
(De Kandahar, Afghanistan) La première fois que je m'étais retrouvée à Kandahar, à l'automne 2003, c'était pratiquement au lendemain d'une autre évasion spectaculaire de talibans, qui n'avait pourtant pas les conséquences de celle-ci : le 12 septembre 2003, une quarantaine de prisonniers talibans avaient réussi à échapper à la garde de leurs surveillants (dans la même prison, située à l'ouest de la ville, sur la route menant à Farah et Herat) et avaient construit un tunnel de plusieurs dizaines de mètres à partir d'une de leurs cellules. Parmi eux, des chefs très connus avaient disparu dans la nature. Cinq ans plus tard, j'ai l'impression que le même scénario se reproduit dans un contexte d'insécurité accrue.
Je suis arrivée à Kandahar samedi matin par avion, de Kaboul, quelques heures après l'événement. Depuis plusieurs jours, je cherchais à venir ici par la route (comme je l'avais fait précédemment), mais mes amis afghans me l'ont déconseillé au point de ne pas vouloir m'accompagner. J'ai dû obtempérer, et bien m'en a pris car le bus qu'il aurait fallu que je prenne dans la nuit de jeudi à vendredi a été arrêté vers Qalat (la capitale de Zabul, lontemps aux mains des talibans) qui ont fouillé tout le monde et emmené avec eux sept personnes.
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Vendredi, j'apprends la spectaculaire évasion, preuve flagrante si l'on en avait encore besoin, de l'activité incessante des éléments “antigouvernementaux” dans le sud du pays, comme le ressassent les officiels qui ne cachent même plus leur incapacité à réagir.
Arrivée ici, où pas un seul journaliste occidental ne travaille en dehors des structures militaires, le couvre-feu a été mis en vigueur et je me trouve face à une ville fantôme ; d'abord parce que c'est l'heure de la sieste (la température qui avoisine les cinquante degrés à l'ombre à cette période de l'année est propice à une pause journalière entre 14 et 17 heures), mais aussi parce que les Kandaharis se sont levés ce matin sous le choc de cette terrible nouvelle.
Aucun agent de sécurité à l'horizon
Aujourd'hui je me rends sur les lieux en voiture. Mon ami afghan est extrêmement méfiant de quiconque pourrait nous suivre et nous avons loué les services d'un de ses amis qui nous sert de chauffeur. Je porte une tenue afghane encore plus conservatrice qu'à Kaboul, manches longues de ma tunique obligatoire et foulard que je ramène sur mon visage par dessus le nez de façon à ne laisser entrevoir que les yeux -quand je ne passe pas ma burqa, pour obtenir cette anonymat total, terrible pour les femmes afghanes mais si précieux quand on travaille dans ces conditions.
J'étais persuadée que je ne pourrais pas même approcher l'édifice, imaginant les forces de police afghane, l'armée et les troupes canadiennes, stationnées à quelques kilomètres de là, trop occupées à conserver le lieu intact pour les enquêteurs. Mais je m'étais complètement trompée : en repassant deux fois en voiture (il était bien sûr exclu de s'arrêter) je n'ai pas vu l'ombre d'un agent de sécurité. Les petites échoppes avoisinant l'édifice qui était construit en terre sèche ont été soufflées par l'explosion, brisant également les fenêtres des habitations à plus de trois kilomètres à la ronde. La “chasse à l'homme” dont la version officielle nous rebat les oreilles ne me semble pas vraiment active.
La population locale est parfaitement consciente que cette opération avait été organisée savamment à l'avance, ainsi que l'a reconnu dimanche matin le vice-ministre de la Justice, qui a également gentiment demandé aux prisonniers de regagner le pénitencier ! Une heure environ avant l'explosion du camion chargé d'explosifs devant l'entrée principale de la prison à 21h20 heure locale vendredi soir, des dizaines de talibans reconnaissables à leurs habits en civil, leur longue barbe, leur turban et leurs armes en bandoulière, avaient fait irruption dans les quartiers avoisinant l'établissement.
Le gouverneur aux abonnés absents
Silencieux, ils se regroupaient pour vérifier qu'aucun convoi officiel ne perturberait leur opération et se préparaient à entrer massivement à l'intérieur de la prison après l'explosion. Selon la population locale, les premiers à fuir la prison une fois l'assaut donné ont été les gardes de sécurité qui avaient eu le temps de se changer : ils avaient abandonné leurs uniformes et revêtu celui des prisonniers.
Je m'étonnais enfin de l'absence de réaction officielle de la part du gouverneur de la province de Kandahar, autorité directement nommée par le président Hamid Karzai et le plus haut représentant du gouvernement central sur place : c'est tout simplement qu'il se trouve aux Etats-Unis depuis quelques semaines, où réside sa famille. Même chose pour le maire de la ville, ce qui ne contribue pas à assurer leur popularité et crédibilité auprès de la population, convaincue que la faiblesse du gouvernement a, depuis longtemps, fait place nette pour le regain de violence de la part des talibans qui contrôlent les faubourgs de la seconde ville du pays.




















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De ira
20H59 | 15/06/2008 |
Ceux que l'on appelle les « Talibans » (un raccourci journalistique puisque des chefs tribaux et des Pachtounes sont dans la lutte anti-américaine) ne font qu'appliquer des tactiques de guérilla qui ont fait leurs preuves.
