A debattre

Audiovisuel: quelle refonte pour la télé et la radio sans pub?


Poste de télévision (Olivier Culmann).

L'échéance se rapproche pour l'audiovisuel public. Alors que la commission Copé vient de boucler ses travaux -elle rendra son rapport le 25 juin-, le personnel des télévisions et radios publiques observait mercredi une grève. Pendant ce temps, des citoyens s'interrogent sur l'avenir du secteur et les moyens de l'améliorer.

Rue89 reprend des analyses et des propositions faites par notre partenaire, la fondation Terra Nova, et par nos confrères de l'hebdomadaire Télérama.

Sur le site de Terra Nova, un « haut fonctionnaire spécialiste de l’audiovisuel public » répondant au pseudonyme de David Marlin revient sur les origines de la réforme dont la première phase -avant les débats parlementaires à la rentrée- est en passe d'aboutir. L'auteur souligne son manque de préparation et note :

« Les solutions immédiatement proposées (une taxe sur les excédents de ressources des chaînes privées, une taxation des entreprises télécom qualifiée d’'infinitésimale') n’ont pas été expertisées au préalable. Elles apparaitront très vite comme difficiles à mettre en œuvre. »

Selon lui, la commission « laisse clairement voir que la charrue a été mise avant les bœufs : la logique intellectuelle et politique commandait de s’interroger d’abord sur les missions du service public mais aussi sur son périmètre (présenté bizarrement dès le début comme une question taboue : 'On n’y touchera pas') avant de questionner son financement ».

Le financement par taxes « peu convaincant »

Ce financement par taxes lui paraît « peu convaincant », explique-t-il :

« Ce n’est certainement pas parce qu’elle n’existe nulle part ailleurs que la solution finalement proposée (financement par les ressources publicitaires des chaînes privées et/ou par les entreprises de télécom) est nécessairement mauvaise. Mais il faut reconnaître qu’elle est très peu convaincante.

S’agissant d’un financement par prélèvement sur les chaînes privées, la tendance lourde de ces dernières années est au ralentissement de leurs ressources publicitaires, compte-tenu de l’arbitrage fait aujourd’hui par les annonceurs entre Internet et la télévision. Certes, les mesures annoncées par le gouvernement, relatives aux modifications des règles concernant la publicité (dans un séquençage qui intrigue et qui a pu être interprété comme un 'cadeau' de Nicolas Sarkozy à Martin Bouygues), devraient leur apporter un répit. Mais en tout état de cause, faire dépendre la ressource du public de la bonne santé de ses concurrents privés est logiquement et économiquement un paradoxe. »

« Reprendre le débat à l'endroit »

Le haut fonctionnaire anonyme propose ensuite de « reprendre le débat à l'endroit » :

« La question de l’avenir du service public audiovisuel mérite incontestablement un large débat. Il est nécessaire de reprendre le débat par son commencement (les objectifs), et pas par la fin (le financement). »

Sans formuler de solutions concrètes, Terra Nova propose donc de débattre sur l'existence même du service public, de son périmètre (rapprochement radio/télévision) et de son financement.

De son côté, et depuis plusieurs mois, le pionnier des magazines de télévision, Télérama, consulte ses lecteurs et organise des conférences-débats dans toute la France sur la réforme de l'audiovisuel. Le numéro paru ce jeudi livre 10 propositions issues de ce travail de collecte.

« Sanctuariser le service public »

Certaines peuvent paraître étonnantes, comme la première, « inscrire la télévision et la radio publiques dans le préambule de la Constitution ». « Il s’agit de sanctuariser l’audiovisuel public », explique le magazine. Une des raisons de cette crainte de disparition est expliquée par le haut fonctionnaire de Terra Nova, qui rappelle que dans le projet de la commission Copé, la taxe prévue pour les fournisseurs d'accès Internet et les opérateurs de télécom passera par le budget de l'Etat avant d'être reversée au service public :

« Les ressources, si elles ne sont pas affectées comme l’est la redevance, c’est-à-dire directement fléchées sur le service public de l’audiovisuel, ne seront pas garanties. Rien n’empêchera par exemple qu’une partie importante des ressources tirées de ces entreprises soient soumise au 'gel' budgétaire que fait subir la direction du budget aux dépenses publiques. »

La synthèse réalisée par Télérama se prononce aussi pour l'augmentation de la redevance, en opposition, donc, à la volonté affichée par le chef de l'Etat, qui veut se contenter d'une indexation sur l'inflation. « Si la publicité est supprimée ou fortement réduite, les Français devront payer. Prétendre le contraire relève de l'angélisme ou de l'escroquerie », écrit le magazine dans sa version papier.

Cet « impôt impopulaire », comme le rappelle Terra Nova -c'est probablement la raison du refus sarkozyen de l'augmenter-, Télérama propose entre autres de l'étendre aux résidences secondaires. C'était le cas avant 2004, jusqu'à ce que le ministre des Finances Nicolas Sarkozy supprime cette partie de la taxe. En réponse à la question des nouveaux modes de consommation de la télévision, l'hebdo suggère d'étendre la redevance aux foyers détenteurs d'un terminal qui permet de recevoir les programmes de télévision.

