L’historienne Claire Zalc, commissaire de la première grande exposition temporaire de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, entraine Rue89 dans une visite guidée de l’envers du décor de l’exposition coloniale de 1931. Les parallèles avec la situation actuelle sont troublants…
Il se dit souvent que la France n’a jamais accueilli autant d’étrangers que ces dernières années. C’est vrai : les 8,1% d’étrangers en situation régulière recensés par l’INSEE dans l’Hexagone en 2004, sont un des records de l’histoire. Entre les deux guerres, toutefois, la part des immigrés dans la population française était presque aussi élevée, à hauteur de 7% en 1931.
1931, c’est l’année de la grande exposition coloniale qui a investi le bois de Vincennes, sur les flancs est de Paris. Parmi des dizaines de pavillons qui n’accueilleront pas moins de huit millions de visiteurs, un imposant hall d’exposition a été érigé au niveau de la porte dorée. C’est ce bâtiment qui abrite aujourd’hui la Cité nationale de l’histoire de l’immigration(CNHI), inaugurée l’automne dernier sur fond de protestation contre le ministère Hortefeux.
Crispation du regard sur l’étranger lorsque s’abat la crise économique
Pour sa première grande exposition temporaire, la CNIH a choisi l’exposition coloniale, comme une passerelle vers la société française de l’époque et son rapport aux étrangers. Avec pour fil rouge le chantier -et donc les coulisses- de l’événement de 1931, cette exposition temporaire montre comment le regard que la France porte à ses étrangers se crispe, cette année-là, alors que l’onde de choc de la crise de 1929 s’abat l’Hexagone.
Chercheuse au CNRS et enseignante à l’Ecole normale supérieure, l’historienne Claire Zalc, l’une des quatre commissaires de l’expo, propose à Rue89 une visite guidée derrière "le décor" : (Voir la vidéo)
Après cette première salle qui présente fresques et œuvres exhibées à l’exposition coloniale (dont la plupart appartiennent aujourd’hui au musée du quai Branly), le visiteur attaque son parcours par les registres de mains courantes : un Arménien "rodait" à proximité du chantier pour y trouver du travail, un Italien en est venu aux mains parce qu’un autre ouvrier l’avait traité de "macaroni" (des 2,8 millions d’étrangers que compte la France métropolitaine en 1931, 800 000 sont Italiens)…
Le visage de l’immigration d’alors se dessine en creux des documents de l’époque, registres de police ou d’état civil sur lesquels un fonctionnaire hésite sur la manière de classer les Algériens entre "coloniaux" et "nord-africains", une mention rajoutée au crayon bleu dans la marge :
Si, traditionnellement, l’histoire de l’immigration s’est d’abord écrite avec des archives étatiques "dans la lignée des travaux de Gérard Noiriel", Claire Zalc raconte toutefois son souci de multiplier les sources d’archives, en restituant, par exemple, des objets de la vie quotidienne d’une communauté arménienne ou des affiches de pub pour un immigré qui a fait fortune dans la promotion immobilière.
Permis de travail… et épuration rigoureuse du marché du travail
Un peu plus loin, le parcours fait une large place au travail, multipliant les occasions pour le visiteur de faire le pont entre les documents présentés (permis de travail, récépissé…) et aujourd’hui, où l’on n’a jamais tant parlé immigration de travail. Au détour d’une vitrine consacrée aux papiers d’identité, Claire Zalc se souvient d’ailleurs avec émotion avoir vu les ouvriers qui installaient les panneaux sortir à leur tour permis de séjour, permis de travail et cartes d’identité au beau milieu du chantier.
Comme en 2008, le contexte économique pesait déjà fortement sur les débats sur l’immigration et la représentation que la France avait de ses étrangers en 1931. Sans certains tabous qui peuvent exister aujourd’hui, comme le montrent les documents officiels, comme cette circulaire de la Direction des services administratifs de reconstitution des départements inondés du Midi, qui préconise abruptement en décembre 1931 une "épuration rigoureuse du personnel étranger".