Devant la force, ils ont cédé, attendu, et se sont regroupés. Ils ont trouvé l'aide nécessaire pour se reconstituer et ont eu beau jeu de démontrer qu'au bout de 7 ans le pays est un foutoir sans nom, et le gouvernement une imposture. Chaque Afghan sait très bien que sans le retrait des troupes de l'Otan et du commandemant étatsunien, la guerre durera.
Les « Talibans » ont le contrôle de plus de la moitié de l'Afghanistan : ils sont établis à Logar, Wardak, Ghazni et contrôlent des vastes étendues territoriales à Zabul, Helmand, Kandahar et Urzgan.
A Kaboul même, le 14 janvier le luxueux hôtel Serena, devant le palais présidentiel, a été l'objet d'un attentat, sans oublier la tentative d'assassinat du président Hamid Karzaï lors d'un défilé militaire le 27 avril.
Cette attaque de prison (900 évadés dont 400 « Talibans ») est la preuve d'une guerre perdue. Les EU veulent-ils revivre la décade du 20 au 30 avril 1975 à Saïgon ? Une évacuation hâtive et catastrophique ?
De louarn
chomage | 00H18 | 16/06/2008 |
A lire l'article il est évident que la plupart des gens savaient qu'un coup était en préparation . Les braves soldats canadiens se sont tenus à l'écart .Que feront nos pauvres soldats français dans ce pays ? .
De Martin D
08H34 | 16/06/2008 |
il faut se retirer da l'Afghanistan…laissons la population gérer son avenir seule…surveillons simplement tout ça de loin…
De ecor1
sur le fil | 09H39 | 16/06/2008 |
Ce que je trouve intéressant dans cet article, c'est que visiblement, cette évasion ne surprend personne et ne semble pas générer de reactions de la part des autorités qui restent les bras balant et l'air un brin fataliste.
Parce que si on y regarde de plus près, 400 barbus qui se font la malle ca ne va pas changer la donne, mais 400 barbus qui se font la belle sans que personne ne bouge, c'est le signe qu'ils ont une autoroute devant eux pour reconquérir le pays.
Le problème c'est que si la victoire militaire est a priori facile a obtenir, nous avons en revanche connu une sacré défaite politique, qui refout nos adversaires en selle. Parce que je ne pense pas que les Afghans soient tous enchantés et ravi à la perspective de redevenir des petits talibans, les bonne femme réenfilant leur burqa et les mecs se laissant pousser la barbe. Néanmoins l'exaspération générée par les « alliés » est entrain de prendre le pas sur toutes les autres considérations et la population se retourne contre nous.
Donc que faut il faire ? se casser maintenant en sachant que si l'afghanistan retombe taliban, le Pakistan risque aussi d'y passer (et il s'agit d'une puissance nucléaire), ou bien de…ben j'en sais rien moi hein.
De Parisienne de Xian
22H13 | 16/06/2008 |
Bravo à Mme Nivat pour ce reportage « tout chaud », il ne doit pas y en avoir beaucoup de journalistes sur place dès le lendemain…encore moins de journalistes indépendants, libres de leurs propos. Jusqu'à présent je n'avais entendu que relayer l'info / propagande qu'on cherchait activement les échappés.
La burqua bleue vous va à ravir Mme Nivat : pour vos reportages vous vous mettez dans des situations un peu périlleuses, alors si elle vous protège de tas d'ennuis… n'hésitez surtout pas à la porter.
De Claude_Garrier
Auteur, journaliste "Afrique Libert... | 22H52 | 16/06/2008 |
Une émission diffusée sur ARTE vers mai 2008, faisait parler un légionnaire en service en Afghanistan. Il n'a pas manqué de dire que les paysans leur font des sourires quand ils partent en opération et leur tirent dessus au retour, que les attaques des « talibans » sont faites alors que les femmes et les enfants sont dans les champs, au risque qu'ils soient tués par des « balles perdues ». Cette même émission a souligné que les Alliés (Américains, Français, etc) n'ont aucune confiance dans les soldats afghan, pour une bonne partie anciens « talibans » reconvertis (peut-être le temps nécessaire pour se remplumer) : ils ne savent qu'à la dernière minute qu'ils partent en opération ; ça évite que les tirs « talibans » se déclenchent dès la sortie du camp. Alors que ces hommes, quand ils tenaient le maquis, manipulaient efficacement des RPG7, ils tirent comme des manches avec nos AA52 (mitrailleuse légères) et nos mortiers de 60 ou 81, de telle sorte qu'utilisés en appui feu par les Français en patrouille, ces derniers n'ont aucune intention de leur demander de tirer en situation réelle (des fois qu'ils se tromperaient de cible pour la plus grande joie de leurs ex-collègues).
Les soldats français sont honnis en Côte d'Ivoire où ils sont considérés (malgré la construction de « centres de santé » et autres installations utiles à la collectivité) ; en Afghanistan où ils sont en guerre, leur réputation est pire.
L'insécurité dans Kaboul-même est telle que les rues sont évacuées avant le passage d'une unité d'occupation : les « talibans » y font la loi.
Dans la passé, le commandant Massoud s'est opposé militairement aux intégristes religieux après avoir oeuvré à la défaite soviétique. Quel pays occidental l'a soutenu ? Aucun jusqu'à ce qu'il tombe, victime de bombes humaines se faisant passer pour des journalistes venus l'interviewer. Sa mort a laissé la place aux seuls intégristes, ce qui a « justifié » l'intervention des forces occidentales (il y a des richesses à partager) dont les fourgons ont ramené un roi, vieillard déchu depuis longtemps qui sert de façade « afghane ».