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Militer ou faire la fête, faut-il choisir?

Une action de Jeudi noir devant le ministère du Logement.

Pour sensibiliser les gens et toucher un public plus large, les associations ont souvent recours à l'organisation d'événements. Du concert au gala en passant par les happenings, nombreux sont les moyens pour attirer l'attention et faire passer un message. Mais est-ce vraiment efficace ? Le message n'est-il pas relégué au second plan, voire oublié ? « Toucher un autre public »

Le but premier des événements organisés pour soutenir une cause, c'est réussir à sensibiliser le public. Tanguy Veret est étudiant en quatrième année de médecine et a fait partie de l'équipe coordinatrice d'une campagne nationale de sensibilisation contre le paludisme menée par des assos d'étudiants en médecine dans dix-neuf villes de France.

Dans le cadre de cette mobilisation, des concerts de soutien ont eu lieu en avril à Paris :

« Organiser ces concerts avait plusieurs objectifs. D'abord faire parler de l'événement et donc promouvoir la lutte contre le paludisme. Un événement culturel, s'il est visible, permet de faire parler de la cause.

“L'autre but était de sensibiliser un public différent de celui qu'on touche dans la rue car les gens qui viennent au concert ne sont pas forcément ceux qui s'arrêtent à un stand de sensibilisation.”

Sabine, 24 ans, est en première année de doctorat de Sciences de l'éducation à l'université du Mirail de Toulouse. Depuis cinq ans, elle fait partie de Jules et Julies, association des jeunes gays, lesbiennes, bi, trans et gay-friendly de Toulouse. Elle participe aux soirées organisées par l'asso, “un bon moyen de faire connaître l'asso, et de toucher des personnes qui ne la connaissent pas” :

“J'ai vraiment voulu m'investir pour lutter contre l'homophobie car il est important que notre message soit porté au-delà du monde homo. Pour sensibiliser les gens, nous préférons des manifestations ponctuelles telles que la journée de prévention contre le sida (1er décembre) ou de lutte contre l'homophobie (17 mai).

‘Les soirées (déguisées, soirées facteur…) sont surtout l'occasion pour des gens qui n'osent pas trop venir nous voir aux permanences de nous rencontrer dans un cadre plus festif.’

Mais, au milieu des concerts et autres fêtes, le message arrive-t-il à passer ? Sabine en convient, pendant les soirées, la lutte contre les discriminations et la prévention contre les MST sont mises au second plan, ‘mais nous sommes toujours disponibles pour les gens qui veulent nous poser des questions sur nos actions’.

Les étudiants en médecine, de leur côté, se sont mis en quatre pour sensibiliser leur public avec des stands d'info sur le paludisme, des quizz, des panneaux explicatifs, et autres dépliants et badges, Tanguy reconnaît les limites de l'opération :

‘Les gens viennent à ces concerts d'abord pour la musique et les groupes. La cause défendue n'intervient que très peu, voire pas du tout, mais peut-être que les motivations des gens qui sont venus dépendent en partie de la communication faite autour des concerts.’

‘Trouver quelque chose d'original, qui plait aux journalistes’

La communication autour de l'événement est en effet parfois presque aussi importante que l'événement lui-même. C'est l'idée de Philippe, qui, en 1997, a fondé Avis, association végétarienne & végétalienne d'information. Outre les conférences et stands d'information, Avis organise un concert par an pour sensibiliser le public mais aussi les personnes qui voient le nombre impressionnant d'affiches dans la rue :

‘Les gens voient forcément les affiches en ville ou dans les facs, et même s'ils ne viennent pas au concert, ils savent que quelque chose se passe sur Toulouse dans la lutte pour les droits des animaux.’

Certains vont plus loin dans la médiatisation, au moyen de happenings et d'actions coup-de-poing relayés par les médias. Jeudi noir, ‘le collectif des galériens du logement’ est passé maître dans l'art du happening à résonance médiatique. De la création du ministère de la Crise du logement aux réquisitions d'appartements, en passant par les manifs choc, le collectif fait parler de lui par tous les moyens.

Le 13 février, Jeudi noir faisait ‘le tapin devant chez Mme Boutin’ pour mettre en lumière une fois de plus la galère des étudiants et des jeunes pour se loger, et surtout, dénoncer les pratiques de propriétaires peu scrupuleux qui proposent leurs loyers contre des « services en nature ». (Voir la vidéo.)



Le collectif explique que ‘pour être diffusé, il faut trouver quelque chose d'original, qui plait aux journalistes’. Et ça marche :

‘Du point de vue médiatique, le message passe super bien car les médias relaient autant notre action que notre message. Du point de vue politique, c'est zéro… Mais on s'y attendait, notre but n'est pas de faire pression sur les politiques, plutôt de faire passer notre message dans l'opinion.’

Réunir de l'argent… ou pas

En dernier lieu, il y a l'aspect financier. Surprise : c'est loin d'être le plus important. Ce que confirme Tanguy :

‘Le dernier objectif des concerts de lutte contre le paludisme était de récolter des fonds que nous reversons intégralement à nos partenaires investis dans la lutte contre le paludisme (l'Institut Pasteur, Médecin sans frontière, Aide médicale Internationale, Plan France).

« Mais faire parler de la lutte contre le paludisme et toucher un nouveau public étaient plus importants à nos yeux que la récolte de fonds. »

Pour Philippe de l'association Avis, une programmation musicale avant tout une occasion de « joindre l'utile à l'agréable », car la portée de concerts hardcore est limitée, du fait du style des groupes qui ne touche qu'une minorité de gens :

« De plus, ce message, le végétarisme et le droit des animaux, est assez commun dans le milieu hardcore, le public est donc assez ouvert et réceptif. »

Alors même si l'association prêche parfois des convertis, elle « apporte un plus en motivant ceux qui hésiteraient à franchir le pas ou ceux qui se lasseraient ». Les concerts tiennent alors davantage du soutien moral que financier :

“« Les bénéfices du concert de l'an dernier étaient insignifiants, de l'ordre de 80€. Les concerts sont plutôt là pour militer tout en se faisant plaisir…”

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marie 75
16H55 12/06/2008

Militez et ensuite … faites la fête.
Mais … militez d’abord!
Et d’ailleurs, militer est une fête.
Dans les manifs, les jeunes sont de plus en plus nombreux…
Et dans leur cortège … c’est la fête.

 
Sexus Empiricus
22H01 12/06/2008

La question de l’article: Militer ou faire la fête, faut-il choisir? est très bonne, Marie, - une vraie question.

Marie 75, vous êtes à l’évidence une militante: non contente de « militer d’abord » - pourquoi pas, si vous le concevez ainsi - vous employez tout de même spontanément l’impératif: militez d’abord, et à ce signe infime - presque insigne -, je crois qu’on reconnaît souvent les militants. C’est la rhétorique militaire de l’ordre, quasi pur, et toujours dur.

