Enquete

Qui veut la peau du spectacle vivant?

La démocratisation culturelle ? Sarkozy s'y était engagé. Une promesse évaporée des budgets d'Albanel. Décryptage.

Christine Albanel, ministre de la Culture<br />
(Alessandro Bianchi/Reuters). title=Christine Albanel, ministre de la Culture (Alessandro Bianchi/Reuters). »></p>
<p>La logique paraît étrange. Dans sa lettre de mission à Christine Albanel, cet été, Nicolas Sarkozy blâmait « l’échec du projet de démocratisation culturelle » de ses prédécesseurs. Or quelques semaines plus tard, à la rentrée, sa ministre annonçait une baisse sans précédent des moyens destinés à ce même projet : moins 14 millions d’euros pour 2008…</p>
<p><strong>Quel bilan pour la nouvelle politique culturelle du gouvernement ? </strong></p>
<p>Autre paradoxe, cette perte touche d’abord les activités qui, non rentables par nature, ne peuvent se passer d’aides : ateliers, rencontres ou manifestations artistiques en zone rurale, dans les quartiers, auprès des jeunes… Ainsi, la dotation des « actions en faveur de l’accès à la culture » a chuté de 68 à 56 millions d’euros. </p>
<p>Cette ligne budgétaire ainsi allégée de 20% était pourtant censée couvrir deux programmes qui viennent d’être fusionnés : l’action « en faveur des publics », et le soutien aux « politiques territoriales ». « Comme s’il suffisait de mélanger des lignes comptables pour camoufler les baisses », soupire la conseillère « danse » d’une Direction régionale pour l’action culturelle (DRAC). De fait, les DRAC ont perdu cette année plus d’un tiers de leurs pouvoirs d’action en faveur de l’accès à la culture. Autant dire qu’il a fallu simplifier bien des projets.</p>
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Les déshérités de la démocratisation culturelle

D’ici la fin du mois de juin, Christine Albanel proposera une synthèse des entretiens de Valois, concertation nationale sur le spectacle vivant lancée début février. Pendant ce temps, beaucoup de professionnels attendent encore les subventions qu’ils avaient cru pouvoir intégrer dans leurs budgets.

En Bourgogne, le festival de spectacles en plein air Entre cour et jardin a appris au printemps qu’il ne recevrait rien cette année (contre 15  000 euros en 2007, déjà trois fois moins qu’à sa création en 2000). Idem en région PACA, pour les Rencontres de Haute-Romanche, le grand événement culturel de cette zone rurale, qui touchait jusqu'ici 20  000 euros. Comme si la conquête de nouveaux publics n’était plus une priorité, déplore Yves Grenier, fondateur de cette manifestation.

Les compagnies indépendantes, pour qui les interventions auprès d’un public de proximité sont cruciales, ont toutes pâti de ce nouvel état d’esprit. Selon les estimations de l’Ufisc (Union fédérale des d’intervention des structures indépendantes), elles ont vu disparaître entre 30% et 100% de leurs moyens.

Citons l’exemple de l’Atelier du plateau (Paris XIXe), privé des 5000 euros qui lui permettaient d’organiser des ateliers d’écriture de quartier. Ou le Hublot (à Colombes), dont les aides à l’action territoriales (25  000 euros) ont fondu de moitié. Ou encore le Théâtre de l’Echangeur : exit ses 8000 euros d’aides aux pratiques amateurs. Régis Hebette, directeur de ce théâtre situé à Bagnolet s'inquiète :

On nous coupe d’une relation avec le public pourtant indispensable. Sans ces actions, toute notre activité sera, à terme, remise en question.

La création guère mieux lotie

Contrairement à l’action culturelle, l’ »aide à la création, elle, n’a pas baissé : 640 millions d’euros, comme en 2007, rappelle-t-on au ministère. Cependant, 6% de cette somme ont été gelés (c'est-à-dire mis en réserve). Suite aux contestations d’artistes prestigieux, la ministre en a finalement débloqué une partie, mais seulement pour les théâtres, scènes et centres nationaux.

Pour les structures intermédiaires, la réduction des crédits n’en a été que plus redoutable. Ainsi, parce qu’il est partenaire de la municipalité, le théâtre de Vannes vient de perdre l’intégralité de sa subvention, soit 61  000 euros (presque 20% de son budget 2007). Gildas Le Boterf, son nouveau directeur, déplore cette décision :

C’est ce qui faisait la différence entre un lieu destiné à la seule satisfaction du grand public local et un lieu de création vraiment ambitieux.

