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Incendies : les députés cèdent aux sirènes des pompiers

Le lobby des pompiers veut instaurer le « diagnostic incendie » obligatoire. Un moyen d'arrondir les fins de mois ?

Incendie au Bourget en novembre 2005 (Franck Prevel/Reuters).

C'est une proposition de loi anodine. Le genre de texte auquel personne ne prête attention, car il vise à « rendre obligatoire l'installation de détecteurs de fumée dans tous les lieux d'habitation ». Il a été adopté mardi par l'Assemblée nationale. Une loi utile, qui devrait permettre de diviser par trois ou quatre le nombre de morts par incendie, domaine où la France est très en retard. En attendant une autre loi -beaucoup plus contestable- sur le diagnostic incendie, grâce au lobbying des sapeurs-pompiers, qui pensent à des reconversions possibles.

Eté 2005 : dans la torpeur de la fin août, deux drames secouent l'opinion. Dans l'incendie d'un immeuble géré par Emmaüs, boulevard Vincent Auriol à Paris, dix-sept immigrés africains se retrouvent prisonniers des flammes ; quatre jours plus tard, même scénario dans le quartier du Marais où meurent sept immigrés africains. Le 15 avril précédent, un hôtel du quartier de l'Opéra était parti en fumée : vingt-quatre morts, toujours des immigrés africains.

Deux députés -Damien Meslot et Pierre Morange- s'emparent alors du dossier pour généraliser les détecteurs de fumée. Un dispositif simple : le détecteur avertisseur autonome de fumée (Daaf) réagit à l'apparition de fumée et déclenche un avertisseur sonore, sans être branché sur le secteur. Il suffit de changer la pile une fois par an. Son prix varie de quinze à trente euros.

Pas de statistiques, mais une certitude : les incendies tuent la nuit

Le lieutenant-colonel Jean-Luc Queyla (DR).Toutes les études, notamment le rapport Doutreligne Pelletier, montre que la généralisation des détecteurs permet de faire baisser le nombre de victimes de 75%. En France, il n'existe pas de statistiques indiscutables. Oscillant entre 300 et 1000 morts, selon les sources, les spécialistes s'accordent sur deux points : les victimes sont principalement recensées dans les habitations lors de sinistres se déroulant (à 70%) la nuit. Le lieutenant-colonel Jean-Luc Queyla, membre de la commission prévention de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers (FNSP)…

Jean-Yves le Bouillonnec (DR).Pourtant, le choix du Daaf -spécifié dans le texte de loi- est remis en cause par certains parlementaires. Député-maire socialiste de Cachan, Jean-Yves le Bouillonnec dénonce la main mise d'un monopole exercé par deux fabricants (un Français, un Américain).

Christine Boutin : « Je soutiens l'idée de responsabiliser l'occupant. »

Autre point de discorde : la question du financement. Lors du débat parlementaire, la ministre du Logement, Christine Boutin, n'a pas hésité à trancher le débat :

« Vous plaidez pour une installation de l'équipement par le propriétaire et sa maintenance par le locataire : c'est une solution intéressante, mais trop complexe, car le bail est conclu pour plusieurs années, tandis que l'appareil n'a qu'une durée de vie d'un an. Après en avoir discuté avec le rapporteur, je soutiens l'idée de responsabiliser l'occupant. L'objectif est que, dans cinq ans, il soit aussi naturel d'installer un détecteur de fumée que d'acheter un grille-pain ou un réfrigérateur. »

Partant de ce présupposé que payer, c'est se responsabiliser, la majorité parlementaire ne souhaite pas s'arrêter en si bon chemin. En septembre 2007, le député UMP du Vaucluse a déposé une autre proposition de loi visant « à prévenir le risque incendie dans les bâtiments d'habitation ». Objectif : créer un nouveau diagnostic incendie pour établir plan et stratégie de lutte contre les flammes. Uniquement pour les « immeubles collectifs à usage principal d'habitation ».

