TRIBUNE

Le ministère de la Défense à la (double) solde des généraux

L'Association de défense des droits des militaires (Adefdromil) a saisi en octobre 2007 le ministre du Budget sur la situation illégale et abusive de généraux placés « en deuxième section » qui cumulaient, lors de rappels à l'activité pour des durées de quelques semaines à quelques mois, leur solde de réserve et la solde d'activité correspondante.

Quand ils quittent leur commandement, les officiers généraux sont admis « en deuxième section” (le placement “en retraite » constitue une sanction disciplinaire). Ils perçoivent l'équivalent d'une pension de retraite, une solde qui a les caractéristiques d'une rémunération d'activité, notamment sur le plan fiscal, car ils sont considérés comme étant toujours en activité. Ils demeurent à la disposition du ministre qui peut, en fonction des nécessités d'encadrement, les employer.

M. Woerth a répondu le 14 janvier à la requête de l'Adefdromil en rappelant que « ce dispositif est parfaitement encadré », afin d'empêcher « le cumul de cette solde de réserve avec une nouvelle rémunération » mais que “s'il apparaît que des anomalies existent dans l'application de ces textes”, il invite l'Adefdromil “à saisir M. Hervé Morin, ministre de la Défense”.

Que le bon peuple des troupiers, qui sait l'impécuniosité de ses généraux, se rassure ! Ce dispositif « parfaitement encadré » connaît quelques arrangements intéressants.

Tout d'abord, par une décision du 4 janvier (donc antérieure de dix jours au courrier de M. Woerth), le chef du cabinet militaire, le vice-amiral d'escadre Païtard, a signé, au nom de son ministre, la régularisation du rappel à l'activité de 13 généraux de la deuxième section, en précisant que « les frais afférents à ces rappels à l'activité sont, en ce qui concerne les dépenses de solde, à la charge de l'armée ou du service d'appartenance des officiers généraux ».

Ensuite, mécontent de la prise de position du ministre du Budget, qui brouille les petites combines de l'Hôtel de Brienne, le ministre vient de demander à ce dernier qu'un décret, précédemment repoussé par Bercy, voit enfin le jour pour autoriser l'emploi de généraux de la deuxième section dans la limite de soixante jours par an, sans passer par la procédure du rappel à l'activité et pour permettre ainsi le fameux cumul. C'est manifestement vital pour « le succès des armes de la France ».

On y apprend que le sous-encadrement en officiers généraux est tel dans les armées françaises que 112 officiers généraux ont dû ainsi être employés en 2007 dans des « missions ponctuelles » et que le ministre du Budget fait une “lecture trop restrictive du code de la défense”. Nul doute qu'il n'apprécie.

Le 5 juin dernier, Jean Guisnel, le journaliste accrédité « défense » du magazine Le Point, a annoncé une réduction du nombre des généraux des armées françaises, rappelant qu'elles comptaient fin 2007 pas moins de 633 officiers généraux, dont 50 contrôleurs généraux et 120 ingénieurs généraux de l'armement.

De la réduction programmée du nombre d'officiers généraux au cumul illégal de rémunération de ceux qui sont placés en deuxième section, il n'y a qu'un pas qu'il ne serait pas étonnant que Bercy franchisse pour faire avaler la pilule aux élites militaires.

En attendant, le dispositif aura été « parfaitement encadré » ! L'Adefdromil rappelle, quant à elle, qu'elle est pour la disparition pure et simple de la deuxième section, inutile, coûteuse et même néfaste. Le placement en position de retraite des officiers généraux leur permettrait, au-delà de la limite d'âge de leur grade, de cumuler sans problème leur retraite et une rémunération publique conformément au code des pensions civiles et militaires de retraite. Ils pourraient aussi s'engager en politique sans qu'on y trouve à redire. Mais ils devraient, en contrepartie, abandonner notamment leur carte de réduction SNCF payée par le ministère et l'avantage fiscal de la déduction de frais professionnels dans la limite de 10% de leur revenu.

Dure perspective, quand il est si doux, dans notre chère « res publica », de manger à tous les râteliers au nom, bien sûr, de l'égalité.

► Pour approfondir, lire Au mépris de la réglementation, des généraux cumulent soldes de réserve et d'activité, sur le site de l'Adefdromil.


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Par Phil2922
14H38    17/06/2008

Jacques Bessy, vous parlez des généraux, mais il me semble que tous les militaires peuvent cumuler, aujourd’hui, leurs retraites et un bon emploi qui leur est souvent réservé. Cette situation est un scandale en soi et mériterait une modification conséquente.