Si militer est une fête, comme vous dites justement, ceux qui ne sont pas des militants du bec et des ongles apprécieront toujours que ce ne soit pas une fête militaire, avec défilé, mots d’ordre, marche au pas cadencé, slogan à la Full metal jacket, et tout le cortège…

Comment ne pas songer ici à la préface de l’édition américaine du grand livre de Deleuze & Guattari (Capitalisme et schizophrénie) faite par Foucault en 1977?
Foucault présentait ce livre - festif et militant - comme une intoduction, non pas à la vie dévote, mais à l’action non fasciste dans la vie quotidienne. Et de résumer les principales propositions de ce manuel de lutte contre les pouvoirs de la façon suivante:
« – libérez l’action politique de toute forme de paranoïa unitaire et totalisante ;
– faites croître l’action, la pensée et les désirs par prolifération, juxtaposition et disjonction, plutôt que par subdivision et hiérarchie pyramidale ;
– affranchissez-vous des vieilles catégories du Négatif (la loi, la limite, la castration, le manque, la lacune), que la pensée occidentale a si longtemps sacralisé comme forme du pouvoir et mode d’accès à la réalité. Préférez ce qui est positif et multiple, la différence à l’uniformité, les flux aux unités, les agencements mobiles aux systèmes. Considérez que ce qui est productif n’est pas sédentaire mais nomade ;
– n’imaginez pas qu’il faille être triste pour être militant, même si la chose qu’on combat est abominable. C’est le lien du désir à la réalité (et non sa fuite dans les formes de la représentation) qui possède une force révolutionnaire ;
– n’utilisez pas la pensée pour donner à une pratique politique une valeur de vérité ; ni l’action pour discréditer une pensée, comme si elle n’était que pure spéculation. Utilisez la pratique politique comme un intensificateur de la pensée, et l’analyse comme un multiplicateur des formes et des domaines d’intervention de l’action politique ;
– n’exigez pas de la politique qu’elle rétablisse les «droits» de l’individu tels que la philosophie les a définis. L’individu est le produit du pouvoir. Ce qu’il faut, c’est «désindividualiser» par la multiplication et le déplacement les divers agencements. Le groupe ne doit pas être le lien organique qui unit les individus hiérarchisés, mais un constant générateur de «désindividualisation»;
– ne tombez pas amoureux du pouvoir.»

S’il ne fallait en retenir qu’une seule, pour répondre à la question, on pourrait très bien retenir celle-ci: ne pas s’imaginer qu’il faille être triste pour être militant, même si la chose qu’on combat est abominable, car les passions tristes du militant gris, consciencieux, vertueux, hhhindigné… ne produisent que des monstres.

 
Révolutiona | Hawwah
00H08 13/06/2008

Pensée toujours aussi « puissante », Monsieur Sexus Empiricus !

« Lutte contre les pouvoirs », mais n’est-ce pas pour le prendre à son tour, et à son tour, se faire piéger par les promesses faites alentour pour le conquérir ce pouvoir.

« Militer » a un sens pour ceux de la base ; ceux du sommet de la pyramide doivent toujours faire des concessions et la limite de la compromission n’est jamais loin !

******

« Ne tombez pas amoureux du pouvoir » : il est des individus qui sont nés pour être chefs, et heureusement, tous n’y sont pas destinés… mais il y a des usuparteurs des tyrans !

******

Pourquoi « militants » = « monstres » ? En reste-il encore beaucoup, à part Marie, qui semble être convaincue et en plus « active » ?

 
vieux grincheux | libre penseur
05H05 13/06/2008

Sans oublier « Femmes, magie et politique » de notre bien-aimée Starhawk…
http://fr.wikipedia.org/wiki/Starhawk

Au vu de l’ incertitude posée par la mecanique quantique
ne conviendrait-il pas de s’ interroger sur la représentation du monde sujet/objet de Platon et Aristote?

Car, à force de se convaincre qu’ il a le « pouvoir sur » le monde au lieu d’ agir par le « pouvoir avec », l’ « homo occidentalus » peut-il encore comprendre la pensée des peuples qu’ il a décimés au nom de dieux d’ amour et de visions totalitaires dont on voit les résultats sur notre environnement aujourd’hui, cf la réponse de Seattle au président des Etats Unis qui lui demandait de vendre « sa » terre…

Votre dévoué Vieux Grincheux

 
monika | ex secrétaire médicale
12H24 13/06/2008

D’accord avec toi Marie. J’ai assisté une fois à une fête organisée par un certain parti auquel j’adhère. Lorsque le député représentatif de ce parti a pris la parole en début de soirée, personne ne l’écoutait, c’était le brouhaha complet, je me suis fâchée et j’ai crié « chut » dans la salle. Aucune répercussion, toujours autant de chahut, pas de respect pour le député. En fait une bonne partie de ces gens (mais pas tous, heureusement) était venu faire la fête, sans plus ! De ce fait je n’ai plus assisté à ce genre de manifestation.

 
Nogreps
17H06 12/06/2008

Le fait de manifester festivement pour une cause peut se révéler inefficace. Cette inefficacité est justement causée par le caractère festif de l’évènement ; il peut paraître indécent de faire la fête face à des sujets si grave. En effet, ceux qui souffrent de la misère préfèreraient que les manifestants les aidassent. En revanche, le fait que les gens trinquent en leur honneur ne les intéressent guère.

L’echec de la nuit blanche pour le logement du 21 février 2008 témoigne des limites de ce genre d’évènement festif.
En effet, il était prévu que de nombreuses personnes se rassembleraient le 21 février 2008 sur la Place de la République pour une nuit blanche destinée à interpeller les pouvoirs publics sur la necessité de définir une politique publique pour le logement. Or, quand les manifestants commencèrent à sortir le champagne, de nombreux sans domicile fixe quittèrent la Place de la République car ils étaient dégoutés de la tournure festive de l’évènement.

 
Numerosix | Prisonnier dans le village global
18H12 12/06/2008

Ca c’est bien vrai . Quel tristesse , ce soir la , place de la Republique . Bien que « avec domicile fixe » Je suis vite parti ,je ne reproche rien à personne, mais ca m’ a mis completement mal à l’ aise ..

 
Ga | Dessineux
17H56 12/06/2008

 
le pillier du 59 | ( pillier actif et gourmand)
17H57 12/06/2008

les gens fuient la manif traditionelle alors cassons le monopole de l’oraganisation la sinistrose sous la pluie encadre par toutes les organisations syndicales qui s accrochent a leurs prérogatives est revolue
Festoyez pour la cause

 
anti_cons
18H15 12/06/2008

Nulle la photo qui illustre l’article…

 
Révolutiona | Hawwah
21H39 12/06/2008

Pourquoi, vous n’aimez pas les plumes roses ?

