Decryptage

Le non irlandais ravive les dissensions au PS

Comme en 2005, le rejet du traité de Lisbonne redessine les alliances au sein du Parti socialiste.

Strauss-Kahn, Hollande, Royal et Fabius en mai 2007 (Jacky Naegelen/Reuters)

Revoilà l’Europe… et les déchirures qui vont avec au Parti socialiste chaque fois que la question européenne pose problème. La mauvaise nouvelle est tombée pile au moment où le PS voulait justement afficher son unité, en adoptant à une très large majorité samedi sa nouvelle déclaration de principes et une révision de ses statuts. La veille, l’Irlande, seul pays à se prononcer par référendum, a rejeté le traité de Lisbonne.

La division entre nonistes et ouistes, qui date du débat de 2005 sur la Constitution européenne, a immanquablement refait surface, faisant fi des associations et des adversités qui s’étaient créées au sein du parti en vue de l’élection d’un nouveau Premier secrétaire en novembre prochain. La question qui tue est limpide : maintenant que les Irlandais ont dit non, que fait-on du traité de Lisbonne ? Aucune réponse officielle n’a encore été donnée au niveau communautaire. Le Conseil européen, qui se tiendra jeudi et vendredi à Bruxelles, s’annonce déterminant. Nicolas Sarkozy a seulement indiqué, lundi depuis Prague, qu’il fallait "gérer le non irlandais avec calme, sang-froid, ne pas dramatiser et ne pas minimiser". Le chef de l’Etat rendra d’ailleurs visite "dès que possible" au Premier ministre irlandais Brian Cowen, afin d’étudier les pistes à suivre pour s’extirper de ce début de crise.

Le bloc des Reconstructeurs se fissure

Il fallait s’y attendre, les différentes pistes à l’étude fissurent le bloc très hétéroclite des Reconstructeurs. Ce front anti-match de présidentiables entre Ségolène Royal et Bertrand Delanoë, qui va des amis de Laurent Fabius jusqu’aux proches de Dominique Strauss-Kahn en passant par les alliés d’Arnaud Montebourg. DSK, bien content d’être tenu au droit de réserve par sa fonction de directeur du FMI, est imité par l’ex-Premier ministre, aux abonnés absents depuis quelques jours.

Mais ces silences ne trompent pas leur monde. Divisions il y avait sur l’Europe, divisions il y a toujours. Martine Aubry et le strausskhanien Jean-Christophe Cambadélis ont pourtant soigneusement évité de se prononcer clairement pour froisser personne. La première se contentant d’expliquer samedi sur France Info qu’elle "préfère être dans l’Europe, [se] battre même pour avancer à petits pas, que de voir l’Europe stagner", quand le second a simplement expliqué sur son blog que "le non irlandais est regrettable au regard de l’avancée nécessaire de la construction européenne".

Peine perdue. Claude Bartolone, porte-flingue de Laurent Fabius, n’a pas fait, lui, dans la demi-mesure. "Rien ne serait pire que de ne pas entendre le non irlandais, s’est-il exclamé dimanche dans Le Parisien. Ce serait une erreur de poursuivre la ratification."

Plus conséquente encore est une autre rupture. Double. Pierre Moscovici, qui lorgne la tête des Reconstructeurs, s’éloigne non seulement de ses comparses précités, mais aussi de son principal soutien qu’est Arnaud Montebourg. Sa position est énoncée sur le site du Parti socialiste : "Je suis favorable à la poursuite des ratifications, car le traité de Lisbonne n’est pas caduc." Loin de la position toujours fédéraliste d’Arnaud Montebourg, contacté par Rue89 :

"Puisque l’Irlande a voté non, il faut en tenir compte. Il ne faut pas faire comme si ce non n’existait pas, et plus largement comme s’il n’y avait pas de problème démocratique en Europe. Mais en même temps, il faut poursuivre la construction européenne. C’est la question de l’élargissement qui vient d’être sanctionnée. J’étais déjà contre en 2005, il fallait construire avant d’élargir.

