Après la mort d'un employé roumain d'une société travaillant pour Schindler, inquiétudes dans un secteur en pleine surchauffe.

Le fait divers n'a pas intéressé les médias plus de 24 heures. Samedi, un ascenseur parisien s'écrasait sur deux techniciens chargés de « moderniser » la sécurité des appareils.
Bilan : un mort et un blessé. Sous-traitant du groupe Schindler, la société Comas est une minuscule entreprise employant des techniciens roumains : les multinationales du secteur n'ont ni les moyens, ni la volonté de former leurs propres salariés. Elles sont dépassées par l'ampleur de la loi votée en 2003, qui impose la rénovation des installations et leur mise en conformité avec des normes de sécurité plus restrictives.
Sur le chantier concerné, un immeuble du XIVe arrondissement de Paris, le chef d'équipe parlait « parfaitement le Français », explique Bruno Lesage, directeur juridique et porte-parole de Schindler France. Et les deux autres techniciens ? « Je ne sais pas… “. Il n'a pas non plus beaucoup de précisions à apporter sur les circonstances de l'accident dont fut victime son sous-traitant Comas, ni sur les compétences de ce dernier.
Immatriculée le 16 février 2007 au registre du commerce de Pontoise, la SARL est installée en banlieue ouest, dans un pavillon. Son gérant, Ioan Misca, jeune chef d'entreprise de 33 ans, travaille depuis juin 2007 avec le groupe suisse, en embauchant quelques compatriotes.
A 11 heures, un énorme fracas secoue l'immeuble
Samedi, ils sont donc trois techniciens roumains à terminer la ‘modernisation’ des quatre ascenseurs du 57, avenue du Maine, un immeuble de dix étages. Les deux premiers appareils ont été révisés, il en reste deux. Ce type d'opération est assez complexe : il nécessite la maîtrise des machineries traditionnelles et des techniques dernier cri. Il faut aussi bien connaître la technologie de la marque.
A 11 heures, un énorme fracas secoue le bâtiment. La cabine chute, et deux hommes intervenant au fond de la cuvette sont écrasés. Le troisième était dans les étages. Pour l'instant, nul ne sait exactement ce qui s'est passé.
Arrivé sur les lieux dès 12 heures, le PDG de Schindler France n'avertira les membres du comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) de l'entreprise qu'en fin d'après-midi. Pour le délégué CGT du groupe, Robert Pelletier, c'est tout le secteur qui doit se poser des questions après cet accident. En particulier celle de la pression économique qui pèse sur les épaules du sous-traitant :
Bien sûr, pas question pour le délégué CGT de faire un procès en compétence aux techniciens roumains, qui sont ‘parfois très qualifiés’. Point confirmé par l'expert ‘ascenseur’ de l'Association des responsables de copropriété (ARC), Louis Aubry, qui a croisé d'excellents professionnels venus des pays de l'Est.
L'autre problème, c'est le contrôle de l'activité de ces dizaines de petites entreprises qui ont investi le marché de la ‘modernisation’. Robert Pelletier :
Au passage, le délégué syndical déplore surtout le ‘black-out’ d'informations de Schindler sur cette affaire, qui prétend vouloir réserver ses réponses à l'enquête de police. Comme les autres majors (Otis, Koné, ThyssenKrupp), le numéro 2 mondial du secteur se dit ‘obligée de passer par la sous-traitance’, comme explique Bruno Lesage :
‘- On essaie d'embaucher, mais il n'y a pas assez de techniciens formés. On a un vrai problème de capacité.
- Comment vous assurez-vous que le sous-traitant est qualifié ? - Une des règles de la sous-traitance, c'est que le sous-traitant réalise sa prestation sous sa propre maîtrise. On contrôle, mais on ne dirige pas leur travail… On n'a pas à le faire.
- Et depuis l'accident, vous avez fait cette vérification sur la qualification de Comas… ? - Je ne peux pas vous répondre là-dessus, nous réservons notre réponse au juge.’
Et le directeur juridique de Schindler d'assurer que quatre conditions encadrent le recours à un sous-traitant :
- Avoir une entreprise connaissant le secteur
- Avoir la commande des travaux.
- Avoir un sous-traitant agréé par le maître d'oeuvre.
- Avoir passé un contrat-cadre avec l'entreprise sous-traitante, où sont rappelés les obligations légales (fiscale, sociale, assurance et emploi) qui comporte l'obligation de déclarer la liste des salariés étrangers.”
Tout cela aurait été fait dans le cas présent, assure Bruno Lesage.
Le calendrier de la loi de 2003 est déjà obsolète
Avec son bon sens habituel, la ministre du Logement, Christine Boutin, a rappelé suite à cet accident le but poursuivi par la loi de modernisation votée en 2003…
“La loi sur les ascenseurs qui concerne les travaux demandés aux propriétaires avait pour but de protéger non seulement les usagers mais aussi les ouvriers intervenant pour la maintenance.”
… oubliant qu'elle venait de signer un décret allongeant de deux ans (jusqu'en 2010), le délai de mise en conformité de la première tranche des travaux. Et ce, plusieurs mois après avoir été alerté par les associations de copropriétaires.
L'expert de l'ARC, Louis Aubry, est formel : “malheureusement, il y aura certainement d'autres accidents”, compte tenu d'un calendrier surchargé.