Dans le même esprit, à Blois, la scène régionale de Vendôme a perdu 20  000 euros que lui versait la DRAC au titre de l’aide à la diffusion en milieu rural.

Quant aux compagnies indépendantes, en plus des coupes sur l’action culturelle, elles ont parallèlement perdu 4 à 6% de leurs subventions de création. Des sommes apparemment modiques, mais parfois décisives pour boucler un projet. A Alençon, par exemple, c’est plusieurs semaines après la première de son spectacle Giordano Bruno que la compagnie Bleu 202 a su qu’elle ne toucherait pas les 15  000 euros promis par la DRAC. L’auteur du projet, Daniel Paris, est amer :

Je doute que cette somme change grand-chose à la dette publique, mais en attendant, je vais devoir faire un emprunt sur mes biens personnels.

Il est loin d’être le seul. En région Centre, le budget de soutien aux projets a fondu de moitié entre 2005 et 2007. Même tendance pour la danse en Languedoc Roussillon. Sur les vingt compagnies aidées en 2006, il n’en reste plus que neuf en 2008… Entre temps, seulement trois nouvelles compagnies ont été aidées.

Aller chercher l’argent ailleurs ?

Contacté par Rue89, Georges-François Hirsch, le nouveau directeur des spectacles (DMDTS) au ministère de la Culture, n’a pas souhaité nous répondre. De même, la présidente de l’association des DRAC de France, Véronique Chatenay Dolto, n'a pas pu nous accorder de véritable entretien ; elle précise toutefois :

Les crédits des DRAC sont loin de représenter tout l’effort de l’Etat en faveur de l’art. Il y a également les aides territoriales, régionales, le fond européen…

C’est bien ce type de raisonnement qui inquiète les professionnels du spectacle. Président du Syndicat national des arts vivants, Claude Bernhardt en témoigne :

Les DRAC nous disent de chercher des financements ailleurs… Mais ailleurs, les moyens sont loin d’augmenter au rythme de nos pertes. C’est précisément cela, le désengagement de l’Etat.