Il faut donc resserrer l’Europe autour des pays qui nous protègent contre la mondialisation. Je suis pour la république européenne, pour un noyau dur fédéraliste. Je ne veux plus notamment des Anglo-saxons qui ne veulent pas construire l’Union européenne."

La direction du parti veut continuer

Pierre Moscovici se sentirait plus proche, sur ce coup-là, des leaders du PS. Et en premier lieu de François Hollande. Le Premier secrétaire pour quelques mois encore n’a pas fait mystère sur les suites à donner au non irlandais, lors de l’émission "Dimanche +" :

"Ca va continuer, c’est normal que les pays qui ne se soient pas prononcés jusqu’à présent puisse le faire. Ce n’est pas parce qu’un pays dit non que les autres ne doivent pas faire connaître leur position. Et puis après, on aura la réponse des 27. Mais c’est vrai que le processus est déjà enrayé puisqu’il faut l’unanimité. Quelle est la voie de sortie ? Sans doute un arrangement, je l’espère, avec l’Irlande."

Une position qu’il partage avec un autre candidat déclaré à la succession et dont il est toujours très proche : Julien Dray. Dans un communiqué publié aussitôt le résultat du référendum connu, le porte-parole du parti paraît également sur la voie de la continuité, car "sans charte sociale défendant un modèle de redistribution et de protection des travailleurs, sans transparence institutionnelle, sans projet économique et industriel clair, l’Europe ne pourra aller que de crise en crise".

Il n’y aura pas de match Delanoë-Royal

François Hollande et Julien Dray, comme Bertrand Delanoë. Le maire de Paris a déclaré samedi sur Europe 1 que la poursuite du processus de ratification "peut être utile pour montrer qu’il y a une immense majorité des pays européens qui acceptent le traité de Lisbonne". Ce n’est qu’après alors que l’on pourra mettre les Irlandais face à leurs responsabilités.

Pas d’opposition frontale cette fois avec Ségolène Royal. L’ex-candidate socialiste à la présidentielle préfère viser Nicolas Sarkozy. C’est lui qui "a perdu beaucoup de crédibilité sur la scène européenne", a-t-elle affirmé samedi en marge de la Convention nationale du PS. Sans se montrer toutefois plus précise sur les prochaines échéances à organiser après ce non :

"Il faut en faire quelque chose de positif, c’est-à-dire exiger de l’Union européenne qu’elle aille beaucoup plus vite et beaucoup plus fort pour défendre les droits des salariés, pour préparer l’après-pétrole, les grandes infrastructures européennes, relancer la croissance."

L’aile gauche entend arrêter le massacre

Pas d’hésitation. Encore moins de poursuite des ratifications. Si le Nouveau Parti socialiste (NPS) de Benoît Hamon et le presque extrême gauche Jean-Luc Mélenchon peinent à s’entendre dans le cadre de la course au poste de Premier secrétaire, les deux principales composantes de l’aile gauche du parti campent sur leur position de nonistes, tout en proposant de nouvelles solutions pour relancer l’Europe.

"Il ne faut surtout pas continuer la ratification et contraindre ensuite l’Irlande à voter oui, s’inquiète d’abord Jean-Luc Mélenchon, interrogé par Rue89. Ce serait une méthode d’encerclement, une méthode traumatisante qui reviendrait à faire de ce vote une imposition et non une décision." Pour le sénateur socialiste, il faut désormais attendre juin 2009 et les prochaines élections européennes :

"Comme la négociation intergouvernementale a échoué, il faut confier au Parlement européen qui sera élu un pouvoir constituant, en prévenant les électeurs avant pour réduire le gouffre qui existe entre représentants et électeurs."