 
Phil2922 | Retraite invalidité
18H22 12/06/2008

Oui on peut militer en faisant la fête. Le militantisme ne doit plus être perçu comme quelque-chose de triste, de rébarbatif. Pour changer des traditionnels défilés syndicaux, remettons au goût du jour des opérations coup de poing (sans violence), des soirées déguisées pour faire venir des jeunes et aussi les sensibiliser aux Assocs, syndicats qui font des choses intéressntes.

Pour revenir aux « opérations coup de poing » populaires auprès des gens, il peut y avoir opération péage gratuit, entrée gratuite pour un spectacle. Attention, ne jamais oublier d’être nombreux et avec des tracts résumant le pourquoi de l’action en cours…!

http://phil195829.overblog.com

 
F.A.T. | licencié en économie et sociologie
18H57 12/06/2008

Militer je connais. Je suis jeune mais j’ai déjà quelques luttes à mon actif avec des victoires (CPE) et des défaites (LRU). A chaque mouvement se posait la même question. Comment faire connaître notre mouvement au-delà du « on est pas content » « on est pas d’accord » relayé par les médias radio et télé (il y a généralement plus de fond dans la presse écrite mais cela ne touche malheureusement qu’une petite minorité face aux JT par exemple).

La diffusion de l’existence d’un mouvement et de ses raisons profonde est essentielle afin de faire basculer l’opinion de la majorité (et oui en démocratie c’est normalement la majorité qui gouverne). Cela n’est pas toujours facile comme on l’a vu avec le mouvement anti LRU où coexistait à la fois l’occupation des locaux d’un nombre important d’université et de l’autre un message média disant que le mouvement était fini.

Il y a aujourd’hui une vraie difficulté à obtenir un temps de parole auprès des médias et les mouvements festifs ou spectaculaire en sont un bon moyen mais comment assumer le traitement qui est fait des raisons et des motivations profondes qui animent ceux qui luttent pour quelque chose qui leur tient à cœur (et oui lutter contre le CPE ça peut aussi ce formuler en disant on lutte pour le droit à la stabilité et à la sécurité de l’emploi, réponse à ceux qui disent « vous de toute façon vous êtes toujours contre»). Quand un JT va consacrer une minute à un thème il va forcément réduire, simplifier, voir caricaturer (sans aborder ici la question de l’objectivité des journalistes) et il est fort probable qu’on ne se reconnaisse plus dans le sujet final. Faire parler de son engagement au mépris de ce qui lui donne son sens ou ne pas perdre le sens mais perdre toute efficacité ? Cruel dilemme qui interroge quand même sur ce que sont les médias aujourd’hui.

Une autre question qui m’occupe aussi beaucoup sur ce thème c’est celle de la légitimité de l’action et de sa priorité. Comment faire passer l’écologie avant la faim dans le monde mais comment ne pas préserver la planète alors qu’on sait que les dégâts sont pour la plupart irrémédiable ? Les exemples ne manquent pas et peuvent nous conduire soit à nous engager pour tout ce qui est épuisant, à ne plus nous engager du tout par refus de choisir où bien à choisir en étant mal à l’aise.

 
skalpa | actif et militant ?
20H28 12/06/2008

A priori, je répondrais oui…
mais, un doute s’installe lorsque je repense à avril 2002, à Nantes, place Royale, le lendemain du 21 avril…
Des centaines de personnes squattaient la place, quelques djumbés sont tapés, une ambiance festive a l’air de planer..

Là, une grosse berline avec deux mecs dedans, tout à fait le style à avoir ce genre de bagnole, m’interpellent ironiquement:
« Vous fêtez quoi, là? »
Et c’est clair qu’à ce moment précis, je n’avais pas le coeur à la fête…
Une semaine plus tard, une fête en tant que telle était organisée et elle avait sa place!

Je pense qu’on peut faire la fête pour militer ou militer en faisant la fête mais tout dépend de l’objectif qu’on se fixe et qui ou quoi on veut toucher!

« Alors assez de l’antiracisme bon enfant des jours de fête
Régularisation immédiate de tous les sans-papiers »
11m30 contre les lois racistes

Car la meilleure fête, c’est quand même la victoire, non!
Mais comme elle est rare, des fois faut pas se priver…

http://kprodukt.blogspot.com

Ps: habitant en normandie depuis 4 ans, je donne maintenant une réponse de normand!!

 
Révolutiona | Hawwah
22H14 12/06/2008

Même si ce mouvement a énormément évolué, je suis Fan des Restos du Coeur : toujours décalé, quand après la soirée des Enfoirés, un documentaire nous plonge dans la réalité sordide du quotidien des Exclus…

Mais les Artistes y mettent tellement de bon coeur, qu’il n’y a pas de mal à se faire du bien !

Il paraîtrait maintenant qu’ils se feraient payer, mais je crois qu’ils sont sincères dans leur démarche : il faut bien qu’ils paient aussi leurs impôts !

Coluche, tu nous manques tant !

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sorry | panseuse
22H26 12/06/2008

Je suis d’accord avec Marie, militer, militer, militer, et dans la bonne humeur ! Montrer que défendre des causes difficiles, mais qui nous paraissent justes, peut-être fait de façon festive, car les idées passent mieux avec sourires et éclats de rire.

 
PhiPoePsy | Etudiant à Strasbourg
22H41 12/06/2008

Pour moi, le happening reste l’essence du militantisme dans le sens où la réduction (ou la déconstruction) médiatique y est plus difficile et plus rare… A plus grande échelle, comme l’illustrent les citations de Sexus Empiricus (de Deleuze et Guattari), il apparaît plus « positif » de manifester de manière festive (tout en gardant le souci de respecter la cause défendue, bien sur), variée, originale, donnant la parole à un maximum de gens…

Après, cela dépend aussi des cultures et de ceux ou de ce que l’on veut souligner publiquement… Par exemple, l’hommage funéraire peut être une minute de recueillement ou une minute d’applaudissements, l’enterrement peut être sobre ou déluré, les marches peuvent être silencieuses ou bruyantes, la stratégie peut être un mouvement de foule (unie) ou un éclatement de différents groupes (chacun sa mission), etc.

Autre question -implicite à l’article- : le but du militantisme doit-il être l’efficacité ?

 
www.laguerredesmots.com-yannick | pays de gex
08H34 13/06/2008

La télévision pourrait être utilisée pour éduquer la masse, transmettre des valeurs nobles ( qui, certes, restent à définir ) et aider les gens à résoudre les problèmes de leur vie quotidienne. Militants, donc, je vous propose d’assasiner la télévision pour faire grossir vos rangs :

Arrêtez de regarder la télé, éduquez vous plutôt, la jeunesse de ce pays est vouée à la stupidité. Je vous demande à tous de m’aider à utiliser leurs techniques de propagande pour manipuler l’ôpinion publique et lui faire rejeter la télévision.

