Dans le retro, avec l'INA

Et si on revoyait plutôt la vraie Sagan ?

De Françoise Sagan, on aime surtout les titres. « Bonjour tristesse », « Aimez-vous Brahms », « Les Merveilleux nuages », « Un peu de soleil dans l'eau froide », « Le Chien couchant », « Le Cheval évanoui » etc. De jolis titres dont on se demande s'ils ont précédé l'œuvre.

Quatre ans après sa mort, Françoise Sagan est déjà museifiée par un film. Elle y est cette éternelle brindille blonde à l'inconséquence assumée. Celle que François Mauriac avait qualifié de « charmant petit monstre ». Avec l'INA, Rue89 vous propose de revoir Françoise Sagan.

1959. « La maladie, on est couché ; le mariage, on est rangé »

Banco : le premier livre de Françoise Sagan reste son plus grand succès. « Bonjour tristesse » cartonne en 1954. Mademoiselle Quoirez -son vrai nom- a alors 19 ans et devient une vedette. Mondaine, dépensière, un brin scandaleuse, la très jeune « starlette » (elle déteste cette appellation) raconte dans ses livres des vacances bourgeoises, des personnages voguant entre les capitales européennes ou américaines et des romances. Des bluettes, jugent beaucoup. Du talent, assurent d'autres.

En 1957, un accident d'Aston Martin -l'époque est alors à Nimier- l'immobilise. Elle s'accroche à la morphine, dont elle ne se séparera que difficilement. Et se marie :

1963. A Louis Malle : « Je ne suis absolument pas suicidaire »

L'année de la sortie du « Feu follet », adapté du texte de Drieu la Rochelle, son réalisateur Louis Malle est convié à une interview croisée avec Françoise Sagan. Lui évoque la réussite comme « quelque chose de très déprimant ». Elle a « confiance dans la vie » et esquisse que « l'homme qui n'aime ni travailler, ni vieillir se tue ».

1984. « On joue pour défier sa vie »

Elle publie alors un très beau recueil de textes, « Avec mon meilleur souvenir », évoquant ceux qui l'ont fascinée : Rudolf Noureev, Jean-Paul Sartre, Tennessee Williams, Orson Welles, Billie Holiday. La vie de Françoise Sagan oscille entre richesse et ruine. Elle joue et flambe. Incapable de maîtrise lorsqu'elle est près d'un casino, elle associe le jeu à une drogue mais pas de mea culpa : elle aime « défier la chance, pour mettre en question son équilibre financier, sa vie, son destin ».

1988. « Chacun fait ce qu'il veut, ça ne regarde que moi »

Flambeuse, joueuse et complètement droguée. Françoise Sagan ne s'en cachait pas. En octobre 1985, lors d'un voyage au cours duquel elle accompagne François Mitterrand en Colombie, elle est victime d'un malaise. Coma. On parle diplomatiquement de problème respiratoire pour dissimuler l'overdose. En 1988, elle est inculpée pour détention et transport de stupéfiants. L'affaire s'ébruite et fait la Une des journaux télévisés. Elle décide de porter plainte pour violation du secret de l'instruction et fait observer que le transport, « ça veut dire transporter de ma salle à manger à ma chambre à coucher. Point final ».

1996. « L'enfer, c'est quand il n'y a aucun battage médiatique »

Françoise Sagan était rigolote parce que très franche. Ni méchante, ni diva, l'auteur du « Miroir Egaré » ne se prenait pas au sérieux. Elle pouvait, parfois, égratigner les critiques et les journalistes tout en admettant leur part dans son succès. C'est sans fausse modestie ni prétention qu'elle déclare alors aux journalistes de France 3 craindre l'anonymat : « L'enfer, c'est quand on sort un livre et qu'il n'y a aucun battage médiatique, quand personne ne lit votre livre. (…) Je passe dix, quinze jours à répéter les mêmes chose mais finalement j'ai de la chance de le faire. »

1997. Elf s'invite à la fête

André Guelfi, homme d'affaires, met Françoise Sagan en cause dans l'affaire Elf. Il explique avoir versé 9 millions de francs à l'écrivain. Homme clé dans le scandale Elf, il affirme lui avoir demandé d'intercéder en faveur de la compagnie pétrolière auprès de François Mitterrand. Françoise Sagan porte plainte.

Françoise Sagan meurt en 2004 tourmentée et ruinée. De starlette à ses débuts, elle est parvenue à être considérée comme écrivain. Dans son texte « Pour parler encore d'elle » (L'Express), François Mauriac écrivait le 13 septembre 1957 :

« A moins que ce ne soit un prélude qui annonce une grande oeuvre. Je vous accorde que pour les êtres très jeunes, l'argent est une damnation : il promet l'assouvissement à des passions dans toute leur force et démuselées.

