La démocratisation culturelle ? Sarkozy s'y était engagé. Une promesse évaporée des budgets d'Albanel. Décryptage.

Les déshérités de la démocratisation culturelle
D’ici la fin du mois de juin, Christine Albanel proposera une synthèse des entretiens de Valois, concertation nationale sur le spectacle vivant lancée début février. Pendant ce temps, beaucoup de professionnels attendent encore les subventions qu’ils avaient cru pouvoir intégrer dans leurs budgets.
En Bourgogne, le festival de spectacles en plein air Entre cour et jardin a appris au printemps qu’il ne recevrait rien cette année (contre 15 000 euros en 2007, déjà trois fois moins qu’à sa création en 2000). Idem en région PACA, pour les Rencontres de Haute-Romanche, le grand événement culturel de cette zone rurale, qui touchait jusqu'ici 20 000 euros. Comme si la conquête de nouveaux publics n’était plus une priorité, déplore Yves Grenier, fondateur de cette manifestation.
Les compagnies indépendantes, pour qui les interventions auprès d’un public de proximité sont cruciales, ont toutes pâti de ce nouvel état d’esprit. Selon les estimations de l’Ufisc (Union fédérale des d’intervention des structures indépendantes), elles ont vu disparaître entre 30% et 100% de leurs moyens.
Citons l’exemple de l’Atelier du plateau (Paris XIXe), privé des 5000 euros qui lui permettaient d’organiser des ateliers d’écriture de quartier. Ou le Hublot (à Colombes), dont les aides à l’action territoriales (25 000 euros) ont fondu de moitié. Ou encore le Théâtre de l’Echangeur : exit ses 8000 euros d’aides aux pratiques amateurs. Régis Hebette, directeur de ce théâtre situé à Bagnolet s'inquiète :
On nous coupe d’une relation avec le public pourtant indispensable. Sans ces actions, toute notre activité sera, à terme, remise en question.
La création guère mieux lotie
Contrairement à l’action culturelle, l’ »aide à la création, elle, n’a pas baissé : 640 millions d’euros, comme en 2007, rappelle-t-on au ministère. Cependant, 6% de cette somme ont été gelés (c'est-à-dire mis en réserve). Suite aux contestations d’artistes prestigieux, la ministre en a finalement débloqué une partie, mais seulement pour les théâtres, scènes et centres nationaux.
Pour les structures intermédiaires, la réduction des crédits n’en a été que plus redoutable. Ainsi, parce qu’il est partenaire de la municipalité, le théâtre de Vannes vient de perdre l’intégralité de sa subvention, soit 61 000 euros (presque 20% de son budget 2007). Gildas Le Boterf, son nouveau directeur, déplore cette décision :
C’est ce qui faisait la différence entre un lieu destiné à la seule satisfaction du grand public local et un lieu de création vraiment ambitieux.
Dans le même esprit, à Blois, la scène régionale de Vendôme a perdu 20 000 euros que lui versait la DRAC au titre de l’aide à la diffusion en milieu rural.
Quant aux compagnies indépendantes, en plus des coupes sur l’action culturelle, elles ont parallèlement perdu 4 à 6% de leurs subventions de création. Des sommes apparemment modiques, mais parfois décisives pour boucler un projet. A Alençon, par exemple, c’est plusieurs semaines après la première de son spectacle Giordano Bruno que la compagnie Bleu 202 a su qu’elle ne toucherait pas les 15 000 euros promis par la DRAC. L’auteur du projet, Daniel Paris, est amer :
Je doute que cette somme change grand-chose à la dette publique, mais en attendant, je vais devoir faire un emprunt sur mes biens personnels.
Il est loin d’être le seul. En région Centre, le budget de soutien aux projets a fondu de moitié entre 2005 et 2007. Même tendance pour la danse en Languedoc Roussillon. Sur les vingt compagnies aidées en 2006, il n’en reste plus que neuf en 2008… Entre temps, seulement trois nouvelles compagnies ont été aidées.
Aller chercher l’argent ailleurs ?
Contacté par Rue89, Georges-François Hirsch, le nouveau directeur des spectacles (DMDTS) au ministère de la Culture, n’a pas souhaité nous répondre. De même, la présidente de l’association des DRAC de France, Véronique Chatenay Dolto, n'a pas pu nous accorder de véritable entretien ; elle précise toutefois :
Les crédits des DRAC sont loin de représenter tout l’effort de l’Etat en faveur de l’art. Il y a également les aides territoriales, régionales, le fond européen…
C’est bien ce type de raisonnement qui inquiète les professionnels du spectacle. Président du Syndicat national des arts vivants, Claude Bernhardt en témoigne :
Les DRAC nous disent de chercher des financements ailleurs… Mais ailleurs, les moyens sont loin d’augmenter au rythme de nos pertes. C’est précisément cela, le désengagement de l’Etat.















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