Benoît Hamon aussi propose une solution alternative qui passerait par Strasbourg. "Avant de s’intéresser aux questions institutionnelles, il faut changer la politique européenne, faire enfin l’harmonisation fiscale et sociale", a-t-il confié à Rue89. Avant de déplorer aussitôt :

"Il n’y a pas 36  000 solutions. La plus probable est la poursuite de la ratification avec ensuite la mise en place par le Conseil européen d’une dérogation pour l’Irlande. Mais ça ne m’enchante pas. Ça me désole, même.

Il y a un type dont on devrait demander la tête aujourd’hui, c’est José Manuel Barroso, qui mène depuis des années une politique de libéralisation à outrance. Où que vous votiez actuellement par référendum, ce serait non, ça ne fait pas l’ombre d’un doute."


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Par Asse42
01H19    18/06/2008

Un article intéressant qui remet quelques pendules à l’heure car le PS, quoiqu’en dise les grincheux, c’est quand même lui qui fait le progrès social. Vous avez le don de l’oublier et de lui en demander toujours plus. Nous ne sommes pas au pouvoir.

Intéressant cet article car il met en relief les manoeuvres au sein du parti et les positionnements tactiques des uns et des autres. A ce propos on n’entend plus le grand maître du NON sur le sujet. Le rassemblement hétéroclite des « reconstructeurs » montre qu’il ne sera pas facile de faire une synthèse entre deux sensibilités opposées sur la question européenne. On le savait avant. Le NON irlandais le met en lumière.

Ce NON a au moins le mérite de clarifier la situation au PS et de comprendre qu’il y en a qui jouent contre les camarades du parti pour gagner, et d’autres qui choisissent de s’opposer à la droite au pouvoir.
Je préfère nettement la deuxième solution et je pense qu’il ne faut rien concéder au sarkosysme. Car sarko c’est comme Domenech les seules erreurs qu’il reconnaisse sont celles de communication, alors que c’est lui qui a mené la France dans l’impasse. Ce sont ses choix, ses fausses ruptures, ses promesses non tenues. Pour Domenech je demande la démission. Contre sarko la détermination. C’est lui qui détruit l’idée de France. Et pas ségolène Royal.

Ceci est un message à nos camarades.

 
Par LedZep
02H00    18/06/2008

Ça gigote beaucoup,ça retourne parfois sa veste, ça ondule… c’est chouette le PS. La meilleure dans l’exercice c’est quand même Ségolène Royal

en moins d’un an :

- étape 1  » si je suis élue référendum »
- étape 2 « je ne suis pas élue le référendum n’est pas utile »
- étape 3 : il faut que les parlementaires ratifient ce texte
- étape 4 : c’est de la faute à Sarkozy (dont elle approuvait le texte qu’elle appelait à ratifier)

- étape 5 : elle craint ;-)

 
Par Asse42
02H48    18/06/2008

je vais te répondre. Dommage que tu sois polémiste car tu as un super pseudo…

1- Si elle est élue référendum en 2009 après que les états européens aient négocié des avancées sociales intéressantes et que l’Europe ait pu lancé des projets communs montrant que: OUi, l’Europe est grande lorsqu’elle avance en commun.

2et 3- Elle n’est pas élue. Sarko négocie le traité de Lisbonne avec l’Europe et notamment le PSE. Car il y a des avancées démocratiques incontestables par rapport à Nice. Donc comme elle ne veut pas faire de l’opposition stérile et qu’elle préfère agir à l’intérieur de l’Europe plutôt qu’à l’extérieur, elle se prononce, comme le PS, pour le TUE de Lisbonne.

4- Ce qu’elle dit c’est que maintenant il faut relancer l’Europe, il faut lui redonner un désir d’avenir. Et pour ça elle sait que sarko est plutôt mal placé. Alors elle le dit et elle le dit fort. Parce que ce monsieur s’est pavané sur la place publique en disant:  » C’est mon traité, c’est mon traité »! Ah oui? prends-toi le dans la tête ce traité et essaye de nous trouver une solution acceptable qui nous sorte par le haut pour voir! Voilà comment un petit homme arrogant devant ses responsabilités.

