Sarkozy et la Défense: moins de moyens et plus d'Otan
L’annonce qui fait le plus de bruit, évidemment, c’est le non-renouvellement de 54000 postes de civils et militaires d’ici six ou sept ans, et la fermeture de nombreuses installations de l’armée à travers la France. Socialement, économiquement, ça fera mal, et le ministre de la défense va devoir négocier la nouvelle carte militaire aussi durement que sa collègue de la justice, récemment, avec la réforme de la carte judiciaire.
Mais le Livre blanc sur la défense, que présente mardi matin Nicolas Sarkozy -qui en est le véritable inspirateur-, va au-delà de ce dégraissage. Première remise à plat depuis quatorze ans, c’est-à-dire peu de temps après la fin de la guerre froide, ce document prévoit d’abord la modernisation des moyens de la défense, notamment au profit du renseignement.
C’est aussi, malgré l’habillage volontariste, une réduction indéniable des moyens mis à la disposition de la défense nationale, réduite à 2% du PIB en fin d’exercice, soit un tiers de moins que lors du livre blanc précédent. Mais peut-il en être autrement quand les tensions budgétaires sont si fortes, et les besoins sociaux si criants ? Exit, donc, de fait, le deuxième porte avions, et quelques autres projets coûteux.
Mais le Livre blanc n’est en fait qu’un manuel de reconfiguration des moyens, pas une nouvelle bible stratégique. La stratégie a été définie ailleurs : à l’Elysée, où Nicolas Sarkozy a déjà fait un choix fondamental, celui de la réintégration complète de la France au sein des structures militaires de l’Otan placées sous commandement américain.
Paradoxalement, malgré la réduction des moyens et les difficultés budgétaires, la France reste un des pays européens les plus engagés sur le plan de la défense, et surtout l’un des plus disposés, avec les Britanniques, à engager des forces sur les terrains d’opération. C’est cette image que le président de la République a “vendu”, notamment aux Américains, pour marquer le rapprochement intervenu ces derniers mois. Avec, à la clé, l’envoi prochain de troupes supplémentaires en Afghanistan, pour une mission difficile et controversée, qui n’a fait l’objet que d’un débat superficiel dans le pays.
La grande faiblesse du Livre blanc et le coeur de la stratégie de Nicolas Sarkozy, c’est d’ancrer un peu plus la France dans l’Alliance atlantique, sans que les perspectives de défense européennes n’apparaissent encore clairement. Encore moins aujourd’hui après le « non » des Irlandais au traité de Lisbonne. Or, l’exercice du Livre blanc avec ses limites financières montre que la France, en paix avec ses voisins, n’a de logique de déploiement militaire que dans un cadre européen qui n’apparait que faiblement dans les réflexions actuelles.
Quelle défense nationale, avec quels moyens et quels alliés, contre quel ennemi ? Nicolas Sarkozy n’a pas encore dévoilé tout son jeu.
Pierre Haski
► Edito diffusé mardi 17 juin sur Europe1. Retrouvez l'édito de Pierre Haski tous les mardi et jeudi à 7h42 sur Europe1, et en podcast en cliquant ici.
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Il est clair que la stratégie a été élaborée à l’Élysée. Ce sont d’ailleurs les motifs qui avaient conduit à la démission des parlementaires socialistes membres de la commission de ce livre blanc, la commission devenant une simple chambre d’enregistrement des annonces et des décisions du Président de la République (ce qui n’est qu’un cas de plus). Comme l’a rappelé le sénateur Didier Boulaud, les véritables rédacteurs de la nouvelle « stratégie globale de défense et de sécurité nationale » contenue dans le projet de Livre blanc 2008 sont bien à l’Élysée.
Comme le souligne par ailleurs Pierre Haski, la perspective est ici purement nationale et constitue très clairement une occasion manquée pour faire aboutir la proposition d’un Livre blanc européen (d’autant que la France va présider le Conseil de l’Union européenne).