Autant de passerelles avec l’actualité de 2008 ? 1931 est en tous cas l’époque où il devient plus ardu pour un étranger de s’installer en France : au lieu de 120 000 entrées légales en 1930, seuls 25 000 migrants sont autorisés à rester travailler en France l’année suivante. 1931, c’est aussi l’année où l’on expluse 93 000 personnes du territoire.
Intéressant : les documents exposés par la CNHI montrent au passage qu’à l’époque, on expulse d’abord les ouvriers célibataires. C’est en 1932 que s’institutionnalise d’ailleurs l’aide au retour, financée par l’Etat. Deux ans plus tard, en 1934, les charbonnages du Nord, après ceux d’Alsace, renverront ainsi des milliers de mineurs polonais de force dans leur pays.
Communautés, mariages mixtes et presse trilingue
La fin de l’exposition s’articule davantage sur les communautés et leur imbrication dans la vie sociale de la France d’alors. De bals nègres en regards exotisants -voir pour cela l’interview de François Cavanna, qui se souvient avoir visité l’exposition avec son père, dans sa prime enfance-, la vision que la France de 1931 cultive de ses étrangers est caricaturale à bien des égards.
L’exposition de la Porte dorée fait d’ailleurs place aux travaux de Georges Mauco et à sa "hiérarchie des races", qui infusera quelques années plus tard le régime de Vichy. La France de 1931 est-elle xénophobe ? Pour Claire Zalc, "tout dépend ce qu’on appelle xénophobie" : (Voir la vidéo)
Mais ce que montre cette exposition, c’est aussi combien les communautés étrangères pénètrent l’Hexagone dans l’entre-deux guerres. Pas seulement parce qu’il existait dans les églises françaises des confessions en polonais ou italien comme il y en avait alors en français ou en breton. Mais aussi parce que les mariages mixtes sont nombreux, en cette époque de déficit démographique après-guerre : près de 6% des mariages célébrés en 1931 unissent un ressortissant français et un étranger. En tête des statistiques : toujours les Italiens, puis les Belges et les Espagnols.
De cette histoire quotidienne de l’immigration, on retiendra aussi la politisation des étrangers à l’extrême gauche ou encore la vitrine de journaux qui montre qu’au tournant des années 30, la presse locale se décide à s’imprimer en trois langues dans les régions industrielles. Mais aussi la découpe de cet immeuble du XIIe arrondissement parisien, où les communautés se mélangent, non loin de la Porte dorée, qui parle pour elle-même : 
C’est sur cette image que s’achève la première exposition temporaire de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration. Une exposition étonnamment peu rébarbative dont on se demande un peu pourquoi elle a été programmée sur les trois mois d’été pour s’achever le 7 septembre. Vu son grand potentiel pédagogique, dommage de ne pas avoir attendu la rentrée scolaire et les visites qui allaient de pair. Aujourd’hui, un Français sur quatre compte au moins un parent ou grand-parent étranger.
► 1931, les étrangers au temps de l’exposition coloniale Jusqu’au 7 septembre, Cité nationale de l’histoire de l’immigration - 5€ plein tarif, 3,5€ tarif réduit.










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L’article est intéressant et l’expo dont il parle aussi sans aucuns doutes, mais je trouve que la comparaison entre les années trente et maintenant, si elle tient sur la question de la récession, ne tient pas sous d’autres aspects.
Dans les années 30, il y a un déficit démographique masculin d’un million et demi. Ces immigrés sont (comme toujours) principalement des hommes et, si 93 000 sont explusés, sur 2,8 millions (plus du double de morts tout de meme, le déficit est largement compensé) ça ne représente pas grand chose. La plupart s’intègrent par mariage, ils sont européens et catholiques, quelques générationa après ils sont totalement assimilés.
L’après-guerre ne présente pas du tout la meme configuration: beaucoup de destructions mais pas plus que 100 000 morts pour la France qui de ce point de vue s’en tire plutot bien. dès 1946, c’est le baby-boom. Dans les années 60, 1,5 millions de gens sont rapatriés d’Algérie. Les bras ne manquent pas. Et l’immigration continue jusqu’à la fin de ces années là (et je m’en souviens très bien) d’arriver des pays d’europe du sud qui s’assimilent aussi et en un temps record. De ce point de vue l’article dit vrai: pas de récession, plein emploi, et on s’aperçoit peu de leur présence.