Comment s’y prendre ? Il faut d’abord créer une image négative de la télévision et de ce qu’elle représente. Ensuite il faut propager cette image. Puis il faut interroger ceux qui regardent toujours la télévision et savoir pourquoi l’image créée ne les a pas rebutés.

Je parie que la plupart vous répondront soit : je n’ai rien d’autre à faire

Ou : J’aime bien me détendre et penser à rien quand je rentre.

Donc : Il faut promouvoir les activités alternatives pour occuper leur temps ( travailler plus, non je rigole ) comme les bienfaits de la médiation, lecture d’un bouquin, etc…

Et à partir de là, on regarde ce que ça donne.

Il est fort possible que je poste ce commentaire sur plusieurs sujets.

 
Monique 91 | ( retraitée )
09H06 13/06/2008

Militer et faire la fête ne sont pas antinomiques…prenez l’exemple de la « fête de l’huma » à la Courneuve ou de LO : ces fêtes attirent un large public qui vient, bien sûr pour voir les spectacles.. mais les militants jouent aussi leur rôle. Ces militants qui font des conférences, distribuent des tracts, arrivent à sensibiliser les participants sur tous les sujets d’actualité..

De toutes les façons, aujourd’hui, pour se faire entendre, on doit préparer des « coups médiatiques » si on veut que les médias en parlent…
Voyez comment les télés diffusent les informations : il faut, d’abord, attendre plusieusrs jours avant qu’elles ne parlent d’une grève.. ou souvent même, on apprend qu’il y avait une grève après le conflit..Et, malheureusement trop souvent, elles ne donnent presque jamais les raisons qui poussent les salariés à faire grève.. ( c’est souvent le cas pour les enseignants )

Par contre, regardez l’écho qu’elles donnent aux mouvements des paysans, des routiers qui bloquent les routes… l’écho qu’elles donnent aux grèves de la SNCF : là, cest pour insister sur la « galère des usagers "pris en otages " ( ils ont réussi à imposer ce mot ! ) si ce n’est pas de  »bourrage de crânes », qu’est-ce que c’est ?

Donc, MILITER, MANIFESTERORGANISER DES FETES, il faut utiliser tous ces moyens ( et aujourd’hui, encore plus ) pour montrer que la « France d’en bas » va mal »et que la colère monte …
Nous devons être très très.. nombreux dans les manifestations du 17 juin..

 
Charles Mouloud | Bras gauche de la Vénus de Millau
10H03 13/06/2008

Voilà un sujet qu’il est bien !

Au début de ma vie militante , dans les années bisextiles du siècle précédent, j’ai été fortement marqué et inspiré par les expériences et les théories de Augusto Boal.
Ki c’est t’il que cet homme ?

Les moins de 40 ans ne doivent pas bien connaitre.
Cet auteur et homme de théatre, d’origine Brésilienne, a conceptualisé plusieurs formes de théatre militant.
Le Théatre de l’opprimé, le théatre journal, le théatre de l’invisible et le théatre forum.

Il a créé un forme nouvelle d’intervention théatrale pour contourner les interdictions et l’oppression de la dictature brésilienne de l’époque.

Je vous invite à googleliser pour en savoir plus.

La forme la plus connue , reste aujourd’hui le théatre forum, repris dans diverses manifestations d’entreprises, de formations de travailleurs sociaux, d’enseignants , etc…

A la fin des années 70, et début 80, avec des amis militants et théatreux, nous nous sommes beaucoup inspiré des formes d’interventions « à la Boal ».
Prenez un sujet qui vous tient à ceur, ex :racisme , homosexualité, machisme, étrangers …

Répartissez des rôles afin de mettre en scène une situation posant un débat , des réactions, et jouez là dans un lieu public.Personne ne saura dans un premier temps qu’il s’agit de théatre, (théatre de l’invisible !).
Vous provoquerez des réations , qui amèneront un débat…ou des emmerdes , parfois !

J’ai qqs souvenirs épiques en la matière.

Moins invisible et toujours drôle, les happenings.
Mais bon , faut parfois choisir aussi de passer qqs heures au poste de police le plus proche.
Un exemple parmi tant d’autres …
1984, avec qqs joyeux lurons, nous nous étions déguisés avec des masques de Mickey et infiltrés dans le défilé du 14 Juillet de la bonne ville de Brest.
Bon , on a tenu 2, 3 mn….pourtant nous marchions au pas derrière les ponpons boys de la marine !

De toute façon militer sans faire la fête, c’est juste pas marrant.

 
Tyb | (par ici, par là)
10H08 13/06/2008

mouais… l’association me parait malavisée. décidément l’humour Canal+ a un peu trop infusé dans la société française.

 
la panthère verte
12H56 13/06/2008

Pour moi aucun doute: le seul moyen de changer les choses en profondeur ne peut jamais se situer dans la lutte.
La fête, au sens large d’un événement agréable/convivial/ fédérateur, est donc un excellent moyen d’ouvrir les esprits, d’apaiser les tensions par le dialogue, de mieux se connaitre…
en bref: de retrouver la joie de vivre ensemble.
C’est la base de la civilisation qu’il faut entretenir.

J’ai toujours préféré Gandhi à Lénine.
 :)

 
jck
13H18 13/06/2008

c clair que Gandhi était un gros teuffeur

 
Révolutiona | Hawwah
17H29 13/06/2008

Hi hi hi, plus un ascète !!!

Je veux bien essayer de lui ressembler, mais pas sur tous les points… Là, je ne pourrais me passer de
câlins !

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Charles Mouloud | Bras gauche de la Vénus de Millau
17H40 13/06/2008

Vive le Père Nôël et le premier de l’an….Hasta la victoria !

 
Révolutiona | Hawwah
19H23 13/06/2008

Charlie,

Il ne faut pas fêter la victoire de la France au foot avant le dernier coup de sifflet de l’arbitre, en plus cela n’a même pas commencé !

Comment veux-tu qu’on y arrive ?

One loves !

Et vive la Révolution !

 
Charles Mouloud | Bras gauche de la Vénus de Millau
23H43 13/06/2008

Si tu te mets à me faire des déclarations enflammées…j’en connais « un » qui va m’écharper !
Bisou itou !