Ce texte apparaît plutôt comme la justification a posteriori des engagements déjà pris que sont la réforme des services de renseignement, la création d’une base navale française permanente à Abu Dabi, l’envoi décidé de renforts en Afghanistan, la réinsertion engagée dans le commandement intégré de l’Otan, la poursuite du rattachement de la gendarmerie au ministère de l’intérieur, la réduction annoncée d’un tiers de la composante nucléaire aéroportée, la préparation en catimini des réductions des implantations territoriales des unités militaires sans concertation avec les Elus et la réduction des effectifs qui devrait concerner 54 000 personnes.
Comme le rappelle encore le sénateur de la Nièvre, ce projet aboutit à une « hypertrophie du rôle du Chef de l’Etat » qui aurait alors un droit de préemption globale et permanent sur toutes les questions de sécurité - intérieure et extérieure - et sur la défense. En effet, la réorganisation des pouvoirs publics ici proposée présente de très sérieuses lacunes en matière de contre-pouvoirs. La concentration des organismes dédiés à la sécurité et à la défense entre les mains du Président de la république (nouveau Conseil de défense, Conseil consultatif, Coordonnateur du renseignement…) consacre l’effacement complet du rôle du Parlement et aussi du Premier ministre sur les questions de défense…
Notons aussi qu’il y a dans ce Livre blanc une confusion entre sécurité intérieure, sécurité extérieure et défense : confusion qui était de mise sous l’administration Bush et qui semble porteuse de dangers sérieux… Cette dérive est, qui plus est, accentuée par la définition imprécise des menaces et par la confusion entre risques, menaces et vulnérabilités.
Par ailleurs, les réductions drastiques et les différentes réorganisations laissent supposer, comme aux États-Unis, l’augmentation des sous-traitants et ainsi une possible (inquiétante) privatisation de certaines activités de la sécurité ou de la défense…
Au final, il n’y a dans ce livre blanc aucune propositions novatrices susceptibles de renforcer la coopération européenne mais plutôt un ensemble de pistes confirmant le nouvel atlantisme français alors que l’OTAN perd toute crédibilité, et des réorientations très inquiétantes tant sur le point de la concentration des pouvoirs que sur celui du démantèlement de secteurs relevant de la défense et de la sécurité nationale…
Je suis d’accord avec vous sur l’ensemble. Il y a seulement que cette dérive naît d’une certaine forme d’imprécision de notre constitution qui autorise volontiers cette concentration.
A seul titre d’exemple: « L’Assemblée Nationale autorise la guerre ». Ce qui ne signifie pas qu’elle puisse empêcher un engagement quelconque sur un conflit ou autre.
Il en va de même pour la politique militaire, malheureusement.
Nous sommes avec la Veme à la merci des éventuels délires de notre chef de l’Etat.
ouhaou
je vous avoue que je suis surpris de la virulence des commentaires.
Certes, ne soyons pas dupes, Sarko le grand a besoin de trouver des gros sous pour combler le désastre de sa politique économique et financière.
Mais sur le fonds, j’ai toujours trouvé que l’Armée avait besoin d’une sérieuse cure d’amaigrissement; bien plus que l’éducation nationale ou la Culture!
Ne connaissez vous aucun militaire qui se la coule douce et qui profite de ses nombreux jours de repos pour bosser au noir? ne connaissez vous aucun ancien appelé qui ai vu toute la gabegie pendant son service national?
Préferez vous un nouveau porte-avion a de nouvelles universités?
sur le fond donc, je trouve cohérent de chercher plus de synergie et de mutualisation européenne et de participer plus à l’Otan pour aussi en tirer des économies nationales.
Par contre, ce qui me gêne, c’est que cela se traduise par une nouvelle « carte » qui déshabille » encore plus les régions / départements les plus pauvres. Où est la cohérence avec l’aménagement du territoire dans tout cela?
malgré un objectif que je partage, je constate encore une fois l’incohérence des mesures de ce gouvernement, non je rectifie, des décisions de ce chef d’Etat!