Les années 60 sont aussi celles où le PC et la CGT (comme au temps de Salengro), sont contraires à l’immigration qui cette fois commence à provenir du maghreb, par charters que les patrons font venir. Ils ne font pas venir ces gens là parce que les bras manquent, mais parce que ça casse les revendications ouvrières de l’époque et qu’ils sont embauchés pour un salaire inférieur.
Aujourd’hui, une certaine gauche vient nous dire en faisant chorus avec les Indigènes de la république et leur mouvance, que la colonisation aurait enrichi le peuple et ceci est un mensonge. Il a enrichi les patrons, permis à quelques grandes fortunes de se constituer, mais la population n’a jamais bénéficié de quoi que ce soit et c’est si vrai que les retraites jusqu’à la fin des années 70 étaient ridicules, et que jusqu’au début de ces memes années 70 la population vivait plutot chichement.
Il apparaitrait que « les immigrés font le travail que les français ne veulent pas faire ". Et ceci est un autre mensonge. Les français ont cherché des emplois mieux payés puisque certains secteurs devenaient sous payés. Dans d’autres pays d’Europe, comme l’Italie par exemple, certains boulots ont continués à etre effectués par des nationaux parce que les syndicats avaient obtenus des garanties, et ceci indépendamment de l’immigration intérieure du sud du pays vers le nord. La preuve en est que certains emplois peu qualifié y sont effectués par les femmes (si on vient me dire que dans beaucoup de situations, les " immigrés » sont des femmes, je suis d’accord, mais ce n’est généralement pas le langage que tient cette certaine gauche qui sait si bien plaider pour « la cause des immigrés » mais ne semble pas s’apercevoir qu’à vrai dire les personnes sous le seuil de la pauvreté sont des femmes)
En France (mais les chiffres sont sensiblement les memes dans toute l’europe sauf peut-etre en Scandinavie, 80%, et parmi ces 80% les femmes immigrées sont loin d’etre majoritaires. De meme que 80% des SMICS et des emplois précaires sont des femmes, pas des immigrés).
Reste enfin que les vagues d’immigrations précédentes ont pu s’intégrer parce qu’elles ne posaient pas le problème que pose l’islam.
Bonsoir Lorry.
Certains de vos arguments sont valables (concernant les gens vivant en dessous du seuil de pauvreté, particulièrement les femmes).
Par contre vous parlez de l’arrivée des « pieds noirs " et enfin du " problème que pose l’islam ».
Première fois que j’apprends que les « pieds noirs » vivaient avant dans un contexte chrétien!
Ne confondez pas Islam et islamisme.
De plus, une ou deux années après les « pieds noirs » les usines (SIMCA-Poissy en tête) ‘importaient’ des algériens pour faire le travail que n’auraient pas accepté les fameux pieds.
Des sergents recruteurs étant envoyés sur place.
Pour gagner du temps, le voyage était même effectué en avion!
Ais fait personnellement Alger-Paris par avion à cette époque.
Bonne soirée.
Jissé
PS: Prenez au moins un ‘voisin’.
Bonsoir,
J’irais voir cette exposition, aumoins pour voir si le sujet exposé n’est pas trop orienté. Je trouve l’idée excellente, les flux migratoires ont toujours été assez flous pour moi.
Quel dommage tous ces interventions censurées, cela signifie qu’il devait y avoir beaucoup d’intolérance, du côté des migrants devenus Français comme du côté des Français pure laine (c’est une expression québécoise « québécois pure laine »).
A la fin de votre article Chloé Leprince, vous dites « Aujourd’hui, un Français sur quatre compte au moins un parent ou grand-parent étranger », je voudrais bien savoir d’où vient cette statistique, si vous voulez bien me le préciser et sans aucune malice.
La France d’aujourd’hui est un pays où il fait encore bon vivre (malgré tout) et l’existance de ce genre d’exposition nous démontre que la liberté, l’égalité et la fraternité ne sont pas que des mots.
Respectueusement et amicalement.