Je faisais mon service militaire en 1981, et je me rappelle la panique chez les militaires de carrière qui pensaient voit leurs privilèges balayés par les « rouges » qui arrivaient au pouvoir. Quelques jours ont suffi pour qu’ils soient rassurés et continuent de profiter de leurs avantages. J’étais, entres autres, chauffeur de Colonel et de Général et je me souviens qu’ils prennaient la voiture de l’armée pour le week-end, sans oublier de me demander de faire le plein le vendredi et je savais ce que j’avais à faire le lundi matin: Remettre du gazoline dans la voiture de ces messieurs…!

http://phil195829.overblog.com

 
Par Jacques Bessy
15H06    17/06/2008

Pour Phil2922.

Ne mélangeons pas tout.

Qu’il y ait des agents de la fonction publique de l’Etat (militaires ou fonctionnaires civils), des collectivités territoriales ou des hôpitaux qui profitent et abusent, c’est probable et cela mérite d’être dénoncé.

En revanche, le droit au travail est inscrit dans la Constitution. On ne peut empêcher quelqu’un de travailler et de cumuler selon certaines règles.

De nombreux fonctionnaires en profitent et des retraités du privé aussi. Il n’y a rien à redire. Le problème des militaires, c’est qu’ils doivent être jeunes. Ils partent donc plus tôt que les autres.

Le montant moyen des retraites est peu élevé et ils doivent travailler pour élever leur famille.

Les règles du cumul sont assez bien encadrées et il convient de s’y reporter. Certains en profite peut-être plus que d’autres..

En revanche, le cas décrit des généraux qui cumulent soldes de réserve et solde d’activité même pour quelques semaines est parfaitement illégal.

Et nous sommes dans un Etat de droit.

Jacques BESSY

 
Par emmanuel81
16H39    17/06/2008

Aïe aïe aïe. Les gens de droite qui tapent sur les cheminots, parce que cheminot=rouge, ça m’énerve. Les gens de gauche qui tapent sur les miloufs, parce que milouf=facho, ça m’énerve aussi. Moi, je suis de gauche, et je pense qu’on doit avoir un service public de qualité. L’armée étant un service public, ça me semble une bonne chose que les officiers soient bien payés, si on veut qu’ils soient compétents. Cela, même si l’on décide de réduire le format de l’armée. Je ne veux pas d’officiers qui envoient des troufions au casse-pipe ou qui risquent des incidents diplomatiques, parce qu’ils sont payés au lance-pierre, et que les gens compétents qui pourraient faire le job préfèrent des salaires plus élevés, pourquoi pas dans une officine barbouzarde.
Après ça, on peut ressortir des cadavres des tiroirs, le putsch d’Alger, tout ça, hein, c’est bien la preuve que les généraux sont des vilains, larzac forever, et compagnie. En face, les umpistes de base vont vous sortir les prime de charbon de la sncf pour vous prouver, tout aussi intelligemment, que les cheminots sont de sales rouges qui parasitent le système.
Il me semble que l’armée a un peu évolué depuis le chemin des dames et la bataille d’Alger. La fin de la décolonisation, de la guerre froide, de la conscription, tout ça a changé beaucoup de choses.
D’accord, ni vous, ni moi ne sommes sensibles au prestige de l’uniforme et au son du clairon, mais il me semble que les faits nous forcent à considérer l’armée telle qu’elle est: un service public comme les autres, au sujet duquel on doit débattre comme des autres, avec souvent des enjeux similaires aux autres.

 
Par teych
17H58    17/06/2008

Effectivement, il faut continuer à payer à prix d’or tous ces braves officiers généraux qui ont tant œuvré pour la grandeur militaire de la France.

L’histoire contemporaine nous enseigne que ces hommes intrépides ont souvent été les premiers à tomber sous les coups des impitoyables armes chimiques que sont le cholestérol, l’acide urique, et même la cirrhose du foie pour les plus valeureux d’entre eux qui ont, au péril de vie, apporté la civilisation dans les pays chauds. La Nation doit se souvenir de ces martyres qui ont tant souffert de la goutte, ou qui ont été terrassés par l’artériosclérose pendant que leurs soldats se prélassaient dans les tranchées.

Souvenons nous comment le commandement militaire français, grâce au génie de ses généraux, a permis à la France d’être victorieuse en 1870, en 1940, puis en Indochine et en Algérie, comment ils ont su économiser leurs troupes pendant la Grande Guerre.

Enfin, n’oublions pas que a fuite des «cerveaux» menace toujours notre pays et que nous aurions grand tort de nous priver de l’extrême compétence de ces généraux que le monde entier nous envie.

Alors, pour les garder, payons-les à la hauteur de leur talent.