En France, 5 millions de foyers sont exonérés de la redevance pour raisons sociales. Le budget de l’Etat doit compenser intégralement ces dégrèvements. Il ne l’a jamais fait complètement. Le manque à gagner était de 66 millions d’euros en 2006 et de 115 millions en 2007, estime Télérama.

Un président reconduit tacitement ?

Alors que les responsables des grandes chaînes privées jouissent d’une véritable longévité, les équipes dirigeantes de France Télévisions se succèdent à intervalles réguliers, chacune ayant à cœur de marquer sa différence par rapport à ses prédécesseurs, remarque Télérama. Cette instabilité chronique pourrait changer si le président de France Télévisions était tacitement reconduit une fois ( »sauf en cas de manquement à la loi ou aux engagements pris devant le CSA), avance le magazine. En théorie, le titulaire du poste peut être réélu. Il ne l'a jamais été.

Le magazine, qui propose de réduire la publicité à deux minutes par heure d'ici à 2012, imagine aussi la création d'une chaîne sans pub pour les enfants, en même temps que celle de huit chaînes régionales :

La création d’une chaîne jeunesse pour les 6-12 ans sans publicité, c’est la marque de tous les grands services audiovisuels publics (Allemagne, Angleterre, Suède, Québec…). Seule la France fait exception. Alors, bien sûr, il y a Gulli, dans laquelle France Télévisions détient une participation de 34%. Mais Gulli carbure à la publicité et on attend d’une chaîne 100% publique une programmation plus ambitieuse et éclectique.

L'épineuse question de la qualité

La proposition la plus ambitieuse de Télérama, la dernière des dix, met le doigt là où ça fait mal : la qualité du service public. L'hebdo affiche la couleur : Accroître la qualité, la créativité et l'innovation des programmes. Ce thème propice au débat suscite à lui seul quinze propositions, réparties par thèmes.

Citons notamment, sur l'information, proposer des JT moins formatés et plus complémentaires entre les chaînes, avec l'exemple de la Britannique Channel 4, qui propose quatre sujets d’actualité en 50 minutes à 19 heures. Sur le cinéma, la possibilité pour les films cofinancés par le service public d'y être diffusés plus vite. En sports, Télérama demande une meilleure diffusion des sports dits mineurs, en complémentarité avec Internet. Enfin, l'hebdo demande de systématiser la politique de casting multiculturel pour afficher à l'écran la diversité de la population française.


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Claude PELLETIER | Retraité dans son jardin
14H45 19/06/2008
1] Il serait intéressant aussi de penser [avant que la chose soit en passe de se concrétiser] à empêcher par des dispositions légales que le propriétaire (ou son proche) d'un média puisse avoir le droit d'être candidat à des élections. La rumeur souligne à l'envi que Berlusconi n'aurait pas eu le succès qu'il a eu et qu'il a retrouvé sans un réseau de médias à sa botte (italienne). 2] Bravo Télérama pour son initiative. Bravo à l'idée de favoriser les "sports mineurs" et je verrais bien la promotion de sports non-compétitifs (même si c'est moins spectaculaire, moins addictif …). 3] Il est curieux d'avoir toujours craché sur la publicité à la télé et de se trouver dans la position de la défendre pour empêcher les noirs desseins de notre grand vendeur à la découpe. Déboussolant.
 
pablico
15H33 19/06/2008
Dans notre pays on est libéral à géométrie variable. quand ça arrange on est libéral, sinon on est bonaparto-gaulliste voir socialiste. ici le but est : ne plus partager la manne de la publicité, avec le secteur public (libéral). Problème:- comment continuer à faire fonctionner le secteur public sans cet argent? (gaulliste) - Comment faire admettre au grand public, et aux employés du dit secteur cet état de fait? (socialiste) solution : soit-disant pour le bonheur du public "-création-confort-franchouillardises-"(socialiste), on va monter des usines à gaz pas possible, qui vont du reste se casser la figure(gaulliste), et l'on vendra ce secteur public(liberal). Et voila le tour est joué. Vous avez vu quelque chose?
 
stangrof
15H00 19/06/2008
Bonjour, c'est un plan de privatisation a plus ou moins long terme, on va avoir droit a des programmes insipides, les gens vont râler car ils payent la redevance , on leur dira que sans budget ,on ne peut pas faire mieux donc on va privatiser, je parie pour bolloré. on crée le problème, on attend la réaction et on propose la solution déjà prête depuis longtemps et le tour est joué. A bientôt http://www.ipernity.com/home/stangrof
 
Numerosix | Prisonnier dans le village global
16H45 19/06/2008
Sarko devrait proposer que chaque victime de sa reforme dans le service publique de l' audiovisuel soit adopté par un enfant des ecoles ,non ?
 
zénon denon 84 | Bonne
19H18 19/06/2008
HI HI HI ...Et si on imposait "un mieux disant culturel "au service public ...comme en 1986 !!!
 
Madiran | (Business Analyst)
20H22 19/06/2008
Quelque choses de bizarre : Tout le monde regarde Arte, la Cinq et autres programmes culturels... Mais les meilleurs indices d'écoute sont souvent pour la "une" et "M6"... (Sauf pour les matches de foot, qui sont, tout le monde en conviendra des émissions "culturelles". Sachant, comme l'expose un post ci-dessus que Julien Courbet et Patrick Sabatier vont être sur France 2 à la rentrée !! Ca c'est de la culture !) Pourquoi ?