 
Numerosix | Prisonnier dans le village global
23H58 13/06/2008

Sort toujours couvert avec ton parapluie, Charles ..

 
todeti
18H31 13/06/2008

Bonjour. Je remarque en lisant certains commentaires que deleuze est convoqué…Que la notion de fête, d’happening, d’évènement festif, etc…sont posées comme des moyens de lutte. L’un des intervenants sonne même la mort du syndicalisme.
Je ne savais pas que les militants de l’ancienne garde étaient de tristes sires qui militaient dans l’ennui et la tristesse. Mais il est vrai que tout le vocabulaire du marketing d’entreprise a pénétéré si profondément la société que l’on ne sait plus trop qui lutte contre quoi. Quel rapport de force réel établit-on par le seul recours à la fête ? On dirait que se développe comme dans le domaine de l’art engagé une manière « modeste » et « ludique » de lutter…Une sorte de lutte qui ne dérange pas grand chose. Evoquer la « joie » deleuzienne inspiré de spinoza cela donne donc une nuit blanche au champagne. Les S.D.F peuvent se rassurer : le palais de tokyo et le marketing s’occupent d’eux.

Je ne crois pas que nous vivions à la même époque que celle de deleuze : le nomadisme est aujourd’hui encouragé et valorisé par…l’entreprise. La pensée deleuzienne a largement été récupéré tandis que l’on semble poser que le syndicalisme, les luttes anciennement nommées « ouvrières » sont révolues, etc…

C’est très curieux que l’on puisse se faire l’écho malgré soi du medef, lequel prône la modernité du dialogue social, et qui tend à affirmer que les formes de luttes collectives anciennes sont désormais ringardes. De la même façon, on entérinne ainsi l’escroquerie intellectuelle venu des états-unis qui avait consisté à affirmer qu’il n’existait plus de classes sociales. Seulement une classe moyenne. Cependant, la dépolitisation est parvenu à son sommet : on croit faire de la poltique, alors qu’elle n’a ni la couleur, ni le goût, de la politique. On organise une fête. On rend festif ce qui est insupportable : on s’adapte au public pour lui faire passer un message. Bref, on fait de la communication tout en croyant être dans l’action. Vive la pub.

Le « vivre-ensemble » est un concept mou qui ne veut rien dire et qui a été forgé afin de ne plus recourir à un vocabulaire jugé trop rétrograde. « Vivre-ensemble », cela veut dire : parvenir à faire que l’on puisse vivre en bonne harmonie. Que le pauvre puisse vivre avec le riche dans la joie, en somme. Il est dommage que ceux qui emploient ce concept ne s’interressent pas plus à ce qu’il recouvre, aux raisons qui ont permit sa formation et son émergence dans les débats, dans la sphère publique. C’est un concept qui masque l’abandon de toute volonté de réduire les écarts sociaux et économiques. Qu’on demande à mme royal ou mr delanoé, par exemple, ce qu’ils pensent du « vivre-ensemble » : un large sourire consensuel se dessinera alors sur leurs visages respectifs. Ah…le « vivre-ensemble », ça vous pose un rebelle, un vrai homme de gauche. Quel joli terme.

Il est ainsi plus festif et consensuel d’évoquer le « vivre-ensemble » que de reconnaître l’érosion d’une pensée ou d’une politique de gauche, ainsi que l’éclatement complet de la société. La fausse communion dans la « fête » est le symbole même de l’oubli de la violence sociale. Ces fêtes n’ont rien du carnaval où les hiérarchies sont momentannément abolies : elles sont des parodies de lutte politique, et elles répétent et emprutent à une frange de l’art contemporain ses pratiques et ses méthodes. Ce n’est plus de la lutte politique, mais ce sont des « évènements » ponctuels qui ressemblent à une sorte d’esthétique relationnelle in situ : On joue à se faire croire que l’on représente une menace, on joue à se faire croire que l’on forme une communauté soudée et unie par des intérets communs. Le jeu remplace la lutte syndicale ou la lutte pour l’obtention de droits nouveaux. Ephèmère et sans grande influence sur le cours des choses, le « vivre ensemble  » festif trouve aussi son origine en France dans la personne du fantastique jack lang : pourquoi appliquer un programme socialiste, même réformé, quand on peut se contenter de transformer l’espace public en un théâtre où une communauté absente apparait soudain lors d’un concert ? Magie du marketing politique. Disparition des classes dans la transe individuelle. Illusion savamment orchestrée d’une unité sociale introuvable. Le tout culturel a permît l’érosion du P.S, qui ne s’en est jamais remis. Le lendemain chacun retourne chez soi. La fête est finie. Le S.D.F ne peut même pas ramener les bouteilles de champ’ comme consignes aux magazins du coin. On ne mesure pas qu’aujourd’hui le social a remplacé la société, et que le social est posé selon le partage de l’inclu et de l’exclu, au détriment d’une lutte entre des groupes ou des classes sociales : l’individu « citoyen » vient dissoudre l’exclusion dans une bulle de champagne ou dans une danse monomaniaque. Niveau zéro de la révolte, niveau 1000 sur l’échelle du marketing.

La fête suffit-elle ? Car, aujourd’hui, dans le cadre d’une sociale démocratie qui fleurte avec un libéralisme propret, façon véli’b et nuits blanches, les « luttes » festives sont censées servir à obtenir l’adhésion de la majorité, à retourner l’opinion par une « communication » adéquate : la manière de faire l’évènement compte autant que l’évènement. Et l’opinion est prise pour une idiote. C’est donc de la publicité. On croit que chacun ignore l’existence des sdf, par exemple ? Du manque de logement en général ? Evidemment, non. Mais on veut ignorer que la politique se définit comme un rapport de forces : on n’influe pas sur le cours des choses par un quelconque happening. C’est l’illusion de la galerie d’art. Car on mesure sinon très mal qui l’on affronte tout en imaginant faire de la politique, une politique « propre » qui ose à peine prononcer certains termes. Une révolte ? Une grève ? Allons, vous n’y pensez pas : non, continuons dans l’évènementiel festif, et choisissons des sujets d’ordre sociétal. Nous aurons ainsi une belle petite entreprise et une multitude de gens viendront communier avec nous dans l’indignation discrète. Et puis, de toute façon, si l’on n’ obtient rien, la communication sera passée, on aura parlé de notre action tout en riant et en buvant un coup. Et, ça, c’est modernissime.