Thierry Mariani ne le cache pas, c'est la FNSP qui lui a soufflé l'idée de ce diagnostic :

« Les détecteurs de fumée, c'est bien, mais c'est une étape insuffisante. Sur les grandes catastrophes, ça n'aurait rien changé. Le diagnostic, c'est le moyen de faire un grand pas en avant. »

Grand pas et grosse facture. Le lieutenant-colonel Queyla, auteur de l'étude de référence de la FNSP (voir document) avance une somme de « 500 à 800 euros, une fois tous les dix ans ». Beaucoup trop cher, répond l'Association des responsables de copropriété (ARC) qui dénonce la « fougue parlementaire » de Thierry Mariani et l'inertie des politiques. « Critique facile », rétorque le lieutenant-colonel Queyla…

Jouant sur l'effet prévention, le représentant de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers balaie d'un revers de main l'argument du coût excessif d'une telle mesure, en rappelant les faits divers de l'été 2005 :

Une opération de lobbying menée par les pompiers

Les promoteurs de la loi se défendent d'avoir cédé à une vaste opération de lobbying des pompiers. Il ne s'agit « pas du tout » de lobbying, jure Thierry Mariani. Un démenti repris par le lieutenant-colonel Queyla, officier au SDIS d'Avignon, tout près de la circonscription du député UMP. Mais il est clair que sur le fond, certains professionnels du feu pensent qu'une telle loi, si elle était adoptée, offrirait des débouchés aux jeunes retraités des casernes.

Il suffit pour cela de recenser le nombre de copropriétés qui seraient concernées. Jean-Yves le Bouillonnec, responsable de la politique de la ville dans le cabinet fantôme de Jean-Marc Ayrault, n'hésite pas à faire le parallèle avec la situation problématique des ascenseurs.

En tout cas, certains vendeurs de détecteurs de fumée ne perdent pas de temps. Certains vont même jusqu'à prétendre que la loi a été déjà été adoptée par le Parlement, alors que le Sénat n'examinera le texte en seconde lecture que début juillet.

5 commentaires sélectionnés

Portrait de jissé

De jissé

Ingé retraité | 12H39 | 18/06/2008 | Permalien

Bonjour.

Le gros Pb avec ce genre de détecteur « individuel » est son seuil de sensibilité. (comme dans le temps les alarmes « anti-cambriole').

Trop sensibles ils se déclenchent pour un oui ou pour un non, à la fin plus personne ne s'en soucie.

De plus il y a des départs de feux sans beaucoup de fumée.

Pas assez sensibles ils ne se déclenchent que quand il est trop tard.

Seuls les détecteurs dits “thermo-vélocimétriques” seraient - et encore - mieux adaptés (déclenchement sur augmentation rapide de la température).

Mais ils coutent la peau des fesses !

Une installation électrique correcte des immeubles serait plus efficace.
Et surtout avec des issues de secours ! ! !

Jc

PS : D'autres détecteurs dits “ioniques” existent.
Le Pb : ils sont (légèrement) radio-actifs.

Portrait de N.MARECHAL

De N.MARECHAL

14H09 | 18/06/2008 | Permalien

Encore une approche politique très touristique.

On imagine qu'il y a entre 300 et 1000 morts par an.
Impressionnant cette précision ? Franchement, ce n'est pas serieux !

En réalité, il manque un acteur important dans cette affaire : Ce sont les Cies d'assurances. Les actuaires vous diront exactement combien il y a eu de victimes ces dernières années et mieux, ils vous diront combien il y en aura l'an prochain.

Si le risque etait fondé, les Cies d'assurances encourageraient sérieusement l'installation de ce type d'équipement et offriraient même une partcipation.

Visiblement ce moyen de prévention, tout a fait honorable, ne présente pas autant d'intérêt qu'on voudrait bien nous le faire croire.

Enfin pour le reste, on comprend bien l'intérêt caché de cette loi.