5- Je ne répondrai pas à cette affirmation;-)

 
Par sunra7
08H04    18/06/2008

J’en ai sérieusement marre de voir Laurent Fabius assoicé au non à la dérive de l’Europe (et non « non à l’Europe »comme le disent honteusement certains).Sans Fabius, le non l’aurait quand même remporté.Les partisans de non qui ne l’aiement guère pour la plupart n’ont fait que l’instrumentaliser, point.Arrêtons avec sa stature d’homme d’Etat etc…Et puis faut arrêter, la première génération de mitterrandiens n’ont rien de particulièrement europhiles voir notamment Joxe.
Et c’est une divine surprise pour le PS que d’avoir eu un de ses plus illustres représentants de l’autre côté avec la majeure partie de son électorat qui ne profite pas elle d’erasmus, de parties fines entre Barcelone et
Varsovie.
Les affirmations des eurobéats me désolent profondément : à quoi ça sert que l’Europe avance si elle va dans un sens plus ultralibéral que jamais? Je n’ai pas entenu Aubry , Moscovici, Delanoe, Royal nous parler de la semaine de 65h de travail que nous concocte Barroso et compagnie.C’est ça l’Europe qui avance ? Après on se demande pourquoi les classes populaires votent pour des démagos qui leur proposent la « sécurité » , tout simplement que parce que la gauche n’est pas capable de leur proposer sur le plan social et cie.

 
Par skalpa
08H45    18/06/2008
 
Par Sylap
09H16    18/06/2008

Ah bé si l’objectif c’est 2012 alors on a juste à patienter 4 ans et mordre notre langue n’est-ce pas ?

Le PS s’éloigne de sa base (les sympathisants) et ça malheureusement ni les responsables ni les militants ne le voient ou ne veulent le voir je ne sais pas (et je connais beaucoup de militants, je vis dans un département qui a toujours été rose…ou rouge).

Que les gens s’engueulent sur la ligne politique à tenir dans le parti ne me dérange pas, au contraire ca prouve qu’il y a encore de l’énergie mais pour le « peuple de gauche " (qui n’espère qu’une chose c’est que le PS redevienne le PS), pour le " peuple de gauche » donc il est INQUIETANT de se rendre compte du glissement centriste (je dis ça pour pas vous vexer) des idées exprimées par les leaders. On a l’impression d’une absence d’idéologie ou (encore pire) d’utopie, le tout sacrifié à l’autel de ce foutu « pragmatisme » dont on nous rebat les oreilles ces temps-ci et qui n’est rien d’autre qu’une gestion à (ultra) court terme sans aucune vision d’avenir (il n’y a qu’à voir comment est géré le pays).

Bref, je peux quasiment vous l’assurer, une coalition arc-en-ciel ne marchera pas, d’ailleurs il n’y a qu’à voir en Italie la belle réussite que ça a été !

Comment sérieusement espérez-vous conciler les idées du modem et celle des alters ??? Bien sûr que c’est impossible ! Faire des concessions pour un deuxième tour d’une présidentielle ca peut se comprendre mais pour dicter une ligne politique d’un parti non !
Plus le PS s’acharnera à draguer le modem (pour récupérer les 11% de gens qui ont voté Bayrou juste parcequ’ils ne voulaient pas voter Royal), moins le PS aura de chance de gagner. Pourquoi ne pas écouter des mecs comme Hammon ?

Enfin, il me semble (mais je peux mégarer), qu’il y a des élections Européennes et Régionales avant 2012, le PS fait l’impasse ?

 
Par levraidebat
10H16    18/06/2008

Normal que ça se déchire puisque le vrai clivage entre mondialistes libéraux et nationaux républicains traverse le PS.

Même si bien sûr le PS globalement depuis des années a fait le choix du bloc eurolibéral avec l’UMP et le Modem.

Il faut sortir du carcan de l’Europe de Bruxelles. Le PS n’est pas prêt à le demander. Il préfère contourner l’avis des peuples.

dommage.

http://www.levraidebat.com