Todeti et etpuisquoi

 
la panthère verte
19H44 13/06/2008

vous préférez peut-être l’action violente, la lutte « noble » des faibles contre les forts ?

personnellement j’ai choisi le refus du superflu et les actions concrètes autour de moi. J’entretiens au minimum ce que je rejette dans le société moderne; votre vision qui rapproche la contestation pacifique et joyeuse au marketing ( une révolte superficielle et vaine ) est une caricature digne des plus grands publicitaires.

vous pouvez citer Spinoza ou Deleuze, relisez d’abord ce classique des classes de cinquième : La ferme des animaux.

 
todeti
20H33 13/06/2008

Bonsoir déjà. Je vous réponds sur le ton que vous employez. Relisez-moi : action violente ? Ou ça ? Ensuite, vous plaquez sur mon texte votre phobie d’une lutte organisée. J’aborde dans mon texte bien autre chose que la seule opposition violence/pacifisme. Mais quand on ne sait pas lire, c’est-à-dire entendre…on plaque ses fantasmes -ses préférences- en guise de commentaire ; tout en n’ayant rien à répondre.
Sinon, vous devez avoir une forte connaissance de l’histoire sociale…pour associer celle-ci à la ferme des animaux. Chapeau bas, vachement profond…(:)). Orwell appréciera…Qu’est-ce qui vous gêne dans l’action collective ? Vous pensez lutter avec des confettis et du champomy ? En demandant gentiment ? Au fait, le « superflu », c’est quoi, selon vous : ce que vous choisissez de ne pas vous payer…?

Bye

 
la panthère verte
21H16 13/06/2008

ça doit être à cause de ma bêtise face à votre intelligence, que voulez-vous, c’est ça le problème avec les cons comme moi, on ne comprend rien à rien… heureusement que d’autres comme vous sont là pour nous guider…
et comme vous le faites si bien remarquer, c’est parce que je n’ai aucune connaissance en luttes sociales que j’associe la ferme des animaux aux révolution historiques (comme 1789, 1917, Mao…)qui ne n’ont profité qu’à de nouvelles classes dirigeantes, là aussi, c’est certainement à cause de mon incapacité à lire/entendre, bref à comprendre quoi que se soit qui dépasse le niveau du « droit de savoir ».
enfin, je ne pense pas lutter comme vous dites car comme je le déclarais dans mon premier poste, je pense que la lutte porte en elle même sa plus grande contradiction : on ne doit pas imposer des choses à ceux qui en imposent déjà, on doit au contraire s’en détacher afin de ne plus alimenter ceux qui décident…mais bon, ça ne devait pas être assez explicite, certainement du fait que je ne sais pas écrire non plus…

et pour ce qui est de mon superflu, il ne s’agit pas de ce que je ne peux pas ma payer mais plutôt tout ce que l’on veut m’imposer comme étant la norme; je cultive la majorité de ce que je mange, d’ailleurs je suis végétarien, je fabrique et répare tout ce qui peut l’être.

 
todeti
21H06 14/06/2008

Bonjour. Oui, bien sûr, j’avais sûrement mal lu votre interêt fort poli lors de votre première réponse à mon premier commentaire. Vous y étiez d’une amabilité extrème, cela va de soi. Par exemple, quand vous suggérez en des mots à peine voilés, et en guise de préambule, que je préfèrerai selon vous la seule « action violente ». Qu’insinuez vous ? Vous venez vous plaindre d’un quelconque mépris quant vous suggérez avec la plus conséquence suffisance qu’un intervant de rue 89 est un adepte de « l’action violente » et qu’il ignorerait les dérives totalitaires (allusion à la ferme des animaux), parce qu’il oserait prétendre qu’il doute de l’efficacité des actions politiques d’ordre évènementiels et festives ? Mais, monsieur, qui insulte qui ? Qui caricature qui ? Vous demander de lire serait une preuve de suffisance méprisante quant vous venez réduire mon propos
à celui d’un militant extrémiste ?

Si vous voulez dialoguer, ce qui est mon cas, pourquoi ne posez vous aucune question ? Pourquoi, d’emblée, affirmez vous que j’aurais irrémédiablement tort ? Pourquoi ne vous demandez vous pas d’abord si le festif ne remplace pas quelque chose d’absent ?

Cordialement.

 
PhiPoePsy | Etudiant à Strasbourg
03H08 14/06/2008

Je ne suis d’accord en rien avec la diatribe de « todeti » mais je n’argumenterai pas point par point si c’est pour recevoir la même réponse méprisante que ci-dessus…

Remarques : oui, la manière de faire l’événement compte autant que l’événement lui-même puisque la manière de faire l’événement EST l’événenement ! C’est de la publicité, bien sur, la publicité est l’essence du politique (agir sur la scène publique -« publicité » en est directement dérivé !)… Le happening est inutile politiquement ? Au contraire puisqu’il influe sur les médias qui eux-mêmes sont devenus la base de la société… Quant aux syndicats, ils sont morts depuis longtemps : il n’y a qu’à voir les dialogues sociaux : le Medef en ressort presque toujours satisfait (voire béat) car les syndicats n’obtienent PLUS RIEN ! Hausse des salaires de 0.5%, waouw ! Vous postulez la notion de « classes » comme si ça allait de soi : si Marx savait… En quoi l’événement festif serait-il « propre » ? Le happening n’est-il pas une révolte « sale » ? Vous mettez le « marketing » à toutes les sauces, théorie du grand complot, de la récupération des pauvres manifestants par l’économie… Comme si les manifestations spontanées n’existaient plus, comme si la fête devait être obligatoirement prise dans le marché… Bref, terriblement caricatural tout ça (comme l’a bien dit la « panthère verte »)…

 
todeti
21H05 14/06/2008

Bonjour. Voyez-vous, contrairement à vous, je préfère argumenter. C’est plus long, mais cela correspond bien plus à l’idée du dialogue qui est mienne. Je passe sur votre allusion à mon mépris supposé.

Je vous cite : « oui, la manière de faire l’événement compte autant que l’événement lui-même puisque la manière de faire l’événement EST l’événenement »

Bien. Je supose que vous mesurez adéquatement que ce que vous posez comme une vérité est un postulat assez discutable. Je dis discutable en supposant que sur RUE 89, parfois, bien que cela soit assez rare, il soit possible de ne pas seulement adhérer benoitement à la moindre affirmation.
Ainsi, vous dîtes, en un certain sens, que la manière de faire apparaitre quelque chose compte autant que ce quelque chose. Bien sûr. Vous avez raison. La manière de faire apparaitre, de représenter quelque chose ne doit pas être dissocié abstraitement de sur quoi elle porte, de ce qu’lle représente. Je n’ai rien à redire là-dessus. En revanche, je crois que vous employez la notion « d’évènement » avec une certaine légèreté. L’évènementiel ne correspond pas à ce qui s’entend comme évènement. L’évènement ne se répète pas. L’évènement, et c’est là où il est difficile à appréhender, échappe à la prévision et ne se rédouble pas. Ainsi lorsque vous posez comme raison que que c’est  » la manière de faire l’événement (qui) EST l’événenement », vous ne posez, ni plus, ni moins, qu’une ontologie.