Portrait de max0611

De max0611

(:-) | 14H21 | 18/06/2008 | Permalien

attention à ne pas tout confondre non plus.
Détecteurs de fumées et diagnostic incendie ne sont pas la même chose. Les détecteurs de fumées sont avant tout voulus par les assureurs ! Ils préfèrent largement que le propriétaires, ou le locataire (c'est encore un autre débat) débourse 15 euros, plutôt que de rembourser un appartement. Ce n'est pas pour rien qu'ils proposent des rabais pour ceux qui s'équipe de détecteurs. Mais malgré toute les réticences que l'on peut avoir sur ces équipements, il faut quand même avouer qu'ils ont fait leurs preuves, et que la France est un des rares pays dont la population n'est équipée qu'à hauteur de… 4% (estimation haute). Le nombre de morts dans les habitations est bien plus faible dans les pays équipés de détecteurs. Leur efficacité est incontestable (du moins pour ceux qui répondent à la norme européenne). Ami(e)s fumeurs(-euses), ne vous en faites pas, ils ne se déclencheront pas à la moindre cigarette allumée.
Que la France soit un mauvaise élève en matière de prévention des risques n'est pas un scoop.
C'est d'ailleurs ce qui fait sourire quand on entend parler de ces diagnostics incendie. Que se passe-t-il ? La France anticiperait sur les risques sans attendre l'accident ? Non, il doit y avoir une autre raison. Et là pour le coup, les pompiers sont au centre du dossier… arrondir les fins de mois ? C'est bien possible. Il faut prévoir ses arrières, surtout s'ils se voient retirer un jour les interventions pour secours à personnes (comme dans de nombreux pays, une fois encore). Ils ont fait la guerre au SAMU, car ils veulent être partout. « Dès qu'il y a une notion de risque, ce sont les pompiers qui doivent être les patrons ». C'est le discours de la Fédération Nationale des SP de France. Ils sont beaux, ils sont forts ; nos pompiers sont des héros…sauf qu'on ne peut pas être bon partout. L'exemple du secours à victimes n'est pas le seul. Dans tous les domaines du risque, les pompiers veulent être les seuls sur le terrain : secours en montagne, ils affrontent le peloton de gendarmerie de haute montagne, pour les interventions souterraines, ils se battent avec le spéléo secours (qui sont pourtant bien meilleurs qu'eux, car ils pratiquent tout le temps)… Bref, le lobbying pompier n'est pas un mythe et derrière les notions de « dévouement“(qui est authentique pour les personnels sur le terrain), il y a pour la fédération nationale des enjeux financiers beaucoup plus importants…Et ce qui est très fort, c'est qu'on ne peut pas dire grand chose, puisque le message c'est ‘nous faisons ça pour sauver des vies’. Quel philanthropisme…

Portrait de Jaùsep

De Jaùsep

| 14H39 | 18/06/2008 | Permalien

Ouais, doit y avoir un ami de BOUTENFEU qui veut se faire des copeaux d'argent en vendant des détecteurs de fumée !

-Accidents domestiques : 20 000 Morts / an

-France 460 morts par brûlures / an , = 2,3 % des accidents domestiques.

Deux fois moins qu'aux USA ou au Canada en chiffre comparé pour 100 000 habitants.
La plupart de ces chiffres émanant d'accidents parvenus dans des locaux vétustes surloués à des populations pauvres.

C'est dans les incendies de la révolte que les victimes seront le plus à craindre, et je trouve que dans ce domaine, le gouvernement allume de nombreux foyers.

Portrait de onclebernie

De onclebernie

chimiste-investigateur incendie | 18H09 | 18/06/2008 | Permalien

Bonjour Triquoise,

Hey non, je ne vends aucun système de détection incendie. Je fais seulement de la recherche d'origine et causes d'incendie. Je peux vous dire par expérience que plusieurs personnes que j'ai rencontré lors de mes investigations ont eu la vie sauf grâce au détecteur de fumée, même utilisé seul. À l'inverse j'ai fais plusieurs incendies avec décès, la majorité du temps, il n'y avait pas de détecteur ou celui-ci n'avait pas de pile. C'est triste perdre la vie seulement pour quelques Euros.

Pour les compagnies d'assurance les pertes matériels seront moindre. Si le détecteur signal un incendie seulement une minute plus rapidement que l'être humain aurait pu le faire, les dommages peuvent être deux fois moindre. Un principe de base en incendie est que les dommages double à toute les minutes avant l'intervention des pompiers.

Bonne journée

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