
(De Dublin) Le « Tigre celtique » les avait relégués au second plan, le non au traité de Lisbonne les remet sous les feux de la rampe: ce sont les oubliés du boom économique irlandais, les électeurs des quartiers pauvres de la capitale et des campagnes éloignées des centres financiers et des usines high-tech.
A Dublin, les circonscriptions ouvrières du centre-ville et des quartiers ouest ont voté non, tandis que les banlieues aisées figurent parmi les rares portions du pays à avoir soutenu le mini-traité européen. « J’habite à Ballyfermot et je n’ai reçu aucun prospectus pour le oui dans ma boîte aux lettres », affirme Tony O’Connell. Ce « job coach » de l’agence pour l’emploi du quartier ajoute: « La réalité de la vie -la violence, l’alcoolisme, la drogue- ne touche pas les zones qui ont voté oui. »
« Je craignais la privatisation du service de santé »
Ballyfermot est de ces quartiers à la réputation crasseuse qui nourrissent les romans de Roddy Doyle et les pages « faits divers » des tabloïds. Pour O’Connell:
« Ici, c’était un point noir dans les années 1980 et le quartier ne s’est jamais débarrassé de cette étiquette, malgré le boom. Des tas de jeunes quittent l’école, très peu vont à l’université. »
Dans les rues, les affiches du non règnent en maîtres. Pas un seul « yes » en vue. Selon le job coach, seuls les élus de Sinn Féin, le parti nationaliste de gauche autrefois associé à l’IRA, sont venus faire campagne devant le centre commercial local -contre le traité.
A quelques rues de l’agence pour l’emploi, Nicola, une jolie rousse de 26 ans, promène ses deux enfants avant la pluie qui menace. La naissance du troisième est pour bientôt: « Je suis contente que ce soit non. Je craignais la privatisation du service de santé », déclare-t-elle. Elle explique que le quartier abrite de nombreuses personnes âgées et des familles qui bénéficient d’une prise en charge publique de leurs frais médicaux, une couverture réservée ici aux revenus les plus modestes.
« J’ai aussi entendu parler de la guerre. Avec tout ça, pas étonnant que la majorité ait voté non », ajoute-t-elle. Les projets de Défense européenne ont en effet hérissé les partisans de la neutralité irlandaise pendant toute la campagne, malgré l’exemption d’obligations militaires obtenue par l’Irlande après un premier non au traité de Nice en 2001.
« Je n’ai pas compris un iota du texte »
Dans un pays en plein coup de frein économique, les inquiétudes s’accumulent pour les habitants des quartiers défavorisés. L’ANPE irlandaise organise justement cette semaine un forum de l’emploi à l’étranger pour les ouvriers du bâtiment, dont les employeurs licencient à tour de bras. Après plusieurs années d’embauche massive de plombiers polonais et autres maçons lettons pour alimenter la frénésie immobilière du pays, les Irlandais se voient désormais proposer des jobs sur les chantiers de Stockholm, Bruxelles ou… Varsovie.
Mais pour Tony O’Connell, la raison principale du rejet du traité reste l’incompréhension des électeurs devant un texte illisible. « J’ai voté non à ce traité pour deux raisons, dit-il. La première: je n’en ai pas compris un iota. La seconde: je me suis dit que les Français, les Allemands, etc. devraient aussi pouvoir en débattre. On ne peut pas contourner la démocratie. »








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Article beaucoup plus objectif que celui de Pascal Riché paru précedemment : « Europe: cinq questions sur le référendum irlandais ».
Effectivement, comme en France ce n’est pas la droite ni l’extrême droite, ni les intégristes catholiques qui ont fait triompher le non, ce sont avant tout les pauvres, les ouvriers, les gens de gauche et de l’extrême gauche. Ces personnes méprisées par les élites, les bureaucrates européens et nationaux, ont démontré qu’elles avaient bien compris le but de ce traité même si les détails du texte sont intentionellement hermétiques : c’est un traité ultra libéral qui ne vise qu’à enrichir les riches et appauvrir ceux qui n’ont pas grand chose.
Ce n’était pourtant pas gagné d’avance avec les élites, l’ensemble des partis qui comptent et la totalité de la presse qui appelaient à voter oui.
Bravo, les Irlandais !
« J’ai voté non à ce traité pour deux raisons, dit-il. La première: je n’en ai pas compris un iota. La seconde: je me suis dit que les Français, les Allemands, etc. devraient aussi pouvoir en débattre. On ne peut pas contourner la démocratie. »
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Je suis et je reste partisan de l’ Europe qui nous a donné 60 ans de paix, ce qu’on oublie trop souvent.
MAIS, je suis très heureux que le non l’emporte, tout simùplement parce que tous les autres pays ont bafoué la démocratie en refusant de consulter leurs peuples.
Pire, en France après la victoire du non, Sarko s’est assis sur le vote des français pour faire approuver par les seuls parlementaires, un texte identique à 99.99%
Il faut que tous ces technocrates et responsables (irresponsables??) politiques comprennent que les peuples de l’Europe ne veulent pas être pris pour des cons incapables de comprendre les enjeux.