Premièrement, vous dîtes, en conséquence, que l’évènement (tel que vous l’entendez, soit une manifestation festive qui voudrait alerter l’opinion, par exemple) « EST l’évènement ». Or, le réel ne se confond pas avec sa représentation, fusse-t-elle legitiment nécessaire pour la compréhension, et non pour prouver ou démontrer l’existence d’un phénomène quelconque. L’évènement précède son explication : il précède sa manifestation, surtout si celle-ci consiste en une manifestation programmée par une instance externe. Pour ma part et selon la formule mille fois répétée, il me semble curieux de confondre la carte et le territoire. Si l’on évoque le problème social de l’existence des SDF, l’ »évènement » c’est bien plutôt l’apparition dans la société des sans domicile fixe au détour des années 90 dans des sociétés riches et modernes : s’il y a eut évènement, c’est parce que ce phénomène était inconcevable, imprévu, incroyable. Il fut ainsi longtemps nié, par le recours à des explications vaseuses : le sdf, pour la gauche socialiste, comme le chômeur, avait choisit une vie de marginal (mauroy 1986, fabius par la suite..). Cette représentation d’un évènement était fallacieuse car elle s’appuyait sur une théorie de l’économie d’inspiration keynésienne : cette théorie concevait le chômage soit comme résiduel, soit comme un choix volontaire d’individus considérés a priori comme marginaux et/ou asociaux. Par la repésentation l’évènement n’était pas nié, il fut seulement transformé pour la représentation collective comme une sorte d’accident indépandant du virage libéral en cours. Aujourd’hui, malheureusement, on sait que cette représentation était fausse, qu’elle était dépourvue d’objectivité.

Deuxièmement, votre défintion essentielle de l’évènement introduit celui-ci dans une position seconde par rapport à sa représentation : « puisque la manière de faire l’événement EST l’événenement ».
Si on se réfère à l’idée d’une manifestation festive, où est l’évènement ? Est-ce le fait qu’il existe des sdf ou un manque de logement ou le fait d’en parler, de communiquer d’une certaine manière pour ces sujets ? Vous référez vous aux théories de la communication ? Voire à l’idée que dire c’est faire (austin) ? Certes, certains évènements (au sens très large) ne deviennent réalité, n’acquière leurs existence sociale, que dans la simulanéité d’une procédure symbolique et de la présence de certains acteurs (baptême, mariage, rupture, vote, etc…). Or, les problèmes sociaux n’attendent pas l’ordre de la représentation pour être : un sdf n’a pas besoin d’une procédure pour être sdf, ni même pour être reconnu comme tel.

Ceci dit, vous semblez aussi entendre que la « publicité » est « l’essence du politique », en vous référant non à l’histoire mais à l’etymologie. Une nouvelle fois, vous posez une thèse, soit que le politique consiste en la publicité, soit l’apparition dans l’espace public. Certes, vous avez partiellement raison. On voit mal d’ailleurs comment vous pourriez avoir tort, car le politique a toujours consisté à apparaitre dans l’espace considéré comme étant celui de la liberté, soit l’espace public. Seul le monde moderne a transféré -avec raison le lieu de la liberté vers la société dîte civile et, aussi, vers la sphère privée, ce qui pose d’autres problèmes…Mais, en quoi l’action politique se résumerait-elle à la publicité, soit à la manière d’apparaitre ? Contraiement à votre defintion essntielle du politique, celui-ci a pour définition la sphère de l’action. La représentation de l’action, sa mise en scène « publique » est seconde : elle ne qualifie pas en propre l’acte politique.

Je m’arrette là, car je mesure la longueur des réponses qu’il faut fournir pour établir un dialogue construit, et non pour affirmer péremptoirement. Pour le reste, marx, les classe « en soi » (sic), les syndicats, etc…je n’ai plus le temps.
Je m’en tiendrais, pour finir, à l’allusion à la « théorie du complot » : Savez vous au moins d’où provient ce vocable fourre-tout ? Croyez vous que l’on peut, dans la sphère d’un dialogue, stimagiser autrui par le recours à cette seule allusion pseudo-conceptuelle ? Car, selon vous, affirmer qu’il était dans l’interêt politique de l’économie mondialisée d’affirmer l’existence de la seule classe moyenne, reviendrait à être adepte de la théorie du complot ?
Vous pourriez vous renseigner sur la situation idéologique des états-unis au détour des année 80 : L’affirmation de l’existence de classe sociales était le signe de l’appartenance au mouvement gauchiste, soit le fait d’être un traitre à la nation. L’interêt à la négation de l’appartenance, non « en -soi », mais selon des indicateurs sociaux-culturels, et économiques, à différentes classes, étaient niés, et combattues ouvertement, car cela revenait à introduire dans la nation américaine, puis par extension en europe, sur le plan idéologique, l’idée qu’un pourcentage important de la population ne vivait pas selon les standarts de l’économie mondialisée et de sa réussite censée venir à bout de la pauvreté, de la misère, de l’inégalité, etc…Ceci ne signifie pas que l’U.R.SS était un paradis, puisque c’était une horreur. Le « complot », soit dit en passant suppose une intention : il n’y a même plus d’intention, car il n’y a pas de centre de décision, mais des interêts communs.

bye.

 
couleurouge
09H27 14/06/2008

Militer et faire la fete …..
Les deux faces d’une meme piéce !

Avanti populo !

 
lucie1917 | Vigilante
13H52 14/06/2008

Ca me fait penser au livre de Philippe Muray « Festivus Festivus », qui dénonce la culture fête - même si ses positions sont controversées à raison, cette idée que tout passe par la fête, y compris la politique et les choses graves est un vrai reflet de notre société. Et générallement, seuls les vieux militants restent aux débats aprés les concerts…. La fête de l’huma en est un exemple presque cruel: les jeunes fêtards ignorant presque tout de l’histoire du PC en train de se déhancher prés de la grande scène pendant que les vieux gauchistes, essaient de se faire entendre au fonds des stands…
Notre société est ce que l’on en a fait….

 
todeti
21H57 14/06/2008

Bonjour. Merci pour votre courte remarque. J’y lis avec plaisir que vous vous interrogez aussi sur le glissement progressif vers le « festif », pour le dire vite. Mon commentaire s’appuyait sur mon expérience et de nombreuses lectures dans différents domaines. J’ai noté ausi que, semble-t-il, mon commentaire est lu comme une défense inconditionnelle du pc, ou quelque chose d’approchant. Or, je voulais exprimer l’idée suivante : le « festif » ne comprend pas en quoi consiste la politique. Ce n’est pas une lubie de ma part que d’affirmer que celle-ci demeure au niveau national et, encore plus au niveau mondial, la pratique d’un rapport de force. Par aileurs, ce n’est vraiment pas un secret d’alcôve que de constater que bon nombres de thématiques et de propositions propres aux années 70 (auto-gestion, happening, liberté individuelle, nomadisme, etc…) ont été comme absorbées par ce qu’elles étaient censées combattre, soit une société cloisonnée, et une entreprise pensée selon un autre mode que celui-ci ayant cours aujourd’hui. La désillusion a été assez forte alors, pour qu’on puisse ne pas résumer cela à l’invocation de la « théorie du complot », comme un autre intervenant a essayé de le faire ici. Cela n’a rien à voir. La charge, par exemple, contre la pensée « gauchiste » (happening, contre culture, liberté des moeurs, etc…) s’est ordonnée, entre autres, à partir du renouveau de la pensée néo-conservatrice au début des années 80. Quant au déclin du syndicalisme, il a prit corps grâce, notamment, mais pas exclusivement, à la guerre ordonnée par madame tatcher contre la classe ouvrière anglaise, guerre qui s’appuyait sur les travaux de l’économiste et du philosophe politique nommé hayek.

