Explicateur

Ecoutes téléphoniques: les confessions d'un barbouze

Patrick Baptendier raconte ses « missions de surveillance », ou comment les écoutes se pratiquent toujours plus en France.

A la Bourse des métaux Londres (Russell Boyce/Reuters).

Olivier Besancenot en est le récent exemple, les cibles des officines de sécurité privée se multiplient ces derniers temps dans la sphère publique. Et dans l'« affaire Bernard Thibault », où l'on soupçonne une tentative d'écoute, une enquête est ouverte. On pensait ces pratiques de surveillance bannies depuis l'affaire des écoutes de l'Elysée. En réalité, elles se banalisent, en s'externalisant. Témoignage avec un ancien pro de la filoche.

Judiciaires ou administratives, les écoutes légales en France

Depuis le scandale des écoutes de l'Elysée, le secteur est -en apparence- bien réglementé. D'abord les écoutes ordonnées par un juge, dans un cadre pénal, avec commission rogatoire : ce sont les plus surveillées. On en dénombre un peu plus de 20  000 par an. Concrètement, jusqu'à maintenant, les policiers devaient faxer aux opérateurs le numéro de téléphone à intercepter. Un service facturé 700 euros par mois.

La facture des frais de justice ayant explosé à partir de 2002 (elle atteint 487 millions d'euros en 2005), les pouvoirs publics décident de créer une plateforme intégrée à la nouvelle DCRI, direction centrale du renseignement intérieur. Elle doit permettre d'intercepter tout type de messages, à moindres frais et en temps réel. Mais la mise en route de ce dispositif a pris du retard.

Deuxième catégorie, les écoutes administratives. En théorie, elles sont tout aussi surveillées que les écoutes judiciaires. Autorisées par le Premier ministre, elles sont vérifiées par la Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité (CNCIS). En 2007, le rapport de la CNCIS évoque le chiffre de 6000 interceptions de sécurité.

« 6065 interceptions de sécurité ont été sollicitées en 2007 (4215 interceptions initiales et 1850 renouvellements). Le caractère inchangé du contingent depuis juin 2005 explique cette quasi-stabilité par rapport à 2006.

S’agissant des interceptions initiales, 964 de ces 4215 demandes ont été présentées selon la procédure dite d’urgence absolue soit 23% de ces demandes (17% en 2006). »

200  000 écoutes sauvages par des amateurs ou des pros chaque année

Par définition, cette dernière catégorie est impossible à chiffrer précisément. Compte tenu de l'explosion de l'activité des sociétés d'intelligence économique, il est permis de penser qu'elles sont de plus en plus nombreuses. Certaines estimations avancent le chiffre de 200  000 écoutes sauvages pratiquées chaque année par des amateurs ou des professionnels.

D'après Patrick Baptendier, ex-gendarme, ex-agent de recherche privé, ces écoutes sont pourtant délicates à réaliser car très onéreuses. Revenant d'abord sur « l'affaire Bernard Thibault », il juge que seules de petites officines peuvent se permettre ce genre de surveillance (si c'est bien de surveillance qu'il s'agit). (Voir la vidéo)



Au royaume des officines privées, l'hypocrisie règne

Dominé par quelques mastodontes, l'intelligence économique abrite aussi une myriade de micro-sociétés qui récupère le sale boulot. Là où les majors anglo-saxonnes -Kroll- ou françaises -Geos, CEIS, Atlantic…- se présentent officiellement sous le meilleur jour, en réalité, elles sous-traitent systématiquement les demandes les plus inavouables.

Au minimum, les officines dirigées par d'anciens policiers, gendarmes ou agents des services de renseignement, se mettent en relation avec leurs collègues encore en activité. La « tricoche » (pratique de monnayer les informations issues des fichiers de la police) se négocie sous le manteau entre 300 et 1000 euros, selon l'intérêt de l'information et la difficulté à y accéder.

Parfois, cela va beaucoup plus loin. Dans son livre témoignage, Patrick Baptendier raconte la mission « Enzo ». Ou comment, en novembre 2005, Laurence Parisot, présidente du Medef, mais alors aussi PDG d'Optimum SA qui « soupçonne des vols de matériel au sein de son entreprise », fait mandater Kroll pour mener une mission de surveillance. Kroll se retourne alors vers le « barbouze », comme il se qualifie. (Voir la vidéo)



Après trois jours de planque, les limiers de Patrick Baptendier feront choux blanc.

Face au milieu, une DST très à l'écoute

Depuis le début des années 2000, la Direction de la surveillance du territoire (DST) s'intéresse de très près au milieu des officines. En commençant par ses plus gros acteurs : le groupe américain Kroll, soupçonné d'être le cheval de Troie de la CIA en Europe, puis les quelques sociétés françaises qui prennent du galon, grâce aux espions retraités.

