A la Une 13/06/2008 à 13h35

Europe : l'Irlande rejette le Traité de Lisbonne

Pierre Haski | Cofondateur Rue89

La victoire du non dans le seul pays à avoir organisé un référendum replonge l’Union européenne dans la crise.


Au centre de dépouillement de Dublin, ce vendredi (Andrew Winning/Reuters)

Les électeurs irlandais, les seuls à avoir eu la possibilité de s’exprimer par référendum sur le traité de Lisbonne, semblent sur le point d’infliger un non à cette réforme insitutionnelle de l’Europe, et de plonger les 27 dans une nouvelle crise morale. Le dépouillement qui a débuté vendredi matin donne en effet une tendance majoritaire pour le non, à l’issue d’une campagne très disputée.

Tous les autres pays de l’Union européenne ont choisi la ratification par la voie parlementaire, mais l’Irlande était obligée par sa Constitution de faire approuver ce traité par référendum, ce qui donnait aux voix des Irlandais un poids particulier. La participation n’était toutefois pas très élevée : environ 50% selon le quotidien Irish Times. Une participation faible faisait le jeu du non, selon les analystes locaux.

Le rejet du traité de Lisbonne rendrait ce texte caduque, car la ratificaton de tous est nécessaire pour son entrée en vigueur. Le traité de Lisbonne avait lui-même pris la place du Traité constitutionnel rejeté en 2005 par les électeurs français et néerlandais. Il avait fallu deux ans pour relancer la machine diplomatique pour aboutir au traité de Lisbonne.

Anticipant d’ores et déjà un non, Jean-Pierre Jouyet a estimé qu’en cas de rejet du traité, les membre de l’UE devront voir « quel arrangement juridique nous pouvons trouver ». « Si c’était l’hypothèse du non qui l’emportait, il n’y aurait plus juridiquement de traité », a rappelé sur LCI le secrétaire d’Etat français aux Affaires européennes.

Si l’échec du référendum irlandais se confirme avec la fin du dépouillement dans l’après-midi, ce sera un revers personnel pour Nicolas Sarkozy, qui a été l’initiateur du texte soumis au vote, et cela transformera totalement la tonalité de sa présidence tournante de l’Union européenne, qui démarre le 1er juillet. Celle-ci se transformera en effet en opération de sauvetage d’une Union qui ne parvient pas à obtenir l’adhésion populaire à chaque fois que les électeurs sont sollicités : un examen de conscience s’impose pour les dirigeants européens.

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  • marie 75
    • Posté à 14h07 le 13/06/2008
    • Internaute 3563

    CHAMPAGNE ! ! ! ! !

  • lamichael
    lamichael répond à marie 75
    • Posté à 14h14 le 13/06/2008
    • Internaute 20431

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  • syaranosui
    syaranosui répond à marmotte64
    • Posté à 14h39 le 13/06/2008
    • Internaute 27163

    Je suis d’accord avec vous sur pas mal de points (notamment celui de symbole pour le referendum)

    Le referendum peut sembler plus démocratique que la voie parlementaire de prime abord mais son principal problème est que les taux de participation aux referendum sont très souvent inférieurs à ceux d’élections législatives (à part dans de rares cas, comme à Malte).

    Et c’est là le dilemme principal : le taux de participation semble ici être d’environ 50% ; ces 50% sont ils représentatifs de l’avis général ? Ceux qui n’ont pas la possibilité d’aller voter (travail, maladie, etc) pourraient faire pencher la balancer vers le oui (ou à l’inverse, appuyer le non) et dans les 50% qui ne votent pas il y a aussi ceux qui ne comprennent pas ce texte et ses enjeux.

    C’est une raison qui ferait privilégier le vote parlementaire. En théorie, ce serait même l’argument de proue. En théorie du moins : le système partitocratique qui a prévalu dans le vote parlementaire du traité de Lisbonne dans la majorité des pays peut aussi donner l’impression aux électeurs en faveur du non (et dont les représentants sont au parlement et le parti au gouvernement)de ne pas être écoutés par ceux à qui ils ont donné leur voix.

    Le choix entre referendum et vote parlementaire est donc peut-être plus compliqué qu’il n’y parait, et peut être frustrant dans les deux cas.

  • citoyensly
    • Posté à 14h43 le 13/06/2008
    • Internaute 24690

    Trois scenarios possible si non l emporte :

    Le premier, c’est la renégociation. Les 27 travailleraient à nouveau sur le texte pour tenter de trouver formule encore plus consensuelle. Un fardeau inattendu pour la France future présidente de l’union européenne pour un semestre et qui a d’autres projets en tête. Cette renégociation est aujourd’hui l’hypothèse la moins probable.