Si j’évoque trop brièvement ce contexte récent, c’est pour appuyer l’idée que le refus de la reconnaissance de l’existence des classes sociales (qui n’ont en fait jamais disparues sauf dans certains discours affirmant l’existence unique d’une classe moyenne mondiale) combiné avec la condamnation du syndicalisme ou encore du regroupement collectif permettant la naissance d’un pôle d’opposition puissant, paradoxalement, sert les interêts et le système de valeurs prônés actuellement. Soit le mythe de l’individu libre et autonome, petite entreprise de lui-même, non engagé dans un corps quelconque, etc…

La désillusion, par exemple, en art contemporain et la mutation des discours dit engagés, dans ce seul domaine, sont assez significatifs : le happening est devenu de l’évènementiel, au mieux, car, au pire, aussi, l’artiste est devenu le modèle du travailleur nomade, flexible, fonctionnant par projet, etc… En philosopie politique, aussi bien, c’est l’idée de consensus, venue d’allemagne, qui prévaut. Mais l’allemagne a un syndicalisme différent de celui qui prévaut en france. En économie, une seule orientation s’est imposée, en s’appuyant sur l’échec du collectivisme étatique : soit l’idée que ceux sont les « créateurs » d’entreprises qui font à eux seuls la richesse économique, etc…Tout ceci n’est posé par ailleurs qu’au nom de la liberté, entendue comme liberté d’entreprendre. A gauche, par exemple, c’est la théorie de la justice de Rawls qui est devenue la bible des sociaux libéraux et sociaux démocrates (P.S)français dans les années 90.

Ainsi, je suis bien d’accord avec vous sur le fait que « la société est ce que l’on en fait », et, aussi, qu’elle dépend de ce que nous acceptons comme étant légitime. Car il n’y a jamais eu de société qui ne soit pas ordonnée selon une certaine conception morale de la liberté. Les sdf sont sdf et le resterons tant que l’on ne comprendra pas à quoi ils servent. Il n’y a en effet aucune raison objective, économiquement parlant, pour que les sdf demeurent sdf. Pour rappel, en france, l’aide aux sdf coûte 10000 euros par année, par SDF : soit 800 euros par mois. Il est inconcevable de leur verser cette aide directement, et encore moins de considérer qu’ils pourraient la recevoir en travaillant dans des missions de services publiques. Pourquoi ? Parce que la liberté d’entreprendre comme conception de la liberté morale interdit cela. La plupart des français seraient choqués si les sdf s’en « sortaient » si facilement, alors que cela coûte aussi cher de venir les « aider » (éducateurs, associations diverses, structures d’accueil, etc…). Il existe un énorme marché de l’aide sociale en france, qui permet l’embauche de nombreuses personnes. C’est, si l’on veut, un « effet pervers » propre à un système. Il n’y a pas de coupable : il y a des effets contradictoires avec certaines finalités propres à un système. En quoi, une manifestation - et non un « èvènement »- d’une nuit, place de la république, même festif, résout-il ce problème et ce paradoxe qui relève de la mentalité présente et du système en place ? Comment peut-on croire à l’efficacité concrète d’une telle manifestation qui a pour but, encore une fois, de « sensibiliser l’opinion » ? Certes, les médias en parlent, avant de passer à autre chose. Ceci n’est pas du tout un évènement : c’est ce qui relève de l’évènementiel. Ce qui revient -parfois avec la plus parfaite sincérité- à poser qu’un problème social est d’abord un problème de communication, que l’existence d’un fait n’est réel qu’à partir du moment où l’on communique à son sujet : c’est exactement la même approche, pourtant parfois dénoncée par ailleurs, que celle qui consistait à « conscientiser » les prolétaires, bien qu’ici, c’est le spectateur, supposé ignorant de la réalité sociale, alors qu’il en fait partie, qui dévrait découvrir l’existence des sdf. En quoi consiste l’évènement, si évènement il y a ? En un redoublement spectaculaire, en la mise en spectacle de ce qui existe et que personne n’ignore. En quoi la communication, même festive, participe-t-elle à résoudre le problème social du SDF ? En quoi ce type de manifestation permet d’abolir l’utilité de la figure du sdf dans la représentation colllective, celle qui, par ailleurs, dénonce « l’assistanat » ?
Personnelement, j’ai de gros doutes quant à l’idée que ce qui prime est la manière de représenter, via les médias, un problème social quelconque.

Je prends un autre exemple : le problème du logement en ce qui concerne les étudiants n’est ignoré par personne (gouvernement, familles qui paient les loyers, étudiants qui s’en sortent et étudiants qui ne peuvent se loger, etc…). Ce problème peut-être mis en scène, il peut être dénoncé par toutes les manifestation festives possibles : il n’est ignoré pourtant par personne. Qui possède le foncier en france ? Qui vît de la location des meublés, des studios ? Des citoyens soucieux de l’avenir de leur pays et de leur jeunesse ou bien une ancienne génération qui étrangle économiquement la majeure partie de la jeunesse ? Ces propriétaires justifient leurs pratiques, sur un plan moral, par le recours de la loi de l’offre et de la demande. Dans un tel système, comment résoudre le problème de l’interêt économique privé et de sa conséquence sur l’interêt collectif, public ? Comment ? En demandant aux propriétaires ne devenir philantropes ? En les invitant à ne plus être égoïstes ? En organisant une prise de conscience festive ? Si l’on rejette l’interventionisme d’état, par exemple, en tant qu’instance régulatrice des prix, comment plafonner les loyers ? Si rien n’est prévu par un gouvernement pour le logement des étudiants, lesquels, par définition, n’ont pas de pouvoir économique (sauf pour une frange assez réduite..), comment répondre à la « crise » du logement étudiant ? Il faudrait justement qu’existe une sphère particulière dans le parc immobilier qui soit consacré au seuls logements des étudiants. Mais cela n’a jamais été fait, ou d’une manière si désinvolte et sporadique que l’offre est devenu quantitativement dérisoire par rapport à la demande.

Cordialement.

Todeti et etpuisquoi