Au printemps 2003, jeune retraité de la gendarmerie, Baptendier est tamponné par le contre-espionnage. Le marché est clair : vous nous renseignez sur Kroll et ses clients, on vous fournit de l'info, gratuitement. Un deal gagnant-gagnant. Le manège durera deux ans, jusqu'à ce que la justice s'en mêle. (Voir la vidéo)



Aujourd'hui, Patrick Baptendier attend son procès pour « corruptions, recel de corruptions, complicités de violations de fichiers automatisés », après avoir passé plus de quatre mois derrière les barreaux. La DST ne le connaît plus. Il risque cinq ans de prison.

Allez-y, on vous couvre ! Un barbouze au service de l'Etat - de Patrick Baptendier - éd. Panama - 15€.


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Par Servais-Jean
00H58    13/06/2008

Il ne devait pas savoir que le mot couvrir avait plusieurs sens suivant qu’il est employé par une profession ou par une autre.
Un journaliste couvre un événement, un charpentier-couvreur couvre une maison et un agent de la DST qui n’est ni journaliste ni couvreur n’a aucun sens à donner à ce mot et donc l’emploi à tord et à travers.

Comme quoi le sens des mots à son importance.

La revanche de l’Académie Française.

 
Par jcs03
03H19    13/06/2008

« se couvrir », n’est ce pas ce que fait Patrick Baptendier en proposant son livre.
1/ Pub
2/ rendre médiatique et public son affaire.
3/ payer les frais de son procès par les retombées de son bouquin, au titre racoleur.
L’ironie de l’histoire est que le métier de  » barbouze » s’il ce doit discret et rémunérateur ( quand tout va bien ! ), tourne vite au déballage voir menace de citer des noms des affaires quand on se fait prendre la main dans le sac.( SAC c’est pas le nom d’une asso pas très catholique qui avait …)
Les procédés employés ne semblaient pas trop le déranger avant, peut être même qu’il se voyait dans la peau du nouveau 007, ha! égo quand tu nous tiens…
T’as voulu jouer Pat, et t’as perdu !!!! faut assumer.

Je ne me sens pas plein de compassion pour ce genre de personnage,si l’activité existera toujours les dérives sont trop nombreuses…
nous subissons déjà le fait d’être dans des fichiers + ou - légaux. Nous sommes décortiqués sur nos pratiques de surf sur internet, filmés dans les nos villes, flashés sur les routes !!!! et j’en passe
Alors moi aussi je vais me couvrir, vu l’heure je retourne me coucher.

 
Par MAGENTA
07H44    13/06/2008

Les Barbouzes ,vulgairement appelés Agents de Renseignements
 Audiard

 
Par Anthropia
11H01    13/06/2008

Aux States, ça fait le Watergate, les histoires de barbouzes, ici, ça fait quelques papiers dans le meilleur des cas.

Notre système d’indignation possède une ligne de flottaison très, très haute, on ne bouge pas.

Un syndicaliste national se fait espionner en pleines négociations, cela devrait remuer au-delà de l’anecdote du garage, mais non, cela ne suscite rien de plus.

Et si on dévouvre demain que cela venait de proches du gouvernement ou de l’UIMM, cela ne bougera pas.

Voyons l’affaire Taser pour Besançenot. Pas d’incrimination que je sache. Et pourtant l’analyse des comptes personnels, ça fait des liens internets, on sait tracer ça.

Les cambriolages chez Ségo et sa conseillère n’ont pas donné de suites.

http://anthropia.blogg.org

 
Par FabiendeMénilmontant
13H11    13/06/2008

Pourquoi parler de BT et de la CGT ?
http://tf1.lci.fr/infos/france/faits-divers/0„3876073,00-bernard-thibau…
depuis quand un tournevis suffit-il à écouter quelqu’un ? l’information est ouverte pour violation de domicile !

Pour celles et ceux qui veulent la version Le Monde, qui elle fait davantage le rapprochement avec Moigne, elle est accessible ici :
http://menilmontant.noosblog.fr/mon_weblog/2008/06/la-dst-mise-en.html
et n’est pas dénuée de fondement (je n’ai pas mis, volontairement, une écoute de quatre minutes sur divers prix… mais s’il y a des demandeurs, j’envoie).

 
Par Espion retraité
14H57    13/06/2008

1/ Les glandus qui s’insurgent d’une éventuelle violation de leur vie privée, c’est la seule façon qu’ils ont de donner de l’importance à leur misérable existence.
2/ Ceux qui n’ont rien à cacher se foutent d’être lus, écoutés, visionnés.
3/ Ceux qui ont des responsabilités (politiques, sociales, économiques, journalistiques, …) savent parfaitement qu’à un moment ou un autre, ils sont susceptibles d’être surveillés. Et ils en tiennent compte. Sinon, c’est de l’inconscience ou de l’irresponsabilité.

Alors, ce débat, c’est juste une opération de marketing pour la sortie d’un bouquin ; à laquelle nous donnons une importance qu’elle n’a que pour l’auteur et son éditeur.