    Deuxième possibilité qui s’offre aux Européens : conserver le Traité de Nice actuellement en vigueur. Le texte est de l’avis de beaucoup imparfait. la plupart des décisions sont difficiles à prendre puisqu’à l’unanimité. Il n’empêche que L’union Européenne parvient à fonctionner aujourd’hui avec lui. S’obstiner n’est alors peut-être pas utile.

    Le troisième et dernier scénario est le suivant. Pousser les irlandais à revoter. Ce ne serait pas une première. Ils l’ont déjà fait pour le traité de Nice, rejeté en 2001 et approuvé en 2002. Dans ce cas il faudra apporter quelques garanties aux citoyens irlandais. Encore faut-il trouver lesquelles.

    Et quelque soit le scénario, une autre question se pose rappelle ce chercheur en politique européenne. « S’il y a un non irlandais lors de ce vote, il est très difficile de savoir quels effets cela aura sur les autres pays, sur la Grande Bretagne et c’est important, sur le Danemark aussi, sur la République tchèque qui est actuellement dans une procédure de vérification juridique du traité. »

    La pression sera alors plus forte sur les épaules du chef du gouvernement britannique Gordon Brown pour organiser à son tour un référendum. Une consultation qui pourraient définitivement enterrer le traité.

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  • siko
    siko répond à Commandant Bubulle
    capitaliste révolutionnaire
    • Posté à 15h36 le 13/06/2008
    • Internaute 38962
      capitaliste révolutionnaire

    Bonjour,
    C’est une simple question juridique : le traité doit être ratifié par l’intégralité des parties signataires (Etats membres) pour pouvoir entrer en vigueur. Si l’un des signataires ne ratifie pas (car la procédure est en deux temps : signature par les Etats membres à Lisbonne en décembre dernier, ratification dans les Etats membres selon les modalités nationales en vigueur - référendum ou approbation parlementaire), le texte ne peut être appliqué.
    Voilà.
    Concernant le Traité de Maastricht : l’opposition danoise s’était concentrée sur des points extrêmement précis du texte (titre IV du TUE sur la politique d’asile, visa, immigration ; titre VI du TUE sur la coopération judiciaire et policière en matière civile et pénale). Ces dispositions, très techniques, pouvaient faire l’objet facilement d’un opt-out (concrètement, l’ajout d’un protocole en annexe du traité spécifiant quelles dispositions du traité ne s’appliqueront pas à l’Etat membre « contestataire »). En revanche, si l’opposition dans un pays est plus diffuse, et plus globale (par exemple, si les citoyens sont contre la construction communautaire dans son ensemble), l’opt-out n’est pas possible, bien sûr. On imagine mal un protocole indiquant que l’Irlande ne fait pas partie de la Commission et du Conseil !

  • marie 75
    marie 75 répond à C. Creseveur
    • Posté à 15h45 le 13/06/2008
    • Internaute 3563

    Déclaration d’Olivier Besancenot :

    100 % des peuples consultés ont voté non au référendum sur la ratification du traité de Lisbonne ! Le verdict vient de tomber : les irlandais shootent Sarkozy et son traité de Lisbonne. Une fois de plus, la construction européenne se fait recaler quand les peuples sont consultés. Cela devrait faire réfléchir la jet-society politique européenne et le patronat international. Le breuvage libéral est imbuvable pour les peuples car il signifie destruction de tous les droits sociaux et alignement par le bas de la législation européenne. Un exemple récent vient le démontrer : la directive qui déréglemente totalement le temps de travail, rendant possible des semaines à 60 heures, voire 65 heures ! Comme il fallait respecter le non français et néerlandais, il faut respecter le non irlandais. Après le TCE, le traité de Lisbonne devient caduc. Personne ne fera l’économie d’un grand débat à mener avec les populations sur quelle Europe construire. Ce débat doit mener à l’élection d’une assemblée constituante, élue sur la base d’une proportionnelle intégrale. Pour la LCR et les organisations de la gauche radicale en Europe, il est clair que cette Europe doit être sociale, démocratique, féministe, écologique. Ceci implique un nouveau partage des richesses redonnant aux salariés ce qui leur a été volé pendant des décennies, et dans l’immédiat un SMIC européen à hauteur de 1500 euros net. Le 13 juin 2008. cf marianne