurellement du conformisme scientifique et à terme la stérilisation de la créativité. »
Sur le blog qui héberge la pétition, Patrick Heuret, botaniste à l'INRA, apporte un témoignage lié à sa propre expérience :
« J'adhère particulièrement au fait que la recherche avance avant tout par coopération et non par compétition. Il est important de défendre ces valeurs et de ne pas céder à la peur d'être jugé négativement parce qu'on sort du moule ; c'est la diversité des caractères et des compétences qui est la richesse de notre métier (et des relation humaines en général). »
Pour autant, la contestation ne fait pas bloc. Hervé Le Crosnier, maître de conférences en informatique en est la preuve :
« Le regroupement en instituts verticaux et thématiques, proposé par le gouvernement, est peut-être une solution à ce qu'il faut bien admettre comme étant une situation dramatique pour la recherche. Situation qui ne date pas du gouvernement actuel, ni même du précédent, mais renvoie à la faiblesse constitutive de l'investissement de la France dans la recherche, en terme de budget comme en terme d'image publique et cela par delà les partis et tendances qui on pu gouverner depuis trente ans. »
Selon la direction du CNRS, un nouveau conseil d'administration devrait se tenir dans les vingt jours pour avaliser la réforme.













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Report prévisible depuis l’annonce que Sauvons la Recherche, notamment, allait « occuper » les couloirs menant à la salle de réunion du Conseil d’Administration du CNRS (confirmation sur France Inter ce matin).
Reste à savoir si le CA va, sous la pression de la ministre, essayer de passer en force en juillet, tout comme Darcos l’a fait face aux profs…
Dans l’affirmative, on peut s’attendre à un exode massif des chercheurs sous d’autres horizons. Leurs travaux profiteront à d’autres.
La grande déglingue voulue par Sarkozy ne fait que commencer. Ce qui m’étonne dans tout ça, c’est que les syndicats (divisés sur la question de la représentativité) et nous-mêmes, simples citoyens, n’ayons pas encore trouvé la parade. Nous nous faisons « cueillir » les uns après les autres comme des bécasses.
A ce point de vue, le collectif Sauvons la Recherche n’est pas exempt de reproches — depuis deux ans, il décline les offres d’aide et de renfort proposés de l’extérieur, préférant l’approche « corporatiste ».
Si chacun fait de même, nous sommes foutus, c’est couru d’avance, d’autant que nous entrons en période de vacances peu propice aux mobilisations.
Il nous faudrait quelque chose comme des Etats Généraux de la République défendant des cahiers de doléances, d’où qu’ils viennent. Mais est-ce réalisable si chacune des parties concernées (TV publique, profs, chercheurs, retraités en puissance, etc.) accepte le cadre de « négociations » imposé par le gouvernement?
Le chercheur doit avoir la liberte de l’initiative, mais ne peut en demander le financement pas l’État que si sa recherche s’inscrit dans les objectifs que définit un consensus social. Aucune société n’a les moyens d’en faire plus et c’est à l’État de définir les priorités selon les voeux de la collectivité.
Cette procédure est nécessaire. Si elle ne donne pas les résultats souhaités, ce n’est pas la procédure qu’il faut contester, mais la façon dont s’en acquittent ceux qui sont chargés de l’appliquer
Pierre JC Allard
http://nouvellesociete.org/S55.html
« Le chercheur doit avoir la liberte de l’initiative, mais ne peut en demander le financement pas l’État que si sa recherche s’inscrit dans les objectifs que définit un consensus social. »
Mon cher voisin, permettez-moi d’inscrire dans cette tambouille pixellique mon désaccord avec votre pensée. Les « objectifs que définit un consensus social » ne prenne pas (ou tellement peu) en compte la recherche fondamentale (dont les applications ne verront leur application que peut-être dans 50 ans), ni les sciences humaines et sociales, tant négligées.
Le « consensus social » a la vue bien trop courte malheureusement. Les projets qui obtiennent des financement actuellement (via l’ANR par exemple) sont ceux dont on sait qu’ils auront des applications concretes à court terme.
Je vois dans ce forum beaucoup de messages sur l’indépendance des chercheurs au CNRS et l’utilité de la recherche française.
Le dispositif actuel de recherche a été créé après guerre, du temps de de Gaulle, je crois.
Il y a eu la création du CNRS, dont un des principes fondamentaux est celui d’une liberté de recherche très grande, puisque les thématiques sont gérées par les scientifiques eux-mêmes (compte tenu de l’actualité scientifiques, des opportunités, des contraintes budgétaires et de main d’ouvre etc.)
Ce que j’en vois aujourd’hui, dans ma discipline (la physique), c’est que cette gestion est à la fois collective et individuelle : pour de grands projets, les scientifiques se rassemblent par centaines (et avec des centaines d’autres à travers le monde). A coté, existent de très nombreux petits projets, qui parfois ne réunissent que deux ou trois chercheurs.
Puisqu’il est à la mode d’évaluer les projets en taux de publications, je crois pouvoir dire que les grands projets comme les petits sont, au CNRS, sont « productifs ». Les prix Nobels de ces dernières années sont les fruits de projets de toutes tailles.
RECHERCHE FONDAMENTALE/APPLIQUEE :
En principe, les recherches au CNRS sont/étaient décidées aux CNRS, à divers niveaux de la hiérarchie. Celles-ci peuvent être appliquées ou fondamentales (la distinction est parfois subtile), ce n’était pas, à ce que je sache, jusqu’à présent un critère discriminant.
Il est important de savoir que le CNRS n’est pas le seul grand institut de recherche en France. Après guerre ont été également crées de grands instituts, très prestigieux, dont le but est précisement une « recherche finalisée », complémentaire de celle menée au CNRS. L’INRA pour l’agro-alimentaire, l’INRIA pour les mathématiques appliquées (simulation numériques, méthodes de caclul etc), le CEA pour l’énergie atomique civile et militaire, l’INSERM pour la recherche médicale. Il existe d’autres instituts que je connais moins bien (étude des transports, etc.)
Oui, la recherche appliquée en France existe, et le CNRS ne l’entrave nullement. Au contraire, il la soutient puisque de nombreux chercheurs du CNRS travaillent dans des laboratoires de ces instituts.