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todeti
04H11 17/06/2008
Bonjour. Je précise, car, sur rue 89, il faut montrer patte blanche avant de causer, que je ne suis pas sarkozyste. Ceci dit, philpoepsy, vous exagérer un chouïa dans votre lecture de ce superbe article, car, voyez vous la dictature, jamais, nulle part, ne consiste à baisser de 6 % une enveloppe globale de 640 millions d'euros...6 %, c'est 30 (env) millions d'euros qui ont d'ailleurs été seulement mis en réserve. J'ajouterais que l'élitisme à peine voilé que l'on trouve dans une ou deux réponses des intervenants de cet article est assez consternant, bien que fort habituel. Du genre : La-Culture-est-le-guide-du-peuple ignare-qui-a-bseoin-de-la-culture-pour-se-sauver-lui-même. J'ajoute qu'il n'y a qu'en france (et pas en belgique, et pas au canada, et pas en allemagne, etc...) que l'on continue à tenir ce discours débile et suffisant sur la mission de la Culture. Culture entendue comme spectacle vivant, et non comme appartenance culturelles, lectures, pratiques des sciences, etc...bien évidemement. A croire qu'en dehors du cirque et du théâtre, de l'art contemporain, la culture n'existe pas. Mais bon, il suffit de fréquenter pendant plus de six mois le moindre lieu de création, notamment parisien, pour savoir comment fonctionne ce petit monde. La démocratie culturelle, soit l'idée d'éduquer le peuple, c'est du pipeau : c'est le baratin nécessaire pour obtenir des subventions. Ca marche ainsi depuis lang, pourquoi s'arrêter ? Tu veux monter un projet culturel ? Tu veux du fric public ? Raconte que c'est un projet pé-da-go-gi-que. Mieux : que c'est un projet qui va créer-du-lien-social. Que tu vas initer les enfants à l'art contemporain, par exemple ; ou que tu vas initier la population d'un quartier (que tu estimes être inculte, forcément..et qui ne t'avais rien demandé...) aux subtilités de la poésie contemporaines via des ateliers adéquats. Je sais de quoi je parle, ça marche à tous les coups. En résumé un théâtre et une troupe, par exemple, sont subventionnés, pour un projet précis, s'ils arrivent à faire gober et à se faire eux-même croire(ce qui est encore pire...) que leur projet permet de faire du lien social, de faire découvrir l'art et le théâtre à des publics lointains, qu'il font avancer la recherche dans la création vivante et patati et patata...Résultat : montreuil, par exemple , où la programmation ne concerne que ceux qui connaissent déjà ce milieu. Les autres citoyens, tu comprends, ces pauvres cons, n'ont même pas le droit à des spectacles qui pourraient les divertir, car, le divertissement est entendu (achtung !) comme la pire hérésie au pays de La Culture, à la façon d'un gros mot que prononcerait le diable à l'oreille du citoyen-lambda pour l'éloigner de La Culture magique qui devrait résoudre tous ses soucis...On se demande encore comment ce snobisme intellectuel, combiné la plupart du temps avec une notion de La Culture extrêmement intolérante, extrêmement despotique, peut encore répandre son baratin. Par ailleurs, ce que cet article passe sous silence avec une pudeur fort compréhensible, ce sont les exemples de M.r Bartabas et de Mr. Buren. Ces personnalités ont réussis en pleine "dictature" a obtenir ce qu'ils estiment, ni plus, ni moins, être leur fric, au nom bien sûr de la sacro-sainte "création". Mr bartabas, fort désolé d'apprendre que ses subventions allaient cette année être revues à la baisse, s'est empressé de donner son point de vue à cette décision. D'une manière, disons, fort musclée. Le gentil bartabas (au nom de la culture, cela va de soi..) a déboulé comme un cinglé dans les locaux de l'administration où l'on gère et distribue les fonds dévolu à "l'art vivant", puis a balancé quelques meubles sur différentes personnes, ainsi qu'un radiateur qui trainait malencontreusement à sa portée. Il a aussi, en parfait snob, traité les malheureux employés de la fonction publique de quelques noms d'oiseaux forts charmants, tout en maugréant sur la bêtise inhérente à l'étatisme et au fonctionnariat, avant de se lancer dans une harangue affirmant l'incommensurable supériorité de la création dont il s'est alors targué d'être l'un des dépositaires attitrés. Il va sans dire que, cher philpoepsy, dans notre "dictature", ce monsieur n'a absolument pas été condamné, ni même inculpé pour violences, voie de faits, et insultes, comme cela se serait produit avec raison si l'auteur de ces faits avait été un simple citoyen. Non. Que dalle. "La dictature" a rétabli pour cette sommité culturelle l'intégralité de sa subvention. Elle est pas belle la vie ? Maintenant, le joyeux buren : ce dernier a pesté auprès des autorités compétentes, cette fois sans user de la violence délirante de mr.bartabas, contre l'état de délabrement avancé de ses fameuses colonnes, d'ailleurs fort charmantes. Après avoir un peu insisté et fait joué quelques adroites relations, Mr.Buren a obtenu, sans trop de souci, d'une telle "dictature", l'assurance de la mise en place future d'un chantier de rénovation estimé à quelques 3 millions d'euros. Merci qui ? Alors, pour la "dictature", franchement...
 
gudule62
09H26 17/06/2008
je suis metteur en scène, dirigeant une compagnie indépendante et un lieu de programmation (qui est celui de la cie). Nous vivons dans un climat épouvantable de suspicion qui s'ajoute aux baisses de subventions et au désengagement complet de l'état sur toutes les structures qui ne sont pas des institutions: pluie de contrôles URSSAF, contrôles fiscaux, multiplication des procédures de contrôle de l'utilisation des fonds (alors que les moyens de fonctionnement, et donc le temps qu'on peut y consacrer sont réduits à peau de chagrin). D'autre part, individuellement, j'ai aujourd'hui l'impression d'être un délinquant... En un an j'ai subi deux contrôles ASSEDIC (je suis intermittent), les procédures de renouvellement prennent désormais régulièrement deux à trois mois (pour vérification approfondies). Récemment, après une représentation dans le nord de la France, j'ai eu droit à un banal contrôle alcootest. Quelle ne fut pas ma surprise, quand, ayant indiqué au gendarme que le camion que je conduisais contenait un décor, il me fut demandé de descendre du véhicule et de présenter mon contrat de travail et ma DUE (attestation de déclaration à l'URSSAF)... Par la gendarmerie.. Voilà où ous en sommes. La gendarmerie est chargée de contrôler la régularité de nos embauches. C'est, je le crois, parfaitement significatif du climat "serein" dans lequel nous essayons, malgré tout de continuer à exercer notre métier.