Or, comme Rue89 l'avait déjà raconté il y a quelques semaines, le nouveau calendrier semble déjà obsolète. Le gouvernement sera donc certainement obligé de le modifier dans les mois à venir, sous la double pression des copropriétaires et des professionnels du secteur.
En attendant, une information judiciaire a été ouverte pour “accident du travail”. Etrangement discret, le parquet de Paris ne souhaite pas “communiquer” pour le moment sur cette affaire. Selon les chiffres de la Fédération des ascensoristes, chaque année, 2000 accidents surviennent, dont 10 qualifiés de “grave”. La loi n'y a rien changé.
Ajout, le 11/06/08, à 19h40 : Le site de l'ARC a mis en ligne le témoignage d'un copropriétaire qui met en cause différents intervenants de cette affaire, en particulier le cabinet de syndic Loiselet Daigremont et l'une de ses filiales. Conclusion de l'intéressé, qui reste anonyme :
“Cette fameuse loi devait mieux protéger les usagers et les ouvriers ascensoristes. Nous avions des ascenseurs qui marchaient très bien, qui n'étaient pas vétustes, et pour de basses questions d'argent, on nous a imposé ces travaux, sans que les devoirs aux termes du contrat concernant l'encadrement, la surveillance du chantier, les comptes-rendus auprès du conseil syndical, et le respect des délais soient assurés.”
► A lire aussi : Les ascensoristes ont gagné six milliards par la peur




















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De 9911francis
16H24 | 11/06/2008 |
Le lobby des ascensoristes a déjà frappé en traumatisant le pulti brushé de robien à cause d'un accident ou 2 mortels par en ; ensuite ils ont fait croire comme tous bons sarkozystes que nos ascenseurs sont les plus minables du monde.
Du coup ils vont taper dans l'escarcelle des petits proprio qui ont sans doute voté parmi les 53 % et ceux là : Bien fait pour eux.
Et ça va continuer…
On avait déjà fait le coupr avec le lobby des piscinistes : 2 ou 3 décès par an accicentels imposent des millions d'€ au petits proprio pour couvrir et sécuriser leurs piscine : alors que les rivières et plans d'eaux voient 20 fois plus de mors accidentelles par an.
Comme disait Audiard : Les cons, ca ose tout, c'est à ça qu'on les reconnaît «
Mais pourquoi se gêneraient-ils puisque les petits proprio ouvrent la porte au méchant loup ?
Bravo ! ! !
De tilou
chat de garde | 17H04 | 11/06/2008 |
La fédération des ascenseurs a fait son lobby pour imposer ces décrets, mais n'a pensé qu'au fric qu'on peut en tirer, pas aux moyens qu'il faudrait mettre en oeuvre, embauche, formation, etc… Ce n'est pas du racisme de gauche de dire qu'un professionnel qualifié aurait parachuté et élingué une cabine, avant d'en changer les câbles ! Mais il faut faire vite, travailler n'importe quand, dans n'importe quelles conditions…
Tilou ascensoriste
De Waldeck
Naufragé en Sarkoland | 17H46 | 11/06/2008 |
Il a fallu des années de luttes et de morts pour voir aboutir des lois et un Code du Travail capable de prévenir les accidents du travail.
Si des ouvriers ( étrangers ou non ) font du dumping et s'assoient sur ces mesures, il faut le dénoncer et le combattre !
Pour eux (la preuve) et pour nos enfants, car nos dirigeants ne demandent que le démantellement de ces réglements, et l'action des Inspecteurs du travail, empecheurs d'exploiter en rond, entraves à leurs yeux pour une économie dynamique.
les soldats de la Convention, face aux « Alliés » et ceux de la Résistance, face aux « Boches » pouvaient, aussi être taxés de xénophobes…
( Oui, je sais,on est loin du « Plombier polonais » )
La mondialisation ne justifie pas tout, et cessons de nous flageller.
De Ech-picard
19H35 | 11/06/2008 |
C'est pour cela que les grosses les utilises. Pas de CHSCT, pas de syndicats, la débrouille.
C'est comme cela que l'on a retrouvé des gars irradiés à Forbach.
Maintenant le responsable sécurité de l'entreprise utilisatrice établi avec l'entreprise sous-traitante un plan de prévention journée de formation + signature d'un document. A charge pour le sous-traitant de former son personnel aux risques particuliers de l'entreprise utilisatrice. En cas de manquement au règles de sécurité établies le sous-traitant est viré ou suspendu. (C'est aussi un motif pour ne pas le payer)
1 la formation pour une petite boite c'est quelque chose de lourd et très coûteux
2 la responsabilité pénale de Schindler est de toute façon engagé quoi qu'il arrive :
On-t-il fourni les plans de l'installation ?
Les techniciens pouvaient-ils comprendre les documents fournis ?
Ont ils vérifiés que les règles de sécurités établies dans le plan de prévention était respectées ?
Si j'ai bien compris le sous-traitant est une entreprise française inscrite en France alors Schindler ne pourra pas invoquer les règlements roumains (de toute façon la « directive machine » devrait être applicable partout en Europe)
Même le CHSCT de l'entreprise utilisatrice a un droit de regard. Les délégations ont elles été accordé ?
Bon j'arrête la ma liste.