L'edito

Quand Bernard Kouchner apporte sa contribution au « non » irlandais

Bernard Kouchner a beau être ministre des Affaires étrangères, il n'est assurément pas diplomate. Sa sortie à la veille du référendum irlandais de jeudi sur le traité européen aura finalement été le meilleur argument des partisans du « non ».

En laissant entendre que les Irlandais devaient voter « oui », ne serait-ce que par reconnaissance envers une Europe qui les a beaucoup aidés, il a fait preuve de cette arrogance bien française qui passe souvent si mal. Que répondraient les Français si on leur disait que les subventions de Bruxelles annulaient leur liberté de choix ? Et comme si ce n'était pas suffisant, le chef de la non-diplomatie française a ajouté qu'en cas d'issue négative au référendum, il faudrait faire revoter les Irlandais, faisant peu de cas de leur opinion.

D'autant que le ministre des Affaires étrangères est manifestement sourd à ce qui se menace de se produire en Irlande. Ce petit pays de 4 millions d'habitants est le seul des 27 membres de l'Union européenne que sa constitution oblige à faire approuver le traité par référendum. Les autres, comme la France, ont choisi la prudence et donc la voie parlementaire. Mercredi encore, la Finlande et l'Estonie ont ratifié ce traité, portant à 18 le nombre de pays à l'avoir fait.

Mais si le seul peuple européen à avoir la parole directement disait « non », cela déclencherait une crise majeure au sein de l'Union. Mais, surtout, ne faudrait-il pas s'interroger sur ce qui, trois ans après les Français et les Néerlandais, pousse les Européens à s'opposer à la construction institutionnelle chaque fois qu'ils le peuvent ? Tout se passe en effet comme si les leçons de 2005 n'avaient pas été retenues, et que les mêmes causes risquaient de provoquer, en Irlande cette fois, les mêmes effets. Les mêmes causes, c'est-à-dire un traité incompréhensible et en tout cas mal expliqué, des institutions illisibles, et un déficit démocratique évident. Et, pour un petit pays comme l'Irlande, la crainte de disparaître dans un vaste ensemble technocratique. Tout cela s'exprime de manière confuse, parfois incohérente, mais le trouble est bien là.

Si le « oui » est vainqueur ce jeudi, les dirigeants européens estimeront que la raison l'a emporté, et passeront à autre chose. Ils auraient tort, car ce problème continuera à se poser à une construction européenne qui a perdu en route les peuples qu'elle est censée servir. On peut être en faveur de la construction européenne et trouver qu'elle doit renouer le contact avec les citoyens - sous peine de voir ressurgir, à la première occasion, cette défiance populaire.

Si c'est le « non », c'est Nicolas Sarkozy qui se trouvera en première ligne. D'abord parce qu'il a été porteur de ce traité dès la campagne électorale. Mais surtout parce qu'il assume, dès le premier juillet, la présidence tournante de l'Europe. C'est lui qui devra faire face à la crise que déclencherait le refus des Irlandais.

Dans les deux cas, la France ne devrait pas sous-estimer le message de doute provenant d'un pays qui est l'une des plus belles réussites de l'histoire récente de l'Europe. Un message qui mérite mieux que les rodomontades du ministre des Affaires étrangères.

Pierre Haski

► A lire aussi : Europe : cinq questions sur le référendum irlandais par Pascal Riché.

► Edito diffusé jeudi 12 juin sur Europe1. Retrouvez l'édito de Pierre Haski tous les mardi et jeudi à 7h42 sur Europe1, et en podcast en cliquant ici.

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2 commentaires sélectionnés

Portrait de screugneugneux

De screugneugneux

râleur-NRV | 13H03 | 12/06/2008 | Permalien

Je pense, ( mais c'est un peu complex quand même) qu'on s'est tous fait avoir quand on a dit « oui » à maastritch, à l'époque j'étais un peu jeune, je « sentais » que globalement j'étais pas d'accord, mais sans pouvoir réelement argumenter.
Tous au tour de moi ( les « adultes ») m'expliquaient qu'il fallait voter « oui » pour tout un tas bonnes raisons….
L'Europe était sans doute innéluctable, mais quelle europe ? ? ? ? ? par manque de vigilence je crois que c'est ce jour là qu'on s'est fait eu, et maintenant les jeux sont faits, on nous sert une pseudo démarche démocratique à la manière d'un theâtre de marionnettes…

Portrait de Gosseyn

De Gosseyn

14H23 | 12/06/2008 | Permalien

On commet la même erreur quand 2004.
Un texte trop technocratique et dénué de symbole fort politique et démocratique qui va être rejeté par les urnes sous les cousp d'une opposition diverse et hétérogène.
Seul un véritable référendum européen peut redonner une légitimité politique. Les « ouistes » néglige trop la puissance des symboles, particulièrement en ce sui concerne le fonctionnement démocratique.
Faire voter les citoyens, d'une part, et les faire voter le même jour, d'autre part, serait plus efficace.
Ensuite, respecter le verdict des urnes
Et pourquoi pas, des élections européennes accouchant d'une constituante. Un texte issu d'une assemblée de représentants des citoyens européens est le seul qui pourrait avoir une légitimité.

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