“Les parents bourgeois de mon temps le savaient qui même riches ne concedaient à leur fils étudiant que le strict nécessaire. La plupart étaient des jeunes loups jamais repus. Aujourd'hui encore combien ne mangent pas à leur faim ? ‘Mais Françoise Sagan a passé le cap des tempêtes. Le monde entier en a été avisé. Elle se range. - Elle n'aura donc plus rien à raconter. Elle est finie. - Elle commence.’

Sur son oeuvre, les regards sont parfois encore un peu hautains, un peu attendris. Elle ne prétendait pas à plus. Et regrettait à peine, à la fin de sa vie, d'être toujours traitée en enfant.

38 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de démocrate35

à patrick du 14 Portrait de patrick du 14 De démocrate35

09H35 | 14/06/2008 | Permalien

Pour avoir vu « SAGAN » hier soir, je peux vous assurer qu'on oublie Kurris, on ne voit que Sagan/Testud.

Portrait de monika

De monika

ex secrétaire médicale | 10H19 | 13/06/2008 | Permalien

L'alcool, la drogue, la clope, la fraude fiscale : voilà F SAGAN, mais quel écrivain qui me rappelle ma jeunesse sur les bancs du lycée. Une femme apparemment mal dans sa peau, très timide, perturbée par je ne sais quoi, elle s'est apparemment auto-détruite, pas par suicide bref mais à longue échéance, très triste que le sort d'un écrivain aussi talentueux, trop intelligente peut être pour vivre dans un monde qui ne lui correspondait peut être en rien, qui sait ? : bonjour tristesse !
En tout cas elle avait un problème, mais lequel ? C'est peut être ce mal être qui a fait d'elle un grand auteur de romans tout comme Baudelaire.

Portrait de Tinhinane

De Tinhinane

Médiatrice scientifique | 10H17 | 13/06/2008 | Permalien

cf. complément de sa biographie et bibliographie. http://www.fabriquedesens.net/Francoise-Sagan-signatrice-du

Françoise Sagan est également signatrice du Manifeste des 121.

En janvier 1998, Libération, publie, dans un numéro d'hommage à tous les « J'accuse » proférés en France, le « Manifeste des 121 », sur le droit à l'insoumission dans la guerre d'Algérie. Le nom de Sagan, est omis dans la liste des signataires. La romancière adresse à la rédaction la lettre suivante : « Monsieur, je m'étonne de ne pas voir mon nom, ni celui de Bernard Frank dans la liste des signataires des 121. Nous fumes pourtant sur ce sujet, interrogés, le même jour par la police française et je fus pour ma part plastiquée un peu plus tard - ce que rapporta la presse d'alors. Ma réputation de futilité étant bien assise, je vous serais reconnaissante d'en citer à l'occasion les exceptions. »

Françoise Sagan n'est peut-être pas parmi les 121 premiers signataires du « Manifeste des 121 » mais elle l'a bel et bien signé. Lire, ci-dessous, son interview, « La désertion, une aventure terrible », parue en allemand dans « Der Splegel », dans laquelle l'auteur s'explique sur ce qui a motivé sa signature.

Portrait de zbigniew

De zbigniew

15H50 | 13/06/2008 | Permalien

C'est qui TENNESSEE ?
(si c'est de Tennessee Williams dont il s'agit, Williams, ce n'est malheureusement pas son prénom)

Portrait de Zineb Dryef

à zbigniew Portrait de zbigniew De Zineb Dryef (auteur)

Rue89 | 15H56 | 13/06/2008 | Permalien

Oui mais c'est plus parlant.

Portrait de zbigniew

De zbigniew

16H02 | 13/06/2008 | Permalien

oui mais mon humble avis de non-journaliste m'inciterait à penser que dans une liste de noms, il faudrait mettre un nom, ou au pire, un prénom et un nom ensemble, pour pas que des lecteurs cherchent un auteur dont le patronyme serait Tennessee.

Votre réponse me laisse perplexe, je l'avoue.

Portrait de Zineb Dryef

à zbigniew Portrait de zbigniew De Zineb Dryef (auteur)

Rue89 | 16H08 | 13/06/2008 | Permalien

Vous avez sans doute raison. Je précise tout cela.

Portrait de Citoyenne_lambda

De Citoyenne_lambda

23H52 | 13/06/2008 | Permalien

Ah mais que j'aurais aimé pouvoir avoir eu l'ombre d'une possibilité de rencontrer cette femme : cette vivacité qui bouscule les mots et prend tout le monde au dépourvu, cette absence totale de mesquinerie, cette pensée si rapide qu'elle ne ne lui permet pas de terminer ses phrases , ces phrases toujours en suspens et dont elle laisse la fin avec tant d'élégance, cette sensibilité qui ne se livre jamais… Françoise Sagan, vous me manquez !

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